Billet de Florestan:

Je propose la souscription d'un grand emprunt normand pour soutenir notre économie régionale dans la crise actuelle mais aussi et surtout pour garantir la souveraineté financière de nos entreprises qui ont été fragilisées par l'épreuve du confinement sanitaire.

Mais cette bonne idée d'action régionale "post-covid" n'est pas la mienne et elle est encore moins normande...

En effet, la région des Pays-de-la-Loire alors présidée par le baron socialiste Jacques Auxiette, avait expérimenté en 2009, non sans un certain succès auprès de la population, la souscription d'un emprunt obligataire régional dans le but de mobiliser l'épargne des particuliers au service de l'économie régionale et de l'aménagement du territoire.

 Archives:

https://www.lerevenu.com/un-emprunt-regional-au-taux-de-4-sur-six-ans

https://www.paysdelaloire.fr/uploads/tx_oxcsnewsfiles/3_volets_Emprunt_Regional_2013-P%C3%A0P-BD.pdf

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Depuis le début de la crise sanitaire en mars dernier et qui est en train de se transformer en une crise économique d'une gravité exceptionnelle, la Normandie heureusement réunifiée dans son pilotage et son action politique a démontré son efficacité en étant, de fait, le bouclier social des Normands par le fait d'avoir mis en oeuvre, avant même la crise et ce depuis la réunification, une puissante politque d'intelligence économique qui s'est située très en amont des difficultés susceptibles d'affecter le tissu entrepreneurial de la première région industrielle de France.

Fort de cet acquis, le conseil régional normand présidé par Hervé Morin a su être réactif et efficace avec une cellule de crise commune avec le préfet de région. Et Hervé Morin de dire, récemment, que le meilleur service qu'il pouvait rendre aux Normands était d'agir pour éviter qu'ils ne perdent leurs emplois: c'est là la quille de notre esnèque normand dans la tourmente de 2020. La Normandie réunifiée est l'outil le plus efficace pour assurer un avenir aux Normands avec, de surcroît la possibilité de mobiliser symboliquement et affectivement un héritage historique et culturel prestigieux pour affronter ensemble et avec une fierté régionale retrouvée, la tempête actuelle.

Cette tempête s'annonce forte voire très forte. Pour l'instant nous tenons le coup et le cap.

Mais la fin de l'année 2020 s'annonce terrible avec la crainte d'un mur de la trésorerie qui pourrait déclencher une cascade de plans sociaux dans la foulée des grands donneurs d'ordres industriels qui mettent, une fois de plus, à l'épreuve le réseau de leurs sous-traitants, généralement des petites et moyennes entreprises qui maillent le territoire normand et où les savoir-faire sont nombreux avec, parfois dans des niches spécialisées, une excellence technologique et d'innovation de niveau mondial: Le plan social Renault n'est qu'un coup de semonce et devrait être perçu par les décideurs lucides comme un appel à la mobilisation générale.

Jusqu'à cette terrible année 2020, le tribunal de commerce de Rouen pouvait s'enorgueillir d'être le moins actif de France. La Normandie entrepreneuriale et industrielle était en plein réveil et l'action du conseil régional avait réussi à sauver ou pérénniser l'emploi de plus de 12000 salariés normands.

On craint, hélas qu'avec le retour des charges habituelles (Urssaf, banques, assurances, loyer, impôts, factures en attente ou à payer, contentieux, etc...) et la fin des aides publiques actuelles tant celles de l'Etat que celles du conseil régional, le tribunal de commerce de Rouen ne retrouve une activité inquiétante...

Et, effectivement, il y a de quoi s'inquiéter notamment sur un point précis sinon capital: celui qui dominera les autres à la fin de cette aventure sera celui qui fournira le nerf de la guerre.

Après 1945 nous avons eu l'argent du Plan Marshall des Américains pour lancer la reconstruction et la modernisation d'une Europe occidentale en ruines au sortir de la Seconde Guerre Mondiale... En 2021, il est très probable que ce sera le tour des Chinois: après nous avoir refilé un virus, ils se proposent, d'ores-et-déjà, de nous refourguer tout le service après vente quitte à faire la tournée des tribunaux de commerce avec espèces sonnantes et trébuchantes: les fameuses routes de la soie risquent fort de se transformer en cravates serrant un peu trop fort sous le menton.

On lira avec intérêt l'analyse sinon l'alerte de François Heisbourg qu'il ne faudrait surtout pas prendre pour un Cassandre:

https://artofuss.blog/2020/05/29/francois-heisbourg-la-chine-est-un-predateur-et-leurope-est-sa-proie/

Sur la porte de ma demeure j'ai mis cette devise bien normande peinte en blanc sur un joli morceau de schiste bleu du Cotentin: "Sire de sei!" que l'on pourrait traduire par "sire de soi" ou "seigneur de soi-même".

Puisqu'on parle gros sous, j'ajouterais: "charité bien ordonnée commence par soi-même". Mettre à l'arrêt pendant deux mois près de 20% du PIB  d'un pays occidental développé nécessite de faire tomber du ciel des milliards par centaines. Le seul plan d'aide allemand s'élève à 1100 milliards d'euros! Cet argent dont certains disaient dans le monde d'avant qu'il était magique nous vient tant de la planche à billets des banques centrales qui tourne à plein régime que d'emprunts massifs levés par les Etats sur les marchés financiers mondiaux: ça tombe bien! La Chine a de l'argent à ne plus savoir qu'en faire. François Heisbourg nous avertit: après la crise, des pans entiers de l'économie nationale des pays européens seront à vendre. Les Chinois ont tout l'argent de poche nécessaire pour faire de bien belles emplettes!

L'urgence est donc plus que jamais à assurer la souveraineté financière de nos entreprises: on a déjà subi les fonds vautours américains, on craint d'avoir à penser que les vautours chinois, fussent-ils officiellement communistes, ne soient pas davantage sensibles au sort de nos salariés et de nos entreprises.

D'où notre idée de garantir la souveraineté financière des entreprises normandes en mobilisant l'épargne des Normands sous la forme d'une souscription à un emprunt obligataire régional qui pourrait même être nommé "Sire de sei" si l'on devait pousser notre fierté normande jusqu'au bout. A titre d'exemple comparatif, l'emprunt obligataire ligérien de 2012 avait un taux fixé à 4% pour une durée de six ans.

Les esprits chagrins notamment les crânes d'oeuf de Bercy vont nous dire et nous disent déjà que c'est trop cher payé pour les finances publiques puisque les cadors du Trésor nous expliquent qu'ils sont capables de lever des milliards sur les marchés internationaux à des taux inférieurs à 1%. Avant la crise certains payaient pour obtenir la signature française (les fameux taux négatifs...). Mais c'était le "monde d'avant" et ces messieurs s'y trouvent encore. Le monde d'après leur sera révélé lorsque l'argent levé par le Trésor français sera surtout de l'argent chinois car il n'est pas sûr que l'argent soit si inodore que cela!

Faut-il donc attendre que la tour de contrôle de Bercy sorte de son brouillard idéologique pour agir?

Bien entendu, la solution idéale serait le lancement d'un grand emprunt national par le gouvernement avec une déclinaison pour chaque région: la Normandie et les Normands ne seraient pas seuls à agir et leur action serait rendue encore plus efficace s'il devait exister une action nationale concertée.

Ajoutons, en outre, que cet emprunt régional permettrait de soulager le temps qu'il faut les finances déjà très sollicitées d'un conseil régional normand qui, depuis la réunification, a fait le bon choix du dynamisme et de l'investissement en utilisant les marges financières importantes de la région réputée "la moins endettée de France" après des années de passivité  passées dans la division normande.

Le recours à l'épargne des Normands aurait donc trois avantages: en apportant de nouvelles marges de manoeuvre financières à la région sans les risques d'un emprunt classique, en éloignant le risque d'avoir à faire des arbitrages douloureux dans les politiques régionales normandes menées avant la crise et, surtout, en rassemblant les Normands autour de leur bien commun: la Normandie!

On notera, enfin, que le recours à l'épargne nationale est une tradition française bien ancrée dans l'histoire mouvementée de notre pays: depuis le paiement de la rançon de François 1er capturé par Charles Quint à Pavie payée par la création d'une loterie nationale sur les "deniers de l'hôtel de ville de Paris" jusqu'aux emprunts Pléven ou Pinay en passant par l'emprunt Thiers pour payer quelques 5 milliards de franc or de frais de guerre à Bismarck, la France s'est toujours relevée en ne comptant que sur ses seules forces: son agriculture, son industrie et sa recherche scientifique, sa démographie et surtout son épargne...

Voilà donc une idée qui comme toutes les bonnes idées concrètes doit vaincre une idéologie pour espérer une mise en oeuvre.

 On aimerait bien que l'association des régions de France s'empare de ce sujet et qu'une fois de plus, la Normandie montre l'exemple!

s-l1600

Tirelire des années 1930 en forme de paquebot "Normandie".