La Normandie, région socialement pauvre?

La question ne se pose pas, c'est la réalité.

Notre région ayant un profil industriel et rural marqué subit précisément ce qui se passe dans l'industrie et la ruralité: une crise sociale, culturelle,  liée au fait que la mondialisation de déréglementation néo-libérale qui s'impose à nous depuis plus de trente ans, s'acharne sur l'industrie et sur le monde rural (en Normandie l'industrie est surtout à la campagne) parce que les forces sociales associées à l'industrie et à la ruralité (le secteur agricole et agro-alimentaire) sont les plus faiblement armées pour lutter contre les défis d'une mondialisation qui exige plus de mobilité, plus d'agilité sociale et culturelle, plus de formation, une mondialisation qui ne profite qu'aux élites urbaines métropolisées, celles qui ont voté massivement pour Emmanuel Macron.

Mais au-delà de la conjoncture politique et économique actuelle, la Normandie trop longtemps déclinante dans sa division régionale avait structurellement accumulé des retards qui l'handicape aujourd'hui: le principal de ces retards structurel est celui du niveau scolaire et de diplôme de la jeunesse populaire normande. Notre région a raté la démocratisation de l'accès aux diplômes et à la qualification supérieure qui a été réalisée dès la fin des années 1960 en Bretagne et dans les autres régions de l'Ouest français pouvant partager des points communs avec la Normandie dans le profil socio-économique ou culturel.

La Normandie industrielle et agricole quoique divisée en deux était encore florissante dans les années 1970 et 1980 et ce jusqu'à l'orée des années 1990: dans une région où l'emploi est facile, inutile de faire des études prolongées se disait-on... Grave erreur aujourd'hui après trente année d'une restructuration industrielle normande permanente ou après des crises agricoles en série.

Un espoir?

La réunification normande acquise depuis deux ans qui génère un choc positif de confiance régionale retrouvée et le réveil régional normand qui s'accélère vont permettre une remobilisation des acteurs de la société civile et générer une inventivité sociale pour permettre de résorber une pauvreté normande nourrie par l'échec socio-scolaire: il faut une seconde reconstruction normande, celle de la formation de sa jeunesse.


 

Lire, par ailleurs, cet article fort bien venu proposé par Paris-Normandie:

La Normandie s’appauvrit et les travailleurs précaires galèrent

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Hier, le président Macron a rencontré les organisations syndicales et patronales afin de leur présenter les grands chantiers sociaux de la rentrée dont la lutte contre la pauvreté et la réforme de l’assurance chômage. A 34 ans, Emmanuel se retrouve en situation de précarité. Il a un emploi mais ne gagne pas assez pour se loger. Il témoigne de son quotidien.
Selon un sondage Atlantico.fr, 55 % des Français se sentent plus menacés qu’avant de tomber dans la pauvreté. Explications.

La Normandie une région pauvre ? La réponse a été donnée l’année dernière par le Secours catholique qui, dans son rapport annuel, remarquait qu’entre 2015 et 2016, la part de personnes sans aucune ressource avait progressé de 12,9 à 15,3 %. Une situation inférieure à la valeur nationale (19,1 %), qui s’explique entre autres pour l’association caritative par « l’augmentation du nombre d’étrangers sans papiers, donc souvent sans ressources financières. » Les bénévoles normands avaient été confrontés à près de 30 000 situations d’urgence, dont 68 % issus des grands pôles urbains (Rouen, Le Havre et Caen). Des demandes d’aides variées : une écoute, un accueil, un conseil, de l’alimentaire (44,1 % contre 57,6 % en 2011), une aide pour le loyer, les factures ou la mobilité.

Une spirale infernale

Des personnes en situation de précarité, dont certaines ont un emploi, et qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. C’est le cas d’Emmanuel, 34 ans, qui travaille depuis plusieurs années dans le secteur de l’aide à la personne. « Je travaille 110 heures pour un salaire de 1 000 euros par mois. C’est quasiment du temps plein, d’autant plus que je passe beaucoup de temps dans les transports en commun car j’interviens à domicile. Cela fait 13 ans que je fais ce métier. J’ai bien gagné ma vie, jusqu’à 1 800 euros par mois » se souvient-il.

Il y a plus d’un an, il perd son travail suite aux difficultés financières de son ex-employeur, puis sa petite amie et enfin son logement pour retard de loyers. Une véritable spirale infernale. « J’ai mis cinq mois à obtenir un papier de mon ex-employeur. Je ne pouvais plus payer le loyer, ni avoir de l’aide de Pôle emploi. J’ai ainsi perdu cinq mois d’indemnités chômage. J’ai fini par me retrouver dehors cet hiver. Je dormais avec mon chien sur les pavés de la rue du Gros Horloge à Rouen. C’est une dame qui m’a finalement hébergé. Au départ, elle m’a dit que c’était pour le chien... »

Aujourd’hui, Emmanuel vit à gauche et à droite chez des « amis » qui l’accueillent avec son « gros poilu ». « Je rembourse 150 euros par mois au bailleur social pour mes impayés de loyer. Même si je travaille, c’est impossible d’avoir un logement dans le privé. Il me faudrait un 40 m2, c’est environ 450 euros par mois. Quand je vais dans une agence de location, on me dit non car je ne gagne pas 1 500 euros. Je suis aussi payé en deux fois, 350 euros au début de mois, puis le solde au 15. Comment ferais-je pour payer mon loyer et ne plus rien avoir après pour vivre ? » Depuis dimanche, Emmanuel vit « chez un mec ». « C’est comme ça depuis un an, je vais chez des connaissances. Je suis passé d’une vie normale à une vie de précaire. C’est beaucoup de sacrifices même pour le chien qui n’a pas tous les jours des croquettes premium... Là, je profite des soldes pour m’habiller car je travaille. Je me change tous les jours, je me lave tous les jours, je suis au contact du public... »

« Enfant de la DASS » lâché dans la rue à 19 ans avec un CAP de coiffure, Emmanuel sait ce que se débrouiller seul veut dire. Mais c’est parfois trop difficile. « Je suis désormais suivi par une assistante sociale. Pour moi, c’est pénible de demander aux autres, j’ai toujours peur d’un refus. Je l’ai fait quand même en plein hiver pour acheter de la nourriture pour mon chien. Par moins deux degrés, réclamer à des gens que tu ne connais pas... Les gens ne comprenaient pas pourquoi on réclamait de l’argent car, le chien et moi, nous étions propres ! » Au fil des mois, Emmanuel a la sensation d’être en permanence sur le fil du rasoir. « Pour commencer ma vie, je me suis retrouvé à la rue, avec 600 euros par mois chez un coiffeur. Si tu n’as pas d’attaches, tu te casses la gueule. Quinze ans plus tard, je viens de demander pour la première fois une aide à la CAF car jusqu’à présent j’estimais ne pas en avoir besoin... Je ne suis pas plaint pendant des années mais après tout ce qui m’est arrivé, j’ai été assommé. Quand tu es à la rue, tu t’enfonces. J’ai fait de la dépression... J’ai eu du mal à me faire aider. À 34 ans, je ne devrais pas être dans cette situation. »

« Pour survivre... »

Hier, le président de la République Emmanuel Macron recevait les organisations syndicales afin de présenter les grandes lignes du plan pauvreté, dont l’annonce a été reportée à septembre officiellement pour peaufiner son contenu, l’assurance chômage ou encore les retraites (lire ci-contre).

Emmanuel ne sait trop quoi penser du plan pauvreté. Ce qu’il sait, c’est que le travail précaire est « un cercle vicieux » qui permet juste « d’avoir assez d’argent pour survivre. Ce qui me permet de tenir encore debout ! Car aujourd’hui c’est chacun sa merde car les gens ne gagnent pas assez d’argent et ce n’est pas un hasard ! Et puis quand tu expliques tes problèmes c’est comme si tu étais malade. Alors tu fermes ta gueule. Je peux comprendre mais ça fait peur. Moi, ma vie n’est pas finie. »

Les Français se sentent menacés

Selon un sondage Atlantico.fr du 9 juillet 2018, 55 % des Français se sentent plus menacés qu’avant de tomber dans la pauvreté, parmi eux 43 % des cadres, mais seulement 28 % des sympathisants LREM. Cité dans cette enquête, Christophe Boutin, politologue et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie remarque que ce « taux de personnes craignant de tomber dans la pauvreté, très logiquement, est, de toutes les catégories socio-professionnelles interrogées, le plus faible chez les cadres. On monte à 62 % chez les ouvriers, à 69 % chez les employés et à 57 % chez les professions intermédiaires. L’autre chiffre important est donc que plus d’un Français sur deux se sent directement menacé, avec, d’importants écarts entre les différentes catégories. Par tranche d’âge, ce sont sans surprise les retraités qui sont le moins inquiet (37 %), mais si ce sont les 35-49 ans qui le sont le plus (63 %), les moins de 35 ans sont eux aussi inquiets à 58 %. »

Une rentrée sociale très chargée

Les huit principaux leaders syndicaux et patronaux, reçus hier par Emmanuel Macron, ont salué un changement de ton du président, plus disposé selon eux à redonner une place aux partenaires sociaux.
Le chef de l’État les recevait, pour la première fois, tous ensemble, après les avoir vus séparément en mai et en octobre 2017, pour « jeter les bases d’un nouveau contrat social, celui du siècle qui s’ouvre ». La réunion a duré trois heures, au lieu de deux programmées initialement. Le gouvernement a demandé aux partenaires sociaux d’entamer à la rentrée une nouvelle renégociation des règles du régime de l’assurance chômage, la troisième depuis début 2017. Une « phase de diagnostic » se tiendra « en septembre », avant la négociation à proprement parler, qui durera « quatre mois » pour « aboutir fin janvier début février » 2019.
Contrats courts
Syndicats et patronat sont à nouveau invités à trouver des solutions pour lutter contre les contrats courts et inciter au retour à l’emploi. Outre ces deux thèmes récurrents, le gouvernement souhaite qu’ils réfléchissent à une nouvelle allocation pour les chômeurs de longue durée, qui bénéficient aujourd’hui, lorsqu’ils arrivent en fin de droits, d’une allocation versée par l’État (ASS).
Mais les partenaires sociaux ont réclamé à l’unisson que la lettre de cadrage de la négociation soit large et leur laisse les coudées franches.
Autre sujet de discussion pour la rentrée : la santé au travail et les conditions de travail. Les organisations syndicales ont salué la volonté de se saisir de ces sujets qui leur paraissent essentiels. Mais au-delà du changement de ton, constaté par tous les participants à la réunion de mardi, certains leaders ont rappelé que leurs griefs à l’égard du pouvoir étaient aussi sur le fond. Les huit chefs de file syndicaux et patronaux s’étaient, chose inédite, réunis la semaine dernière pour réfléchir à un agenda social indépendant de celui de l’exécutif. Ils doivent se revoir en septembre.
  Alain LEMARCHAND