Nous fûmes sidérés à la lecture d'un entretien tout récent accordé à Paris-Normandie par un certain Daniel Fasquelle, ancien maire LR du Touquet et député du Pas-de-Calais, de passage chez nous en Normandie pour remonter le moral des troupes des militants de "les Républicains"...

Le Nordiste qui a un canal dans la gorge n'y va pas de main morte: Edouard Philippe, ancien député-maire LR du Havre et actuel Premier ministre "n'est pas à la hauteur du poste". On a envie de répondre à l'ancien maire du Touquet qui ne manque pas de toupet: "mais de quoi je me mêle?".

Imagine-t-on Hervé Morin, le président de la Normandie, faire la sortie des bains de mer au Touquet avec un mégaphone pour prévenir les gens: "Emmanuel Macron n'est pas à la hauteur du poste !" (même si on n'en pensera pas moins).

Le lobby nordiste perd son sang froid par ses temps de canicule et tend à s'en prendre, désormais, aux personnalités y compris en diffusant des provocations au mieux mal informées sur des sujets sérieux dans la presse régionale du territoire concurrent sinon ennemi... En effet, Edouard Philippe cumule aux yeux du Nordiste Daniel Fasquelle, trois fautes impardonnables:

1) Il a trahi son camp

2) Il s'oppose au canal Seine Nord

3) Il est normand prêt à faire pour la Normandie ce qu'un Nordiste ferait pour défendre son Nord

Avant d'en dire plus, on vous laisse prendre connaissance des propos de Daniel FASQUELLE dans Paris-Normandie (édition du 17 juillet 2017):

http://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/daniel-fasquelle--edouard-philippe-n-est-pas-a-la-hauteur-du-poste-HA10321152

Daniel Fasquelle : « Edouard Philippe n’est pas à la hauteur du poste »

 

Politique. Le député du Pas-de-Calais et trésorier de Les Républicains a débuté, ce samedi 15 juillet, un tour de France, afin de rencontrer « chez eux » des militants.

 

image_content_22433433_20170716211635

 

Une virée en province qui devrait le conduire à annoncer, au campus des Jeunes LR au Touquet (26 et 27 août) qu’il sera candidat à la présidence du parti républicain.

A Rouen, ce samedi 15 juillet, il a été accueilli par deux candidats malheureux aux législatives en Seine-Maritime, Jonas Haddad (3e circonscription) et Jean-François Bures (1ère) ou encore Pierre-Antoine Sprimont, conseiller municipal rouennais. Et surtout par des jeunes militants avides de libérer leur parole avec le trésorier d’un parti morcelé au lendemain d’un double échec électoral.

Qu’est-ce qui vous pousse à passer vos vacances d’été sur les routes de France ?

Daniel Fasquelle : « La nécessité d’écouter ces militants. Aujourd’hui, il faut changer d’approche, de méthode. Le plus urgent, c’est d’aller sur le terrain pour aller à l’écoute des militants. Je pense que depuis dix ans, nous n’avons jamais fait le bilan de ce que l’on est, de comment on fonctionne. Nous avons perdu en 2012 et après nous n’avons pas fait l’analyse claire de cet échec.

Vous avez la démarche d’un probable candidat en décembre prochain à la présidence du parti ?

Je n’ai pas encore pris ma décision. Je l’annoncerai au campus des Jeunes LR au Touquet fin août. Il faut plusieurs candidats. Quand on est candidat, il faut le faire par rapport à un projet, des idées.

« Gérald Darmanin ne mène pas une politique de droite »

Regrettez-vous que Xavier Bertrand et Valérie Pécresse se soient déjà retirés de la course ?

Je n’ai pas à porter des jugements sur les positions prises par les uns et les autres.

Et si on vous dit que vous êtes le dernier rempart face à Laurent Wauquiez...

Si je suis candidat, je serai un candidat du rassemblement. Mais je ne veux pas me positionner par rapport à d’autres candidats. Le prochain président de LR devra être capable de faire cohabiter plusieurs sensibilités, d’ouvrir le débat et ensuite d’arrêter le projet.

LR n’a jamais semblé aussi près de l’éclatement...

Il y a plusieurs sensibilités au sein du parti, il faut qu’elles dialoguent entre elles. Il y a des choses qui me plaisent chez Wauquiez, et d’autres qui me plaisent chez Bertrand et Pécresse. Il faudra organiser demain cette cohabitation.

Quel sera l’enjeu de cette élection interne de décembre ?

Il ne faudra pas choisir notre candidat pour 2022. En dix ans, nous sommes passés de 300 à 100 députés. Combien serons-nous dans cinq ans si on ne se refonde pas ?

Qu’avez-vous ressenti lorsqu’Edouard Philippe a accepté d’être le premier ministre d’Emmanuel Macron et qu’il a formé un gouvernement avec Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu ?

Je l’ai vécu très mal. Je porte un jugement très sévère sur ceux qui ont tourné le dos à leur famille politique, à leurs amis. Ils nous ont fait perdre des circonscriptions et empêché d’en gagner d’autres. Je n’oublie pas non plus Thierry Solère et Franck Riester qui, de par leur choix (ndlr : ils ont constitué le groupe des « constructifs » qui soutient le gouvernement Philippe) nous affaiblissent à l’Assemblée nationale. Vis-à-vis de ceux-là, il faut être très clair. Je suis favorable à ce qu’ils soient exclus du parti.

Ce n’est pourtant pas la décision prise par le dernier Bureau politique qui s’est contenté de suspendre Darmanin et Lecornu et de créer une commission ad hoc qui tranchera cet automne. Ce n’est pas le genre de décision de nature à rassurer les militants...

Je me suis rangé à la majorité... Il faut trancher vite. L’enjeu des prochaines semaines avec les militants, c’est de voir comment on peut tout changer.

Gérald Darmanin ne comprendrait pas d’être exclu car il dit mener une politique de droite...

Gérald ne mène pas une politique de droite. Il mène une politique qu’il a combattue et qu’il a reprise à son propre compte du jour au lendemain parce qu’il voulait devenir ministre. Il prétend défendre les faibles et il augmente la CSG, le prix du gazole.

Quel est votre remède pour faire renaître un grand parti de droite ?

Le rêve d’Emmanuel Macron, c’est d’avoir face à lui une droite morcelée. Soit on est capable de créer une nouvelle dynamique en montrant l’image d’une droite ouverte, soit on en est incapables, et on restera dans l’opposition pour les dix années à venir. C’est pour cette raison que je suis favorable à un dialogue avec les sénateurs qui nous ont quittés afin de les convaincre de revenir dans le parti.

Mais concrètement, comment pensez-vous pouvoir refonder LR ?

Il faut faire émerger une nouvelle génération. C’est à eux, les jeunes, de prendre leurs responsabilités. Dans mon département, le Pas-de-Calais, aux dernières législatives, la moitié des candidats était des femmes et 25 % des candidats avaient moins de 25 ans. C’est la sixième année que l’on organise le campus des Jeunes au Touquet. Il faut en organiser partout en France en s’appuyant sur cette génération 2016-2017. Si on donne l’impression aux militants que tout est calé d’avance, que tout est verrouillé, nous ferons fuir les jeunes talents vers d’autres partis. Il ne faut pas que l’on devienne aigris après cet échec, au contraire, il faut qu’on s’ouvre.

« Edouard Philippe n’est pas à la hauteur de son poste »

Nous avons deux ans et demi devant nous pour refonder le parti avant de poser les bases d’un programme. Il ne faut pas faire le jeu de Macron. Si on veut rester un grand parti d’opposition, il faut discuter avec les uns et les autres. Il faut donner des raisons et des motifs de rester chez LR et pour attirer des nouveaux. Nous avons perdu le contact avec le milieu populaire, avec la jeunesse, et c’est dramatique. Les militants ont juste envie que l’on refonde le parti en s’appuyant sur la nouvelle génération et en relançant des débats de fond.

Beaucoup de vos collègues élus du Nord, toutes tendances confondues, ont violemment réagi après l’annonce faite par le gouvernement de remettre en cause le canal Seine-Nord...

C’est une reculade, presque une trahison. Aujourd’hui, ce projet est remis en cause par le gouvernement sur de faux prétextes.

Y voyez-vous la patte d’Edouard Philippe qui préférerait défendre le port du Havre ?

Quand on est premier ministre, on l’est pour tous les Français. Il n’assume pas clairement sa position à l’Assemblée pour écarter ce projet qui est vital pour ma région. Et ça me rend vraiment malheureux.

La compétition, elle n’existe pas entre Le Havre et Dunkerque, mais entre les ports belges, néerlandais et les ports français. On ne peut pas raisonner comme s’il y avait un nombre de conteneurs à se partager entre Dunkerque et Le Havre. Il faut comprendre pourquoi les bateaux passent devant nos ports sans s’arrêter. Il faut capter ce trafic qui part vers la Belgique et les Pays-Bas.

On ne pose par les enjeux à la bonne échelle. La question que l’on doit se poser est : comment faire pour que la France redevienne attractive ? Edouard Philippe n’est pas à la hauteur du poste qui est le sien. Il devrait consister à redonner de la compétitivité à l’économie française. La question des ports, ce n’est pas seulement la question de l’hinterland c’est aussi la question des charges fiscales et sociales qui pèsent sur les entreprises françaises. Je souhaite la réussite économique du port du Havre et elle n’est pas antinomique avec celle de Dunkerque et du Nord. »


Commentaire de Florestan:

Monsieur Fasquelle pourrait surtout s'attarder sur les étranges silences de Gérald Darmanin sur le sujet du Canal Seine Nord Europe depuis que l'ancien maire de Tourcoing  est devenu le ministre du Budget avec le choix cornélien suivant:

soit acheminer des conteneurs vers Paris pour 4,8 milliards d'euros par un canal qui n'existe pas encore.

soit acheminer des conteneurs vers Paris par un canal naturel qui existe depuis des millions d'années et qui pourrait être encore plus performant pour quelques millions d'euros de plus...

Commentaire de l'Impertinent, au sujet de l'absence de concurrence entre les ports normands et celui de Dunkerque:

A la lecture de l'article paru dans Paris-Normandie du 17 juillet 2017 sous le titre " Daniel Fasquelle, le refondateur ", je suis atterré par la médiocrité et l'hypocrisie des propos tenus par M. Fasquelle à propos du conflit d'influence entre les partisans du canal Seine-Nord Europe et ceux de l'Axe Seine.

    M. Fasquelle prétend que la remise en cause du CSNE repose sur de faux prétextes... On pourrait en dire autant des justifications du CSNE, dont le dossier n'a progressé que dans un contexte de conspiration entre les milieux politico-économiques nordistes et le ministère des transports du quinquennat "Hollande", en contradiction avec la simple logique géostratégique française !

    Il est inexact d'affirmer comme le fait M. Fasquelle qu'il n'y a pas de compétition entre Le Havre et Dunkerque. J'observe pour ma part, par exemple, une compétition entre Rouen et Dunkerque pour capter du trafic d'exportation de céréales...

    Il est hasardeux d'affirmer que la compétition n'existe pas entre Le Havre et Dunkerque, mais entre les ports belges, néerlandais et les ports français. Je dirais plutôt que, dans le périmètre du Range Nord de l'Europe, le port de Dunkerque a "le cul entre deux chaises" de par sa position géographique.

    M. Fasquelle prétend qu'il faut capter le trafic de conteneurs qui part vers la Belgique et les Pays-Bas ; je suis d'accord avec lui, mais je suis désolé de dire que Le Havre, par sa position géographique et l'excellence des qualités d'accès nautiques de son port, serait quand même plus apte que Dunkerque dans cette perspective si son hinterland avait été mieux organisé avant que celui de Dunkerque soit envisagé.

    Si Edouard Philippe n'est pas à la hauteur du poste qui est le sien, comme l'affirme M. Fasquelle, il aurait aussi pu être, comme son prédécesseur M. Rufenacht, un meilleur défenseur des intérêts du port et de la ville du Havre du temps où il était maire et président de la Codah en œuvrant plus efficacement au désenclavement ferroviaire optimal (est et sud) du Havre.

M. Fasquelle "souhaite la réussite économique du port du Havre" après avoir œuvré indirectement  à son déclin. Cette réussite "n'est pas antinomique avec celle du port de Dunkerque et du Nord." D'accord, mais sans le CSNE !