COUP de COEUR de l'ETOILE: LE HAVRE d'Aki Kaurismäki
Vous n'aimez pas les destinations "bling-bling", vous aimez la profondeur, la densité, la sincérité et la solidarité des rapports humains: vous allez adorer "LE HAVRE" le nouveau film du finlandais Aki Kaurismäki qui a trouvé dans la grande ville portuaire normande ce qu'il n'a pu trouver ailleurs: cette amitié franche et chaleureuse nimbée d'humeur mélancolique propre aux villes portuaires ouvertes sur le monde (pensons à Lisbonne et à son fado) mais qui au Havre se vit à l'heure d'un rock'n roll bien local arrosé de cidre cauchois à fuir les touristes. On retrouvera en effet avec plaisir dans ce film et dans son propre rôle Little Bob, alias Roberto Piazza qui vaut bien Johnny Halliday (Little Bob étant resté ancré dans le port du Havre alors que l'autre s'est enneigé en Suisse...)
On a donc beaucoup aimé ce film qui parle aussi avec subtilité de la Normandie et qui propose un portrait assez réussi de l'identité havraise...
Ainsi, l'écrivain Marcel MARX précise au jeune Idrissa qui veut fuir en Angleterre qu'il s'est échoué ici "au Havre, en Normandie": on pourrait préciser plus encore: au "Havre de grâce"...
Ainsi des plans séquences d'une grande beauté sur le ciel, la mer et le port du Havre avec une référence évidente au tableau de Monet "Impression au soleil levant" peint devant le bassin du commerce en 1872...
Ou encore la raison pour laquelle Little Bob s'est faché avec la moitié qu'il aime et dont il exige des excuses pour retourner sur la scène: un pommier mal soigné! Référence à notre querelle normande?
Et, dans sa générosité pour son sujet, le finlandais qui aura passé plusieurs mois au Havre pour tourner son film, n'a pas manqué une scénette au comptoir du café autour de la question de savoir si le Mont St Michel est bien normand ou non avec pour protagonistes, un breton hâbleur comme il se doit face à un normand sûr de son droit et un... alsacien qui tient à démontrer qu'on élève chez lui des canards bien plus dodus que ceux de Duclair, bien évidemment! Allusion fine aux trois grandes communautés qui ont construit l'identité havraise: les Normands cauchois, les Bretons ouvriers portuaires et la bourgeoisie alsacienne protestante fuyant l'Alsace allemande après 1870...
Un bémol ou deux cependant:
Faire passer Harfleur pour Calais car dans le Nord Pas de Calais, les autorités ne veulent plus entendre parler de films évoquant le problème des migrants clandestins sans-papiers
Enfermer Le Havre dans une image "vintage" années 1950 de la Reconstruction et des Trente Glorieuses: c'est le côté nostalgique et poétique d'un film qui est aussi peu réaliste qu'Amélie Poulain avec les clichés franchouillards en moins...
BREF! Vous n'avez pas aimé "Brice de Nice" courrez voir "Le Havre", un film qui parle actuellement aussi de la Normandie dans toutes les salles de cinéma françaises!
ah oui, j'oubliais, c'est aussi un film français de bord de mer où l'on ne parle pas de Bretagne et où aucun téléphone portable n'apparait à l'écran: OUF!
