GASTRONOMIE: Pierre LE PATEZOUR était un grand chef normand...
Il y avait Bourvil, fameux dans l'Assiette au beurre. Mais il y avait surtout Pierre LE PATEZOUR, le chef qui officiait dans les cuisines du Parc de Duclair: nous venons d'apprendre son décès. Il avait 78 ans.
Gastronomie. Pierre Le Patezour a brutalement quitté la brigade des chefs normands il y a quelques jours. L’ancien chef du Parc à Duclair, âgé de 78 ans, rentrait d’une mission culinaire à Paris lorsqu’il a été foudroyé.
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Il n’a jamais eu son étoile au Michelin. Il n’était plus derrière les fourneaux de l’une des plus grandes tables de Normandie depuis bientôt vingt ans. Mais son nom sera éternellement associé à la cuisine normande.
Pierre Le Patezour a remisé définitivement son tablier le 18 mars dernier. Au retour d’une journée de travail à Paris. Car à 78 ans - il est né en 1937 à Lisieux - ce disciple d’Escoffier était toujours aussi actif. «Lui qui avait peur de tomber malade, il nous quitte sans crier gare. Et c’est bien lui aussi d’organiser ses adieux un 1eravril», confie l’une de ses récentes relations de travail.
Dirigeant de l’agence de communication Dbcom, Eric Bidault s’était rapproché de Pierre Le Patezour pour créer « Neuf, le Bistrot des chefs » sur le village de la Transat Jacques Vabre.
Pendant neuf jours, avant le départ des bateaux pour le Brésil, neuf chefs normands avaient régalé les habitués du Village de la Transat. Rassembler des talents, les faire travailler ensemble. Dans la rigueur et la bonne humeur, c’était le credo de Pierre Le Patezour.
La cuisine des potes
C’est dans cet esprit-là qu’il avait mis sur pied, à la demande de Richard Frischer, la soirée des chefs étoilés de Normandie au Domaine de Forges-les-Eaux. Un repas de gala avec les Gilles Tournadre, Jean-Luc Tartarin, Alexandre Bourdas, Benjamin Lechevallier à la manœuvre. Pour surprendre les papilles des convives. Et récolter des fonds pour une œuvre de bienfaisance. «Pierre avait une autorité naturelle, confie Christian Girault, président des Escoffier de Normandie. C’était une voix qui porte. Mais il n’y avait pas de rigidité chez Pierre.»
Remarié à Anne-Marie depuis une vingtaine d’années, ce papa de deux garçons menait sa vie tambour battant.
Devenu conseiller culinaire international après son départ du Parc à Duclair - un restaurant qu’il a tenu entre 1968 et le milieu des années 90 -, Pierre Le Patezour adorait avant tout la cuisine des potes. «Former les jeunes, c’était son leitmotiv, raconte son épouse. Il se définissait comme un simple cuisinier. Aussi à l’aise avec les plus grands qu’avec les plus modestes.»
«Un homme libre, un homme de cœur»
Disciple d’Auguste Escoffier (1846-1935), le « roi des cuisiniers » qui a révolutionné la cuisine en France pour en faire à la fois un art et un pan de l’économie, Pierre Le Patezour prenait autant de plaisir à organiser une brigade, à mettre son grain de sel dans une carte qu’à créer un événement culinaire. «C’était un ambassadeur de la cuisine normande et française, continue Anne-Marie. Un homme libre. Il cuisinait pour moi, pour la famille. Mais ce qu’il aimait par-dessus tout, c’étaient ses copains.»
Une bande qu’il cherchait toujours à agrandir. À rajeunir. «C’était un père cuisinier tonique et toujours à l’écoute. Le genre de personne que l’on appelle et qui sait employer les mots justes pour chaque situation. C’est un «ancien» qui va bien manquer au paysage culinaire», témoigne Benjamin Lechevallier, le chef étoilé d’Origine à Rouen.
Christophe Cressent, « Ma Boulangerie » à Rouen, a encore en tête une balade récente avec Pierre Le Patezour, autour du Vieux-Marché. «Notre amitié était récente. C’était un homme d’une grande tendresse.»
Et d’une grande fidélité. «J’ai fait mon apprentissage chez Pierre il y a 33 ans quand celui-ci officiait au Parc. Il n’a jamais quitté mon univers affectif. Pierre pour moi, c’était avant tout un homme de cœur.» Paroles d’un apprenti devenu un grand chef, Jean-Luc Tartarin. L’étoile de Pierre Le Patezour n’a pas fini de briller au-dessus des fourneaux des cuisines de Normandie.
Thierry Rabiller
t.rabiller@presse-normande.com
Un dernier hommage sera rendu à Pierre Le Patezour le vendredi 1eravril au crématorium à Rouen.