Dans son édition papier datée du 30 août 2018, l'hebdomadaire "La Manche Libre" qui fait état d'une rencontre dans un bureau de Bercy à Paris entre les journalistes de la radio normande Tendance Ouest et le ministre du budget Gérald Darmanin,  qui déroule en ce moment un plan com pour rassurer les contribuables français à quelques mois de la mise en oeuvre du prélévement fiscal à la source, publiait aussi des propos du ministre du Budget totalement polémiques sinon hors-sujet contre Hervé Morin président de la Normandie et président de l'association des régions de France...

Voici la chose:

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Avec une arrogance propre aux jeunes ambitieux, ledit Darmanin fait la leçon à Hervé Morin, président normand, sur deux sujets essentiels sinon stratégiques quant à l'avenir de la Normandie face aux enjeux du Brexit et que nous venons de traiter sur l'Etoile de Normandie:

1) Le risque de relégation des ports français donc normands dans les liaisons transmanche et la réorganisation des liaisons maritimes avec l'Irlande en conséquence d'un Brexit dur avec une Commission européenne prête à réduire et à concentrer ses investissements sur les seuls ferries belges et hollandais.

2) La question de l'avenir des zones de pêche dans la Manche et dans l'Atlantique au large des côtes françaises et britanniques avec la question de la coquille Saint Jacques de la baie de la Seine revenue brutalement dans l'actualité normande et nationale il y a deux jours.

Ce sont des sujets très sérieux et qui ne devraient prêter à aucune vaine polémique. Mais comme le président normand a d'autres chats à fouetter que de perdre son temps dans le bureau parisien d'un petit marquis arrogant qui pratique depuis juin 2017, à la demande de son maître et seigneur, un jacobinisme comptable sans vergogne ni état d'âme à l'encontre de toutes les collectivités territoriales, ledit petit marquis se plaint de n'avoir jamais vu un duc de Normandie pleurnicher dans son bureau comme tant d'autres visiblement.

Il faut donc informer Monsieur Darmanin des réalités suivantes au sujet de la Normandie et des Normands:

1) La Normandie est réunifiée. Elle existe en tant que telle et elle s'est incarnée politiquement de par le suffrage universel républicain en la personne d'Hervé Morin.

2) La vieille tactique du grand féodal d'une Basse Seine normande égoïste occupant le temps qu'il faut avec son "cul de plomb" le velours d'un fauteuil dans le bureau d'un ministère parisien pour quémander ce que d'autres ne sauraient obtenir, n'existe plus: La Normandie de Lecanuet n'est plus!

3) Le gouvernement de la Normandie se fait en Normandie. Les arbitrages stratégiques de l'avenir normand se font à Caen et à Rouen et non pas au 3ème étage d'un ministère parisien, qui plus est celui de Bercy où l'on a pris l'habitude de prendre les visiteurs de province pour des pélerins qui se rendent à Canossa...

4) La Normandie existe pleinement. Hervé Morin a donc un agenda... normand à la fois régional et international. Il est donc très occupé par la Normandie sinon préoccupé que l'Etat qui se dit aussi "en région" sabote, de fait, le bon fonctionnement ou le développement de l'idée régionale par une recentralisation rampante et par un jacobinisme comptable qui exige de la part des collectivités territoriales des rigueurs et des efforts que l'Etat se refuse à lui-même. C'est ce que le président de région normand, en tant que président des régions de France, ne cesse de rappeler notamment en demandant directement au président de la République (et non pas à un sous-fifre aussi bruyant soit-il) qu'il mette en oeuvre ses rares promesses en terme de décentralisation ou d'aménagement du territoire: ceux et celles qui ont voté Macron ont aussi voté pour un "pacte girondin" et non pas pour une recentralisation jacobine orchestrée par le Ministère du Rabot.

Darmanin, le raboteur en Chef fait, donc, feu de tout bois en balançant dans la presse régionale normande quelques copeaux de sa langue de bois. Hervé Morin a fort bien répondu la veille dans un article de Paris-Normandie au donneur de leçons normandes post-Brexit: "que Darmanin s'occupe du pouvoir d'achat des Français."

Voilà ce qui s'appelle prélever à la source la plus ou moins grande légitimité d'une parole publique... Puisque de la Normandie, Darmanin, cet ex zélateur du Canal Seine Nord qui pourrait être le tombeau d'un grand port maritime en aval de la Seine, s'en soucie comme de sa dernière guigne!

La troisième voie normande...

On a bien compris qu'il ne s'agit pas de l'avenir de la Normandie mais de l'avenir politique d'Hervé Morin, ce girondin normand qui gêne de plus en plus le projet néo-giscardien de conquête totale du Centre par l'officine macroniste à l'approche des prochaines échéances électorales (élections européennes de 2019, municipales de 2020 sans oublier les régionales de 2021) au point que l'on doit considérer Hervé Morin comme le véritable opposant politique à Emmanuel Macron, bien plus gênant qu'un Wauquiez à droite ou un Mélenchon à gauche puisque, comme l'avait suggéré Alain Juppé, il s'agit de rassembler en la personne d'Emmanuel Macron, le centre gauche et le centre droit en laissant les bords brûlés de l'omelette politique française aux extrêmes compte tenu de la dispersion idéologique du corps électoral français en trois tiers à l'instar des autres grandes démocraties occidentales.

Ces trois tiers idéologiques se structurent, en effet, autour du clivage de plus en plus fort entre ceux qui soutiennent la mondialisation libérale et ceux qui la refusent (retour au souverainisme disqualifié par le terme de "populisme"). En raison d'une abstention massive, un tiers des voix suffit pour remporter une élection... Pour la France d'après le "dégagisme" électoral de 2017, cela donne le tableau suivant:

  • Un tiers favorable au maintien du statu quo actuel: le Libéralisme économique et sociétal dans la Mondialisation. C'est "La République en Marche" de l'actuelle majorité gouvernementale présidée par Emmanuel Macron.
  • Un tiers formant une contestation "populiste" de gauche de la Mondialisation: c'est "La France Insoumise" de Jean-Luc Mélenchon qui tente de rassembler les Communistes, l'aile gauche du PS et les écologistes sur l'idée d'établir un authentique souverainisme international  européen pour traiter la question sociale et écologique.
  • Un tiers formant la contestation "populiste" de droite de la Mondialisation: c'est l'actuelle tentative ou tentation d'une fusion entre l'aile droite des LR (Laurent Wauquiez), "Debout La France" (Dupont-Aignan) et l'ex FN devenu "Rassemblement National" (Marine ou Marion? on ne sait pas encore...) pour rétablir la sécurité sociale et culturelle des démocraties occidentales en rétablissant les souverainetés nationales face au péril jugé majeur des migrations de population.

On remarquera qu'un projet régional normand girondin n'entre parfaitement dans aucune de ces trois catégories idéologiques qui ne manqueront pas de se transformer en enfers politiques par ceux qui les promeuvent.

Plus que jamais, la Normandie doit s'affirmer comme un projet politique à part entière avec ses valeurs propres et fortes:

"Liberté, Paix et Droit".

Ces trois valeurs "théologales" normandes doivent plus que jamais servir de boussole sur une mer politique qui s'annonce très agitée. A partir du laboratoire normand, il nous parait de plus en plus urgent de construire une troisième voie entre les trois tiers car ni la défense du stato-quo néo-libéral mondialiste, ni le recours aux souverainismes populistes ne sont finalement souhaitables.

Dans l'histoire politique et institutionnelle très mouvementée de la France depuis 1789, nous n'avons pas encore assez essayé le recours aux provinces et à la démocratie participative locale pour expérimenter les solutions girondines face à un jacobinisme central parisien qui a laissé se dissoudre la souveraineté nationale française dans un projet européen devenu improbable tant il s'est mis au service d'une Mondialisation qui ne profite qu'à de grandes firmes multinationales et à une "planète finance" déconnectée de la vraie planète qui subit les premiers effets sociaux, économiques et politiques du réchauffement climatique...

Ouverture de la chasse au Morin...

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Si l'actuel président de la République qui aime, semble-t-il, la chasse, a décidé de lancer les roquets de la Macronie à la poursuite du gibier Morin (sans oublier quelques idiots utiles normands: on attend encore les pépiements du Mayer-Rossignol...), on pourra toujours se consoler en se disant qu'une polémique politicienne pourrait être enfin utile à nos affaires normandes.

En effet, il y a un espace politique qui s'ouvre sur l'idée régionale comme solution pragmatique (Darmanin lui-même reconnait que les Normands le sont) aux grandes contradictions de notre temps. Pour l'instant, que cela plaise ou non, c'est Hervé Morin qui incarne cet espoir.

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