05 septembre 2011
Campagne : Hervé Morin (re)défend "Une Seule Normandie"
Le temps de battre la campagne est arrivé, futures élections présidentielles obligent.
Au Centre de l'Echiquier , Hervé Morin réunissait samedi 3 septembre 500 militants à Épreville-en-Lieuvin (Eure) dont des élus et parlementaires NC.
Une réunion certes de politique et de la possibilité d'un futur candidat du Centre (Hervé Morin étant en concurrence avec Jean-Louis Borloo). Mais aussi l'occasion d'un long déployer pour l'Unité Normande.
« (...) l'unité de la Normandie doit rester notre combat. On célèbre cette année le 1100eanniversaire de la Normandie quand les Socialistes, eux, continuent de s'accrocher à la haute et à la basse (Normandie) (...) ».
« (...) Quel dommage dans cette compétition européenne et mondiale de se priver de la taille, de la dimension, de la capacité d'investissement, de l'influence politique qui nous permettrait de faire de la Normandie la 4e région française pour peser face à nos concurrents ! Quel dommage de retarder encore et toujours notre union alors que des projets tels que le Grand Paris, le réseau TGV ou l'implantation de nouveaux sièges sociaux peuvent s'offrir à nous ! (...) »
« (...) Nous sommes la plus vieille région française. Nous avons donné nos institutions aux Britanniques. Nous avons conquis le bassin méditerranéen. Notre culture est faite de dix siècles d'identité commune, de paysages communs enveloppés de la même lumière (...) ».
Et pour finir, ce qui paraît évident , sauf pour certains :
« En dépit de l'évidence de tous les rapports et études positives sur la réunification, cette question n'avance pas et n'avancera que par la reconquête politique de nos deux régions ».
12 mars 2010
"Haute"-Normandie, "Basse"-Normandie, faut-il fusionner?
Pourquoi il faut être pour, et militer pour la réunification, pourquoi ça ferait beaucoup de bien à la Normandie. Pourquoi aussi il faut que nous soyons de plus en plus nombreux et déterminé sur ce projet au-delà des sensibilités de chapelles de chacun !

Caen et Rouen : locomotives normandes ou.. belles endormies normandes ?
Le texte explique de A à Z le dossier, qui n'est pas simple, et le pourquoi du dossier. Il est repris du site Haute Normandie Democrate (tendance MODEM). mais de nombreuses sensibilités de l'échiquier politique se sont rallier à la nécessité de ce projet. Il est à noter que le monde économique, associatif, social normand est en avance sur le monde politique... qui risque de toujours tourner en rond... !
Une histoire partagée
La Normandie est née de la volonté des Hommes, elle revendique un héritage qui lui a donné un esprit de conquête et d’aventure, port de départ de grandes expéditions, elle est aussi terre d’accueil et d’ouverture et de nombreux étrangers s’y sentent bien.
Ce lien avec l’histoire elle l’a renouvelé dans les combats du printemps et de l’été 1944 avec ces milliers de victimes civiles et militaires, mais aussi ces villes détruites dans toute la province. Aujourd’hui encore elle est une terre phare, symbole de la libération, ce rendez vous avec l’histoire n’a jamais été séparé par des limites administratives.
Elle est donc naturellement tournée vers l’Europe et au-delà le monde.
Une culture unique
Mais la Normandie, c’est aussi un passé architectural fort avec ses cathédrales, ses maisons au sein d’un pays verdoyant et autour de ces éléments sont nés différents courants artistiques et littéraires bien individualisés comme Normands. L’impressionnisme est directement issu de la découverte par les peintres anglais de cette riche nature et ce sont initialement des peintres normands, Millet, Isabey, Boudin et autres qui ont suivi ce courant, l’ont enrichi. Cette culture normande très assimilatrice a évité à la Normandie les excès d’un folklorisme réducteur.
Encore aujourd’hui le meilleur de la vitalité culturelle en Normandie se fait hors de la transposition pure et simple du parisianisme. L’exposition Caennaise sur la reconstruction en Normandie après la guerre a amplement démontré le caractère original de ce qui a été fait en Normandie par des équipes différentes mais qui se sont adaptées. Aujourd’hui la nouvelle école supérieure des Arts et Médias de CAEN met en place un partenariat avec ROUEN.
Les dimensions actuelles des deux régions, contraintes économiques.
On notera la faible taille des deux régions normandes , avec des budgets insuffisants, si on les compare aux budgets départementaux ; pour ce qui est de la Haute- Normandie le rapport est de plus de 1 et ½ environ avec le département de la Seine Maritime. Depuis port 2000, aucun grand projet européen n’a eu pour cadre la Normandie et il y aurait même une non consommation des fonds européens par manque de projets. Ce qui se traduit par des infrastructures insuffisantes au niveau des chemins de fer, de certains axes routiers. D’une manière générale on ne peut que déplorer le délai trop long entre l’annonce d’un projet et sa réalisation, alors que les projets sont eux-mêmes rares.
Depuis des années on parle de lignes rapides vers Paris, mais aucune des deux régions n’a elle-même le poids nécessaire pour faire aboutir ce dossier.
La Normandie réunifiée serait le 6ième ensemble démographique régional et aurait un PIB de 70 milliards d’€.
Avec peu de sièges sociaux, les pouvoirs décisionnels ne sont pas en Normandie ce qui n’a pas échappé aux acteurs économiques en avance sur le pouvoir administratif. Sur le plan économique on doit noter, l’équilibre intéressant entre industrie, activités de transformation et l’agriculture qui a échappé en partie à la monoculture.
Attractivité, lisibilité, contraintes administratives :
Nos deux régions sont peu lisibles, globalement on connaît la Normandie, à titre d’exemple, il n’ y a qu’un seul comité du tourisme normand avec un seul slogan « Normandie à vivre et à revivre » et depuis lors nos deux régions se sont plutôt améliorés sur ce sujet. Cette recherche de lisibilité est d’ailleurs à l’origine du rapprochement de plusieurs structures :
Chambre d’agriculture Caen
Tourisme déjà évoqué Evreux
CRAM Rouen
EPFN (établissement public foncier de Normandie)
Caisses d’Epargne
Il faut noter que les structures qui ne se sont pas rapprochées ont quitté les deux régions.
Les chambres de commerce, n’ont pu opérer le rapprochement qu’elles souhaitaient du fait de la position frileuse de la CCI de Caen.
On pourrait évoquer aussi l’importance des relations entre les collectivités qui bordent l’estuaire de la Seine, obligées de s’adresser aux deux régions qui n’ont pas toujours la possibilité de se coordonner.
A titre d’exemple le 276 essaie de manière bien imparfaite de résoudre cette adéquation actions, territoires, financements.
Formation, recherche
Dans ce domaine il faut distinguer l’enseignement primaire et secondaire qui en fait ne serait pas affecté par la réunification de l’enseignement professionnel qui sur une seule région éviterait des doublons et permettait des lieux de formation plus actifs, l’appartenance régionale normande pouvant améliorer la prise en charge des frais d’étude.
La construction des deux EPR ne s’est pas accompagnée de la mise ne place en amont des formations nécessaires.
A titre d’exemple, ou en est la recherche nucléaire en Normandie qui accueille plusieurs centrales et un usine de retraitement ?
Au niveau universitaire et recherche, à l’évidence le rapprochement est nécessaire et c’est la vocation du pôle universitaire normand qui a besoin de se reconfigurer en formant un PRES (pôle de recherche et d’enseignement supérieur) l’INSA Rouen et l’ENSI Caen coopèrent étroitement et l’autonomisation des Universités va rendre encore plus nécessaire la création de cette Université de Normandie identifiable, capable d’ attirer les têtes internationales et de dynamiser la recherche.
C’est au Sud ouest de Paris, sur le plateau de Saclay que va s’installer le futur pôle scientifique de l’Ile de France et ce dans le cadre du Grand Paris ! Nous aurions pu imaginer une recherche en région sur le traitement des déchets nucléaires.
Alors que les budgets des CHU sont dans le rouge le rapprochement de Rouen, Caen et au-delà même Amiens est indispensable,le doyen GERARD de la faculté de médecine de Caen a fait part de son inquiétude sur ce sujet, on ne voit pas d’ailleurs la création d’une faculté dentaire pour une seule demi région.
Domaine maritime et fluvial
Il s’agit là d’un domaine essentiel pour les 2 ½ régions, on imagine mal que pour la sécurité et les conditions de navigation il n’y ait pas un seule ensemble de pilotage, les trafics devraient éviter des concurrences stériles qui coûtent en aménagements, à noter que la création du canal Seine Nord obligerait à un rapprochement de Rouen et du Havre et on peut imaginer que Caen dans ce contexte pourra lui aussi recevoir des trafics d’éclatement à partir du Havre éventuellement.
Aucune région française n’a un dispositif portuaire d’une telle importance pour le commerce extérieur de la France.
Le littoral normand est un ensemble cohérent, la pêche n’a certainement pas reçu toute l’attention qu’elle mériterait avec une protection plus stricte des estrans et une véritable prise de conscience de l’importance des conditions de vie aquatique en relation avec l’agence de bassin Seine Normandie.
Disposant au Havre d’une école de marine marchande, de deux lycées maritimes à Fécamp et Cherbourg, mais aussi d’une école de la marine nationale à Cherbourg, la Normandie à l’instar de la région Bretagne doit proposer une filière complète de l’enseignement maritime, le regroupement des ENMM sous la dénomination ENSM risque de laisser à la traîne la Normandie qui n’est pas porteuse d’un pôle d’excellence mer comme la Bretagne ou PACA.
Un destin commun aux portes du Grand Paris
La Normandie doit tenir compte des orientations du rapport GRUMBACH, mal gérés ces projets aboutiraient à isoler une Normandie utile du reste du territoire et à reporter sur la vallée de la Seine l’incohérence de la région parisienne qui cumule des dysfonctionnement en terme de localisations des richesses, logements cohérence sociale…et ce sans contrepartie affichée pour un développement du territoire normand si les centres décisionnels devaient rester sur Paris. On ne peut pas envisager une telle partition du territoire.
Le groupe de travail pense que la Haute - Normandie plus riche devra laisser un rôle important à Caen et utiliser au mieux les réseaux de ville moyenne si elle veut réussir l’unification de la Normandie.
Notre région unifiée sera capable de négocier avec les acteurs du Grand Paris,si ce dossier voit le jour, pour un développement gagnant/gagnant et ainsi éviter une extension en tâche d’huile de l’aire métropolitaine parisienne.
Conclusions
Ces observations complètent l’étude méthodologique du rapport EDATER qui traite avant tout de l’aspect statistique et veut servir à l’élaboration de fiches techniques pour une réflexion politique sur l’unification de la Normandie.
Unifiée la grande Normandie deviendrait le 6ième ensemble démographique régional en France, elle renforcerait son attractivité et permettrait d’envisager les projets à une échelle cohérente.Elle aurait le 6ième PIB national avec près de 70 milliards d’Euros entre Pays de la Loire et Aquitaine, un poids lourd au niveau industriel, elle bénéficierait de complémentarités sectorielles (énergie, tourisme, agriculture, automobile, transport) néanmoins le déficit en emplois métropolitains supérieurs persisterait, mais cette nouvelle région pourrait attirer des sièges sociaux étant donné la qualité de vie ici comparée à la ceinture parisienne.
En résumé, l’intégration des politiques publiques ne semblerait pas poser de grosses difficultés du fait de leur convergence.
La conséquence d’une fusion renforcerait cette convergence, donnerait naissance à des politiques plus fortes, à noter que si ,les agglomérations ont du mal à se mettre en réseau , les opérateurs parapublics ont étendus leurs périmètres au delà des strictes limites régionale et ont déjà une méthode « grande Normandie »
La fusion renforcerait en outre le sentiment identitaire auquel le citoyen est sensible.
Nous n’avons pas abordé le problème de la fiscalité très détaillé dans le rapport mais trop technique et finalement très tributaire de l’évolution de la politique nationale (40% des recettes).Cette question n’ est plus d’ actualité si nous considérons la réforme territoriale en cours de discussion et qui risque de voir les régions dotées par l’ Etat et ne levant plus l’ impôt. Projet donc favorable dans le long terme mais qui nécessite un abord pédagogique et une implication de tous les acteurs.
Il faut adopter les grands thèmes d’avenir, le rôle de la façade maritime, le label Normandie avec des projets visibles et soutenus de manière forte par une grande région.
Il y aura nécessité d’un noyau dur d’élus convaincus du projet
Voir aussi : le point de vue d'un Démocrate Havrais sur le "rêve normand"
09 mars 2010
Interview de Bernard Frau par l'équipe du Monde.fr
Bernard Frau (Liste Alliance pour la Normandie) :
“La priorité est la réunification des deux Normandie”
Bernard Frau est tête de liste Alliance Ecologiste Indépendante et composée de Fédéralistes Normands dans la région "Haute" -Normandie. il a répondu par courriel à un questionnaire que Le Monde.fr a envoyé à plusieurs candidats.
Quel bilan dressez-vous de la mandature qui se termine ?
Bernard Frau : La Haute-Normandie n’est pas en tête des régions les plus dynamiques du pays, la note est mauvaise pour l’économique, le social et l’environnemental. C’est 25 000 emplois qui ont été perdus en 2009, une fois et demie la moyenne nationale. Le taux de chômage dépasse 10 %. La situation des jeunes est dramatique. Au plan social, depuis les dix dernières années, la situation se dégrade de façon alarmante. Dans le secteur santé, le constat est accablant. L’espérance de vie est en Haute-Normandie la moins élevée de France, sauf en Picardie et dans le Nord - Pas-de-Calais. La région a une offre de soins de ville inférieure aux moyennes nationales et la répartition territoriale des médecins est t
rès inégale. Le département de l’Eure et les cantons ruraux sont les plus mal lotis. Avec 274 médecins pour 100 000 habitants, la région ( 20e au classement national ) est à la 3e place des régions où la mortalité prématurée est la plus forte. Elle affiche en outre 11 % des cancers professionnels pour un effectif salarié de 3,1 % du pays. Enfin, la région est en queue de peloton pour l’environnement. La part consacrée à ce secteur dans le budget régional est très inférieure à la moyenne nationale : 1,33 % contre 2,2 % ; seulement 0,5 % des terres agricoles sont affectées à l’agriculture bio et seulement 4,31 % du territoire est classé Natura 2000. Si tout n’est pas à porter au passif de l’exécutif régional, PS, Verts et communistes, sa responsabilité dans la situation est engagée. Le président sortant peut répéter à satiété que les finances sont correctement gérées, son bilan politique est, lui, désastreux et ne donne pas matière à pavoiser. Il s’est entêté, c’est une faute politique lourde qui mérite sanction, à ne pas s’engager pour mettre fin à l’incohérence administrative des deux Normandie séparées qui pèse dans les difficultés de la région.
Quelle sera, selon vous, la priorité de la prochaine ?
Bernard Frau : A la fin des années 60, les schémas d’aménagement de la Basse-Seine ont été pensés et imposés par des décideurs installés en région parisienne aux élus locaux dans l’incapacité de faire valoir un point de vue régional. Aujourd’hui, le projet connu sous le nom de Seine Métropole, ou Paris-La mer, pose à nouveau la problématique des aspirations locales face aux desseins extra-normands. Ce projet Ouest-Est s’inscrit dans une démarche politique d’intérêt national et l’Etat, associé à la région Ile-de-France, pèsera de tout son poids pour le mener à terme. Pour les Normands, l’heure est donc plus que jamais à la concrétisation d’une solidarité territoriale régionale Nord-Sud qui préservera des intérêts légitimes et fera valoir des atouts si peu mis en valeur ces dernières années. La réunification des deux Normandie est donc, à n’en pas douter, la première priorité de tout projet politique digne de ce nom pour la prochaine mandature. Elle devra s’accompagner d’une remise à plat de la gouvernance du conseil régional et d’un effort soutenu pour le maintien d’une ruralité normande gage d’équilibre et d’identité pour la région.
Quel est le poids de l’actualité nationale dans cette campagne ?
Bernard Frau : Il sera celui que les socialistes et leurs alliés au conseil régional voudront bien lui donner. La tentation sera grande pour eux de jouer la carte du rejet de la responsabilité des difficultés régionales sur le dos du gouvernement, tant il leur est difficile de justifier un manque notoire d’anticipation des problèmes, en particulier en matière de désindustrialisation et de pertes des emplois. C’est un classique en terre fabiusienne de toujours pallier un cruel défaut d’ambition en terme de projet politique par un surcroît d’agressivité médiatico-politicienne. Nous n’y échapperons malheureusement pas.
Propos recueillis par Eric Nunès
11 février 2010
Régions : une révolution inachevée
Par Bruno Rémond, professeur à Sciences-Po.
TRIBUNE - En deçà de celle de ses principaux voisins européens, la régionalisation française reste au milieu du gué. Par Bruno Rémond, professeur à Sciences-Po.
Quarante ans après sa création, la région peine encore à s'affirmer dans l'opinion. Certes, la dernière née des institutions territoriales n'a pu réellement exister qu'avec l'élection au suffrage universel direct de ses conseillers qui remonte tout de même à près d'un quart de siècle.
Contrairement à certains États de l'Union européenne (Allemagne, Italie, Espagne, Belgique, Royaume-Uni, etc.) qui ont porté sans faille l'autonomie régionale, la France reste encore prisonnière de sa culture jacobine. Elle a toujours hésité à s'engager dans la voie de la décentralisation « craignant que la régionalisation génère des discriminations », souligne Bruno Rémond.
Paradoxe, l'institution régionale semble encore «fragile» quand elle affiche un bilan «impressionnant» dans le développement économique, technologique et l'aménagement du territoire consacrant.
C'est d'ailleurs sur ce bilan que les partis orientent leur campagne pour le renouvellement des conseils régionaux les 14 et 21 mars prochains. Notamment la gauche qui règne quasiment sans partage sur les exécutifs régionaux. Selon l'enquête TNS/Sofres diligentée par l'Association des régions, la gauche part avec un atout : l'exécutif régional est qualifié d'«efficace» par 76 % des sympathisants de gauche tous partis confondus, suivis par ceux du MoDem (71 %) et enfin par ceux de la «grande droite» qui ne dirige que deux régions (l'Alsace et la Corse). Ceci expliquant en partie cela…
Josseline Abonneau
«L'évolution générale porte, en effet, notre pays vers un équilibre nouveau. L'effort multiséculaire de centralisation, qui fut longtemps nécessaire pour réaliser et maintenir son unité malgré les divergences des provinces qui lui étaient successivement rattachées, ne s'impose plus désormais. Au contraire, ce sont les activités régionales qui apparaissent comme les ressorts de sa puissance économique de demain…» (de Gaulle, discours prononcé à Lyon le 24 mars 1968).
Tout est dit. Et pourtant, quarante ans après, la réalisation de cette vision fulgurante n'est toujours pas devenue l'option politique retenue pour organiser l'architecture d'ensemble des pouvoirs publics en France. Où en est-on alors ?
La gestation de la «région» fut lente, parfois chaotique, mais toujours inspirée par une même préoccupation : doter la France d'un espace territorial mieux adapté par sa configuration et sa superficie que le département pour permettre la définition et la réalisation des politiques publiques d'importance, notamment dans le domaine économique et en matière d'aménagement du territoire.
Bilan méconnu mais impressionnant
Ce n'est qu'avec la loi du 2 mars 1982 puis la première élection au suffrage universel direct des conseillers régionaux en 1986 que l'institution régionale a acquis un statut de collectivité locale à part entière et la clause de compétence générale qui fait la force de cette catégorie d'institutions politico-administratives, deux qualités ultérieurement reconnues au niveau constitutionnel par la modification de la rédaction de l'article 72 de notre texte fondamental.
Malgré les différents transferts de compétence intervenus en 1983, 1985 et 1986 de l'État vers les régions, plusieurs années d'inertie politique - notamment sous le gouvernement de Lionel Jospin - dont les effets ont été aggravés par la crise de légitimité qui affecta les conseils régionaux du fait des conséquences dramatiques en 1992 et en 1998 du mode de scrutin adopté en 1985, ont obscurci l'image institutionnelle et fonctionnelle de la région. Celle-ci, décriée car mal connue, fut critiquée et taxée d'institution superfétatoire, compliquant le mille-feuille territorial alors que pourtant les régions concourraient déjà remarquablement à la réalisation de politiques publiques essentielles pour l'avenir de la France : formation professionnelle et apprentissage, rénovation et construction de lycées, amélioration des résultats de la politique éducative grâce à l'élaboration des schémas régionaux de formation, extensions universitaires, grands projets d'équipement initiés par l'État et cofinancés par les régions dans le cadre des contrats de plans successivement élaborés et signés.
Souvent méconnu, le bilan des régions est pourtant impressionnant. Sans elles, les grandes politiques publiques ayant pour objectif de favoriser le développement économique, l'innovation technologique et l'aménagement du territoire n'auraient pu se déployer aussi rapidement et aussi profondément.
Regroupées en deux grands thèmes - éducation, formation et emploi ; mobilité et développement durable - les interventions des régions ont un impact incontestable en contribuant à aménager le territoire et améliorer la vie de ses habitants. En 2009, hors outre-mer et Corse, les régions ont investi 5 997 millions d'euros dans les lycées, 3 195 dans la formation professionnelle, 2 661 dans le transport express régional ou encore 2 139 dans le domaine de l'apprentissage…
Qui pourrait imaginer se passer des services et des équipements de toute nature ainsi organisés et réalisés par les régions ? Certainement pas nos concitoyens même s'ils ne voient pas toujours très clairement le sceau régional sur ces réalités sauf lorsque les couleurs de celui-ci décorent les rames TER.
Qui pourrait se passer des financements ainsi mobilisés ? Certainement pas l'État qui, tout en tentant de continuer à rester maître de la définition de ces politiques publiques, est progressivement devenu financièrement incapable de les assumer et administrativement de les gérer.
Même si leur connaissance ou leur compréhension du fait régional n'est pas toujours des plus assurées ou des plus affirmées, un récent sondage, diligenté par l'Association des régions de France et réalisé par la Sofres montre que les Français sont globalement attachés à leur région, comme d'ailleurs aux collectivités territoriales en général.
Lorsqu'ils classent les échelons administratifs en fonction de leur proximité pour juger de leur capacité à répondre aux besoins de la population, la commune arrive en tête (76 % la jugent efficace) suivi du conseil général (70 %) puis du conseil régional (69 %). L'État et l'Europe sont majoritairement jugés inefficaces (59 % pour les deux).
De manière cohérente avec la couleur des exécutifs locaux, la préférence partisane a un effet sur l'appréciation du conseil régional : les personnes proches de la gauche sont plus nombreuses que les autres à le juger efficace (79 %).
Vers un «congrès des départements»
Certes, un autre sondage LH2 a mis en évidence le fait que beaucoup de Français ignoraient le nom du président à la tête de leur région. Mais connaissent-ils mieux le nom du président du conseil général ou ceux des différents ministres composant le gouvernement ? Toujours est-il, justement parce qu'elle est contrastée, l'image que les Français ont aujourd'hui de la région est révélatrice de l'ambiguïté de la situation dans laquelle se trouve la dernière-née des collectivités territoriales françaises. Seule, par essence, apte à se substituer à l'État dans la définition et la réalisation des politiques publiques qu'il ne peut plus ou qu'il ne sait plus correctement mener à bien car les données économiques, technologiques et sociales à prendre en considération imposent qu'elles soient diversifiées et adaptées aux réalités territoriales, son essor est attendu avec impatience par certains, craint par d'autres.
La France hésite. Depuis le lancement de la décentralisation en 1982, elle a quitté la rive où un État tout autant napoléonien que jacobin offrait aux citoyens une vision claire de la structuration et de l'action de la puissance publique et l'illusion du respect du principe d'égalité grâce à la mise en œuvre censée être uniforme et homogène sur l'ensemble du territoire de toute politique. Mais, s'engageant dans la voie de la régionalisation, elle s'est arrêtée à mi-gué, craignant que la décentralisation et la régionalisation génèrent des discriminations alors qu'elles sont surtout porteuses de diversifications et d'émulations.
Il en résulte que la «région» française reste fragile et bien loin, politiquement et institutionnellement comme fonctionnellement et financièrement, des données peu ou prou semblables qui caractérisent l'autonomie et la responsabilité des régions italiennes, des communautés autonomes espagnoles, des régions belges et, bien plus encore, des Länder allemands ou des entités territoriales du Royaume-Uni ayant bénéficié d'une large évolution de compétences intervenues à l'orée du XXIe siècle. La France reste très en deçà de ses principaux voisins. Et, sans se livrer ici à un examen exhaustif de son contenu, on peut s'attendre à ce que le projet de loi relatif à la réforme territoriale, dont la discussion parlementaire va tout prochainement s'engager, entraîne une transformation de l'institution en «congrès des départements» pulsion à rebours de celle qui a suscité puis institué l'idée régionale en France.
Les ressorts du sentiment amoureux
Selon le sondage TNS-Sofres, les Français en phase avec le Parti communiste ou l'UMP se révèlent être les plus attachés à leur région, quand ceux ayant une préférence partisane extrémiste de gauche ou de droite (extrême gauche, Front national) se montrent les plus indifférents.
Au sein de la gauche, les Verts, dont le régionalisme constitue l'une des pierres angulaires de leur doctrine, clament moins leur patriotisme régional que les socialistes. Ceux-ci se situent sur la même longueur d'onde que les supporteurs du MoDem ou l'ensemble de la «grande droite» (Nouveau Centre, UMP, MPF, FN).
Quasi viscéral pour les retraités et inactifs, l'attachement régional se renforce avec l'âge principalement aux alentours de la cinquantaine. Toutefois l'activité professionnelle détermine l'intensité de cet amour : très vivace chez les commerçants, les artisans, les chefs d'entreprise et les ouvriers, il mollit chez les cadres et les intellectuels. Très ancré dans les zones rurales, le sentiment régional se dilue dans les zones urbaines pour devenir ténu dans l'agglomération parisienne.
J. A.
23 octobre 2009
Pour un vrai pouvoir politique normand !
Tribune Libre de Yuca de Taillefer
Les réflexions sur la réforme des Collectivités territoriales en France peut soulever et remettre sur les rails l'idée en Normandie d'arriver à avoir un vrai pouvoir politique normand... :
L'Equation est très simple pour la finalité de l'idée :
- haro sur les décrets non normands.. (humour..)
- fin des préfets (on peut toujours rêver..)
- une Démocratie Régionale Normande avec un Conseil Régional normand (d'où réunification ! )
Mais bon de là à penser parvenir à un vrai pouvoir régional respectant l'identité des territoires en France, comme c'est le cas en Allemagne, en Italie, au Royaume Uni, en Espagne, forcément, ce n'est pas demain la veille !
- Quand on voit les réactions à l'annonce de la réforme des Collectivités Locales, on peut être perplexe : il faut dire qu'entre la confirmation de la suppression de la taxe professionnelle et l’intégralité des propositions de la réforme annoncée des collectivités territoriales, celles-ci semblent non ajustées ou contradictoires avec les prises de position des différents ensembles des associations d’élus locaux et celles de la mission sénatoriale sur ce dernier sujet.
- L'un des principaux argument de la réforme est vite taillé en pièce : en effet affirmer que réduire de moitié les élus départementaux et régionaux va réduire de manière drastique les frais de fonctionnements de la République est un argument qui ne tient pas à l'épreuve des faits : car la part des élus départementaux et régionaux dans le budget des collectivités est de seulement 0,04%, le nombre d'élus supprimés ne sera que de 1% de la "masse totale" des élus de France (suppression des conseillers généraux et des conseillers régionaux en créant un seul mandat de conseiller territorial pour les collectivités).

Pour illustrer, le Maximilianeum à Munich, siège du parlement de Bavière (Bayerischer Landtag), surmonté d'un drapeau allemand et bavarois.
Des Exemples ? : La Bavière est influente en Allemagne et à Bruxelles (lobbying)
En Bavière, le candidat à la création d'entreprise peut se faire accompagner par un « gestionnaire de procédure » mis à sa disposition par l'Etat. En Normandie une multitude de guichets, c'est complexe...
la Bavière est , depuis 2006, le premier land d'Allemagne à ne plus faire de dettes. En France, chaque institution a créé son puit de dettes.. souvent insondable tellement c'est profond !
Budget de la Bavière en 2006 : 35.141,9 millions d'Euros pour 12,44 millions d'habitants.
Budget haute + Basse Normandie : 1.000 (2008) + 685 (2009) pour environ 3,3 millions d'habitants
Bon mieux vaut arrêter là, tellement c'est très INDECENT....
- Pour l'opposition nationale, la réforme sonne le glas de la décentralisation : les départements et les régions vont perdre leur autonomie de gestion et ne pourront plus répondre aux besoins et attentes de leurs populations.
- Pour les petits partis et le pluralisme politique, vu le mode de scrutin décrété « uninominal à un tour » , malgré les 20% de proportionnelle, ils contestent ce mode de désignation qui va surtout servir les intérets électoraux des deux partis dominants de la scène politique française.
- Pour le gouvernement, dixit le Président français, la réforme, c'est :
- simplifier le partage des compétences entre régions, départements et communes
- en finir avec le grand «gaspillage» des collectivités locales
- dans le système actuel l’électeur, le citoyen ne sait plus «qui fait quoi, qui dépense quoi, qui est responsable de quoi» dans les communes, intercommunalités, régions et départements.
- il y a nécessité d’adapter les territoires « aux modalités de la mondialisation », le chef de l'Etat citant le cas territorial normand, estime que « vu de n’importe quel endroit du monde, les frontières administratives du Calvados, de l’Orne ou de la Seine-Maritime, n’ont pas de sens. Pas davantage que celles de la haute et de la basse- Normandie, a-t-il ajouté en glissant à son auditoire : « On les a créées parce qu’il y avait deux champions politiques. Comme chacun le sait bien (pour les non-initiés, les raisons de cette "adaptation territoriale" est bien connue en fait, il s'agit de Jean Lecanuet et Michel d’Ornano, ndlr) ».
- « 36 600 communes, 15 900 syndicats communaux, 2 600 établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre et 371 Pays… A la bourse aux idées, allons-y ! Y a-t-il encore des initiatives ? »
- les collectivités ne peuvent plus «rester à l’écart de l’effort de modernisation du pays»
- c'est un «rendez-vous historique pour la décentralisation»
Voyons quelques réactions en Normandie :
> Le président du CG de l'Eure, Jean-Louis Destans (PS) déclare : « Il s’agit non seulement d’affaiblir les contre-pouvoirs et d’accabler les élus mais aussi de brider le volontarisme de nos collectivités ».
> Jean Quinton (Nouveau Centre), président du Pays de Risle-Charentonne (regroupant 135 communes) estime que la disparition programmée des Pays « risque de geler des projets ».
(A suivre...)
NB : les citations sont extraites de lecture de la presse écrite et web.
NB2 : les sujets évoqués passeront au Parlement prévisionnellement à la mi-décembre 2009.
17 août 2009
Etre normand c'est quoi ?
MHAP : Une jeune normande rédigeant actuellement un mémoire a demandé au Collectif BEN de répondre aux questions qui lui semblent pertinentes :
- Qu’est ce qui vous fait dire que vous êtes normand ? (lieu de naissance, de résidence, lien familial…)
- Racontez-moi les moments où vous vous sentez normand ?
- Avez-vous une autre « région » d’appartenance ? (Ville, pays à l’intérieur de la Normandie, département, autre(s) région(s) française(s), autre pays…)
- Que représente pour vous le fait d’être normand ? (apport culturel, lien social…)
- Quand dites vous que vous êtes normand ? Qu’est que cela représente pour vous ? Cela est-il un plus ? Pourquoi ? Lequel ?
- Pourquoi utiliser le terme de Normandie alors que c’est une région « fictive » ? MHAP : être normand n'est pas une fiction mademoiselle!
- Utiliser vous des symboles au quotidien qui rappelle votre appartenance régionale ? Lesquels ?
Et les réponses formulées par le Collectif BEN :
Bonsoir,
Nous avons précisement le projet d'écrire un livre sur toutes ces questions pour présenter au public habitant notre région toutes ces problématiques... J'ai une réunion de travail demain 17 août sur ce sujet avec un ami avec qui je collabore à ce projet: nous allons donc travailler ensemble sur votre questionnaire... On vous en donnera une réponse dès que possible...
A noter aussi que sur le même sujet le géographe Armand Frémont prépare un livre intitulé "Normandie sensible" qui paraîtra à l'automne prochain...
Permettez nous, néanmoins, au préalable, de vous transmettre notre analyse sur l'identité normande:
Sur l'identité régionale normande on dira qu'elle n'a pas besoin de se justifier : l'Histoire ("avec une grande hache" comme disait Pérec) suffit... Les travaux de François Guillet ont bien montré que l'identité régionale normande contemporaine a été pensée dès le début
comme un objet savant d'étude historiques et archéologiques ou comme un objet de contemplation esthétique (littérature et peinture) au moment où la Normandie devient la toute première destination touristique en France (les bains de mer et la Normandie envisagée comme destination d'étude et d'éducation pour la jeunesse des élites anglaises cherchant à retrouver en Normandie les origines de la civilisation anglaise moderne)
Cette identité est donc intellectuelle et toute tentative d'en faire une identité mythologique en se fondant sur une origine culturelle unique et ancienne a échoué: le recours au mythe Viking avait déjà été dénoncé en 1911 par les érudits de l'histoire normande à l'occasion du premier millénaire normand. Les vikings en Normandie restent une référence culturelle en tant que signe d'appartenance parfois utilisé avec dérision: il n'y a pas en Normandie une mythologie Viking comme il peut y avoir une mythologie celte en Bretagne fournissant une grande explication générale de toute l'identité régionale. Ces tentatives sont toujours restées très minoritaires et très marquées idéologiquement...
C'est pourquoi, on ne peut pas enfermer l'identité normande dans un "ethnotype": Léopold Sedar SENGHOR, notre Normand d'adoption le plus célèbre s'était même risqué à définir une "Normannité" à partir des caractères objectifs d'une mentalité spécifiquement "normande" (froideur extérieure; vivacité et passion intérieures; méfiance; modération; légalisme; prudence dans le jugement; opportunisme...). Mais Senghor nous déçoit car nous aurions préféré qu'il définisse une "Normanditude" à la suite de la "Négritude" chère à son ami Césaire quand il s'agissait de dénoncer, avec ironie, le mépris raciste et colonialiste contre tous ceux qui n'étaient pas des Blancs d'Europe...
Pourquoi parler de "Normanditude"? Parce que la Normandie connait actuellement un déclassement économique et social qui pourrait s'apparenter, toute proportion gardée, à une mise sous tutelle de type colonial en tant que territoire dominé, banlieue de la banlieue ouest de Paris... (cf notre slogan "Nous sommes tous des ploucs normands")
Bien sûr, mis à part quelques militants, dont nous sommes, la plupart de nos concitoyens n'en est pas encore arrivé à un tel niveau de conscience politique avec l'idée d'identité régionale en Normandie...
L'identité normande c'est donc plutôt toute une série de pratiques concrètes: notamment la cuisine et les produits typés du terroir et du littoral , une relation extrêmement forte des Normands à leurs territoires qui constituent la mozaïque très diverse composant la Normandie. Des références historiques très précises renouvelées dans la fièreté douloureuse de la Libération de 1944. Un patrimoine monumental et culturel d'une richesse exceptionnelle qui inculque aux Normands le goût pour l'Histoire de leur région...
Les gens d'ici sont plutôt fiers de ce qu'ils sont et n'éprouvent pas le besoin de le dire. Beaucoup de savoir faire mais peu de faire savoir... Il y a un petit côté aristocratique dans cette mentalité centrée sur elle même: on n'a rien à prouver ni rien à demander. La Normandie se suffit à elle même car c'est avant tout le résultat d'une construction politique et historique comme l'est aussi la France... Cette région qui se souvient d'avoir été un état indépendant plus puissant que la France, a longtemps été la plus riche de notre pays juste après Paris et l'Ile de France: pas de complexe d'infériorité justifiant une revendication particulière ou le dynamisme du nouveau riche parvenu... Par contre, une certaine idée de déclin tranquille, un défaitisme normand, une sorte d'amertume ou de nostalgie, sinon de mélancolie est apparue depuis peu: depuis le début des années 1980 la Normandie, vieille région démocrate chrétienne à la fois rurale et industrielle, décroche après des années 1960 - 1970 qui firent illusion (effet de modernité avec l'achèvement de la Reconstruction).
La division consacrée en 1972 (pour mettre la Basse Seine normande sous la tutelle de la région parisienne au nom de l'aménagement du territoire national) a d'abord cassé un espace vécu régional à l'échelle de toute la Normandie (ex: deux zones de vacances scolaires) et renforcé le localisme normand entre villes et territoires. 38 ANS après la Normandie est, de fait, divisée en trois: à la division devenue inutile entre deux collectivités territoriales s'ajoute la division concrète entre une Normandie des villes et du littoral ou de l'Estuaire, riche et suffisamment attractive pour que certains envisagent de l'englober dans un "Grand Paris" et une Normandie des champs au mieux carte postale pour les résidents venus d'ailleurs au pire en profond déclin social et économique dans des petites villes qui voient fuir la jeunesse... A cela s'ajoute enfin un troisième niveau de division: celles qui opposent encore trop souvent les collectivités territoriales normandes entre elles. Les élus normands, contrairement aux Bretons ne savent pas "chasser en meute" à Paris ou à Bruxelles: il n'y a pas de lobby normand (même si des tentatives récentes pour en créer un existent notamment du côté des milieux portuaires et logistiques au Havre et à Rouen)
C'est pourquoi, il y a actuellement une profonde mutation en cours: le monde rural traditionnel est en phase terminale. Là où il revit, il ne le doit qu'à l'arrivée des néo-ruraux venus d'ailleurs (les "horsains"). Les parlers normands (il y a débat pour savoir s'il faut parler de langue normande ou d'un "français régional") vivotent dans le Cotentin et le pays de Caux ou disparaissent complètement ailleurs. Même dans la Normandie urbaine et littorale, la conscience d'un déclin profond progresse: le dossier ferroviaire symbolise a lui tout seul le mépris que subit aujourd'hui une région qui a toujours été pourtant du bon côté du manche ou il suffisait "d'écouter l'herbe pousser". Les villes normandes qui ont longtemps voté à droite votent désormais à gauche. Les élites traditionnelles de notables sont en crise: le médecin, le vétérinaire, l'agriculteur FNSEA maire tout puissant de sa commune, le curé, le notaire, l'avocat ou le grand patron local: avoir le bras long pour grapiller quelques miettes chez le préfet ou chez le ministre en faisant jouer les réseaux, ça ne marche plus! On est en train de passer du bon vieux temps des notables à celui ,nouveau ,des responsables... A Rouen on se partage entre crainte et résignation face à la banlieusardisation qui menace la vieille capitale normande. A Caen, l'autre capitale, on commence à prendre conscience de la sévère concurrence bretonne dans le "Grand ouest" et dans le rural profond, il a suffi que l'on projette le passage d'une nouvelle ligne à Haute tension derrière le futur EPR de Flamanville pour mettre une trentaine de communes en révolte totale: c'est nouveau car il n'y a pas si longtemps les Normands avaient accepté le nucléaire contre espèces sonnantes et trébuchantes... Ce genre de deal, aujourd'hui ne marche plus! Plus grave c'est que le recours à une dynamique d'identité régionale ne permet pas, pour le moment encore, de positiver et d'imaginer les futurs possibles et ce pour une raison simple: c'est que les Normands s'ignorent eux-mêmes. Les "bas" ignorent les "haut" et se craignent ou se méprisent parfois réciproquement (les "bas" traitent les "haut" de parisiens hautains et les "haut" traitent les "bas" de ploucs soumis aux Bretons...) C'est le résultat de la division et les décideurs normands ne peuvent pas avoir une vision globale de la Normandie à l'échelle pertinente car il y a, par exemple, deux INSEE en Normandie...
Mais sur ce terrain aussi les choses évoluent: pour preuve le succès de l'ironie normande distillée par Heula (qui fait preuve finalement de "Normanditude"...) ou la prise de conscience chez les communicants qu'il y a ringardisation normande quand on parle de "basse" ou de "haute" Normandie (cf le colloque de Deauville organisé par l'association Nota Bene)
Bref, tout bouge actuellement en Normandie: les ferments pour une renaissance d'une identité régionale active et dynamique en Normandie sont bien là... Mais de là à poser des bombes!!!
Plus récemment, les provocations de Nicolas Sarkozy sur le Grand Paris, ses déclarations répétées sur l'ineptie de la division administrative, son intérêt persistant pour notre région (fréquents déplacements et rôle du lobby havrais à l'Elysée...) montrent que la Normandie est prise au sérieux au plus haut sommet de l'Etat: c'est aux élus et décideurs normands de prendre aussi la Normandie au sérieux car la société civile normande, face au déclin économique et social actuel semble le désirer de plus en plus...
Bien à vous,
Philippe CLERIS, après discussion avec les membres actifs du collectif "Bienvenue en Normandie"
09 décembre 2008
Plouc-Story, un roman ayant la Normandie pour cadre
Pour agrandir la couverture du livre, cliquer sur l'image.
19 octobre 2008
Le 3ème numéro du Goubelin est en ligne
17 octobre 2008
Le Goubelin vous connaissez ?
Goubelin, c'est le petit journal de notre ami Crosman dont Il a bien voulu nous faire parvenir les deux premiers numéros que vous pourrez lire ICI.
Michel H. A. Patin
PS: j'ai pensé que l'écriture OLD ENGLISH TEXT donnait plus de poids aux pensées de notre ami.
14 avril 2008
Débat : Allons, faisons le pari des régions en France !
< Tribune Libre de Yuca de Taillefer, co-animateur de l'Etoile de Normandie : "Débat : Allons, faisons le pari des régions en France ! ".>
Pourquoi désirer faire le pari des régions de france ? mais parceque toutes les régions sont capitales pardi !
Récemment il a été créé un secrétariat d’Etat dédié à la Région Parisienne aussi nommée la Région Capitale... Seule région de France aux yeux des décideurs ? seule région qui en vaille la peine d'être considérée ?!
Allons messieurs le Chef d'Etat Sarkozy, mesdames et messieurs les membre du gouvernement, mesdames et messieurs les députés de la majorité et de l'opposition : pourquoi n'avoir qu'un regard politique aussi parisiano-centré ? Les autres régions ne comptent-elles pas ?
Il est évident qu’aujourd’hui la vie économique et la vie quotidienne de Paris et de ses voisins immédiats sont très liées, d'où la création du Grand Paris. Mais cette situation est vraie aussi pour de nombreux territoires hors de la capitale. Si les services de l'Etat se concentre sur Paris et ses dépendances, c'est pour mieux armer l’Île-de-France afin de concentrer toujours plus de centre de décisions, de nœud de transport et d’équipement public pour qu’elle exerce une pluis grande attractivité européenne (mais n'est ce pas une volonté de relancer "un gross Paris et un désert français" ? ).
Au niveau local, partout aujourd’hui ou presque, les grandes orientations politiques en matière de développement économique, de transport, de déchet ou de logement sont définies à l’échelle des bassins de vie, au-delà des frontières communales, donc au niveau des agglomérations ou de communautés de communes. Le législateur (=député) a favorisé ce mouvement par les lois dites « Chevènement » (communautés d’agglomérations) et « Voynet » (projet de pays). Mais partout où des communes ont cherché à se rassembler sur la base de ces lois, elles l’ont fait en toute autonomie, à leur rythme et en définissant des périmètres et des compétences adaptés aux contextes locaux, quitte à ménager des phases de transitions.
Tout d'abord, il est donc assez curieux de voir l’Etat créer un poste gouvernemental pour conduire la discussion entre collectivités sur un espace précis du territoire. Voici une mise sous tutelle à peine déguisée de communes et Conseils régionaux ou département librement élus et administrés : c'est démocratiquement inquiétant ! Car dans l'Union Européenne, le principe de subsidiarité désigne les compétences et activités des différentes collectivités pour le meilleur service à la collectivité... en prinicipe.. Quel élu aimerait ainsi voir sa nomination démocratique être mise sous tutelle pour aucune raison sinon par le fait du prince ? .. C'est exactement une conception napoléonienne de la relation du pouvoir central avec les élus locaux...
Dans un soucis d'équilibre d'aménagement du territoire, les pouvoirs de l'Etat devraient plutôt veiller à ce que les autres régions puissent elles aussi inscrire leurs actions et leur économie dans un espace européen structuré autour de grandes régions puissantes (Lands allemands, Provinces autonomes d’Espagne, Coste et Pays-de-Galle...). Pour réussir ce pari, il faut que l’Etat crée les conditions pour que les régions aient une taille adaptée, mais en veillant à ce qu’elles correspondent à un espace vécu et perçu...
Qui
ne voit qu’une Normandie réunie ou qu’une Bretagne renouant avec Nantes
constitueraient des espaces conciliant ce double enjeu de la taille
critique et de la lisibilité ?
La France va bientôt présider l’Union européenne pour six mois : il aurait été judicieux de missionner une personnalité connue et reconnue (comme l'a été par exemple Mr Attali sur le sujet de la libéralisation de la croissance) sur la place des régions en Europe, et non sur
la seule question parisianno-parisienne.

en illustration : La Une d'un livre de Pierre Rosanvallon,
Le modèle politique français. La société civile contre
le jacobinisme de 1789 à nos jours, 2004
(éditions Seuil) (cf critique de Jacques Lévy)
Cette question ne se résoudra pas que par des problèmes de taille et de périmètre, mais aussi par une autonomie de décision, de réactivité, de dynamisme comparable entre nos régions et leurs voisines européennes. La Catalogne, la Bavière ou l’Ecosse prennent des initiatives déterminantes pour leur avenir là où la Bretagne, l’Alsace, la Provence, la Normandie de demain, sont bridées par leur Etat central.
On aimerait plus de noble politique à notre époque, et on pourrait le souhaiter, et moins de tripatouillage de calcul de circonscriptions électorales à découper et à se distribuer...
Il semble que le pouvoir central ne soit obnubilé que par une seule chose : la place de la Région Capitale dans l'Europe et dans le Monde : cela prouve malheureusement que le pouvoir central ne sait pas prendre de hauteur et ne sait pas sortir de ses obsessions maladives.
La Région Capitale, pour mémoire, c'est 18 % de la population, 22 % des emplois et 27 % du PIB de la France.
Elle
concentre les principaux leviers de la décision publique,
favorisant ainsi le regroupement des centres économiques et étouffant
de fait les opportunités de développement des vingt et une autres
régions, ettoufant l'énergie et le dynamisme des vingt et une autres
régions. Cette concentration est contre-nature, indécente, injuste, et même imbuvable et injustifiable puisque beaucoup de monde le reconnaît, cette concentration est source de nombreux problèmes
sociaux, comportementaux, environnementaux, énergétiques, de transports urbains... : Ainsi la France est un Etat hypertrophié sur 1,8% de son territoire..
Pour sortir la France de sa sclérose institutionnelle et de son marasme sur son territoire, il faut vraiment sortir des vieux schémas, et il est grand temps de faire le pari des régions, car
toutes les régions sont capitales.
Yuca de Taillefer.
P.S. : Le propos ci dessus est de réfléchir et de débattre sur la place des régions en France dans le contexte européen et un appel aux pouvoirs publics, services de l'Etat et députés pour que s’ouvre un vrai débat sur la place de nos régions en Europe.


