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L'ETOILE de NORMANDIE, le webzine de l'unité normande
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18 mars 2010

Qui joue le jeu de la Grande normandie (par l'Express)

l'Express renouvelle son dossier sur la lanscinante question de la réunification normandie... Alors qui joue le jeu de la Grande Normandie et qui ne le joue pas ?
Dossier spécial L'EXPRESS REGION NORMANDIE.

Grande Normandie

La dernière chance de la réunification

Grand Paris, réforme des collectivités locales : les projets gouvernementaux sont venus réveiller les rêves d'unification de la Normandie. Mais les élus peinent à parler d'une même voix. Ce dossier lancinant pourra-t-il aboutir ?

La Normandie, on l'aime. Mais en faut-il vraiment deux ?" La petite phrase de Nicolas Sarkozy est venue relancer le vieux rêve, aux allures d'Arlésienne, de la réunification. Voilà vingt ans que les élus locaux de tout bord la promettent.

Unie, la Normandie ne deviendrait-elle pas ipso facto la 5e région de France ? Ne serait-elle pas plus forte pour affronter la compétition entre territoires ? La coupure artificielle en deux régions administratives, entérinée par décret en 1960, ne s'évanouirait-elle pas ? Las. Depuis, les rapports se sont accumulés... mais les promesses sont restées lettre morte. Au point que la population, plutôt favorable à l'idée, ne semble plus trop y croire.

Et voilà que le président de la République prend tout le monde à contre-pied. "Cela nous a bousculés. On est sorti de notre ronronnement", reconnaît Jean-François Le Grand, président (UMP) du conseil général de la Manche et tête de liste aux régionales en Basse-Normandie. L'intervention présidentielle est passée d'autant moins inaperçue qu'elle s'inscrit dans un contexte singulier.

La réforme des collectivités locales facilitera, si elle est adoptée, les expérimentations territoriales - et notamment les regroupements de régions. Surtout, Nicolas Sarkozy a repris à son compte les travaux de l'architecte Antoine Grumbach sur le Grand Paris et son ouverture maritime. Tout en promettant la construction d'une ligne à grande vitesse (LGV) entre Paris et Le Havre.

"C'est l'opportunité du siècle ! s'enflamme Alain Cousin, député (UMP) de la Manche. A nous de jouer dans la cour des grands avec le Grand Paris." L'ancien député (PRG) du Calvados Alain Tourret est sur la même ligne : "Jusqu'alors, Paris était tenté de regarder vers Lille et le coeur de l'Europe.

Pour la première fois, un schéma de développement vers l'ouest apparaît. Le potentiel de développement économique est énorme." Mais d'autres voix se font critiques. "Avec son TGV qui oublie Caen, Nicolas Sarkozy est en train de couper en deux la Normandie, fustige ainsi Bernard Cazeneuve, le député-maire (PS) de Cherbourg. S'il avait voulu complexifier la réunification, il ne s'y serait pas pris autrement." Le Grand Paris serait-il incompatible avec la Grande Normandie ? Ou, au contraire, sa dernière chance ?

C'est en Basse-Normandie que les annonces présidentielles ont suscité le plus d'émoi. Normal. Dans son premier discours, Nicolas Sarkozy laissait entrevoir un tracé de LGV situé au nord de la Seine et reliant Paris au Havre en une heure, ce qui supposait de ne pas passer par le centre de Rouen. Une véritable provocation pour les Rouennais comme pour les Bas-Normands ! Depuis, le président a rectifié le tir et promis une infrastructure "qui reliera Paris au Havre par Mantes et Rouen en une heure et quart et profitera également aux deux régions". Une phrase savamment soupesée... Il n'empêche ! La crainte de marginalisation fut telle que les élus bas-normands, toutes étiquettes politiques confondues, font bloc.

Laurent Beauvais, président (PS) du conseil régional de Basse-Normandie, est en première ligne. Sa stratégie ? Présenter un front uni pour défendre la stratégie du "Y" ferroviaire. A hauteur de Rouen, la LGV normande se scinderait en deux tronçons allant l'un vers Le Havre, l'autre vers Caen. L'objectif - crucial - est d'arrimer la Basse-Normandie au Grand Paris, mais aussi de rapprocher les trois grandes villes normandes.

"J'ai obtenu le déclenchement d'études de faisabilité d'une LGV jusqu'à Caen", se réjouit Laurent Beauvais, qui a dû mettre 300 000 euros au pot pour y parvenir. La stratégie est audacieuse. Car les élus courent le risque, en réclamant une ligne nouvelle d'un coût exorbitant (environ 10 milliards d'euros pour l'ensemble du "y"), d'hypothéquer les engagements gouvernementaux de modernisation de la ligne existante Paris-Caen-Cherbourg.

Les géographes déploient force arguments favorables

Aujourd'hui, il est difficile de trouver un élu bas-normand hostile à la réunification. Même parmi ceux qui, comme Jean-François Legrand, disent appartenir à la "Normandie armoricaine" et se tournaient jusqu'alors "tout naturellement" vers le Grand Ouest. "Notre intérêt est de nous rapprocher d'un pôle européen comme l'Ile-de-France... à condition d'avoir la capacité d'exister en tant que grande Normandie pour ne pas être transformés en réserve d'Indiens du Grand Paris." Fervent partisan de l'unification, Alain Tourret a livré en urgence, fin décembre, un énième rapport sur la question.

L'intérêt de ce nouvel opus ? Avancer des propositions concrètes - la création d'une université anglophone, l'harmonisation des outils administratifs entre conseils régionaux, le lancement d'un grand emprunt interrégional, etc. - pour tenter d'emporter la décision.

Les géographes se sont, eux aussi, réveillés et déploient force arguments favorables à la réunification. "La Normandie est idéalement située entre la Manche, la mer la plus fréquentée du monde, et l'Ile-de-France. Or elle n'en profite pas, déplore Pascal Buléon, directeur de la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen. La mer est la dimension oubliée de la Normandie, car, dans nos schémas mentaux, la richesse réside dans la ruralité."

Autres atouts de la Normandie, peu valorisés jusqu'alors : sa proximité avec la région parisienne et la qualité de son environnement. De quoi jouer intelligemment la carte du télétravail, grâce aux outils modernes de connexion haut débit. Et Pascal Buléon de citer l'étalement croissant du trafic autoroutier sur toute la semaine ou ces nouveaux actifs installés dans le Perche qui travaillent de plus en plus longtemps sur place dans ce qui n'est plus tout à fait leur résidence secondaire.

Des indices laissent penser qu'aucun rapprochement n'est en vue

Si l'effervescence est de mise en Basse-Normandie, cela n'est en rien le cas en Haute-Normandie. Avec les projets du Grand Paris et de l'axe Seine, les élus de cette région se sentent en position de force. Pour eux, la réunification n'est absolument pas d'actualité, même si aucun ne prend le risque politique de s'opposer ouvertement au projet.

"Les coopérations interrégionales, c'est ça, l'avenir !" soutient Alain Le Vern, président (PS) de la Haute-Normandie, qui défend une approche "réaliste", ancrée sur la vie des habitants, à l'opposé des "constructions géostratégiques fumeuses". "Il faut regarder les réalités en face, poursuit-il. Rouen n'est pas tournée vers Caen. Et nos filières économiques nous poussent naturellement vers l'Ile-de-France, le Centre ou la Picardie."

La carte des échanges économiques plaide en sa faveur. Tout comme des petits détails qui n'en sont pas : la Haute et la Basse-Normandie ne disposent ainsi pas de la même zone de vacances scolaires, ni du même quotidien régional (Paris Normandie pour la première, Ouest-France pour la seconde). Pour se dédouaner de toute accusation d'ostracisme vis-à-vis des cousins bas-normands, Alain Le Vern vante les projets menés en commun (pôle de compétitivité croisé, promotion touristique, aéroport de Deauville, etc.).

L'approche de la coopération interrégionale serait-elle suffisante ? Pas sûr ! Dans les domaines clefs de la santé, des ports ou des sites universitaires, le bilan est bien maigre. "J'ai acquis la conviction que la Normandie a perdu en substance, faute d'unité", avance Alain Tourret.

Les universités sont ainsi passées à côté de la manne du plan Campus, à cause de leur trop petite taille. Quant au futur Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (Pres) de Normandie, il se heurte toujours à un problème de domiciliation... Pis ! La coordination entre les deux conseils régionaux demeure balbutiante... Même leur système informatique diffère ! "La fusion n'est pas un but en soi, mais elle serait la solution idéale pour optimiser les coopérations", résume Bernard Cazeneuve.

D'autres indices symboliques laissent à penser qu'aucun rapprochement n'est en vue. Depuis janvier 2009, la ville de Rouen a renoncé à payer sa - pourtant modeste - contribution (21 000 euros annuels) à Normandie Métropole, l'une des rares instances internormandes. "Nous avons pris cette décision au regard de la petitesse de son bilan", argumente la députée-maire (PS) Valérie Fourneyron.

Un mauvais signal pour son homologue de Caen, le socialiste Philippe Duron, qui souhaiterait réanimer cette structure au lendemain des élections régionales afin de relancer un réseau entre les trois grandes villes normandes. Quant au maire (UMP) du Havre, Antoine Rufenacht, il n'a pas jugé bon d'inviter les élus bas-normands au colloque sur le Grand Paris qu'il organise dans sa ville en mai prochain. Ce qui lui a valu de recevoir un courrier courroucé de Philippe Duron...

Le blocage semble donc total. Et l'on voit mal comment les prochaines régionales pourraient changer la donne, même si la droite donne de la voix en s'appropriant le thème de la réunification pour sa campagne. "La gauche en a rêvé. Nous, nous la ferons", assure Jean-François Le Grand.

"Il faut arrêter de parler et agir !" insiste Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture et tête de liste (UMP) en Haute-Normandie. D'aucuns estiment que seul l'Etat pourrait débloquer le dossier. Une option peu crédible, tant le président de la République essuie déjà de nombreuses critiques pour sa réforme des collectivités locales et la "recentralisation" qu'elle entraînerait.

"Un projet fourre-tout imposé d'en haut"

Certains en viennent carrément à douter de la réalisation d'une LGV normande annoncée pour "après 2020" ! Car le projet ne bénéficie à ce jour ni de fonds fléchés ni d'un calendrier précis. De plus, sa rentabilité est douteuse. "Il y a un risque qu'elle ne voie pas le jour faute d'argent, mais aussi dans le cas où Nicolas Sarkozy ne serait pas réélu en 2012", analyse Philippe Duron. Alain le Vern renchérit : "Le Grand Paris, c'est juste un bon coup médiatique pour le président de la République. Un projet "fourre-tout" imposé d'en haut aux ploucs de Normandie."

Observateur attentif des dossiers normands, le directeur de l'Ecole de management de Normandie Jean-Guy Bernard pointe un autre "grand danger" : l'incapacité des Normands à présenter un front uni pour que la promesse présidentielle se réalise et bénéficie à la Normandie tout entière. "Le Havre a besoin de nous pour réussir, complète Philippe Duron. Sans un lobbying territorial parfait de l'ensemble des acteurs bas et hauts-normands, rien ne se fera." A ce jour, la dynamique est loin d'être enclenchée. Et la Grande Normandie est peut-être en train de laisser passer sa dernière chance...

Le casse-tête de la capitale

Comment choisir entre Rouen, Caen et Le Havre ? Il n'est pas sûr qu'il y ait une solution...

Quelle serait la capitale d'une Normandie réunifiée ? La bataille rangée que se livrent les Normands sur cette question semble sans fin. Elle fut d'ailleurs parfois mise en avant pour bloquer tout processus d'unification.

D'où la décision de Bruno Le Maire et de Jean-François Le Grand, têtes de liste (UMP) en Haute- et Basse-Normandie, "de ne pas faire de la question de la capitale un préalable". Une position dilatoire, qui fait sourire... "Au contraire, il faut en parler, estime Laurent Beauvais, président (PS) du conseil régional de Basse-Normandie. Nous avons intérêt à être clair si l'on veut que la population tranche en toute connaissance de cause. Il y a quand même près de 3 000 emplois à la clef."

Pour les Bas-Normands, la cause est entendue : Caen doit être choisie, ne serait-ce qu'en raison de sa "position géographique centrale". Dans son rapport sur la réunification, l'ancien député (PRG) du Calvados Alain Tourret est allé jusqu'à faire plancher un cabinet d'architectes sur la localisation du futur hôtel de la grande région (voir ci-dessus).

"Choisir Rouen ou Paris comme capitale de la Normandie, c'est la même chose !" tonne-t-il, au risque de choquer. Laurent Beauvais joue plus finement : "Je suis partisan de l'innovation territoriale, dit-il. Caen serait capitale régionale et Rouen métropole, comme le prévoit la réforme des collectivités locales." Problème : Laurent Fabius, président de la communauté de l'agglomération rouennaise, ne veut pas en entendre parler. "Je suis contre l'idée de supprimer tout pouvoir aux communes", indique-t-il.

Résultat : l'affaire tourne en rond. Et les montages sophistiqués de partage des rôles (la préfecture à Rouen, le conseil régional à Caen, le conseil économique, social et environnemental au Havre) n'ont pas suffi à débloquer la situation. De plus, l'Etat s'est bien gardé de donner des indications sur la localisation de ses directions dans une Normandie unifiée.

Pour contourner le problème, le député-maire (PS) de Caen, Philippe Duron, pousse une autre option : la création d'un pôle métropolitain entre Le Havre, Rouen et Caen. L'avantage ? Constituer un ensemble significatif de 1 million d'habitants entre des villes distantes de moins de trois quarts d'heure. Un projet ambitieux qui, pour le moment, demeure encore au stade de l'ébauche.

Ce qu'ils en pensent...

Petit panorama des positions des grands acteurs sur la réunification.

Laurent Beauvais : Le partisan par conviction et par nécessité

C'est pour lui que la partie est le plus difficile. Devenu président du conseil régional de Basse-Normandie il y a moins de deux ans, le socialiste Laurent Beauvais, 57 ans, doit s'imposer sur la scène nationale tout en évitant la marginalisation de sa région qu'entraînerait la structuration de l'axe Paris-Rouen-Le Havre.

Partisan par conviction - mais aussi par nécessité - de la réunification, il doit affronter les résistances de quelques-uns de ses mentors politiques. "Je ne désespère pas que nous ayons un jour une position plus harmonisée entre nous", lâche-t-il sans trop y croire. S'il n'a accueilli le rapport Tourret que du bout des lèvres, c'est parce que les solutions proposées dans ce document - très favorable à l'unification - ont irrité plusieurs de ses précieux soutiens. Telle Josette Travert, l'influente présidente de l'université de Caen, hostile à la fusion avec ses collègues rouennais. Entre diplomatie et fermeté, la voie est étroite pour Laurent Beauvais.

Jean-François Le Grand : Le converti de fraîche date

Longtemps, ce "Normand armoricain (comme il se définit lui-même) a naturellement regardé vers la Bretagne. De la presqu'île du Cotentin, Rouen semblait bien trop éloignée pour le président (UMP) du conseil général de la Manche.

Et voilà que le président Sarkozy évoque le Grand Paris et sa façade maritime. Et que, propulsé tête de liste UMP pour les régionales en Basse-Normandie par les hasards de la vie politique, Jean-François Le Grand se retrouve entouré de fervents défenseurs de l'unification (Philippe Augier, Hervé Morin...). Mieux ! Bruno Le Maire, tête de liste (UMP) en Haute-Normandie, a choisi de faire de la réunification l'un de ses principaux thèmes de campagne.

Il n'en fallait pas plus pour que Jean-François Le Grand ne vire sa cuti... tout en prenant soin, toutefois, de veiller aux intérêts de "sa" Normandie armoricaine. N'a-t-il pas récemment déposé une proposition de loi au Sénat afin de "sanctuariser" le financement prévu pour la modernisation de la ligne Paris-Caen-Cherbourg ? On n'est jamais trop prudent.

Philippe Duron : L'homme des petits pas

Depuis qu'il n'est plus président de région, Philippe Duron n'est plus aussi en pointe sur le projet de réunification. L'homme est réputé prudent et habile. Sagement, il attend le lendemain des élections régionales pour pousser une nouvelle carte qui ferait la part belle aux villes. Normal, pour le maire de Caen qu'il est devenu !

Ce passionné d'aménagement du territoire parie donc sur la constitution d'un pôle métropolitain entre Caen, Rouen et Le Havre. "Un tripode cohérent autour de l'estuaire de la Seine" dit-il, dont Paul Delouvrier, le grand planificateur du général de Gaulle, avait déjà eu l'intuition. Un bon signe...

Alain Le Vern : L'opposant de toujours

Il ne dira jamais qu'il est contre l'unification. Mais il peine à cacher le fond de sa pensée. Le "Monopoly régional", ce n'est pas son truc ! Ce serait plutôt l'affaire de doux poètes ou de journalistes parisiens. Lui se targue de s'intéresser à la "vraie vie des gens", pas aux limites administratives du territoire.

Le patron socialiste de la Haute-Normandie prône une approche méthodique, projet par projet, seule façon, à ses yeux, de pratiquer la politique efficacement. Tout juste consent-il à promettre un référendum sur l'unification après les élections "afin de faire appel à l'intelligence des habitants". Mais sa conviction personnelle est faite depuis longtemps : l'avenir de sa région ne passe pas par un rapprochement avec Caen.

Bruno Le Maire : Le nouveau chantre de l'unification

Il a la verve des nouveaux venus et une force de conviction à soulever les montagnes. "Beaucoup de Normands souffrent de cette séparation et aspirent à porter haut et loin l'identité régionale, assure Bruno Le Maire. Je ne me résigne pas à l'idée que la Normandie soit réduite à un simple noeud d'échanges économiques et administratifs..." Parachuté dans l'Eure à l'occasion des législatives de juin 2007, le ministre de l'Agriculture cherche, depuis, à soigner son ancrage local. Rien de tel que l'étendard de l'unification pour y parvenir.

Alors, Bruno Le Maire s'emploie à "rendre leur fierté aux Normands" et leur parle de grandeur. Il veut créer une cité européenne de l'énergie aux environs de Dieppe, installer un parc offshore géant d'éoliennes au large du Tréport, attirer les industries innovantes, développer le haut débit... Le tout, en prenant soin d'écarter, le temps de la campagne, les sujets qui fâchent comme la sempiternelle question de la capitale. Un équilibre fragile.

Antoine Rufenacht : Le déçu pragmatique

Si le maire (UMP) du Havre a été l'un des supporters de la réunification, il a lâché prise depuis quelques années. Las des parlottes et fatigué de se battre pour un dossier qui n'avance pas. Aujourd'hui, Le Havre est sous le feu des projecteurs et ses perspectives de développement économique sont énormes. Alors Antoine Rufenacht joue perso, pour ne plus perdre de temps.

Son but ? Transformer Le Havre en vrai centre de décision portuaire et maritime" grâce à la délocalisation d'entreprises et d'administrations. Dans la visée du maire, figure notamment le secrétariat général de la mer.

Valérie Fourneyron : L'indécise

La réunification n'est "absolument pas (sa) priorité", même si elle reconnaît un "certain bon sens" à vouloir être "plus grand et donc plus fort". Sa priorité, c'est bien sûr la ville qu'elle a conquise de haute main en mars 2008. Lorsque Rouen fut concurrencée par sa vieille rivale Le Havre dans le cadre du Grand Paris, la députée-maire (PS) Valérie Fourneyron est montée au créneau pour défendre bec et ongles son projet de gare sur la rive gauche de la Seine, à deux pas de la cathédrale.

Depuis, elle s'efforce d'obtenir la connexion de la nouvelle ligne à La Défense et à Roissy. Et continue de marteler, aussi souvent qu'elle le peut, sa vérité : "Rouen est le vrai port de Paris. Un port de fond d'estuaire doté d'un puissant hinterland de 22 millions d'habitants, indispensable pour éviter le transport des marchandises sur la route." Alors, vous comprenez, la réunification... "Si les Normands le veulent, pourquoi pas ? Mais ils me semblent plus intéressés par une amélioration des lignes ferroviaires."

Alain Tourret : Le croisé de l'unification

Il a encore frappé. En présentant, le 21 décembre dernier, un nouveau rapport favorable à la réunification, Alain Tourret tente le tout pour le tout. Le vice-président (PRG) du conseil régional de Basse-Normandie a "l'intime conviction que les deux régions ont perdu de grands combats faute d'union".

Son approche se nourrit désormais d'une réflexion plus économique qu'historique. Visionnaire, il affirme que "la fusion n'est qu'une étape" et "que, en 2030, l'Ile-de-France et la Grande Normandie réunies formeront la plus importante région d'Europe". Dans l'immédiat, son rapport a irrité. En faisant de Caen l'inévitable capitale, en s'attaquant à des bastions (université...), en critiquant violemment les préfets de la République accusés d'immobilisme... Alain Tourret n'en a cure : "Personne, en dehors de la Normandie, ne comprend pourquoi la Grande Normandie n'existe pas."

Le cas Fabius

Sans être "hostile" à la Grande Normandie, Laurent Fabius semble plutôt rétissant et pose ses conditions quant à ce projet.

Lorsqu'on l'interroge sur la Grande Normandie, Laurent Fabius s'en sort par une pirouette : "Il faut aller à l'idéal en comprenant le réel", glisse-t-il en citant Jaurès. En clair : l'essentiel n'est pas de rechercher une solution institutionnelle pour la Normandie, mais de décrocher des garanties sur le financement et le calendrier de réalisation de la LGV normande promise par Nicolas Sarkozy. "Faute de quoi, cela revient à faire du bruit avec sa bouche", tacle-t-il.

Pour porter la cause de l'unification, nombreux sont ceux à avoir songé à lui. Mais à 63 ans, l'ancien Premier ministre ne semble pas disposé à en faire son "grand oeuvre". Sans doute par scepticisme sur ses chances de succès. Aussi par manque d'envie de s'imposer comme nouveau "duc de Normandie".

Si Laurent Fabius dit n'être "pas du tout hostile" à la fusion, il pose ses conditions : Rouen doit être la capitale et le passage par un référendum s'impose. Il ne manque pas l'occasion, aussi, de pointer les contradictions du projet gouvernemental de réforme territoriale, qui affaiblit l'échelon régional (par la baisse prévisible des ressources et la suppression de la clause de compétence générale...) en affirmant le défendre.

Pour l'heure, Laurent Fabius s'emploie plutôt à mettre la dernière touche à Normandie impressionniste, son exposition phare prévue en juin. Une manière bien à lui de contribuer à l'émergence d'une Grande Normandie.

"Il y a une chance réelle pour la Normandie"

Pour le grand géographe de la Normandie Armand Frémont *, une région de référence et de poids doit exister face au Grand Paris.

Vous avez récemment pris contact avec quelques grands élus normands afin de les convaincre de relancer le processus d'unification. Pour quelle raison ?

Je veux tout d'abord préciser que je ne suis pas un de ces fanatiques de l'unification qui avancent des raisons historiques ou idéologiques pour la réclamer. La finalité de mon initiative est très différente et consiste à redonner vitalité à cette région, à aider à son développement.

Or, j'en ai la conviction, avoir ces deux petites régions est un handicap. Et un paradoxe, alors même que le nom de Normandie est connu et reconnu de par le monde ! J'ai dit à ces grands élus que le projet d'Antoine Grumbach [NDLR : le développement de l'axe Seine entre Paris et Le Havre] était intéressant, mais qu'il fallait une Normandie réunifiée pour qu'il prenne tout son sens. Pour rééquilibrer ce projet, qui est d'abord parisien, une région de référence et de poids doit exister face au Grand Paris.

Comment ont-ils réagi ?

Laurent Beauvais, le président du conseil régional de Basse-Normandie, est totalement sur ma ligne. Philippe Duron, le maire de Caen, est plus prudent et cherche à pousser le triangle métropolitain Rouen-Caen-Le Havre. Antoine Rufenacht, le maire du Havre, joue la carte de sa ville, car il en a l'opportunité.

Quant à Laurent Fabius, il demeure étrangement silencieux... Le vieux géographe que je suis fait un peu de volontarisme. Mais j'estime de mon devoir de dire qu'il y a là une chance, confuse mais réelle, pour la Normandie. Si l'unification échoue, les deux régions prendront un mauvais coup.

Pourquoi le dossier n'a-t-il pas bougé depuis des décennies ?

Pour plusieurs raisons. Sur un plan politicien, tout le monde se marque. Chacun a en tête l'obsession des équilibres politiques. Ensuite, le choix de la capitale régionale pose un vrai problème. Pour s'en sortir, il faut définir ce qu'on veut qu'elle signifie.

Si on joue une politique du territoire équilibré, c'est Caen ; si on joue le poids économique et démographique et le dynamisme, c'est Rouen, voire - je le dis un peu par provocation - Le Havre. Il a aussi manqué à la Normandie un grand politique pour taper du pied dans la fourmilière et incarner ce dessein de l'unification. Enfin, les deux Normandie ont connu un grand marasme et perdu beaucoup d'éclat. Ce qui ne pousse pas à aller de l'avant...

Y a-t-il une identité normande ?

Oui, elle existe historiquement, même si elle n'est pas aussi éclatante que l'identité bretonne, par exemple. L'identité normande est très mesurée et assez floue, à l'image du caractère de sa population. Sur les marges géographiques, le rapport des habitants à leur région est fort affaibli : Avranche regarde vers la Bretagne, Alençon et le sud de l'Orne, vers la Sarthe, une partie de l'Eure vers Paris, le pays de Bray vers la Picardie...

Mais une région n'a pas besoin d'être homogène pour exister. Regardez Rhône-Alpes ! Ce qui importe, c'est plus la complémentarité et la volonté que l'homogénéité. De toute façon, ce n'est pas sur l'identité que l'on peut espérer bâtir un avenir.

La solution peut-elle venir d'un homme extérieur à la région, comme le président de la République ?

Ce n'est pas exclu, car la Normandie, même quand elle est socialiste, reste légitimiste. Il n'y aura pas d'opposition frontale au pouvoir parisien, y compris en Basse-Normandie. Cela nécessite toutefois de la constance de la part du président, faute de quoi cela n'ira pas très loin.

Je vacille un peu dans mon opinion sur l'aménagement du territoire. J'ai toujours été favorable à la décentralisation, mais l'éparpillement des responsabilités locales est tel qu'il me semble que nous sommes dans l'incapacité de nous en sortir par nous-mêmes. C'est pourquoi l'intervention de l'Etat me semble indispensable

* Dernier ouvrage paru : Normandie sensible. Ed. du Cercle d'art, septembre 2009.

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Commentaires
C
En effet cette réforme éviterait de grandes questions préalable; reste la sale bataille de la Capitale et le fait que les élus poussifs demeurent!
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H
Quelque soit le résultat des élections,la réunification ne se fera pas.Il faudra attendre la réforme des collectivités térritoriales qui,sans atermoiements,permettra de réunifier la Normandie.C'est la dernière chance.On ne peut plus compter sur nos élus.
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F
François DROUEL ce matin dans le journal de 7 heures:<br /> "pour ceux qui aiment les débats de fond, il est temps que la campagne se termine..."<br /> <br /> Sans commentaires!
Répondre
F
Plutôt bas les débats!<br /> <br /> Dans la grange aux dîmes de la baronnie de Bretteville sur Odon, j'ai assisté ce soir en direct, "silhouette" (enfin presque!) dans le public, au débat LEGRAND vs BEAUVAIS avec des journalistes aux questions démagogiques et peu renseignés sur le dossier de fond du TGV (Après l'émission il a fallu rappeler à M Gauguin de France Bleue Basse-Normandie que le projet de TGV direct Paris-Le Havre n'était plus d'actualité... un comble!)<br /> <br /> JF LEGRAND nous a fait un grand numéro de cabotinage qui lui a permis de faire preuve de certaines approximations tout en mettant parfaitement les pieds dans le plat sur la question de la réunification: à la question posée par le journaliste Franck Lactalis (alias "Besnier") "comment imagineriez-vous la Basse-Normandie de 2020"(sic!!) Legrand a corrigé tout de suite : "... Normandie".<br /> <br /> Beauvais sans cravatte mais plus mal à l'aise ne s'est pas totalement donné les moyens d'exposer les dossiers notamment le dossier ferroviaire comme il aurait été souhaitable: le débat a été très confus sur la question ferroviaire. Non le TGV n'est pas forcément incompatible avec les TER!<br /> <br /> Il a quand même répondu qu'avant 2020 il y avait l'étape de 2014 avec les Jeux équestres mondiaux et un référendum à préparer pour 2013... Quant au choix de la capitale: Beauvais n'a rien dit mais Legrand a défendu "Caen biensûr" alors qu'il disait il y a encore quelques semaines qu'il fallait d'abord faire la réunification et qu'on verrait ensuite après pour la capitale...<br /> <br /> <br /> Vu le niveau de la réflexion proposé lors de ce débat TV, le référendum c'est mal barré! Beauvais a rappelé qu'il faut un projet clair présenté aux populations qui trancheront: la classe politique sera-t-elle capable de nous proposer un projet régional normand cohérent (capitale+métropole+ territoire) en 4 ans alors qu'elle en a été incapable depuis 40 ans?<br /> <br /> Il faut d'autres acteurs publics sur ce dossier qu'une classe politique locale questionnée par des journalistes plutôt nuls!<br /> <br /> En rentrant chez moi, je suis allé vite voir la vidéo du débat à trois sur FR3 Normandie-Rouen animé par Philippe Goudé d'une autre envergure que son collègue Lactalis bas-normand... Le débat fut bien plus intéressant mais pas un mot sur la réunification. Enfin si, une seule allusion dans la gueule du détestable petit roquet frontiste Nicolas BAY qui accusait Lemaire d'avoir découvert le problème de la réunification en lisant le rapport Balladur...<br /> LEMAIRE a fait une bonne prestation, moins percutante que la première car il devait répondre aux aboiements du petit chien frontiste qui ne disait, d'ailleurs, pas que des choses stupides sur l'immobilisme et le manque de vision régionale...<br /> LE VERN nous a fait le coup de l'instituteur pour corriger un Nicolas BAY trop désagréable avec son camarade ministre...<br /> <br /> sur le fond: LEMAIRE a promis de siéger à la caserne Jeanne d'arc quoiqu'il arrive. LEVERN a promis que le contournement EST de Rouen se fera quoiqu'il arrive tout en se défaussant en permanence sur le gouvernement pour expliquer pourquoi les trains n'arrivent pas à l'heure, le contournement ne se fait pas. face aux remarques toujours très pertinentes de bruno LEMAIRE, Le Vern a bossé ses dossiers: il était meilleur qu'il y a 10 jours et à peine moins arrogant...<br /> <br /> info intéressante: LEMAIRE s'engage à mettre en oeuvre un schéma éolien pour stopper le mittage des paysages et privilégie un parc éolien en mer qui puisse bénéficier aux pêcheurs (récifs artificiels pour les poissons)<br /> <br /> Moralité: je pense qu'il y aura autant d'abstention ce dimanche que dimanche dernier!<br /> <br /> Pour ma part je souhaite:<br /> 1 L'élection de Beauvais en BN<br /> 2 L'élection de LeVern pour que Franck Martin (au CRHN) puisse bosser le dossier de la fusion régionale avec Alain Tourret (CRBN)<br /> 3 La présence la plus forte possible de Bruno Lemaire au CRHN pour éviter 4 ans d'immobilisme auto-satisfait d'un instituteur LeVern qui devra prendre sa retraite en 2014
Répondre
C
Mettez-vous tout de suite sur France Bleue Haute-Normandie, débat entre :<br /> <br /> - Alain Le Vern<br /> - Nicolas Bay<br /> - Bruno Lemaire<br /> <br /> Il s'agit des régionales et on parlera de réunification.<br /> <br /> A vos postes, vite !
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