Un paradoxe normand, un de plus!

La matière grise normande est capable de rayonner dans le monde entier et à la première place sur quelques sujets hyper-pointus tels que la thérapie des cancers par la ionisation ou la transmutation des métaux par la ionisation (à Caen), la robotique appliquée à la chirurgie (à Rouen), la conception de nouvelles carburations pour les moteurs thermiques ou pour concevoir une voiture totalement autonome (à Rouen), la recherche appliquée marine (à Caen), la reconnaissance faciale embarquée sur un ordiphone (à Caen) ou, encore, la numérisation totale de la chaîne logistique d'un port (au Havre).

Mais en terme de masse critique qui permettrait à la Normandie d'être réellement attractive et d'attirer à elle l'attention et donc les financements, la matière grise normande manque, précisément, de masse: on se souvient que du temps de la division les deux demi-régions normandes se traînaient lamentablement dans la profondeur du classement national du nombre de chercheurs par rapport au nombre d'habitants ou du nombre d'euros consacrés à la recherche et à l'innovation par habitant. La réunification nous a fait remonter mécaniquement dans le classement mais l'essentiel n'est pas là: le retour à l'unité normande permet d'avoir, en même temps, une vision et une ambition qui soient, enfin, à la hauteur des enjeux et du potentiel normand et la capacité de les financer.

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Dans les années 1970, Caen avait été programmée par l'Etat pour être la Grenoble de l'Ouest après plusieurs assises nationales de la recherche qui s'étaient tenues à l'université: la principale mesure concrète fut celle de l'implantation du GANIL non pas sur le plateau de Saclay mais sur le plateau Nord "côte de Nacre" de Caen en 1976. Malheureusement, la Normandie coupée en deux des années 1980/2000 qui furent les années les plus profondes du déclin normand, n'avait pas les capacités tant politiques que financières pour permettre une telle ambition.

Aujourd'hui avec la réunification et une région qui offre des capacités inédites de financement, avec trois principales agglomérations normandes qui ont des projets ambitieux, on pourrait croire enfin à un changement de braquet de la Normandie dans le domaine pourtant stratégique de la recherche scientifique et de l'innovation technologique...

On s'en apercevra, par exemple, à la lecture des articles suivants glanés dans la dernière livraison de la Chronique de Normandie (n°605 datée du 2 décembre 2019):

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1) Exemple avec le technopôle du Madrillet située sur la rive gauche de la métropole de Rouen à l'orée de la forêt du Rouvray: en l'état, les laboratoires du Madrillet ont déjà acquis une réputation mondiale dans le domaine très pointu des motorisations faisant de Rouen l'une des capitales mondiales pour la conception des moteurs. Le projet consiste à augmenter la taille et le rayonnement du site du Madrillet.

Mais pour cela, il faut des financements... Et à la lecture de ce qui suit on ne pourra que partager la déception de Bertrand Tierce, le rédacteur de la Chronique de Normandie car au delà des discours et des déclarations, les financements promis tardent à venir.

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2) A Caen, le plateau Nord "Côte de Nacre", entre le GANIL, le CHU, le campus universitaire n°2 et de nombreuses écoles supérieures, notamment d'ingénieurs, n'a jamais été vraiment pensé dans sa totalité ou son intégrité depuis sa création à la fin des années 1970.

L'idée est donc de réorganiser l'urbanisme de ce plateau Nord et d'en compléter les services afin d'en faire un vrai campus intégré... Là encore, il faut des financements.

PLATEAUNORDCAEN

3) Au Havre, la problématique est différente puisqu'il ne s'agit pas de réorganiser ou d'améliorer ce qui existe déjà mais de créer ce qui n'existait pas avant,  à savoir une matière grise présente au coeur des réalités portuaires et industrielles:

CAMPUSLEHAVRE


 

Commentaire de Florestan:

Les projets prennent du retard, les financements ne suivent pas... La région Normandie est, trop souvent, la seule à agir et à financer. Et quand elle ne finance pas, ça se voit tout de suite... Quant à l'Etat central, il est, désormais, aux abonnés absents.

Ne faudrait-il pas que cette ambition de faire enfin une Normandie plus attractive dans le domaine scientifique de de l'innovation au delà des sujets pointus pour lesquels nos centres de recherche ont acquis une excellence mondiale, soit partagée au plus haut niveau entre la région Normandie et les trois agglomérations de Caen, Rouen et Le Havre?

Le problème ici ne vient pas seulement de la région mais surtout de l'absence TOTALE de toute réflexion et de toute ambition métropolitaine partagée à Caen, Rouen et Le Havre sachant que la taille critique (là aussi) pour une vraie attractivité métropolitaine et donc scientifique normande c'est la tripolitaine Caen-Rouen-Le Havre.