RAZ DE MAREE EN MARCHE aussi en NORMANDIE: la question des limites de la démocratie est posée
Les citoyens normands qui disposent pourtant d'un remarquable patrimoine historique pour exercer un minimum de lucidité politique ne feront pas exception:
(en violet: les candidats LREM arrivés en tête au premier tour du 11 juin 2017)
Le raz de marée en marche vers la Macronie déferle ici aussi avec une moyenne qui voisine les 30% dans les circonscriptions normandes pour le candidat "républicain" qui marche pour passer largement devant le candidat "les républicains" qui ne marche plus. Les autres, frontistes et insoumis sont loin derrière autour de 12%. Quant au Parti socialiste, c'est une ruine fumante qui a enseveli sous la barre des 10% ceux qui ne l'avaient pas fui suffisamment tôt pour se sauver avec ceux qui marchent vers on ne sait toujours pas exactement où ou vers quoi...
Les projections en sièges dans la future Assemblée Nationale des résultats du premier tour (en attendant la confirmation du second tour) pour la République "en marche" donnent un maximum possible de... 455 sièges de députés sur 576 (!!!) pour soutenir le gouvernement voulu par Emmanuel Macron: on n'avait jamais vu une majorité aussi massive depuis 1958 !
Ce "dégagisme" sur les bancs de l'Assemblée Nationale pourrait paraître salutaire car il fallait bien renouveler une classe politique qui s'était à ce point professionnalisée qu'elle s'était concrètement coupée des réalités sociales et concrètes vécues par nos concitoyens. Mais le remède ne risque-t-il pas d'être pire que le mal?
Car l'autre évenement de la soirée électorale historique que l'on vient de vivre c'est qu'on n'a, aussi, jamais vu depuis 1958 une abstention aussi massive pour une élection législative qui est pourtant essentielle en démocratie car elle détermine la façon dont les citoyens veulent être gouvernés et les projets que les citoyens souhaitent voir mise en oeuvre.
L'abstention, le voilà le véritable raz de marée de la soirée !
En effet, c'est plus de... 51 % des électeurs qui ne se sont pas déplacés pour aller voter ! Et s'il fallait ajouter aux abstentionnistes, les votes blancs et ceux qui ne se sont même pas inscrits sur les listes électorales, le chiffre de non participation réelle au vote exprimé pourrait voisiner les... 60% du corps électoral !!!
Et si l'on tient compte du profil socio-culturel majoritaire chez les abstentionnistes, on peut parler de rétablissement d'une sorte de vote censitaire...
En raison de l'effet amplificateur du mode de scrutin (scrutin majoritaire à deux tours), au soir du 18 juin 2017, la nouvelle majorité gouvernementale pourrait occuper jusqu'à 80% des sièges de l'Assemblée "Nationale" (on rajoute les guillemets) alors que, tout au plus, 30% des 40% du corps électoral de nationalité française qui ont eu le courage d'aller mettre un bulletin dans une urne en ce 11 juin 2017, se sont exprimés en faveur de ces futurs députés inexpérimentés dans l'ordre politique pour la plupart d'entre eux (quand il ne s'agit pas de recycler quelques députés du vieux monde politique sortant pour faire du neuf avec du vieux) et dont le premier acte législatif consistera à transférer au gouvernement leur pouvoir de légiférer (future loi de réforme du code du travail par ordonnances) ou de voter l'insertion dans le droit commun des dispositions extraordinaires d'un état d'urgence prolongé indéfiniment.
Pour la démocratie parlementaire et représentative évoluée et expérimentée que prétend être notre 5ème République française, c'est une situation quelque peu... indigne sinon dangereuse !
Car il ne saurait y avoir de vraie démocratie sans une vraie représentativité des représentants du peuple, sans une vraie autonomie du pouvoir législatif vis-à-vis du pouvoir exécutif afin d'assurer le contrôle du gouvernement, et enfin, sans une vraie opposition politique reconnue et encadrée par les institutions démocratiques et républicaines.
Le dernier point pourrait être le plus inquiétant: derrière un Parti socialiste en ruines et une gauche parlementaire en miettes, l'opposition de gauche est "à la rue" et ce dans tous les sens de l'expression. D'aucuns se préparent, en effet, à poursuivre le débat politique indispensable dans la rue faute de pouvoir le faire réellement au Parlement.
A droite ce n'est guère mieux car la droite républicaine conservatrice et une partie du centre droit encore présent à l'Assemblée Nationale risquent d'être totalement neutralisés par le nouveau parti présidentiel qui reprend en grande partie son programme: l'opération de triangulation idéologique a parfaitement fonctionné pour remporter les élections. Mais pas sûr que le dépassement du clivage structurel et structurant "gauche / droite" ne fasse un véritable programme de gouvernement avec ses arbitrages et ses rapports de force.
Comme nous l'avons dit ici, la girouette peut être utile pour savoir d'où vient le vent mais c'est la boussole qui aide à fixer le cap.
On connaît ce proverbe latin: "la roche tarpéienne est proche du Capitole".
Ce qui veut dire que l'ambitieux qui vient de vaincre peut être vaincu par les conséquences de sa victoire si la lucidité le quitte: au début, une majorité parlementaire aussi pléthorique qu'inexpérimentée sera, certainement, la plus belle et la plus grande chambre d'enregistrement dont pouvait rêver un exécutif soucieux de faire passer dans ses cent premiers jours toute la grosse ménagerie inquiétante de ces vilaines réformes peu populaires dont on n'ose jamais clairement parler dans un tract électoral.
Mais quand il faudra gérer sur le reste du quinquennat les conséquences sociales et politiques de ces réformes, quand reprendra de plus bel le procès en illégitimité démocratique qui n'a jamais cessé d'un monarque républicain arrivé premier dans un concours de circonstances (le fameux vote utile contre le Front National dont Michel Onfray nous propose l'histoire dans son dernier livre) après n'avoir rassemblé que 24% des électeurs au premier tour de la présidentielle, il faut craindre que cette majorité parlementaire monstrueuse ne devienne, à terme, ingouvernable et que l'opposition au quinquennat Macron la plus destabilisante ne provienne de députés qui refusent, enfin, de marcher plus loin dans une combine politique qui ressemble furieusement aux combines du vieux monde politique.
La chose s'est déjà vue sous la 5ème République notamment avec les majorités gaullistes des années 1960 et 1970: à côté de ce qui pourrait surgir du sein de ce grand magma informe encore "en marche", l'épisode des frondeurs du Hollandisme, pourra passer pour une aimable plaisanterie...
C'est ainsi que nous touchons les limites de notre démocratie parlementaire avec cette 5ème République "optimisée" par son nouveau monarque "jupitérien" avec les trois questions essentielles suivantes:
1° Réformer le mode de scrutin en introduisant la proportionnelle pour les représentants du peuple des électeurs le soient vraiment.
2° Restaurer l'indépendance du pouvoir législatif vis-à-vis du pouvoir exécutif en redonnant à la majorité parlementaire l'essentiel du pouvoir de l'initiative de la loi, le pouvoir de contrôler l'action du gouvernement, le pouvoir de vérifier l'application des lois, le pouvoir de légiférer sans être influencé par des lobbies puissants...
3° Redonner de l'enjeu politique aux élections législatives en élisant les députés aux mêmes dates que les deux tours de l'élection présidentielle.
Mais revenons, pour finir, sur la question essentielle du statut de l'opposition politique pendant le quinquennat Macron (notons, en passant, que jamais je n'aurais pensé avoir à écrire une telle phrase en France...):
Cette opposition rejetée à la rue sur son flanc gauche ou neutralisée à l'Assemblée Nationale sur son flanc droit pourrait s'exprimer utilement et parfaitement légitimement ailleurs, bien ailleurs:
La machine politique Macron étant le dernier avatar d'un jacobinisme parisien en perte de vitesse, il reste les territoires et leurs réalités concrètes pour construire sur les sujets les plus sensibles d'un agenda présidentiel qui reste caché, une nécessaire et légitime opposition républicaine girondine dans nos communes, nos intercommunalités, nos départements et nos régions surtout lorsqu'on a la chance de disposer d'une vraie et authentique région comme ici en Normandie.
Car il ne faut pas oublier le Sénat où, pour d'évidentes raisons de calendrier électoral, le raz de marée macronnien n'est pas (encore?) passé: il faudra attendre les prochaines élections sénatoriales à l'automne 2017. En attendant, les députés novices de la Macronie vont découvrir le pouvoir de nuisance du vieux monde politique encore réfugié au Sénat, tandis qu'au Sénat certains pourraient redorer le blason passablement terni par les affaires d'un train de vie de sénateur quelque peu opaque en faisant du Palais du Luxembourg le siège principal de l'indispensable opposition démocratique et républicaine à Emmanuel Macron pour lui enlever, définitivement, toute illusion ... despotique.
Tendance Ouest proposait en cette soirée électorale du 11 juin 2017 quatre directs en plateau pour nous proposer depuis Saint Lô, Caen, Rouen et Le Havre un tour d'horizon complet de la Normandie politique.
On vous signale, en particulier, l'excellente analyse de la situation proposée très lucidement par Jean-Léonce DUPONT, président du conseil départemental du Calvados et ancien sénateur UDI: analyse toute en lucidité normande et girondine que nous partageons totalement... (vidéo du direct à Caen, aux alentours de la 34ème minute).
Pour voir les vidéos:
L'intervention de Jean-Léonce Dupont au micro de Tendance Ouest avant de passer à l'antenne... Mais aussi celle de Nicolas Mayer-Rossignol qui reconnait la défaite du Parti socialiste et celle d'Alain Tourret qu'on pourra trouver inquiétante si l'on considère qu'un enfer peut être pavé de bonnes intentions (il ne répond pas à la question de la journaliste).
Le direct vidéo depuis les studios de Tendance Ouest à Caen:
https://www.youtube.com/embed/V2qwiDpXVO0
Voir aussi l'analyse proposée par Franck Boitelle pour Paris-Normandie:
Analyse. La République en Marche se trouve en position favorable dans la grande majorité des 28 circonscriptions de la région. Seules celles où le parti présidentiel s’était abstenu - à l’exception notable de la 8e, au Havre - échappent à cette vague macroniste à relativiser tout de même compte tenu de la faiblesse de la participation.
Hier soir à l’heure du dépouillement, la question n’était pas de savoir si les représentants du parti présidentiel seraient au second tour, mais de connaître leur avance et leur marge de manœuvre face aux autres candidats qualifiés dans un paysage politique profondément recomposé par La République en marche et par la très nette poussée du Front national au premier tour de la présidentielle.
Le doute était très vite levé : en Normandie aussi, la vague macroniste a balayé les territoires, à l’exception des circonscriptions préservées, celle du Havre où concourait Agnès Firmin-Le Bodo (LR), une proche du Premier ministre Édouard Philippe ; dans la 5e de Seine-Maritime avec le socialiste sortant Christophe Bouillon et dans la 1re de l’Orne où son collègue du PS Joaquim Pueyo se qualifie pour le second tour. Dans l’Eure, il faut évidemment citer la circonscription du ministre de l’Économie et ex-Républicain Bruno Le Maire, qui se qualifie comme prévu dans un fauteuil sous les couleurs de la majorité présidentielle.
Dans l’Eure également, l’ex-UDI Marie Tamarelle-Verhaeghe (LREM) vire en tête devant le jeune secrétaire départemental du FN, Timothée Houssin dans la 3e circonscription. Même chose dans la 3e du Calvados, où Florence Lehericy, elle aussi investie par LREM, devance de plus de 3 000 bulletins le Républicain Sébastien Leclerc. En Seine-Maritime, le candidat communiste Jean-Paul Lecoq prend une revanche sur l’élection de 2012 dans la 8e, et devance de 900 voix Béatrice Delamotte (LREM).
Partout ailleurs, c’est un raz-de-marée LREM, à relativiser tout de même au regard de la faiblesse de la mobilisation des électeurs, avec moins d’un inscrit s’étant senti concerné dans l’Eure et à peine plus en Seine-Maritime. Comme à la présidentielle, les plus assidus étant ceux du Calvados, de la Manche et de l’Orne.
L’Orne, où ce sont les Républicains qui collectent le plus grand nombre de voix (28 855), compte tenu de l’absence d’opposition LREM au PS Joaquim Pueyo, et où il y aura des duels LREM-LR dans les deux autres circonscriptions, dont celle de la députée sortante Véronique Louwagie. Battu en 2012, Jérôme Nury (LR) a une seconde chance face à Isabelle Boscher (LREM).
Avec 38,38 % des suffrages, c’est dans la Manche que le parti présidentiel réalise ses meilleurs scores en Normandie. Il s’y prépare à trois duels contre des Républicains, avec des positions très favorables pour Bertrand Sorre et l’ex-socialiste, le député sortant Stéphane Travert.
Le Calvados, qui avait lui aussi placé Emmanuel Macron en tête le 23 avril dernier, confirme en accordant plus de 32 % des voix à LREM. Dans l’Eure, tous les duels du second tour opposeront un candidat de la majorité présidentielle à un adversaire du Front national, qui confirme donc son très fort ancrage dans le département. Enfin, si LREM réalise son plus faible score normand en Seine-Maritime (24,45 %), c’est là aussi l’effet des circonscriptions préservées, où des candidats « gouvernement compatibles » ont eu les coudées franches.
| Franck BOITELLE |
Quelques autres conséquences normandes:
1) La mort définitive de la Fabiusie... (OF 13 juin 2017 édition caennaise)
Voir aussi la réaction rouennaise de Bruno Devaux (opposition LR au conseil municipal de Rouen):
http://www.bruno-devaux.com/le-blog/tout-le-blog/839-en-marche-avant-ou-arriere
Le premier tour des législatives a tranché sur Rouen : nous aurons un face à face REM /PS, M. ADAM face à Mme FOURNEYRON.
"Quel est l'intérêt des Rouennais ? Force est de constater que le tandem formé par Mme FOURNEYRON et M. MAYER ROSSIGNOL n'a pas été capable, depuis qu'ils ont été élus, de préserver la place de Rouen dans la Normandie ni de la Normandie dans la France. L'axe Seine est passé aux oubliettes et Rouen pèse de moins en moins.
C'est pourquoi je voterai sans hésitation le 18 juin pour le candidat de la République En Marche, malgré les interrogations persistantes sur la politique qui sera menée par le Président de la République et le gouvernement.
J'ai néanmoins confiance en la capacité d'Edouard Philippe de replacer notre région, ses ports et son économie au coeur du développement national. Ce que n'ont pas su faire ni l'ancien Président de la Région, ni l'ancienne Députée-Maire de Rouen."
2) La réaction et l'analyse d'Hervé Morin, président de la Normandie (OF 13 juin 2017, édition caennaise):






