Demandez le programme, par Alain Le Vern
Dans l'interview accordée à
Alain Le Vern, le sortant sort "Mon Contrat avec Vous".
Alain Le Vern, président socialiste sortant, a présenté son programme pour la région ce week-end. 1000 projets qui, dit-il, «changeront la vie des gens».
Quelle sera la différence entre la Région à venir et la précédente si vous êtes élus?
Dans un pays qui connaît de grandes difficultés, la Haute-Normandie doit conjuguer solidarités au quotidien et excellence pour le futur. Les solidarités, ce sont nos1 000 projets qui changeront la vie des gens. L'excellence, ce sera le défi de toutes les mobilités: dans l'emploi par les formations, dans les déplacements par le train et la voiture propre, dans l'énergie grâce à l'innovation.
Comment définissez-vous votre programme ?
Il s'agit d'un contrat avec la population qui peut se résumer ainsi: 0 démagogie, 1000 projets, 100% d'engagements tenus.
S'il y avait une mesure phare à mettre en avant, ce serait laquelle?
Celle qui est tournée vers l'emploi et l'innovation: un appel à projets de 150 millions pour les énergies renouvelables, les nouveaux matériaux du bâtiment. De cette façon, nous créerons de l'activité pour nos filières industrielles et nos PME, des emplois et du pouvoir d'achat, de la vie dans les territoires.
Vous parlez d'écologie punitive en évoquant la taxe carbone. Quel est votre style d'écologie?
Pour moi, c'est l'écologie consentie et heureuse. Qui tient compte du social. Nous proposons un «chèque énergie» pour que les ménages et les personnes seules puissent équiper leur logement en énergies renouvelables et réduire leur facture de chauffage. Bref, le contraire de l'impôt vert de Sarkozy!
On trouve également dans votre programme la création d'une association pour soutenir le secteur automobile. C'est-à-dire?
Elle sera destinée à promouvoir l'excellence haut-normande, et à relever les défis technologiques - voiture électrique, déconstruction des véhicules… C'est ainsi que nous préserverons les 30 000 emplois de la filière et que nous créerons des emplois nouveaux. Contrairement à ce que pensent certains, il y a un avenir pour l'industrie, dans l'automobile comme dans les autres secteurs.
La création de 2 000 contrats de sécurité professionnelle est une mesure très importante pour assurer aux salariés victimes d'un licenciement une formation qualifiante et un complément de revenus. C'est l'embryon de la Sécurité sociale professionnelle du XXIesiècle.
Nouveaux emplois tremplins pour les jeunes également?
1000 de plus dans les secteurs du sport et de la culture au moment où les associations sont malmenées par le gouvernement.
Venons-en à la question du transport ferroviaire, qui est au centre de la campagne. Alors TGV ou pas?
Je suis pour ce qui est réellement faisable et qui peut être financé. Le projet Sarkozy de TGV passant par le nord est mort-né. Le président et ses ministres n'ont pas le début du premier euro pour tenir leur promesse. Je propose de mettre le paquet pour des voies nouvelles sur la ligne Paris-Mantes, puis de faire sauter le «nœud ferroviaire de Rouen» grâce à une nouvelle gare régionale. Voilà du concret et du réalisable! L'offre et la fréquence des liaisons seront augmentées sur l'ensemble du réseau. Rouen sera à 40 minutes de Paris et LeHavre à 1 h 20. Et surtout, tous les bassins de vie (LeHavre, Rouen, Evreux, Vernon, Val-De-Reuil, Bernay) seront desservis.
Autre point fort de la campagne: la réunification de la Normandie. Vous y mettez quatre conditions. Que la capitale soit Rouen notamment. C'est une façon d'enterrer la question d'entrée?
Pas du tout. Sur ce sujet comme sur les autres, je veux dire la vérité aux Haut-Normands. Rouen est légitime car elle est au cœur de la principale agglomération - un demi-million d'habitants dans la Créa. De plus, mettre la capitale ailleurs reviendrait à vider Rouen de l'ensemble de ses administrations et sièges sociaux. Je ne laisserai pas faire un tel plan social!
La marque «Normandie» est pourtant porteuse en Europe comme dans le monde?
Mais la marque, elle est déjà dans nos actions de coopération. Dans le secteur de l'agriculture, du tourisme ou de l'automobile par exemple. Ce sont des projets concrets qui sont positifs pour les habitants, pas les usines à gaz conçues par des technocrates ou des démagogues. Pendant qu'ils dissertent sur la géographie, ils ne parlent pas du pouvoir d'achat, de l'éducation, de la santé, nous si!
Vous mettez en avant votre bonne gestion dans la campagne. Est-ce que financièrement on peut dire que la Région «en a sous le pied»?
Dans la crise actuelle, cette gestion saine permet à notre région d'avoir un horizon et des ambitions. On peut effectivement suivre sur certains projets. Prenez les grands équipements sportifs. A Grenoble, la région Rhône-Alpes a mis 4millions d'euros. Pour le grand stade duHavre, nous avons engagé 25 millions, soit six fois plus! Que les candidats de l'UMP cessent de se moquer des gens qui savent gérer. Ils ont creusé les déficits du pays et ont créé plus de 20 taxes en deux ans. On dit: «Le Vern gère bien l'argent public.» Et bien, je revendique: pour moi, c'est un compliment.
Quelle place réservez-vous aux agriculteurs et aux pêcheurs de la région dans votre contrat?
Le gouvernement précarise les éleveurs et les agriculteurs. Avec nous, la Région les soutiendra. Pour les accompagner dans la transmission ou la reprise des exploitations. Pour soutenir le maintien des herbages et des prairies qui ont un si grand rôle dans notre environnement, notamment lors des grandes pluies. Nous allons créer une conférence annuelle de la pêche et la Région participera à la modernisation de la flotte. Des avances à taux zéro seront accordées afin de soulager la trésorerie des marins pêcheurs.
Revenons à la campagne: comment allez-vous négocier au second tour avec les Verts et les communistes?
Il y a beaucoup d'intox autour de cette question. Vous savez, on vient de travailler ensemble durant douze ans. Au lendemain du premier tour, la gauche sera rassemblée.
Après deux mandats, pourquoi court-on encore après un troisième?
Le premier était compliqué politiquement, je n'avais pas de majorité. Durant le deuxième mandat, il y avait de nouvelles règles à gérer, avec les transferts massifs de l'Etat. Le troisième serait un aboutissement pour nos projets. Nous sommes passés entre-temps de 250 millions de budget à 1 milliard…
Quel genre de satisfaction ressent-on à ce poste de président de Région?
Vous savez, j'ai été maire de Saint-Saëns pendant douze ans, et j'ai aimé voir évoluer ma commune. La Région, c'est comme une immense commune dont je serais le maire. (silence, suivi d'un sourire). Dans la grande commune haut-normande, le maire, en fait… c'est moi!
Propos recueillis par Jean-Pierre Boulais