Normandie divisée = trou normand = bas salaires... Même en Haute !
L'INSEE en Normandie a parfaitement intégré la formule terrible de Bernard Cazeneuve qualifiant la Normandie "d'angle mort" et la Basse-Normandie "d'angle mort de l'angle mort", puisqu'on dispose d'une INSEE bas-normande qui ignore une INSEE haut-normande (et vice versa)...
Cependant, malgré des cartes, des méthodes ou des agendas de publications qui peuvent différer jusqu'au ridicule, les deux INSEE que nous avons en Normandie (quel luxe !), se retrouvent bien souvent à faire les mêmes constats concernant l'économie et la société normande:
une perte de substance générale, un bilan démographique préoccupant (fuite des jeunes normands et arrivée de résidents retraités), un déclin économique relatif, une région de plus en plus dépendante, une trappe à bas salaires...
Bien entendu, l'INSEE divisée en deux en Normandie n'en est pas encore à faire le lien entre le désolant constat fait régulièrement et la division normande: la fusion normande annoncée prochainement aura au moins ce premier mérite d'obliger les statisticiens de l'Etat "en région" de faire, enfin, un peu plus de... géographie !

Une récente étude de l'INSEE de Haute-Normandie démontre tout particulièrement la situation normande en tant que trou à bas salaires à l'Ouest de Paris: le secteur d'activité des "services à la personne" confine à la caricature sociale avec les réalités concrètes difficiles vécues par certaines de nos concitoyennes normandes, puisque ces "services à la personne" emploient à plus de 80% des femmes, peu qualifiées, mal payées et sans espoir de carrière...
5% des emplois en Seine-Maritime et 6% dans l'Eure voilà ce que représente ce secteur d'activité qui réinvente (avec grand peine) les emplois de domesticité d'autrefois... Dans le Lieuvin (Pont Audemer) ce secteur représente près de 10% des emplois disponibles.
24500 salariés sont concernés en Seine-Maritime et 10800 dans l'Eure ce qui place la demi-région de Haute Normandie au dessus de la moyenne nationale (4,8 %): ces types d'emploi sont plus présents en zone rurale ou péri-urbaine qu'en zone urbaine... Dans la plupart des cas (8 cas sur 10), la salariée est directement embauchée par son employeur et en a, bien souvent, plusieurs (quatre employeurs parfois plus) avec des contrats très précaires (en moyenne plus de cinq contrats d'embauche par an) précarité qui s'accroît avec l'âge sinon l'expérience professionnelle acquise puisque les dames de service âgées de plus de 45 ans accumulent jusqu'à 6 contrats annuels...
Dans l'Eure se sont les employeurs publics qui dominent "le marché" alors que ce sont plutôt les particuliers qui animent ce marché en Seine Maritime par le biais de grandes associations telle que l'Aide à domicile en milieu rural (ADMR)
Les "services à la personne" c'est donc la périphrase euphémisante pour ne plus dire: femme de ménage, bonne à tout faire, gouvernante, nourrice, aide pour vieilles personnes en perte d'autonomie, aides soignantes dans les Etablissements d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) que certains cyniques voudraient nous vendre comme la "silver économy" qui doit faire l'avenir de la Normandie... Bah voyons !
Regardons, en effet, du côté des salaires:
D'abord ça paye mal et ensuite ça paye mal des... femmes et des femmes plutôt âgées car le métier, comme tant d'autres, n'attire pas les jeunes qui quittent la Normandie, on l'a vu, dès qu'ils ont un peu de bagage et du diplôme... Et pour cause ! Pour 36% des contrats, le salaire horaire brut est inférieur à 1,2 smic, soit 10, 63 euros de l'heure, avec un salaire horaire médian brut qui s'élève à 10, 70 euros dans le cadre de contrats passés avec des employeurs particuliers et à 9,90 euros dans le cadre de contrats passés avec des organismes prestataires (ex EHPAD).
Comme aucune perspective d'évolution du salaire n'est envisageable, les bonnes femmes de ménage normandes cumulent les contrats:
La qualification professionnelle, la formation, et la reconnaissance pour celle qui peut vous permettre de garder votre grand-mère dépendante dans sa petite maison, dans son petit village, au fin fond du pays de Caux ou du pays d'Ouche, est proche de... zéro !
Le mépris de la Normandie, commence là...

"Darling", un film de Christine Carrière (2007) d'après le roman éponyme de Jean Teulé (qui connait bien la Normandie et le Cotentin), avec Marina Foïs et Guillaume Canet, ou les aventures amoureuses et tragiques d'une midinette normande du Cotentin qui rêve de s'enfuir dans les bras d'un camonnieur sur fond de cette misère sociale décrite par l'étude de l'INSEE. Le film a été tourné dans la région de Granville (Manche)
citation:
« Elle est pas facile à dire, la vérité. Si j'enlève la broderie, il reste que la merde, et la merde, ça n'intéresse personne. Les gens, ce qu'ils veulent tous, c'est des belles histoires, avec des gens beaux. La merde des inconnus, tout le monde s'en fout. » (Darling)
Pour connaitre l'origine du livre de Jean Teulé et du projet de film sur "Darling" l'histoire vraie d'une femme normande confontrée à la misère sociale et à la violence masculine, cliquez sur le lien ci-dessous. Lire jusqu'au bout pour vous convaincre du fait que les élites médiatiques parisiennes, dans un mélange de condescendance et de mauvaise conscience, peuvent faire du business avec le malheur social observé dans la province normande: voilà une banlieue plus lointaine et plus exotique que celle de la "petite couronne"...
http://www.lexpress.fr/culture/cinema/darling_474656.html
Près de 50 années de division normande à l'ombre de la puissante région parisienne et aux marges de villes et régions plus dynamiques, nous a condamné à une certaine médiocrité, par le poison de nous y habituer: la Normandie divisée est devenue un trou normand, une "trappe à bas salaires" faute d'ambition, faute d'un effort de formation, en l'absence d'emplois et de niveaux de salaires suffisamment attractifs dans nos grandes villes normandes qui ont raté le virage de la métropolisation des années 1970 /1990 dans une Normandie divisée et ratatinée sur le micro-local: selon une étude datant de 2011, on comptait près de 14% d'illettrisme dans l'académie de Rouen (contre mois de 10% en moyenne nationale) par rapport à la population totale supposée savoir lire et écrire.
L'avenir de la Normandie ne doit donc pas être seulement celui d'une basse cour de la région parisienne où les jeunes qui restent, faute d'études suffisantes pour pouvoir partir, seraient condamnés à tondre les pelouses des résidences secondaires des Parisiens ou à tenir la cuillère d'un grand-père qui ne peut plus manger sa soupe lui-même...
Seule une région unifiée avec un seul conseil régional enfin doté des moyens et des compétences nécessaires pourra mettre en oeuvre les politiques publiques en terme de formation professionnelle, de qualification, de création d'emplois pour éviter de faire de la Normandie, un parc à Causettes
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On se souviendra de l'expérience de la journaliste très parisienne Florence Aubenas qui s'est fait passée pendant un an pour une anonyme femme de ménage dans la région caennaise: son récit décrit finalement une situation économique et sociale de type colonial. C'est après la lecture de ce livre que nous avons forgé le terme de "PLOUKISTAN" et penser à définir la "Normanditude" en tant que fierté provinciale à revendiquer pour sortir de l'ombre portée de Paris "la ville lumière" dont la lumière se paye dans l'ombre d'une certaine misère sociale et professionnelle:
La Normandie doit absolument sortir de là !
(source: d'après Filfax Normandie, 02/05/14 n°4776, chiffres pour la 3ème semaine de mars 2010, INSEE de Haute-Normandie avec le concours de la DIRECCTE de Haute-Normandie)