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4 mars 2007

Hommage à Monseigneur Bernard Jacqueline de Saint-Lô

Cet hommage est rédigé par Philippe Cléris

Le rêve de Monseigneur Jacqueline
         

Mgr. Bernard Jacqueline, qui vient de nous quitter, était le dernier gardien de l’âme de la ville de Saint-Lô : il fut même le témoin privilégié des tragédies qui marquèrent l’Histoire. C’est donc avec une grande émotion que je souhaiterais vous apprendre ceci…

NDavant1944NDEnclos

ND de St-Lô avant 1944                           ND de St-Lô de nos jours

En 2003, j’avais lancé l’idée, utopique il est vrai, de reconstruire un jour à l’identique la façade de l’église Notre –Dame de St. Lô, dernier témoin, avec les remparts, présent dans le centre ville de toute la mémoire urbaine d’avant 1944. Dans la foulée du magnifique travail de résurrection réalisée par l’association « St. Lô retrouvé » qui nous offre désormais une ballade virtuelle dans « la ville d’avant », j’ai pensé, avec d’autres, que poser la question - de passer du virtuel au concret avec la façade de Notre Dame, n’était pas inutile ou vain…

 Mgr. Jacqueline, que j’avais alors rencontré, n’en pensait pas moins : il a même rêvé sa vie durant que l’on puisse réparer, un jour, le tort fait à sa ville de St. Lô depuis les années terribles des bombardements et de la Reconstruction. Avec beaucoup d’émotion, il m’avait donc raconté en détails les circonstances dans lesquelles fut prise la décision de ne pas reconstruire à l’identique la façade de Notre Dame… Depuis lors, nous avons échangé sur ce sujet une correspondance. Aussi, pour terminer, je lui laisserai la parole :

 «  La documentation que vous avez déposé à mon domicile manifeste la constance de votre intérêt pour la reconstruction à l’identique de la façade de l’église Notre Dame de Saint-Lô et je vous en remercie.

La cathédrale de Dresde, plus ravagée encore que l’église de Saint-Lô, a entièrement été reconstruite (…)

Il y a eu, au lendemain de la guerre, une thèse hostile à la restauration à l’identique et on lui a préféré d’horribles bâtisses, telle que la façade de N.D. de Saint-Lô (…). Grâce à Dieu, les Monuments Historiques ont abandonné cette mode, mais hélas, les budgets de l’administration du patrimoine sont aujourd’hui fort amaigris… Et je ne suis pas sûr que le maire de Saint-Lô soit prêt à consacrer des fonds à la reconstruction de la façade qui nous intéresse tant et dont, hélas, les pierres sculptées ont été éparpillées (petit musée lapidaire à l’intérieur de l’église ; musée municipal et façade des archives départementales etc…).

Enfin, les échafaudages que vous avez vus donnent quelque espoir !

Veuillez, je vous prie, cher Monsieur, agréer l’expression de mes sentiments distingués »

+ Bernard Jacqueline
Président honoraire de la Société d’archéologie et d’histoire du département de la Manche »

 (NDLR : courrier en date du 28 octobre dernier)


Philippe CLERIS

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Commentaires
F
Le 18 mars 1966, Yves-Marie Froidevaux, architecte MH en charge du chantier de restauration de l'église Notre Dame depuis 1953 est confronté à de sérieuses difficultés financières pour poursuivre son "oeuvre"... Voici ce qu'il écrivit à son supérieur hiéarchique...<br /> <br /> EDIFIANT!! (c'est le cas de le dire...)<br /> <br /> "J'ai l'honneur de vous confirmer qu'aucune correspondance n'a fixé les conclusions des tractations longues et difficiles dont nous fumes chargés tant avec le Clergé qu'avec la Municipalité de Saint-Lô.<br /> <br /> "Il faut se rappeler en effet L'OPPOSITION ET LA DECEPTION D'UN GRAND NOMBRE D'HABITANTS DE SAINT LO DEVANT LE PROJET DE NE PAS RECONSTRUIRE LES DEUX FLECHES QUI DOMINAIENT LA CITE. <br /> <br /> "Les arguments qui décidèrent la commission supérieure à cette solution avaient très peu de poids à Saint-Lô, les représentants de la municipalité ne voyaient dans cet abandon que des RAISONS D'UNE FRUCTUEUSE ECONOMIE FAITE A LEURS DEPENS. Il fallut de longues négociations pour aboutir.<br /> <br /> "A la séance du Conseil municipal réuni pour l'examen duprojet, nous avons accepté la CONDITION DU MAIRE DE NE RIEN DEMANDER A LA VILLE POUR L'ACHEVEMENT DES TRAVAUX, en foi de quoi, la décision fut obtenue à l'unanimité...<br /> <br /> "DANS CE PAYS DE NORMANDIE OU LES MARCHES SE TRAITAIENT SANS ECRIT, NOUS NOUS ESTIMONS LIES PERSONNELLEMENT PAR CET ENGAGEMENT: revenir sur la parole donnée serait un désaveu et une maladresse que nous ne pouvons pas envisager"<br /> <br /> "Yves-Marie Froidevaux"<br /> (sources issue des archives des MH, hôtel de Croisilles, Paris 3ème, publiées par la société d'histoire et d'archéologie de la Manche. Pièce aimablement communiqué par Mgr. Jacqueline...)<br /> <br /> Voilà! vous savez pourquoi Mgr. Jacqueline a, un jour, déclaré que "Saint-Lô est la capitales des ruines"... Cette appelation peu flatteuse colle toujours à la peau (disons plutôt au béton...) de la cité préfectorale de la Manche, ce corbillard de béton tracté doucement par les chevaux d'un haras national...<br /> <br /> Requiem pour la Normandie... <br /> Mais pas "in aeternam"... <br /> Non! jamais!<br /> <br /> Florestan d'Hudimesnil
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F
Mgr. Bernard Jacqueline, ancien nonce apostolique au Maroc et président honoraire de la société d'histoire et d'archéologie du département de la Manche est décédé à son domicile, rue Henri Amiard, à l'ombre de l'église Notre Dame qu'il chérissait tant le 26 février dernier à l'âge de 85 ans. Ses obsèques eurent lieu le 02 mars dernier dans l'église Notre Dame... <br /> Toute sa vie, Bernard Jacqueline fut un ardent défenseur du patrimoine de la ville de Saint-Lô deux fois anéantie tant par les bombardements que par la reconstruction: cette vigilance infatiguable voire cette colère qu'il avait encore ces derniers mois lui vint d'une triste journée d'octobre 1945 lorque le jeune séminariste attaché au service de l'abbé de Chivré, grande figure héroïque saint-loise, qu'il était, découvrit que la façade de sa chère église Notre Dame ne serait jamais reconstruite à l'identique... Il fut par hasard mis au courant des choix mais aussi des manigances d'un certain révérend père dominicain Régamey, directeur de la très influente revue "art sacré" qui donnait alors le ton à Paris sur la doctrine et l'esthétique à suivre pour la restauration des édifices religieux détériorés par la guerre: Régamey était farouchement opposé au travail de l'architecte MH alors en charge du chantier de Notre Dame de 1945 à 1949, un certain Louis Barbier qui faisait honnêtement son oeuvre dans des conditions extrêmement difficiles. Barbier avait le tort d'envisager la reconstruction à l'identique: le tri des matériaux parmi les gravats avait été fait ainsi que le relevé photogramétrique complet de la façade disparue pour la restitution future à l'identique... Mais en 1949 cet architecte devant partir à la retraite (il mourut 4 ans plus tard), Régamey oeuvra en sous main pour la nomination du jeune et talentueux Yves Marie Froidevaux, fervent lecteur de la revue "art sacré" et complètement acquis à l'idée que la reconstruction à l'identique ne serait qu'un pastiche sans âme: le problème c'est que la réalisation du mur "dommage de guerre" actuel en retrait de l'ancienne façade fut la cause d'un véritable scandale archéologique et financier que dénonça toute sa vie Mgr. Jacqueline: les pierres préservées en vue d'une reconstruction à l'identique servirent alors à boucher des trous d'obus (place de la préfecture et rue de la porte Dollée d'après Mgr Jacqueline); les pierres sculptées furent dispersées sur plusieurs sites et la base du pilier nord du portail central encore en place sur plus de 4 mètres de haut fut totalement arrasé. En outre, la taille du schiste vert du nord Cotentin posa d'énormes difficultés au point que Jacqueline affirme que la somme dépensée alors dépasse ce qui aurait pu être dépensé pour une reconstruction à l'identique... Résultat? Le chantier traîna jusqu'en 1974 et la mairie de St. Lô refusa de financer quoique ce soit de cette restauration qui ne fut jamais acceptée par les Saint Lois: depuis Mgr. Jacqueline était devenue le gardien de l'âme de Saint-Lô disparue en 1944 et dont on s'acharna par idéologie ou par négligence à anéantir totalement par la suite au cours de la "reconstruction"... <br /> Aussi, tel Moïse au Mont Nébo, ce fut avec plaisir qu'il avait accepté de me rencontrer pour parler de l'éventualité d'une reconstruction à l'identique la façade de Notre Dame ayant pris connaissance avec beaucoup d'émotion de la lettre que j'avais reçue du maire de Dresde...<br /> C'est donc avec beaucoup d'émotion encore que j'écris ces lignes: continuer à défendre ce projet qui pourrait tant pour réconcilier les Saint-lois avec leur ville sera donc la meilleure façon de rendre hommage à ce grand normand que fut Mgr Jacqueline...<br /> <br /> Florestan d'hudimesnil
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