Le Collectif BEN contacte Jean-Louis Cuche suite au portrait paru dans la Manche Libre
A l’attention de M. Jean-Louis CUCHE
104 Rue de la République
50600 Saint Hilaire du Harcouet
Caen, le 4 novembre 2008
Objet : Réforme des collectivités territoriales, l’exemple de la « réunification normande ».
Cher Monsieur,
Après avoir lu avec beaucoup d’intérêt un article vous concernant et concernant surtout votre combat politique dans les pages de l’excellente « Manche Libre » (édition du 1er novembre 2008), le collectif Bienvenue en Normandie, groupe de citoyens engagés dans la défense et la promotion de l’image de la Normandie et mobilisés pour sa nécessaire « réunification », se sent directement concerné par vos idées présentées dans cet article.
Nous partageons votre analyse et le bilan (hélas catastrophique) qu’engendre un certain « campanilisme » égoïste et refermé derrière des horizons étroits : la situation de déclin social, économique, voire culturel du Mortanais (et plus largement des territoires du « rural profond ») témoigne autant de l’effondrement, en l’espace d’une seule génération, d’une vieille civilisation rurale et agricole avec ses élites traditionnelles (notables propriétaires, clergé, notaires, médecins, vétérinaires…) que du manque d’imagination presque total de l’actuelle « élite » de « péquenocrates » tenant un « Ploukistan » en voie de relégation complète, (au mieux, réserve foncière modique pour les résidents secondaires venant de Rennes, Paris ou d’Angleterre) au moyen d’un réseau communal et administratif suranné !
Vous avez raison de souligner que cet égoïsme communal, à peine tempéré par la nécessité de faire un peu d’intercommunalité ne serait-ce que pour ramasser les poubelles, conduit à une dispersion des moyens financiers et des projets qui demeurent inefficaces pour stopper le déclin (départ des jeunes, des médecins, services publics, désenclavement inachevé, crise sociale chez les exploitants agricoles, dépérissement du tissu économique, aide à l’installation de TPE et PME …)
Ainsi, pour sortir du Mortanais, on peut s’interroger sur le fait que la communauté urbaine de Cherbourg dispose en 2008 d’un budget d’un peu plus de 100 millions d’euros pour près de 100 000 habitants (dont 20% ressortent de l’aide sociale) et que la Communauté de communes de la Hague et ses quelques 8000 habitants disposent grâce à la manne du Nucléaire d’un budget de … 150 millions d’euros !
Plus étonnant encore, et en reprenant votre argument pour l’ensemble de l’actuelle demi-région « bas » normande, si le Conseil Régional, le Conseil Général du Calvados (qui dispose d’un budget annuel supérieur à celui du Conseil Régional…) et l’Agglomération Caen la Mer mettaient ensemble leurs budgets d’investissement pour faire des projets ensemble, la Normandie occidentale disposerait d’une force de frappe annuelle pour investir ici dans l’avenir de près d’un… MILLIARD d’euros ! Face au désengagement d’un Etat central impécunieux (qui a la mauvaise habitude de négocier des Contrats de projets étriqués avec les régions les plus faibles et qui ensuite se fait tirer l’oreille pour honorer ses engagements…) mais aussi face au départ vers l’Est des fonds européens (par ex. FEDER), de telles marges de manœuvre financières commencent à faire réfléchir et agir les élus les plus perspicaces :
Par exemple, depuis 2005 dans la demi-région « haut » normande, sur une idée de Laurent Fabius et sous l’impulsion de Pierre Bourguignon, maire de Sotteville les Rouen et président du SCOTT du Grand Rouen, le Conseil Régional de Haute Normandie et les Conseils généraux de Seine-Maritime et de l’Eure ont décidé de mettre leurs budgets d’investissement en commun et de mutualiser leurs projets ;
Résultat ?
3, 5 milliards d’euros de projets d’envergure pour l’avenir des territoires financés jusqu’en 2013… (contrat « 276 »)
Si cette politique avait été plus pratiquée ici en « Basse » Normandie nous n’aurions certainement pas l’obligation, par exemple, d’accepter comme unique solution financière un péage fixé à 9 euros pour 75 km d’autoroute entre Falaise et Alençon !
C’est pourquoi, nous pensons qu’il devient urgent de faire la réforme du « mille feuille » des collectivités territoriales : les citoyens ne savent plus qui fait quoi puisque toutes les collectivités font tout et n’importe quoi en saupoudrant l’argent public :
Est-ce qu’un rond-point fleuri à l’entrée et à la sortie de chaque commune est vraiment nécessaire ? Nous faut-il vraiment … quatre ambassades à Bruxelles pour représenter les territoires normands au niveau européen (les deux ambassades des deux conseils régionaux mais aussi les bureaux du Calvados et de la Seine Maritime…) Ou deux structures pour promouvoir les entreprises normandes à l’Etranger ? Ou encore que toutes les collectivités territoriales s’occupent de l’éducation de nos enfants ? Ou bien qu’une route départementale ne soit plus dignement carrossable dès la limite départementale franchie ?
Le récent rapport parlementaire « Warsmann » sur la question indique pourtant quelques pistes intéressantes :
Clarifier les compétences selon la hiérarchie territoriale : les compétences régionales, départementales ou communales doivent être enfin spécifiées car, pour lors, aucune loi organique n’indique clairement qui doit faire quoi. Aux régions doivent revenir des compétences de niveau régional qui ne doivent pas se confondre avec ce que doivent faire les départements ou les communes…
Cela implique la suppression ou du moins la réforme des départements recentrés sur leurs missions d’aide sociale et la reconnaissance pleine et entière de l’intercommunalité pour la politique de proximité : oui il y a trop de petites communes et si le département et son Conseil général peuvent être sauvés c’est en devenant le représentant des intercoms face à un Conseil Régional pleinement et clairement en charge de l’aménagement du territoire ou face au préfet représentant l’Etat central dans les territoires…
Nous subissons aujourd’hui les paradoxes d’une décentralisation qui n’est en fait qu’une déconcentration d’un Etat central ayant transféré au gré des circonstances et surtout selon ses intérêts financiers certaines compétences aux collectivités locales et souvent sans que les financements soient parfaitement prévus : il est assez étonnant de constater que les collectivités locales françaises n’ont toujours pas la possibilité de contrôler totalement leurs ressources financières alors qu’elles financent aujourd’hui plus de 70% de l’effort d’investissement nécessaire à la modernisation du pays…
Il est donc devenu urgent pour tout élu local qui se respecte de comprendre que pour assurer l’avenir des territoires et de leurs habitants, il faudra plus de coopération, de mutualisation sinon des suppressions ou des fusions de certaines collectivités pour être plus efficace et avoir enfin les politiques publiques qui soient en phase avec la réalité ou le potentiel économique et social des territoires… Et cela d’autant plus, lorsqu’on doit compter avec une mondialisation économique pleine de dangers (comment garder nos emplois face à la concurrence des pays à bas salaires) qui augmente la concurrence de tous les territoires sachant que dans cette course à la compétitivité,il y a des régions fortes et des régions faibles (notamment les régions du Nord et de l’Est, celles où le PIB industriel français continue de se faire au risque de l’ouverture mondiale alors que les régions de l’Ouest et du Sud attirant les populations et leurs revenus sont moins exposées…).
Face à ces redoutables défis, nous pensons qu’il nous faut des collectivités territoriales fortes :
1) Parce qu’elles maîtrisent leurs compétences (compétences exclusives selon la hiérarchie géographique : le modèle de la subsidiarité européenne peut ici servir)
2) Parce qu’elles maîtrisent finances et projets (coopération et mutualisation)
3) Parce qu’elles maîtrisent leurs territoires : il y a trop de petites communes dans le Mortanais mais il y a aussi une région de trop en Normandie ! S’il n’y avait qu’une seule région en Normandie avec une politique de coopération de finance et de projets clairement négociée entre les principales collectivités territoriales normandes, il serait possible de financer pour le Mortanais et pour toutes les régions rurales ou périphériques normandes une puissante politique d’aménagement du territoire…
Voilà donc les réflexions que nous inspirent vos courageuses prises de position : nous serions très heureux de vous recevoir pour avoir avec vous une conversation et un échange plus profond sur ces questions essentielles pour l’avenir de notre région et de ses habitants…
Dans l’attente,
Bien cordialement et avec nos salutations normandes,
(Patronyme effacé pour a parution sur l'EN et remplacé par :)
Florestan
"Collectif « Bienvenue en Normandie "

