Le rétablissement du caractère maritime du Mont Saint Michel n'en finit pas de faire des vagues: nous en avions déjà ici parlé, il s'agit de la question loin d'être anodine de la hauteur de la future cale d'accès en béton qui sera placée devant la barbacane d'entrée du village du Mont St Michel sur la pente de laquelle viendra prendre appui la passerelle sur pilotis actuellement en cours de construction. 

Le ministère de la Culture, les associations de défense du patrimoine, l'UNESCO ainsi que l'architecte du syndicat mixte qui gère les travaux (dont le patron est Laurent Beauvais, président du Conseil Régional de Basse-Normandie) préconisent un seuil ne devant pas dépasser 6,80 mètres afin d'éviter de noyer dans le béton une partie du rocher qui se trouve à l'entrée du Mont et de permettre l'insularité totale du Mont pendant quelques jours par an à l'occasion des plus forts coefficients de marée.

Mais les services "techniques" de Matignon (qui n'ont aucune compétence patrimoniale, archéologique ou historique) ont confirmé le choix d'un seuil à 7, 30 mètres pour des raisons de sécurité afin de garantir un accès permanent: il faudrait donc savoir ce que l'on veut. Rétablir le caractère maritime du Mont ou garantir un parking permanent au pied des remparts pour les pompiers et qui sait, peut-être, pour le stationnement d'autocars de "tours opérateurs" pour déposer les touristes au plus près de la Merveille: on sait que les élus Bretons sont attachés à cette question puisque les touristes qui arrivent en autocar au Mont St Michel arrivent de Paris par le TGV breton en gare de Rennes... 


 

Lire ci-après un article paru récemment sur le site du Figaro:

Mont-Saint-Michel : cinquante centimètres font débat

 

Par Claire BommelaerService infographie du Figaro Mis à jour le 27/12/2012 à 14:46 | publié le 27/12/2012 à 06:00 
 
Les travaux de construction du pont-passerelle sur pilotis entre le continent et le Mont-Saint-Michel.
Les travaux de construction du pont-passerelle sur pilotis entre le continent et le Mont-Saint-Michel. Crédits photo : Philippe Chérel/PHOTOPQR/OUEST FRANCE
 
INFOGRAPHIE - Deux associations estiment que les travaux à l'entrée du Mont vont endommager le monument historique classé par l'Unesco.

Les travaux de réaménagement du Mont Saint Michel font à nouveau des remous. À chaque étape du rétablissement du caractère maritime de la baie, processus démarré en 2006, les contestations sont au rendez-vous. Depuis mi-décembre, et jusqu'en février, le devant de la scène est, et sera, occupé parl'«affaire du gué». 50 centimètres de hauteur, en plus ou en moins, au pied du célèbre rocher, sont en jeu. La bagarre fait rage pour savoir si le terre-plein qui permettra d'entrer dans le Mont-Saint-Michel fera 6,80 mètres ou 7,30 mètres. «Cela n'a l'air de rien, mais si on construit un terre-plein de 7,30 mètres, il va falloir attaquer le rocher, pourtant classé monument historique», indique Alexandre Gady, président de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France (SPPEF).

La société, reconnue d'utilité publique, devrait avoir du mal à mener son combat. Car Matignon a, par deux fois, donné son aval à la «version haute» des travaux. Une fois, en 2011, sous François Fillon, une autre il y a à peine quinze jours, sous Jean-Marc Ayrault. Le raisonnement de Matignon, adoubé par la préfecture, est le suivant: seul un terre-plein de 7,30 mètres permettrait aux secours, dont les pompiers, d'intervenir 365 jours par an. Sinon, pendant les quelques jours de très grande marée, l'eau recouvrirait la passerelle et le gué, rendant impossible l'accès au Mont.

Pour l'instant, 2,5 millions de touristes se rendent chaque année dans les ruelles médiévales, et la moitié grimpe jusqu'à l'abbaye. Allant contre une préconisation du ministère de la Culture, les services du premier ministre ont donc choisi de privilégier la sécurité sur l'esthétique et la préservation du monument historique. Leur décision a été actée par un document officiel, un «bleu», c'est-à-dire qu'elle ne peut en principe pas être remise en cause. Mais la SPPEF ainsi que l'association des Amis du Mont-Saint-Michel espèrent aujourd'hui que l'UNESCO viendra à leur secours, et ont écrit début décembre au comité du patrimoine mondial en ce sens.

Depuis plusieurs années, ce dernier s'intéresse de près aux aventures qui secouent le Mont-Saint-Michel, édifice classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Au départ, ses experts ont plongé leur nez dans l'épineux dossier des éoliennes: plusieurs départements limitrophes de la baie planifiaient l'implantation de dizaines d'éoliennes qui auraient défiguré la vue. En juin 2011, le comité du patrimoine mondial a officiellement demandé à la France la suppression des projets de parcs éoliens. «Cette remarque a été suivie d'effets et, de fil en aiguille, l'Unesco s'est intéressée de manière plus large au rétablissement du caractère maritime du Mont et à ses conséquences», rappelle un porte-parole de l'organisation internationale.

En juin 2012, lors de sa 36e session à Saint-Pétersbourg, le comité du patrimoine mondial a accueilli «avec satisfaction» les efforts faits par la France pour limiter les éoliennes. Mais il a estimé, notamment à cause du gué, qu'il n'en était pas quitte pour autant. Il a donc réclamé que la France lui présente, d'ici à février 2013, un plan de gestion du site, ainsi qu'un rapport sur l'état de conservation du bien, d'ici au 1er février 2014. Cette même année se tiendra la conférence générale de l'Unesco.

«L'Unesco ne menace pas le Mont-Saint-Michel d'être retiré de la liste du patrimoine mondial, mais cherche plutôt à vérifier que tout est fait pour conserver sa valeur universelle», poursuit le porte-parole.

Mais, sur place, nombreux sont les observateurs et les habitants qui se sont pris à douter: y a-t-il un pilote dans l'avion? Déplacement du parking à 2,5 km de l'entrée, système de navettes imparfait, interdiction faite aux vélos de circuler sur la nouvelle passerelle permettant d'accéder au Mont, contestations des commerçants et des tour-opérateurs… Les travaux (200 millions d'euros d'ici à 2015) ont pour l'instant bien du mal à faire l'unanimité.

En cette fin d'année, le Centre des monuments nationaux (CMN), qui gère uniquement l'abbaye, a fait ses calculs: la fréquentation a baissé de 10 points entre 2011 et 2012, à 1,22 million de visiteurs. Le tout alors que le nouveau système de navette n'est opérationnel que depuis avril 2012. Sans prendre partie sur l'affaire du gué, le CMN réclame à tout le moins «qu'un véritable système d'information touristique et de billetterie soit mis en place avant l'été 2013».

Comme le dit un Montois: «Ces travaux, c'est une pétaudière.»

La passerelle de la discorde