Et, bien entendu, cela fait un très beau sujet pour les Bretons de service à la rédaction de Ouest-France où l'on se réjouit, par principe, dès lors que les Normands adoptent une spécialité cultivée outre-Couesnon...

Ironie plaisante sur un sujet qui n'est vraiment pas plaisant du tout où, une fois de plus, on préfère traiter l'urgence des conséquences plutôt que d'attaquer politiquement et juridiquement les causes: on le sait, la prolifération nauséabonde des algues vertes sur les plages de notre littoral breton mais aussi normand est due à des phénomènes naturels (courant marin, marées, géographie du trait de côte, le nombre de fleuves côtier, la température de l'eau, plus ou moins grande teneur en éléments nutritifs dans l'eau de mer) qui forment un complexe faisceau "multi-factoriel". Mais il est avéré, après avoir étudié scientifiquement le phénomène récurrent des  marées vertes polluant plus régulièrement le littoral du Nord de la Bretagne que les marées noires, que l'un des facteurs joue un rôle prédominant: la trop grande présence du taux de nitrates dans l'eau de mer permet ces marées vertes et l'on sait d'où vient cet excès de nitrate: le modèle agro-productiviste très intensif pratiqué depuis 50 ans en Bretagne est le grand responsable. Mais aussi: le rejet dans la mer via les fleuves (notamment la Seine) des eaux usées urbaines qui même retraitées et dépolluées sont très riches en nutriments favorable au développement des algues.

En Normandie où le modèle agro-productiviste était moins intensif et avec une géographie littorale moins favorable au développement des algues vertes, on a été longtemps épargné par ce phénomème mais il nous rattrape désormais...

Moralité:

Les outils juridiques, réglementaires et politiques ont été mis en place ces dernières années pour lutter contre la pollution des eaux terrestres qui polluent à son tour la mer. On connaît les solutions et elles sont politiques: désintensifier le modèle agricole en limitant le recours aux intrants; limiter l'artificialisation des sols pour éviter le ruissellement des eaux urbaines polluées; stopper l'arrachage des haies de bocage dans les bassins versants (voir le billet précédent); améliorer le réseau des stations d'épuration et la qualité du retraitement des eaux usées en anticipant la surpopulation estivale sur le littoral.

Bref! comme le disait Colbert, "prévoir c'est gouverner."


 

https://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/en-normandie-pas-de-maree-verte-mais-des-algues-qui-pourrissent-les-vacances-sur-les-plages-99bb22a2-e0bd-11eb-9be0-01246e2ebe9b

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En Normandie, pas de marée verte mais des algues qui pourrissent (les vacances) sur les plages

Après une année de quasi répit, les revoilà. En Normandie, cela fait longtemps que l’on voit débarquer chaque été les algues vertes. Mais alors qu’elles prolifèrent dans l’eau en Bretagne, ici elles poussent accrochées aux rochers avant de s’échouer sur les plages.

Sur la plage, on ne voit qu’elles. Elles colonisent l’estran, fleurissent au pied des falaises et de la digue. Nous sommes début juillet, Lion-sur-Mer (Calvados) a encore la tête dans le gris et déjà les pieds dans le vert. « En fait, les algues vertes sont surtout présentes en surface car plus légères, dessous il y a des dizaines d’espèces d’algues brunes et rouges », précise Anne-Marie Rusig. Cette algologue est l’une des rares spécialistes normandes du sujet. Ça fait des années qu’elle observe le ballet des algues, et chaque été, celui de celles dont tout le monde parle : les algues vertes.

« Pas une grosse problématique »

Mais prévient-elle d’emblée, « la Normandie n’est pas la Bretagne » ! Ici, pas de marée verte (le voisin breton a connu la première en 1971) mais des algues qui poussent sur les platiers rocheux, s’y fixent et se détachent pour s’échouer sur les plages au gré des marées et coups de vent. « En Bretagne, elles sont dérivantes, elles prolifèrent dans l’eau, on nage littéralement dans les algues. Pas en Normandie. »

D’ailleurs, l’Agence régionale de santé (ARS) de Normandie veille au grain. « Depuis quelques années, on prend en compte les algues dans nos observations et nos suivis de la qualité des eaux de baignade, confirme Catherine Boutet, responsable du pôle santé environnement à l’ARS. Mais ce n’est pas une grosse problématique chez nous. »

En 2019, quelques municipalités, notamment dans le Nord-Cotentin, avaient dû restreindre l’accès à certaines portions du littoral « par précaution ». « Vraiment pas quelque chose de courant dans la région », insiste Catherine Boutet.

Lire aussi : « Algues vertes en Normandie : comment s’organisent les municipalités sur la côte du Calvados ? »

Petites baies VS grandes plages

Comment expliquer que ce côté-ci du Couesnon reste relativement épargné ? « C’est lié à la topographie, explique Isabelle Mussio, maîtresse de conférences en Biologie des organismes et écosystèmes aquatiques à l’Université de Caen. En Bretagne, il y a beaucoup de baies et de nombreux bassins-versants qui charrient des rejets de nitrates, véritables fertilisants qui font pousser les algues (l’agriculture intensive est pointée du doigt). Dans les baies, l’eau n’est pas brassée, avec en plus la forte luminosité à cause des fonds sableux, les algues prolifèrent très vite. »

Le trait de côte normand, moins sinueux, protège donc la région des marées vertes. Le réseau peu développé des cours d’eau aussi. Autre explication avancée par les chercheuses, il ne s’agirait pas tout à fait de la même espèce d’ulve.

« Ça pue ! »

« Rooohh, y’en a partout. » Paniers de pêche neufs à l’épaule et baskets immaculées aux pieds, un petit garçon et son grand-père enjambent les amas d’algues sur la plage de Lion-sur-Mer. « Ça pue, papy ! » Et encore, la météo automnale limite la casse ce jour-là. Les journées de forte chaleur, l’odeur est parfois insupportable.

Les algues en putréfaction ne sentent effectivement pas la rose, mais y a-t-il danger ? « Ce ne sont pas les algues qui sont dangereuses mais leur décomposition peut l’être, précise Anne-Marie Rusig. Lorsqu’elles s’échouent en tas, une croûte apparaît au-dessus, dessous ça pourrit et une poche de gaz toxique se forme. » C’est ce gaz à l’odeur caractéristique d’œuf pourri, l’hydrogène sulfuré ou H2S, qui présente un risque pour la santé et est à l’origine de plusieurs décès chez les hommes ou les animaux en Bretagne. Plus les amoncellements sont importants, plus les risques pour la santé le sont aussi.

Alors, les collectivités ramassent ou repoussent les algues à la mer et misent sur le bon sens des usagers en bord de mer. « Je ne laisse pas mon chien divaguer dans les algues », lâche Isabelle Mussio. Principe de précaution.

Mais, rappellent les expertes, « il y a toujours eu des algues en Normandie, c’est un phénomène naturel. L’hiver, ce sont les algues brunes qui se décomposent et sentent mauvais mais comme il n’y a pas de touristes, ça ne dérange personne ».

Les sargasses, le vrai problème normand ?

« Ici, la mer est parfois marron mais jamais verte, lance Anne-Marie Rusig, algologue à l’Université de Caen. Dans la région, les sargasses sont un problème plus embêtant que les algues vertes. »

La Normandie partagerait-elle plus avec les Caraïbes, fréquemment envahies par ces algues brunes, qu’avec le voisin breton englué dans les marées vertes ? Pas tout à fait, corrige la scientifique : « Les sargasses ici ne sont pas les mêmes qu’aux Antilles. Elles ont été introduites involontairement avec les huîtres japonaises dans les années 1970. » Espèce envahissante, la sargasse peut mesurer trois mètres de long et adore s’entourer aux bouchots ou aux lignes de mouillage des bateaux.

« Ces grandes lanières sont très coriaces, poursuit Anne-Marie Rusig. Elles sont équipées de billes, comme des petits flotteurs, et quand elles pullulent, elles empêchent la lumière de passer dans l’eau. Pas terrible pour la biodiversité. Sans compter qu’elle peut perturber les activités aquatiques ou nautiques. »

Comme pour les algues vertes normandes, les sargasses sont ici fixées au sol, sur les cailloux. Alors qu’aux Antilles, elles flottent. Comme les algues vertes bretonnes.

Dans la Manche, des algues vertes plutôt sur la côte Est

C’est la continuité du phénomène observé sur les côtes du Calvados. Dans la Manche, la côte Est du Cotentin est la plus touchée par le phénomène des algues vertes, de la baie des Veys à Barfleur, et aussi à quelques endroits de la côte Nord comme le port du Cap-Levi. Mais cela reste dans des proportions beaucoup moins élevées que dans le département voisin. « Il y a l’influence de la Seine qui alimente les masses d’eau en matière nutritive » , relève Anthony Le Bris, du Centre d’étude et de valorisation des algues (Ceva).

Sans que la raison soit bien identifiée, c’est dans le secteur de Saint-Vaast-la-Hougue et de Quinéville que les quantités relevées par le Ceva ont été les plus importantes entre 2017 et 2019, trois fois plus que la moyenne annuelle pour 2019. Alors que les algues vertes ont été beaucoup moins présentes en 2020, 2021 semble partir sur des grosses quantités.