Il est à parier que la réunification de la Normandie constitue un cas unique dans la réforme territoriale: la fusion est plébiscitée par les habitants, des territoires vont célébrer leurs retrouvailles en de multiples occasions festives au cours de l'année 2016 et le nom de la nouvelle région est déjà connu dans le Monde entier! A cela il faut ajouter que la nouvelle région normande suscite aussi un certain enthousiasme éditorial qui renvoie d'ailleurs à l'une des racines les plus incontestables de l'identité normande: la Normandie est l'ornement des bibliothèques depuis plus de trois siècles! Rien de tel ailleurs et pour cause! car s'il devait sortir un bouquin du côté de Strasbourg pour expliquer la réforme territoriale aux concitoyens, il risquerait d'être un violent pamphlet contre la sottise jacobine du Gouvernement!

L'évidence normande suscite heureusement des livres qui vont stimuler l'intelligence et, espérons-le, permettront de faire monter le débat public régional en qualité: ces livres devraient donc être lus en priorité par les journalistes du type "Franck Besnier" mais aussi par les nouveaux élus régionaux qui doivent impérativement prendre connaissance et conscience de l'étendue et de la richesse exceptionnelle de la matière normande pour être enfin à la hauteur de l'enjeu: le costume normand taille grand, très grand !

Parmi les ouvrages indispensables à lire, il y a le socle incontournable proposé par l'historien François GUILLET pour découvrir ce fait historique important: c'est en Normandie et pour la Normandie que la notion moderne de région a été inventée en France. Une somme magnifique et très agréable à lire à offrir d'urgence au président de région Hervé Morin !

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Mais il y a aussi le magnifique portrait identitaire de la Normandie magistralement brossé par le grand peintre géographe normand Armand FREMONT:

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En revanche, pour connaître les bases de l'actuel débat public régional normand en terme d'aménagement du territoire et d'organisation de la Normandie autour d'une question métropolitaine originale, le livre "la Normandie en débat" publié en 2012 par le collectif des Quinze géographes universitaires normands est la lecture obligatoire!

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Dans le courant de l'année 2015, l'approche de la perspective historique du retour à l'unité normande stimule les ardeurs éditoriales avec trois projets de livres parus ou paraître:

"Enfin la Normandie, des Vikings à la Réunification" du journaliste Daniel HUARD dont nous avons fait état ici-même, un livre destiné au grand public normand curieux et aimant sa région, très agréable à lire... (sorti pendant l'été 2015)

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Vient de paraître aux éditions de l'Harmattan, un essai beaucoup plus politique et engagé proposé par Franck BULEUX, professeur de droit à l'université de Rouen sur l'histoire politique de l'idée régionale normande sur l'histoire contemporaine et encore largement méconnue du régionalisme normand: "L'unité normande, réalité historique, incertitude politique".

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  • Voir ci-après, la présentation de cet ouvrage proposé par la feuille d'information Normandie XXL:

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1234

Culture. La réunification de la Normandie stimule l’activité éditoriale, nous avons déjà évoqué « Enfin la Normandie » du journaliste Daniel Huard. En ce début d’année, dans un registre très différent, les éditions l’Harmattan publient L’unité Normande, réalité historique et incertitude politique de Franck Buleux. Cet universitaire normand diplômé en histoire, sciences politiques, droit et criminologie, a réalisé différents mémoires universitaires, dont l’un sur l’unité normande et cet essai en est, pour partie, issu.

Sur 266 pages, moins d’une centaine sont consacrées à la recherche de ce qui fait l’identité normande, une notion bien délicate à définir qui fait écrire à l’auteur : «  l’identité d’une région se définit par la conscience qu’on en a de l’intérieur mais aussi par la reconnaissance qu’en a l’extérieur. »

Le territoire est hétérogène, 27 pays du Pays de Bray à celui du Perche, le composent mais si l’unité n’est pas géographique elle a des racines historiques. Il y a bien entendu la date de naissance de 911 mais la spécificité de la région est aussi attestée par la Charte aux Normands du 19 mars 1315 octroyée par Louis le Hutin. Il n’y a pas de « race » normande, ce ne furent guère que 5.000 colons scandinaves qui envahirent une Neustrie de 100.000 habitants mais leur capacité d’intégration fut phénoménale comme le rappelle « l’union de Rollon et de Poppa de Bayeux qui symbolise l’association du Viking et de l’aristocratie franque. » Surtout les Vikings surent s’appuyer sur la religion pour s’intégrer et établir leur pouvoir. Pas plus qu’Henri IV n’a prononcé son Paris vaut bien une messe, les Vikings n’ont dit la Normandie vaut bien une abbaye mais ils ont su combler le clergé en un temps où pouvoir temporel et spirituel n’étaient pas séparés.

C’est dans la 2e moitié du 19e siècle que naît un éloge de la « race » normande ce mot n’étant pas alors connoté aussi négativement que maintenant et tout une pléthore de poètes chantent ces Northmen comme Charles Théophile Féret, Léon Beuve, Gaston Le Révérend, allant pour ce dernier jusqu’aux propos belliqueux.

Moment fort du sentiment d’appartenance à la Normandie, en 1911 les fêtes du Millénaire durent 3 jours, le président Armand Fallières y vient en personne et des centaines de milliers de Normands y participent. En pleine crise de séparation de l’Eglise et l’Etat, là encore les Normands savent jouer les conciliateurs.

L’ancrage normand s’incarne aussi dans une presse qui tente de réveiller l’âme normande, il faut citer la revue normande Viking qui produisit un ensemble de 27 numéros entre mars 1949 et le printemps 1958 fondée par Jean Mabire, les revues Heimdal et Haro lui feront suite.

Les deux tiers du livre sont consacrés aux mouvements normands qui vont tenter de faire vivre la réunification pour mémoire citons l’Union pour la région normande (URN), association d’élus de Normandie créée en 1968 pour s’opposer à une modification des limites territoriales normandes elle est dirigée par son fondateur Pierre Godefroy ancien rédacteur de la revue Viking.

Une place de choix est réservée au Mouvement Normand créé en 1971 par Didier Patte qui avait au préalable été président-fondateur du Mouvement de la jeunesse de Normandie (MJN) et auquel contribua activement feu Pierre Godefroy.

A travers l’histoire de ce mouvement contée par le menu, c’est toute la vie politique normande qui défile, non que le Mouvement soit engagé politiquement, son président s’en défend sans cesse mais parce le combat pour une réunification ne saurait se faire sans s’appuyer sur les élus.

« Parti militant ou simple instrument et aiguillon de parlementaires conservateurs, telle est l’option qui, à ma connaissance, n’est toujours pas résolue au sein du Mouvement normand même si, à l’épreuve des faits évoqués, nous le verrons, la réponse ne fait guère de doute » analyse l’auteur.

Quel lien établir avec les élus ? Quel camp de la droite ou de la gauche est plus favorable à la réunification ? Le mouvement doit-il s’impliquer dans la politique ? Questions incessantes auxquelles les réponses varieront dans le temps.

Le Mouvement Normand réussira à garder une particularité qui le diffère des partis politiques, fondée sur la possibilité de la double appartenance partisane qui va lui donner une position transversale dans la vie politique. A ses débuts toutefois il soutiendra avec succès certains candidats, ce fut le cas de François d’Harcourt élu député du Calvados en 1973 et il le restera jusqu’en 1993. Selon Didier Patte, ses interventions ne reflétèrent pas l’engouement qu’avait mis le MN dans son élection.

« Finalement pour Didier Patte, il est devenu évident, qu’il est préférable d’investir le terrain des idées, métapolitique, et celui des hommes, principalement des élus mais aussi des décideurs économiques, et d’être un ferment unitaire normand plutôt qu’un élément de division politique supplémentaire, qui plus est très limité électoralement par la modicité, voire la faiblesse des résultats obtenus » analyse l’auteur.

Par le biais de l’évolution des stratégies du Mouvement Normand, l’histoire de la vie politique normande se déroule et nous relevons au passage quelques citations d’élus que le temps s’est chargé de rendre caduques.

Jean-Louis Destans, élu socialiste, pour qui « la réunification est un vœu pieux puisqu’elle se trouve confrontée aux pouvoirs locaux et au choix d’une capitale régionale »

Laurent Fabius disait, à propos de la réunification de la Normandie, que « tout cela, c’était des affaires de Vikings »renvoyant l’unification à une iconographie mythique et exclusive. La réduction de l’unité normande au seul fait historique est rejetée ainsi par des élus socialistes, laissant entendre que celle-ci rejoint une connotation ethnique, du fait, très probablement, de l’imagerie viking.

Pourtant des socialistes s’intéresseront à la réunification, c’est le cas d’Alain Tourret, « le député de gauche tombeur de René Garrec deviendra l’image d’un homme de gauche favorable à l’unification normande. » Le Mouvement Normand se félicita aussi, par exemple, de la victoire du futur ministre de l’Intérieur actuel, Bernard Cazeneuve dans la circonscription de Cherbourg ou de celle d’Yvette Roudy, à Lisieux, ancienne ministre des Droits de la femme entre 1981 et 1986, qui « a toujours eu une position nette en faveur de la réunification normande »

Puis arrive l’année 1999 où Hervé Morin déposera le 16 juin 1999 à l’Assemblée Nationale, une proposition de loi tendant à la réunification, ceci avec entre autres Pierre Albertini, Patrick Herr, et Alain Tourret.

Simultanément la presse locale lance un sondage sur la réunification qui s’avère favorable ;  en 2000 les sénateurs défendent le projet de loi et on trouve notamment Daniel Goulet, Jean Bizet, Joël Bourdin, Jean-François Le Grand, Jean-Luc Miraux, Ladislas Poniatowski et Annick Bocandé, tous issus de la majorité sénatoriale de l’époque, c’est-à-dire de l’opposition au gouvernement de Lionel Jospin

L’échec législatif ne sera pas sans lendemain. Ces propositions de lois, qui seront co-signées par une quarantaine de parlementaires, vont donner lieu, dès décembre 1999, à la naissance d’une nouvelle structure associative, à vocation politique.

Le 17 septembre 2000 nait à Deauville Demain la Normandie qui rassemble nombre des élus nommés mais le discours d’Hervé Morin qui ne veut ni « nationalistes », ni « régionalistes », ni « nostalgiques »  qui estime « qu’il ne faut pas faire ressurgir l’identité normande, ni cultiver la normanditude » (sic) décevra le Mouvement Normand.

On le voit l’ouvrage après avoir brossé les grandes lignes historiques de la naissance de la Normandie apporte une plongée dans le combat de ceux qui ont tenté ces cinquante dernières années de faire survivre une identité normande en essayant de convaincre ceux qui étaient au pouvoir, car il est des changements que seule la politique peut réaliser. Et finalement le coup de dés du président Hollande a recréé une Normandie géographique qu’il appartient aux Normands de comprendre et de développer. Ce livre peut y aider.

L’Unité Normande – Franck Buleux – Editions l’Harmattan ISBN 978 2 343 07329 – 3

266 pages – 25,18 euros -

  • Voir aussi cet article récemment paru dans le Courrier Cauchois:

Grande Normandie : pour l'universitaire Franck Buleux, « une identité à construire »

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Enfin, à paraître, d'ici quelques semaines, d'abord sous format numérique puis, espérons-le grâce à une édition régionale papier, notre livre co-écrit avec nos amis fondateurs de la Fête des Normands:

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"La Normandie, c'est maintenant!" qui sera un essai destiné au grand public normand proposant des clefs de compréhension mises en perspective dans la riche histoire et géographie de la Normandie de ce que pourrait devenir collectivement notre région. Ce livre sera en trois parties:

Passé: héritage et identité (Philippe Cléris)

Présent: bilan de la division et constat du potentiel normand (Florian Hurard)

Futur: prospective et projet normand (Chloé Herzhaft)