CAPITALE REGIONALE FEDERATIVE: Maître TOURRET et Maître Goupil FABIUS
Cela pourrait être un conte de Jean de La Fontaine: "Il était une fois, Maître Tourret, brave paysan madré, roublard et rusé qui rencontre en chemin Maître Goupil Fabius..."
Qui des deux sera le plus rusé ?
Depuis juillet 2014 sur l’épineuse question d’une capitale normande éclatée sur la base d’un fédéralisme urbain inédit, avantage net à Maître Tourret qui fédère désormais derrière lui toute la ménagerie politique normande à l’exception notable d’un jeune poulain entraîné par Maître Goupil Fabius qui n’a pas dit son dernier mot !
- Lire l’article de Ouest -France ci-dessous (5/8/15) :
« La Normandie avec une capitale bipolaire »
Alain Tourret, député PRG du Calvados et maire de Moult, nous livre son analyse sur le choix de Rouen comme chef-lieu provisoire de la Normandie
« La décision du Gouvernement de retenir Rouen comme chef-lieu provisoire de la Normandie est d’évidence un acte qui marquera l’Histoire. Le choix aurait pu s’arrêter sur Caen qui dispose d’un atout essentiel, la centralité, et par la même, de la proximité des citoyens vis-à-vis des décisions, critère essentiel au moment où l’on construit les grandes régions.
Rouen possède d’autres atouts. Elle s’appuie sur une métropole forte de près de 500000 habitants et constitue un lien essentiel avec l’Ile de France qui sera demain, d’évidence, le premier des partenaires de la Normandie.
La politique du tout ou rien est extrêmement dangereuse. Se battre uniquement pour Caen en ignorant superbement Rouen risquait de retenir Rouen et de ne rien attribuer à Caen, ou vice-versa ! En qualité de député, j’ai donc lutté sur le plan législatif et j’ai obtenu le vote d’un amendement essentiel imposant à titre principal le partage des pouvoirs entre le chef-lieu proposé, l’hôtel de région et le lieu de la majorité des réunions du conseil régional. Les choses sont claires :
La préfecture de région et le conseil régional ne peuvent siéger dans un seul et même lieu sauf si 3/5ème des élus en décident autrement.
La capitale administrative – Rouen désormais- est le lieu où se trouve la préfecture de région. Cela impose selon le texte même de la loi, que le Conseil régional siégera désormais à Caen.
En faisant retenir Caen comme siège du Conseil régional, j’entendais que les services de la région se trouvent à Caen. On ne saurait donc limiter la portée de mon amendement au seul endroit où se tiennent physiquement les réunions plénières et les réunions de la commission permanente.
Le ministre de l’Intérieur a pris un certain nombre d’engagements pour qu’il y ait une répartition entre les deux villes et, éventuellement avec d’autre, des administrations déconcentrées de l’Etat.
Un consensus pourrait être trouvé en retenant pour Caen ce qui relève du pôle enseignement, université, recherche, culture, ce qui relève de la santé, ce qui relève de l’agriculture et en retenant pour Rouen, capitale économique ce qui relève de l’industrie, de l’économie et éventuellement du social. Le Havre conservera ses attributions en matière maritime et en matière de douanes.
J’appelle donc toutes les forces politiques normandes à conforter les choix que j’ai proposés et à faire en sorte qu’un consensus à la normande puisse s’établir.
Le combat électoral aura évidemment lieu mais il serait intelligent, en en tout cas fondateur, qu’il retienne de manière unanime le socle institutionnel qui résulte tant de la loi que des propositions que j’ai pu faire.
Dans le cas contraire, il appartiendra en 2016 à 3/5ème des élus de se prononcer pour une capitale qui cumulerait tous les pouvoirs. Cela irait contre le sens de l’Histoire, comme le bon sens et cela serait mortifère sur le plan politique.
Demain, la Normandie unie sera l’une des principales régions françaises. A nous de faire en sorte qu’elle soit la région de référence. »
Commentaires de Florestan :
Bien entendu, on ne trouvera jamais 60 députés normands pour désirer tout concentrer à Rouen déjà préfecture régionale. Il est donc très probable et donc souhaitable que Caen soit désigné siège de l’exécutif du conseil régional, la collectivité territoriale décentralisée dans une ville, l’Etat déconcentré en région dans l’autre.
C’est la position claire de deux têtes de liste officielles aux prochaines élections régionale, Hervé Morin (UDI/LR) et Yanic Soubien (EELV) sachant qu’Hervé Morin se verrait très bien premier président de région normand de l’Histoire avant la fin de l’année.
Mais Maître Goupil Fabius rode encore et il n’a pas encore totalement épuisé son pouvoir de nuisance : son représentant Nicolas Mayer-Rossignol (PS et président de région sortant et, par ailleurs, conseiller municipal de Rouen) défend une position « subtile » de placer à Rouen l’exécutif régional auprès du préfet de région selon une logique jacobine (et fabiusienne) éprouvée tout en déclarant qu’il sera aussi dans son bureau de Caen.
En effet, l’évidence que personne ne souligne c’est que le futur conseil régional normand aura forcément DEUX hôtels de région avec un site principal (il serait souhaitable qu’il soit à l’abbaye aux Dames de Caen) et un site secondaire (la caserne Jeanne d’arc de Rouen) : Nicolas Mayer Rossignol aura beau jeu de demander à Hervé Morin de préciser sa position sur ce point pratique essentiel. Installer le Conseil régional à Caen, implique-t-il de fermer et de vendre la caserne Jeanne d’arc rouennaise ?
On a envie de répondre : bien sûr que non ! L’exécutif régional (cabinet du président de région et commission permanente) irait siéger près de l’abbatiale caennaise où repose la Reine Mathilde qui fut une très intelligente régente de Normandie lorsque son mari organisait l’Angleterre conquise : une belle source d’inspiration ! De même qu’on trouverait à Caen les directions du conseil régional qui vont travailler avec celles de l’Etat déconcentré en région qui vient de nous annoncer sa clé de répartition : la culture, la formation, santé, recherche supérieure, agriculture à Caen. Les finances, le social, le développement économique à Rouen. Les choses sont claires !
Compte tenu de la stérile mentalité chicaneuse de nos élus, le vote de « sécurité » aux 3/5ème des élus du futur conseil régional de Normandie sera, hélas, indispensable pour imposer Caen, conseil régional, sur la base d’un refus de Rouen : on peut rêver d’un symbole politique pour la nouvelle Normandie plus fameux ! Et le risque ce serait aussi de constituer, à la suite de ce vote forcément perdu pour les partisans rouennais fabiusiens et dans l’opposition à la nouvelle majorité régionale, une minorité de blocage interdisant au nouveau conseil régional normand d’officialiser la ville de son choix en temps utile !
Auquel cas, l’Etat qui avait déjà choisi Rouen comme préfecture régionale reprendrait la main pour désigner, lui-même, avant la fin de l’année 2016, le siège définitif du conseil régional normand avec le risque d’un choix « jacobin » centralisateur : ce serait le pire des scénarios ! Maître Goupil Fabius, lui-même, aurait peine à y voir sa victoire. Ce serait surtout pour son poulain Nicolas Mayer-Rossignol qui disposait jusque-là du formidable capital symbolique d’avoir « fait » une réunification normande historique, une défaite totale !
Une défaite totale pour toute la Normandie !