UNITE NORMANDE: Michel ONFRAY s'exprime dans Paris Normandie. Réponse du Collectif BEN
Il est impératif d'élever le débat: la matière normande est somptueuse, prestigieuse, majestueuse...

Ce beau vêtement ne doit plus traîner dans la poussière de l'oubli et du mépris ou dans les crachats d'une approche intellectuellement paresseuse "clichetonesque" (à la sauce Ouest-France) ou, pire! dans la boue mesquine d'un piétinement politicien.
Nous pensons que cette urgence anime les récentes déclarations publiques du philosophe normand Michel ONFRAY que nous apprécions beaucoup sur l'Etoile de Normandie et au collectif citoyen républicain "Bienvenue en Normandie" puisque nous animons depuis 2008 un séminaire d'études normandes au sein de l'Université Populaire de Caen.
Cependant, qu'il nous soit permis d'exprimer à notre tour notre opinion sur ce que dit Michel Onfray de la Normandie mais aussi et surtout de nous tous, Normandes, Normands qui avons collectivement la responsabilité de faire entrer dans la Normandie dans l'un des moments les plus considérables de sa longue histoire: le retour à l'unité ! Rien de moins...
Ci-après, les derniers propos de Michel Onfray parus dans la soirée du dimanche 17 mai 2015 dans Paris-Normandie, suivis de notre réaction au titre du collectif "Bienvenue en Normandie"
http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/3186520/actualites/-l-essentiel#.VVm4LJNqYaQ
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Fondateur de l’Université populaire de Caen, Michel Onfray n’est pas favorable à un référendum pour désigner la future capitale normande
Alors que les politiques, à un peu moins de sept mois (6 et 13 décembre 2015) d’un scrutin historique semblent englués dans des querelles politico-politiciennes dans le seul but de réaliser une « juste » répartition des pouvoirs administratifs et économiques entre une Basse-Normandie, fière et inquiète, et une Haute-Normandie, sûre de sa force mais timide, quel regard porte un philosophe contemporain sur cette réunification normande ? À 56 ans, Michel Onfray est aujourd’hui l’un des penseurs les plus en vue de son temps.
Ce fils d’un ouvrier agricole et d’une femme de ménage d’Argentan qui a fait ses classes dans un pensionnat catholique est sans concession avec notre classe politique. Alors que la (re) création de la Normandie sonnait comme une évidence lorsque le gouvernement a dévoilé la carte des nouvelles régions françaises, les retrouvailles entre l’Orne, la Manche, le Calvados, l’Eure et la Seine-Maritime pourraient ressembler, le 1er janvier 2016, à un rendez-vous manqué. À moins que la raison et le plaisir simple de vivre ensemble l’emportent. Ce dont doute un Michel Onfray, pas loin de penser, que la grande Normandie est mal embarquée.
A quelques mois de la fusion, Haute et Basse-Normandie cherchent chacune à tirer la couverture pour ce qui est des services et autres administrations. Cela peut-il entacher le début des noces?
Michel Onfray: « Je crois que c’est déjà le cas. Le dossier est ancien et les arguments sont connus. Jadis Philippe Duron en avait fait un motif de campagne électorale pour les régionales, un motif repris par Laurent Beauvais sans que rien n’aboutisse.
Il a fallu la décision jacobine, électoraliste, parisienne, centralisée, administrative de François Hollande pour que cette réunification rentre dans les faits. Nous n’avons rien préparé, nous, Bas-Normands, qui soit digne d’un grand projet pour notre région. J’émets toutefois un bémol : moi qui suis de gauche, j’avais lu le livre de Philippe Augier, maire de l’ancienne UDF de Deauville, qui proposait un projet que la gauche aurait tout à fait pu augmenter, préciser, affiner, compléter avec lui dans une collaboration intelligente.
Mais le vice de la politique politicienne qui fait qu’à droite on déconsidère toujours la gauche, et vice versa, a fait qu’ici comme ailleurs c’est l’intérêt général et le bien public qui en ont pâti. Nous arrivons au mariage comme une épouse dans un mariage forcé...
Caen ou Rouen capitale, pour vous? Et pourquoi?
Le problème est moins qui aura la capitale ? que Qu’aura celui qui ne sera pas la capitale ? Car l’une des deux villes ne sera pas capitale, vérité de La Palice, et celle qui ne le sera pas risque de ne rien avoir du tout, alors que l’autre aura tout car nous reproduisons le schéma jacobin qui centralise et concentre tout ici et vide ce qui n’est pas la capitale.
On « monte à la capitale », remarquez-le, et les provinces sont désertées. Paris se nourrit des énergies provinciales et vide de sa substance une France exsangue parce que tout converge vers Paris. Nous sommes en train de penser pareillement avec la future capitale qui risque d’épuiser ce qui ne sera pas elle, tissu rural et autres villes de moyenne et petite importance.
En 1793, la Normandie a brillé par son fédéralisme républicain en proposant que les régions valent autant que Paris qui était l’une d’entre elles. Nous devrions remettre au goût du jour cette passion fédéraliste qui est l’une des modalités de la République.
« Le référendum suppose un électorat éclairé »
Fallait-il passer par un référendum pour la fusion? Et aujourd’hui, faut-il un référendum pour désigner la capitale?
Le référendum suppose un électorat éclairé. À défaut de Lumières, ce sont les petits intérêts qui font la loi. Ne comptons pas sur la presse, les médias ou les pouvoirs publics pour organiser les conditions des Lumières - sur ce sujet comme sur les autres.
Je gage que la Basse-Normandie aurait voté non à la réunification, la Haute oui, que Caen aurait voté pour elle comme capitale et Rouen de même.
Quel rôle, quelle place alors pour la ville qui n’est pas capitale?
C’est justement le problème. J’ai pour ma part rédigé une tribune dans Ouest-France pour dire qu’à défaut d’une capitale que je vois mal revenir à Caen tant les pouvoirs régionaux en place semblent avoir déjà démissionné (pour quelles étranges raisons : sinécures ou impuissance, bévue ou bêtise, fatigue ou incompétence ?).
Je proposais qu’à défaut d’industrie, de ports, de gaz, de torchères, de pétrochimie nous, Basse-Normandie, puissions revendiquer une carte culturelle, gastronomique, touristique, patrimoniale, universitaire. Ce que je ramassais sous la formule : le raffinement contre les raffineries...
Il faudrait pour ce faire songer à obtenir en contrepartie d’un pouvoir politique qui partirait hors de Caen une priorité sur les domaines précités. Mais il faudrait pour ce faire que la mutualisation bas-normande s’active, que des mutualisations s’opérèrent et nous en sommes loin !
Qu’est-ce qui unit les habitants des deux régions? Au contraire, quels sont les points qui les divisent?
Ce qui nous réunit ? Un passé commun, ce qui n’est pas rien, mais qui compte pour zéro dans un monde où seuls importent l’instant, le pur présent, l’éternel présent. Un tempérament, un style, un caractère. Une littérature autonome, indépendante, du roman anglo-normand au baroque d’un Patrick Grainville en passant par l’invention de l’impressionnisme avec les lumières qui sont les nôtres. Un rapport au temps. Une ruralité qui infuse même les villes – les fameuses « villes à la campagne » d’Alphonse Allais, autre Normand, existent donc déjà... Ce qui nous sépare ? L’ignorance que nous avons un passé commun... Mais aussi, au-delà de la boutade, une incapacité à être fier de notre existence au contraire des Corses, des Bretons ou des Occitans, parmi d’autres régions qui s’aiment sans narcissisme.
« La discrétion, une vertu normande »
Y’a-t-il un «sentiment normand» (je ne parle pas là des identitaires...)? Si oui, est-il plus présent en Haute? En Basse-Normandie? Les deux? Comment l’entretenir dans la fusion? Et si non, comment le créer?
Ce sentiment existe, mais il relève de la discrétion qui est aussi une valeur, voire une vertu, normande. Il est dans la nature des Normands de ne pas trop dire, de ne pas trop montrer, de ne pas trop s’exhiber, de n’en penser pas moins, mais d’éviter l’étalage
Il faudrait multiplier les rencontres, les fêtes, les occasions de convivialité de façon locale, créer le lien entre ces individualités radicales et farouches, jalouses de leur indépendance, que sont les Normands. Ce que font les deux universités populaires que j’ai créées. Il faudrait multiplier les pôles de convivialité normande.
« Les politiciens n’aiment pas les gens mais le pouvoir qu’ils ont sur eux »
La réponse du Collectif citoyen républicain "Bienvenue en Normandie":