Le découpage de la France est une antienne qui obsédait déjà les rois toujours inquiets de l’essor des féodalités. Pour ce qui est de la République, c’est en 1919 que naquit le premier projet, dit « régions Clémentel », à vocation économique. Il ne verra pas le jour. En juin 1941, sur instruction du maréchal Pétain, Yves Bouthillier, ministre des Finances, redessine la carte de France sur la base des anciennes provinces. Cette organisation tombe avec le régime de Vichy en 1944.
La IVe République s’attaque à son tour au problème avec le décret Pfimlin, du 28 novembre 1956, repris et modifié à la demande du général de Gaulle, le 2 juin 1960, sur lequel le chef de l’Etat construira son projet de régionalisation rejeté par le référendum du 27 avril 1969. C’est la loi Chaban Delmas, du 5 juillet 1972, qui décidera finalement du découpage administratif des 22 régions actuelles.
Rien ne peut sérieusement être entrepris sans tenir compte des paramètres démographiques, sociologiques et historiques sur lesquels s’inscrit depuis toujours l’identité territoriale de la France. Il existe à ce sujet des cohérences et des convergences tendant à relier ou à unir certaines régions entre elles et autant d’éléments rendant certaines fusions absurdes ou illogiques.
En suivant une progression du Nord vers le Sud, la nouvelle répartition, à nos yeux la plus juste, devrait se présenter ainsi :
1) Le Nord, fait de la Flandre et de l’Artois, a toujours eu des liens étroits et anciens avec la Picardie. Tout les rapproche et leur permet de cohabiter. La région Nord Picardie répond à une réalité historique et naturelle. Celle du bon sens.
2) La réunification de la Normandie ne fait que réparer une aberration ayant trop duré. On maintient en l’Etat.
3) L’actuelle région Champagne Ardenne a toute vocation à rejoindre la Lorraine pour former un grand territoire de l’Est tourné vers la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne. Cela constituerait une entité harmonieuse promise à une bonne synergie économique.
4) Reconstituer l’Alsace Lorraine de triste mémoire n’a pas de sens et suppose une insulte pour la spécificité alsacienne. L’Alsace fait partie de ces territoires historiques dont on ne peut effacer l’identité. Elle reste une région à part entière et mérite que la République cultive cette précieuse différence.
5) La France-Comté rejoint la Bourgogne en toute cohérence, puisque elle s’appelait autrefois la « comté » de Bourgogne, située en Saint-Empire romain germanique, voisine de la « duché » de Bourgogne, située en royaume de France. D’autant que les deux conseils régionaux partagent cet avis.
6) Il est ridicule d’ajouter l’Auvergne à la méga-région Rhône-Alpes qui se suffit déjà à elle-même avec neuf départements s’étendant du Jura jusqu’au Mercantour.
7) L’Auvergne rejoint tout naturellement le Limousin avec lequel elle forme une entité cohérente posée sur le Massif central. Un territoire magnifique qui trouvera son essor dans ce rassemblement de configurations complémentaires et la volonté des populations de s’inscrire dans un environnement préservé.
8) Orléanais, Berry, Touraine, Anjou et Maine se retrouvent tel que le grand fleuve dessine et rassemble le jardin de la France. La région Centre s’enrichit donc de la Maine-et-Loire, de la Mayenne et de la Sarthe pour former ainsi un grand Val-de-Loire cohérent porteur de symboles socio-historiques. C’est par ailleurs le souhait d’une majorité d’élus locaux.
9) La Loire Atlantique retrouve enfin sa patrie légitime pour former une Bretagne une et indivisible d’Ancenis au Conquet. La République rétablirait ce que Pétain avait défait.
10) La Vendée, qui est poitevine d’origine, rejoint le Poitou et les deux Charentes pour fusionner avec l’Aquitaine. Le duché d’Aliénor est ainsi reconstitué dans sa cohérence. Certes, l’Aquitaine gasconne et guyennaise aurait pu aussi fusionner avec Midi-Pyrénées, mais c’eut été isoler le Languedoc avec lequel elle partage toute une sociologie.
11) Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, deux grands territoires occitans, retrouvent leurs frontières communes. Au delà du rugby, ce serait là une entité d’un dynamisme inouï retrouvant la grandeur du comté de Toulouse.
12) La Provence reste la Provence. Et c’est très bien ainsi.
13) L’Île-de-France porte bien son nom.
14) La Corse est la Corse.
Tel serait le découpage le plus légitime et le plus cohérent de la France de demain. Celui qui répond à une histoire française.
INFO LE FIGARO - Les nouvelles régions fusionnées pourront changer de nom après les élections régionales. En revanche, c'est l'État qui fixera, dans un décret, la capitale de la nouvelle collectivité.
Quel nom pour les régions fusionnées? Matignon a la réponse et fait connaître les règles. «La loi fixera dans un premier temps que le nom des régions fusionnées sera l'assemblage des régions actuelles. On parlera donc de la région Poitou-Charentes-Centre-Limousin. Bien évidemment, ce ne sera pas le cas pour la Haute-Normandie et la Basse-Normandie qui deviendront la Normandie», explique un proche conseiller de Manuel Valls. Il ajoute: «Dans un second temps, une fois que les régions seront constituées et les nouveaux conseils régionaux élus, les noms pourront être modifiés.»
Les services du premier ministre ont également planché sur le choix des capitales de région. Un point très sensible notamment pour Toulouse et Montpellier qui doivent faire partie d'une même région Midi-Pyrénées - Languedoc-Roussillon. «L'État fixera par décret les capitales des régions», explique-t-on à Matignon où l'on précise que «si les régions souhaitent que leur assemblée reste dans une autre ville, elles pourront le faire».

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