Un poilu fusillé remis à l'honneur
11 novembre.. la fin d'une guerre : La Grande Guerre ou Der des Ders...1914-1918
A Blangy-sur-Bresle (Pays de Bray), on a rendu hommage à un poilu fusillé par les autorités françaises. Une histoire pas banale....
Source : l'Humanité
Le nom d’André Lecroq, fusillé par l’armée française en 1915 pour « abandon de poste devant l’ennemi », figure enfin sur le monument aux morts de sa commune.
Blangy (Seine-Maritime),
correspondant particulier.
À la limite entre la Normandie et la Picardie, dans la petite ville de Blangy-sur-Bresle, ils étaient près de deux cents le 11 novembre à commémorer les morts de la guerre... et, cette année, pour la première fois, un mort que l’histoire officielle avait rayé de la mémoire collective. Une nouvelle plaque a été inaugurée sur le monument aux morts : « André Lecroq, décédé par fait de guerre, le 18 mai 1915 ». Le soldat Lecroq, trente-cinq ans à l’époque, a été fusillé ce jour-là par l’armée française pour « abandon de poste en présence de l’ennemi ». Pour citer le docteur Bruno Garraud, médecin généraliste et historien assidu de la vallée de la Bresle, « Lecroq n’est pas mort pour la France, mais mort par la France ».
Le médecin, qui a fait quatre années de recherches pour établir les vérités autour de la vie et de la mort du soldat oublié, sait que Lecroq était un orphelin de Fécamp et qu’il avait trouvé du travail comme verrier à Blangy. Enrôlé dans le 39e régiment d’infanterie, il a subi avec ses camarades au bois de la Mine, dans l’Aisne, un pilonnage ininterrompu de 36 heures entre le 10 et le 11 mai. Au fond de sa tranchée, ce poilu n’en peut plus. Il craque et quitte son poste de combat pour se replier vers l’arrière. Ce qui va être interprété par les cadres de l’armée française comme un acte de lâcheté.
« En fait, André Lecroq montrait au moment des faits tous les symptômes du traumatisme psychique, explique le docteur. Son passage devant le peloton d’exécution était une mise en scène destinée à chauffer l’ardeur des troupes qui partaient deux jours plus tard au carton à Neuville-Saint-Vaast. Il me semblait opportun que son histoire puisse être reconnue, ce qu’a accepté la municipalité. »
L’ancien verrier blangeois est compté parmi les 600 soldats français passés devant les pelotons d’exécution pendant la Grande Guerre. Une vieille Blangeoise a rappelé vendredi que sa veuve « n’a pas reçu un sou : elle était dans la misère ». Pour le maire socialiste de Blangy, Claude Viallarey, la leçon est claire : « Il nous faut condamner l’horreur de toutes les guerres », a-t-il déclaré après la cérémonie au monument aux morts.
Peter Avis