"Haute"-Normandie, "Basse"-Normandie, faut-il fusionner?
Pourquoi il faut être pour, et militer pour la réunification, pourquoi ça ferait beaucoup de bien à la Normandie. Pourquoi aussi il faut que nous soyons de plus en plus nombreux et déterminé sur ce projet au-delà des sensibilités de chapelles de chacun !

Caen et Rouen : locomotives normandes ou.. belles endormies normandes ?
Le texte explique de A à Z le dossier, qui n'est pas simple, et le pourquoi du dossier. Il est repris du site Haute Normandie Democrate (tendance MODEM). mais de nombreuses sensibilités de l'échiquier politique se sont rallier à la nécessité de ce projet. Il est à noter que le monde économique, associatif, social normand est en avance sur le monde politique... qui risque de toujours tourner en rond... !
Une histoire partagée
La Normandie est née de la volonté des Hommes, elle revendique un héritage qui lui a donné un esprit de conquête et d’aventure, port de départ de grandes expéditions, elle est aussi terre d’accueil et d’ouverture et de nombreux étrangers s’y sentent bien.
Ce lien avec l’histoire elle l’a renouvelé dans les combats du printemps et de l’été 1944 avec ces milliers de victimes civiles et militaires, mais aussi ces villes détruites dans toute la province. Aujourd’hui encore elle est une terre phare, symbole de la libération, ce rendez vous avec l’histoire n’a jamais été séparé par des limites administratives.
Elle est donc naturellement tournée vers l’Europe et au-delà le monde.
Une culture unique
Mais la Normandie, c’est aussi un passé architectural fort avec ses cathédrales, ses maisons au sein d’un pays verdoyant et autour de ces éléments sont nés différents courants artistiques et littéraires bien individualisés comme Normands. L’impressionnisme est directement issu de la découverte par les peintres anglais de cette riche nature et ce sont initialement des peintres normands, Millet, Isabey, Boudin et autres qui ont suivi ce courant, l’ont enrichi. Cette culture normande très assimilatrice a évité à la Normandie les excès d’un folklorisme réducteur.
Encore aujourd’hui le meilleur de la vitalité culturelle en Normandie se fait hors de la transposition pure et simple du parisianisme. L’exposition Caennaise sur la reconstruction en Normandie après la guerre a amplement démontré le caractère original de ce qui a été fait en Normandie par des équipes différentes mais qui se sont adaptées. Aujourd’hui la nouvelle école supérieure des Arts et Médias de CAEN met en place un partenariat avec ROUEN.
Les dimensions actuelles des deux régions, contraintes économiques.
On notera la faible taille des deux régions normandes , avec des budgets insuffisants, si on les compare aux budgets départementaux ; pour ce qui est de la Haute- Normandie le rapport est de plus de 1 et ½ environ avec le département de la Seine Maritime. Depuis port 2000, aucun grand projet européen n’a eu pour cadre la Normandie et il y aurait même une non consommation des fonds européens par manque de projets. Ce qui se traduit par des infrastructures insuffisantes au niveau des chemins de fer, de certains axes routiers. D’une manière générale on ne peut que déplorer le délai trop long entre l’annonce d’un projet et sa réalisation, alors que les projets sont eux-mêmes rares.
Depuis des années on parle de lignes rapides vers Paris, mais aucune des deux régions n’a elle-même le poids nécessaire pour faire aboutir ce dossier.
La Normandie réunifiée serait le 6ième ensemble démographique régional et aurait un PIB de 70 milliards d’€.
Avec peu de sièges sociaux, les pouvoirs décisionnels ne sont pas en Normandie ce qui n’a pas échappé aux acteurs économiques en avance sur le pouvoir administratif. Sur le plan économique on doit noter, l’équilibre intéressant entre industrie, activités de transformation et l’agriculture qui a échappé en partie à la monoculture.
Attractivité, lisibilité, contraintes administratives :
Nos deux régions sont peu lisibles, globalement on connaît la Normandie, à titre d’exemple, il n’ y a qu’un seul comité du tourisme normand avec un seul slogan « Normandie à vivre et à revivre » et depuis lors nos deux régions se sont plutôt améliorés sur ce sujet. Cette recherche de lisibilité est d’ailleurs à l’origine du rapprochement de plusieurs structures :
Chambre d’agriculture Caen
Tourisme déjà évoqué Evreux
CRAM Rouen
EPFN (établissement public foncier de Normandie)
Caisses d’Epargne
Il faut noter que les structures qui ne se sont pas rapprochées ont quitté les deux régions.
Les chambres de commerce, n’ont pu opérer le rapprochement qu’elles souhaitaient du fait de la position frileuse de la CCI de Caen.
On pourrait évoquer aussi l’importance des relations entre les collectivités qui bordent l’estuaire de la Seine, obligées de s’adresser aux deux régions qui n’ont pas toujours la possibilité de se coordonner.
A titre d’exemple le 276 essaie de manière bien imparfaite de résoudre cette adéquation actions, territoires, financements.
Formation, recherche
Dans ce domaine il faut distinguer l’enseignement primaire et secondaire qui en fait ne serait pas affecté par la réunification de l’enseignement professionnel qui sur une seule région éviterait des doublons et permettait des lieux de formation plus actifs, l’appartenance régionale normande pouvant améliorer la prise en charge des frais d’étude.
La construction des deux EPR ne s’est pas accompagnée de la mise ne place en amont des formations nécessaires.
A titre d’exemple, ou en est la recherche nucléaire en Normandie qui accueille plusieurs centrales et un usine de retraitement ?
Au niveau universitaire et recherche, à l’évidence le rapprochement est nécessaire et c’est la vocation du pôle universitaire normand qui a besoin de se reconfigurer en formant un PRES (pôle de recherche et d’enseignement supérieur) l’INSA Rouen et l’ENSI Caen coopèrent étroitement et l’autonomisation des Universités va rendre encore plus nécessaire la création de cette Université de Normandie identifiable, capable d’ attirer les têtes internationales et de dynamiser la recherche.
C’est au Sud ouest de Paris, sur le plateau de Saclay que va s’installer le futur pôle scientifique de l’Ile de France et ce dans le cadre du Grand Paris ! Nous aurions pu imaginer une recherche en région sur le traitement des déchets nucléaires.
Alors que les budgets des CHU sont dans le rouge le rapprochement de Rouen, Caen et au-delà même Amiens est indispensable,le doyen GERARD de la faculté de médecine de Caen a fait part de son inquiétude sur ce sujet, on ne voit pas d’ailleurs la création d’une faculté dentaire pour une seule demi région.
Domaine maritime et fluvial
Il s’agit là d’un domaine essentiel pour les 2 ½ régions, on imagine mal que pour la sécurité et les conditions de navigation il n’y ait pas un seule ensemble de pilotage, les trafics devraient éviter des concurrences stériles qui coûtent en aménagements, à noter que la création du canal Seine Nord obligerait à un rapprochement de Rouen et du Havre et on peut imaginer que Caen dans ce contexte pourra lui aussi recevoir des trafics d’éclatement à partir du Havre éventuellement.
Aucune région française n’a un dispositif portuaire d’une telle importance pour le commerce extérieur de la France.
Le littoral normand est un ensemble cohérent, la pêche n’a certainement pas reçu toute l’attention qu’elle mériterait avec une protection plus stricte des estrans et une véritable prise de conscience de l’importance des conditions de vie aquatique en relation avec l’agence de bassin Seine Normandie.
Disposant au Havre d’une école de marine marchande, de deux lycées maritimes à Fécamp et Cherbourg, mais aussi d’une école de la marine nationale à Cherbourg, la Normandie à l’instar de la région Bretagne doit proposer une filière complète de l’enseignement maritime, le regroupement des ENMM sous la dénomination ENSM risque de laisser à la traîne la Normandie qui n’est pas porteuse d’un pôle d’excellence mer comme la Bretagne ou PACA.
Un destin commun aux portes du Grand Paris
La Normandie doit tenir compte des orientations du rapport GRUMBACH, mal gérés ces projets aboutiraient à isoler une Normandie utile du reste du territoire et à reporter sur la vallée de la Seine l’incohérence de la région parisienne qui cumule des dysfonctionnement en terme de localisations des richesses, logements cohérence sociale…et ce sans contrepartie affichée pour un développement du territoire normand si les centres décisionnels devaient rester sur Paris. On ne peut pas envisager une telle partition du territoire.
Le groupe de travail pense que la Haute - Normandie plus riche devra laisser un rôle important à Caen et utiliser au mieux les réseaux de ville moyenne si elle veut réussir l’unification de la Normandie.
Notre région unifiée sera capable de négocier avec les acteurs du Grand Paris,si ce dossier voit le jour, pour un développement gagnant/gagnant et ainsi éviter une extension en tâche d’huile de l’aire métropolitaine parisienne.
Conclusions
Ces observations complètent l’étude méthodologique du rapport EDATER qui traite avant tout de l’aspect statistique et veut servir à l’élaboration de fiches techniques pour une réflexion politique sur l’unification de la Normandie.
Unifiée la grande Normandie deviendrait le 6ième ensemble démographique régional en France, elle renforcerait son attractivité et permettrait d’envisager les projets à une échelle cohérente.Elle aurait le 6ième PIB national avec près de 70 milliards d’Euros entre Pays de la Loire et Aquitaine, un poids lourd au niveau industriel, elle bénéficierait de complémentarités sectorielles (énergie, tourisme, agriculture, automobile, transport) néanmoins le déficit en emplois métropolitains supérieurs persisterait, mais cette nouvelle région pourrait attirer des sièges sociaux étant donné la qualité de vie ici comparée à la ceinture parisienne.
En résumé, l’intégration des politiques publiques ne semblerait pas poser de grosses difficultés du fait de leur convergence.
La conséquence d’une fusion renforcerait cette convergence, donnerait naissance à des politiques plus fortes, à noter que si ,les agglomérations ont du mal à se mettre en réseau , les opérateurs parapublics ont étendus leurs périmètres au delà des strictes limites régionale et ont déjà une méthode « grande Normandie »
La fusion renforcerait en outre le sentiment identitaire auquel le citoyen est sensible.
Nous n’avons pas abordé le problème de la fiscalité très détaillé dans le rapport mais trop technique et finalement très tributaire de l’évolution de la politique nationale (40% des recettes).Cette question n’ est plus d’ actualité si nous considérons la réforme territoriale en cours de discussion et qui risque de voir les régions dotées par l’ Etat et ne levant plus l’ impôt. Projet donc favorable dans le long terme mais qui nécessite un abord pédagogique et une implication de tous les acteurs.
Il faut adopter les grands thèmes d’avenir, le rôle de la façade maritime, le label Normandie avec des projets visibles et soutenus de manière forte par une grande région.
Il y aura nécessité d’un noyau dur d’élus convaincus du projet
Voir aussi : le point de vue d'un Démocrate Havrais sur le "rêve normand"