Et l'hôtel parisien de Matignon n'est pas connu pour être un havre de paix: c'était même l'enfer si l'on en croit ce que disait Michel Rocard. Dans l'entretien à lire ci-dessous et paru la veille dans Paris-Normandie on notera les deux grands absents: Hervé Morin ET la Normandie!

21125340_1375514522501652_8887551473694585757_o


http://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/le-grand-entretien-avec-edouard-philippe--je-crois-a-ce-que-nous-faisons-pour-la-france-OA13027988?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=76af364910-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-76af364910-137315997

Le grand entretien avec Édouard Philippe : « Je crois à ce que nous faisons pour la France »

Stéphane SIRET
|
Publié 18/05/2018 22:00
|
Mise à jour 18/05/2018 22:00
Après la nouvelle attaque terroriste dans la soirée du 12 mai à Paris, le Premier ministre rappelle la création de plus de 10 000 postes de policiers et gendarmes durant le quinquennat. Édouard Philippe insiste sur sa relation « de très grande confiance avec le président de la République ». Sur la réforme de la SNCF, s’il se félicite de la poursuite des négociations, il martèle les trois points sur lesquels il ne transigera pas, dont « la fin du recrutement au statut pour les cheminots ».

La France vient de vivre une nouvelle attaque terroriste. Quelles mesures supplémentaires pouvez-vous prendre pour garantir la sécurité ?

Édouard Philippe : « Je ne veux pas tomber dans le travers dans lequel sont tombés certains de nos prédécesseurs qui consiste à penser que chaque événement appelle une nouvelle loi. Nous sommes sortis de l’Etat d’urgence sans baisser la garde avec la loi Sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme. Les services de renseignement déjouent des attentats. Ils le font évidemment en toute discrétion. Pour rendre leur travail plus efficace, nous avons pris un certain nombre de mesures : création d’une coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, recrutement de forces de l’ordre et de personnels dans le renseignement pénitentiaire. Ce sont des engagements importants : 10 000 postes de gendarmes et de policiers seront créés dans le quinquennat, dont 1 900 pour les services de renseignement. La priorité, c’est d’améliorer notre capacité à renseigner, surveiller et agir, pas de changer le cadre législatif ».

Fallait-il sortir de l’état d’urgence ?

« Oui. Par définition, il s’agit d’une situation exceptionnelle. Pour en sortir, nous avons doté notre pays des instruments juridiques qui lui assurent un très haut niveau de sécurité. Pouvons-nous dire que ces mesures empêcheront toujours et à jamais la commission de nouveaux attentats ? La réponse est non. On voit bien que les derniers attentats qui ont eu lieu sont des actes très individualisés avec des moyens matériels extrêmement réduits. J’observe les événements dans l’Aude, à Trèbes, ou à Paris le week-end dernier : à chaque fois, la réaction des forces de police et de gendarmerie a été extrêmement rapide et efficace. Notre objectif, c’est de toujours élever notre niveau de vigilance, et leur donner plus de moyens pour que le dispositif fonctionne encore mieux et soit toujours plus efficace. Face au risque terroriste, le gouvernement conserve une concentration de tous les instants ».

Comment qualifiez-vous ce que propose Laurent Wauquiez, président des Républicains. Mesures démagogiques, populistes ?

« Sur ce sujet comme sur d’autres, ses propositions se rapprochent d’une partie extrême du spectre politique. C’est son choix. Ce n’est pas celui que nous avons fait ».

Dans l’épisode 2 du documentaire que Laurent Cibien vous a consacré (Édouard mon pote de droite 2, N.D.L.R.), vous compatissez devant l’image de Manuel Valls et vous dites, « ça doit être dur d’être Premier ministre ». Est-ce que c’est dur d’être chef du gouvernement et êtes-vous un Premier ministre heureux, un an après votre nomination ?

« Je ne pense pas que les Français soient très intéressés par le fait de savoir si je suis un Premier ministre heureux ou malheureux. La question, c’est de savoir si le travail est bien fait. Mes états d’âme, si j’en avais, tout le monde s’en ficherait et à juste titre ! Ceci étant, oui, je suis heureux de faire ce que je fais. Quant à savoir si c’est dur... Je pense que quand on le fait, et c’est mon cas, dans une relation de très grande confiance avec le président de la République, de très grand soutien de la majorité parlementaire, de très grande solidarité avec les membres du gouvernement, c’est beaucoup moins difficile que dans d’autres circonstances. Je crois à ce que nous faisons pour la France ».

Vous n’êtes pas dans « l’enfer de Matignon » ?

« Je réfute complètement ce terme. Michel Rocard, qui l’avait employé, était dans une tout autre situation. Il y a beaucoup de gens qui ont un quotidien bien plus difficile que le mien ».

Vous avez personnellement repris le dossier de réforme de la SNCF... Pour en finir avec une situation aujourd’hui totalement bloquée ?

« C’est un dossier éminemment interministériel auquel je porte une attention toute particulière depuis le début. Nous sommes dans une réforme ambitieuse et les Français sont confrontés à une grève qui dure, j’en ai parfaitement conscience. L’impact sur les Français – et singulièrement sur les Normands – est considérable. Ce n’est pas un hasard : cette grève est conçue pour avoir l’impact le plus fort possible sur les usagers. Mais cette réforme est indispensable parce que chacun constate que le système ferroviaire fonctionne de moins en moins bien. Tout le monde le vit sur les petites lignes et sur les trajets majeurs comme Le Havre-Rouen-Paris et Cherbourg-Caen-Paris, que ce soit en termes de qualité de service, de confort, de régularité... Le service public s’est dégradé et personne ne peut le nier. La réforme ferroviaire sera positive pour la SNCF comme pour les usagers. La concurrence mettra à leur disposition plus de trains, plus ponctuels et à un meilleur prix ».

Quels sont les points sur lesquels vous ne négocierez pas ?

« Nous ne reviendrons pas sur les trois mesures clés : l’ouverture à la concurrence, la transformation de la SNCF et la fin du recrutement au statut pour les cheminots. Je veux redire ici ma fermeté complète, tranquille, sans agressivité. Mais il y a matière à discussion. Les concertations avec les organisations syndicales ont commencé en février et un certain nombre de leurs arguments ont été repris dans des amendements à l’Assemblée nationale. Le texte a été adopté par 464 voix sur 577. Une majorité écrasante, bien au-delà de notre majorité parlementaire. Le Sénat va être saisi à la fin du mois de mai. Il votera au début du mois de juin. Nous continuons de discuter d’un certain nombre de modalités de la réforme, notamment des conditions de reprise de la dette et de la future convention de branche. Je suis attaché à l’intensité du dialogue dans la période actuelle, sans transiger avec les grands principes de la réforme ».

Les cheminots ont lancé le 14 mai une consultation interne. Quelle valeur le gouvernement va accorder à cette consultation ?

« Je suis à l’écoute, je reçois tous les messages. Mais le service public appartient à tous les Français. Il y a quelque chose de curieux à imaginer que seuls les cheminots seraient légitimes à s’exprimer sur la SNCF, surtout au moment où on se pose la question du montant de la dette que reprendront les contribuables, qui financent déjà davantage le système que les usagers. Et puis on ne peut pas comparer les résultats d’une pétition au vote du parlement français, élu par plusieurs dizaines de millions de concitoyens. C’est au Parlement que s’exprime la légitimité démocratique ».

Un dossier normand et havrais qui inquiète, c’est celui de l’éolien en mer, le gouvernement a engagé une renégociation avec les opérateurs. L’avenir des usines du Havre est toujours en suspens. Où en êtes-vous sur ce sujet et quand en sortira-t-on ?

« On veut construire des éoliennes offshores parce que nous souhaitons que le mix énergétique français soit moins dépendant du tout nucléaire et plus orienté vers les énergies renouvelables. Cela ne veut pas dire qu’on supprime tout le nucléaire, mais qu’à horizon de 15-20 ans, la part du nucléaire diminue et que la part du renouvelable augmente significativement.

Six projets ont été sélectionnés depuis 2011 mais les coûts ont bien baissé depuis. Aujourd’hui, lorsqu’on installe des champs d’éoliennes en mer dans le nord de l’Europe, ça coûte moitié moins que pour les projets français. Je ne veux pas de cela. J’ai dit clairement à l’ensemble des acteurs de la filière qu’il fallait tenir compte des progrès technologiques et en faire profiter le contribuable français. ».

Que vous disent les opérateurs ?

« Nous avons engagé une discussion intense avec eux et je verrai quelles seront les propositions de diminution de prix. Si elles sont à la hauteur des attentes légitimes des Français, les projets se dérouleront dans les conditions qui auront été renégociées et ce sera positif pour tout le monde. Je suis, vous l’imaginez bien, extrêmement soucieux que ça se traduise par une présence industrielle sur l’ensemble de la France et singulièrement au Havre qui constitue de l’avis des opérateurs un très bon site, même si à la place où je suis je ne privilégie aucun site en particulier. Si ces négociations ne donnent pas lieu à des efforts suffisants, dans ce cas, sans revenir sur le projet de développement des éoliennes offshore, il faudra en tirer les conséquences contrat par contrat ».

A-t-on une date ?

« Je n’ai pas l’habitude de donner une date de fin des négociations. ».

« Les cheminots ne sont pas les seuls légitimes à s’exprimer sur la SNCF »

« Mes états d’âme, si j’en avais, tout le monde s’en ficherait et à juste titre ! »

« Mes états d’âme, si j’en avais, tout le monde s’en ficherait et à juste titre ! »

« Nous avons un bon dispositif juridique, un bon dispositif policier »

« Nous avons un bon dispositif juridique, un bon dispositif policier »

« La grève a été conçue pour être la plus gênante possible »


 

Commentaire de Florestan:

Question impertinente que nous suggérons aux journalistes de Paris- Normandie de poser à Edouard Philippe Le Havrais à Paris:

L'Axe Seine est-il aussi un axe politique "Paris-Le Havre" qui pourrait se penser de façon autonome sinon indépendante du reste de la Normandie?