UNITE NORMANDE: Et la transcendance ? Bordel!
La rédaction de l'Etoile de Normandie a reçu ce jour le dernier communiqué de Didier Patte, président du Mouvement Normand à propos de la piteuse journée à l'hémicycle du ci-devant conseil régional de Haute Normandie à Rouen qui devait être historique, solennelle et symbolique mais qui fut un vrai calvaire pour des personnels débordés et mis sous pression car les lieux, tant du point de vue pratique (c'était trop petit) que du point de vue symbolique (le souvenir funeste du satrape anti-normand Le Vern) ne se prêtaient vraiment pas à une telle circonstance.
De l'avis de tous nos amis qui furent présents en ce lundi 4 janvier 2016 qui restera, néanmoins, mémorable, dans cette caserne Jeanne d'Arc pour une fois bruissant de monde et d'un peuple venu de toute la Normandie, on a frisé plusieurs fois la faute de goût.
La déception est légitime car du côté de Rouen, notre métropole, notre "Babylone" disait Flaubert, la ville d'un normand ingénieux nommé Marcel Duchamp qui avait pourtant réussi le tour de force de transformer un... urinoir en oeuvre d'art universelle, certains ont totalement perdu l'art subtil et supérieur de manier les symboles et la transcendance collective...
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Fauteuil de président de région normand... d'après Marcel Duchamp (collection privée d'Alain Le Vern)
LE SEMAINIER DU MOUVEMENT NORMAND
COMMUNIQUE N° 233 – 1ére SEMAINE de JANVIER 2016

UN EVENEMENT HISTORIQUE EN DEMI-TEINTE
La République méprise les transcendances qu’elle n’a pas suscitées. Il en est ainsi de la France éternelle dont elle s’obstine à ne faire commencer l’histoire qu’en 1789. Il en est de même de la Normandie pour laquelle elle fait le service minimum à l’occasion de sa renaissance officielle et administrative.
Le représentant de l’Etat,, Préfet de la Région, n’a pas fait en sorte d’installer le premier Conseil régional de Normandie dans les locaux inspirés et inspirants du Palais de Justice, siège vénérable de l’ancien Parlement de Normandie, supprimé en juillet 1789. Sa disparition a précédé de peu la disparition officielle de la Normandie lors de la Nuit du 4 août 1789. Le symbole eût été beau et remarqué. Le fil aurait été renoué : la Normandie, dans sa représentation officielle, retrouvant les fastes de l’antique juridiction provinciale, c’eût été un puissant argument pour la promotion de l’identité normande, une occasion exceptionnelle d’insuffler une nouvelle fierté normande. Cela, l’Etat républicain ne l’a pas voulu, se méfiant des identités régionales qui ont perduré depuis plus de deux siècles malgré le charcutage en départements et la division régionale des cinq dernières décennies.
Ce n’est pas un miracle si 126 après la dissolution des provinces, la Normandie se retrouve enfin, dans sa presque totalité (nous n’oublions pas les Iles normandes de la Manche), dans sa cohérence et dans le consensus le plus large de sa population qui n’a jamais cessé de se dire normande plutôt que « seino-marine », « euroise », « manchote », « ornaise » ou « calvadosienne ». Les Normands ont certes accepté les départements et, nous le pensons au Mouvement Normand, tiennent à cet échelon – pourvu qu’il reste subalterne de la Région -, mais la force du sentiment d’appartenance à l’entité normande fait que la réunification – que d’aucuns appellent fusion -, de par la Loi du 16 janvier 2015, n’a soulevé aucune véritable protestation dans la population, malgré les manœuvres dilatoires de quelques localistes endurcis ou de quelques prébendiers de la division normande craignant de perdre leur siège. En cela, qui ne voit que, seule, la Normandie s’est parfaitement accommodée d’une Loi au demeurant bâclée pour les autres Régions de l’Hexagone ?
La force d’un symbole – et l’installation du premier Conseil régional de Normandie dans l’enceinte de l’ancien Parlement eût été symbolique – est qu’il traduit un état d’esprit, en l’occurrence une reconnaissance par la République d’une fidélité exemplaire de la Normandie envers la France. C’est grâce aux Normands si, en 1944, la République fut réinstaurée dans la plénitude de ses prérogatives. Bayeux et le Cotentin, en plébiscitant le chef du Gouvernement provisoire de la République française, tordirent le cou aux tentatives américaines de l’AMGOT, qui eussent mis la France sous tutelle étrangère. Cela, le Général De Gaulle ne l’oublia jamais qui fit de Bayeux le lieu de son appel en faveur d’une République responsable… Mais le symbole auquel nous nous référons est aussi la réparation d’une injustice : la Normandie a payé très cher la libération du territoire et nous avons apprécié le magnifique discours du Président Hollande rendant un hommage appuyé aux 20 000 victimes civiles normandes tombées au cours de la Bataille de Normandie.
On pourrait pousser encore plus loin le symbole dans la comparaison que nous faisons entre la France éternelle et la Normandie. Nous avons été frappés par la similitude des enluminures médiévales relatant le baptême de Clovis, véritable fondation de la France, et celle représentant le baptême de Rollon par l’Archevêque de Rouen. Naissances identiques, profondes symbioses entre la population gallo-romaine avec l’envahisseur franc, d’une part, entre la population gallo-franque et l’envahisseur scandinave, d’autre part, sous l’égide de l’Eglise, seule structure immanente aux époques considérées.
Oui, la République se serait grandie en faisant de l’installation du premier Conseil régional de Normandie le lien entre notre passé et notre avenir : elle ne l’a pas voulu, se méfiant sans doute d’une identité trop forte (qui pourrait donner des idées à d’autres). Ajoutons à cela la mesquinerie d’une Haute administration encalminée dans son jacobinisme dépassé et… passons à la suite !
Le choix de l’amphithéâtre de l’ex-Conseil régional de « haute » Normandie pour l’installation de la nouvelle assemblée normande était inadéquat. Trop exigu, il ne permettait pas l’accueuil d’un public naturellement fort nombreux pour une telle séance inaugurale. Quant aux 102 conseillers, on les avait casés dans une enceinte prévue pour quatre-vingts sièges… Nombreux furent les citoyens qui furent refoulés : nous pensons notamment aux candidats non élus des listes qui eussent dû être tous invités. Quelques membres des CESER purent se faufiler, d’autres envoyés dans une salle annexe devant un écran… Quant au peuple… N’insistons pas !
Ce choix fut surtout une faute. C’était en quelque sorte, de la part des organisateurs, signifier une préférence pour que tous les organes de la Région fussent regroupés à Rouen, en la Caserne Jeanne d’Arc. Et puis, ces murs qui avaient été pollués par les haineuses diatribes du sinistre Le Vern contre la réunification de la Normandie suintaient encore de la mesquinerie de ce personnage maléfique et de ses épigones. Et ce n’est pas l’apposition des armoiries normandes remplaçant l’inepte et hideux logo de la défunte « haute » - Normandie qui exorcisait suffisamment les lieux des miasmes néfastes d’un passé heureusement révolu. On s’en apercevra lors de certaines déclarations…
Que dire du déroulement plutôt convenu de la séance ? Une véritable surprise : la candidature unique d’Hervé Morin à la présidence faisant suite à l’allocution très consensuelle du doyen d’âge frontiste, M. Fouché – Saillenfest. L’assistance s’étonna d’un vote qui ne pouvait être que positif étant donné l’absence de compétition. L’appel nominal permit cependant de mettre en évidence le refus de participer au vote des Elus du Front de Gauche, se trouvant pourtant sur la liste menée au second tour par Nicolas Mayer – Rossignol. S’agissait-il d’une divergence dans l’opposition de gauche ? Elle devint évidente lors des déclarations d’après vote, et l’on comprit pourquoi l’opposition de gauche, si disparate, n’avait pas présenté la candidature de M. Mayer – Rossignol. Ni les Elus du Front de Gauche, ni, peut-être, les Verts n’auraient apporté leur soutien. Soyons justes : on s’étonna aussi de l’absence de candidature du leader du Front National, M. Nicolas Bay. Cela signifiait-il une réticence à propos de la victoire sur le fil du rasoir de la liste emmenée par Hervé Morin et qui, de par le système de répartition des sièges, donne une majorité absolue à la liste ne représentant finalement qu’un peu plus du tiers des suffrages des électeurs ayant voté. Tout cela est bien déconcertant et, finalement, montre que la prime accordée à la liste arrivée en tête n’est vraiment acceptable que dans un système bi-partisan. Qu’une troisième formation s’affirme – et c’est le cas avec le succès relatif du Front National – et un malaise s’installe, d’autant plus que le nombre des abstentions gèle plus de 40% de l’électorat.
Certes, les uns et les autres reconnurent la légitimité de la victoire de M. Morin et de la liste « La Normandie conquérante », mais, ici et là, on tint à souligner l’approbation minoritaire du corps électoral.
Hervé Morin, élu par 56 voix (contre 41 votes blancs ou nuls et cinq refus de vote), - dont on peut comprendre l’émotion d’être désigné comme premier Président du Conseil régional de Normandie – fit une déclaration mesurée, rituelle dans ses remerciements, convenable dans un catalogue mince de promesses, ferme dans la dénonciation du déclin relatif et explicable de la Normandie à cause de sa calamiteuse division, habile dans son désir d’associer l’opposition en offrant à la Gauche la présidence de la commission des finances… Habile, jusqu’à un certain point : ayant deux oppositions, n’aurait-il pas dû faire une ouverture en direction des 21 Elus du Front National qui, du fait qu’ils sont snobés, constituent la seule opposition radicale dans cette assemblée ?
La majorité des sièges est une chose : la recherche de majorités d’idées sur certains sujets est une arme qu’un Président de Région ne doit pas exclure dans le difficile dialogue qui s’annonce avec le Gouvernement…
Disons-le carrément, les déclarations des représentants de l’opposition ne furent pas à la hauteur des propos du nouveau Président de Région, encore moins de la solennité de ce jour historique.
Selon la « panzer-dialectique », si fort à l’honneur lors des plus belles heures du Parti Communiste, le représentant du Front de Gauche, Sébastien Jumel, débita une filandreuse et interminable déclaration, loin des accents que nous avions jugés sincères de sa belle campagne électorale où de vrais problèmes normands avaient été évoqués.
Nous fûmes déçus par l’intervention très « Levernesque » de Nicolas Mayer – Rossignol. N’ayant rien appris et tout oublié de ses piteux résultats (les socialistes sont tout de même passés de plus de 50% des suffrages à un tiers des votants), l’ex- Président du Conseil régional de « haute » Normandie s’extasia sur son bilan, répéta les mêmes mensonges (le fameux milliard du Contrat interrégional Vallée de Seine), demanda que l’on ne changeât rien, ironisa sur le cumul des mandats d’Hervé Morin –lequel a promis de démissionner de son siège de député -. Il faut un certain culot pour lancer une telle pique quand les exemples de Duron, Le Vern et compagnie restent présents dans les esprits. Bref, Mayer-Rossignol ne s’est pas montré, ni beau joueur, ni sous son meilleur jour.
Quant à la représentante des Verts, Laetitia Sanchez, elle mena la charge contre les agriculteurs et l’emploi des pesticides tueurs d’abeilles. Quel contraste avec l’exceptionnelle plaquette, mal diffusée, hélas, par les Verts, qui reste, à notre avis, le meilleur document émanant d’un parti politique au cours de la campagne des élections régionales.
Nicolas Bay, au nom du Front National, planta quelques banderilles. Pouvait-il faire moins ? Pouvait-il faire plus ? Nous aurions aimé qu’il fît connaître ses grandes options sur les problèmes normands.
Nous aurions souhaité que cette journée historique pour la Normandie fût plus solennelle. Nombreux sont les amis qui, ne pouvant être présents, ont regardé la télévision régionale, laquelle avait promis un direct sur la séance. Ils ont été plus que déçus : le discours de M. Morin a été tronçonné, réduit, entrecoupé par des… publicités et un reportage sur … Concarneau ! Le soir, FR3 a plus donné la parole à Mayer-Rossignol qu’à Morin et l’on a entendu un responsable de la chaîne affirmer que la télévision régionale normande resterait scindée avec une rédaction bas-normande et une rédaction haut-normande. Visiblement « ils » ont tout compris.
Le chemin sera encore long avant d’unifier vraiment la Normandie, promouvoir une identité forte et une fierté normande conquérante. La tâche du Mouvement Normand est loin d’être accomplie !
DIDIER PATTE
Président du Mouvement Normand
Commentaire de Florestan:
Comme nos élus en France ont perdu ce haut savoir-être (aristocratique au sens premier du mot) consistant à faire passer en premier la solennité, la gravité d'une grande circonstance avant les mesquines raisons qui l'ont vu naître, à force de vouloir la cuisine avec l'arrière cuisine, on en vient à ne plus savoir apprécier un bon repas.
La France laïcarde officielle entre guillemets (je n'ai pas dit laïque) ne sait plus ce que signifie une liturgie ou une cérémonie voire un office...
C'est pourquoi, il faudra dissocier la solennisation festive du retour historique à l'unité normande de la vie quotidienne d'une institution publique et politique qui peine à sortir de la sordide compétition des suffrages, des places et des honneurs qui, dans de telles conditions, ne peuvent plus en être...
L'année 2016 consacrée à Guillaume Le Conquérant permettrait de justifier et d'organiser une telle célébration normande, républicaine et ... laïque!