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Abstention record: six électeurs sur dix ne se sont pas déplacés pour aller voter! Du jamais vu depuis le début de la 5ème République, Bérézina générale pour les candidats de La République en marche sauf lorsqu'ils marchent à l'ombre des... Républicains, résistance de "Les Républicains" mais aussi d'une grande socialiste dans son beffroi du Nord à quelques deux-cents voix près... Et puis, surtout, une vague verte qui a déferlé (petite déferlante vu le niveau de l'abstention) dans la plupart des grandes villes de nos régions soit en solitaire (en vert et contre tous) soit dans le cadre d'une alliance avec le parti socialiste: c'est le cas à Rouen où la liste d'union socialiste et écologiste présidée par Nicolas Mayer-Rossignol l'a emportée clairement avec 67,12% des suffrages exprimés dans une métropole normande marquée par la catastrophe de Lubrizol mais aussi par l'abstention: en effet, seuls 29,67% des Rouennais inscrits sur les listes sont allés voter...

La droite centriste rouennaise s'est effondrée emportée par son localisme et ses querelles de personnes: Jean-Louis Louvel n'a pas fait le miracle attendu ou espéré par certains, à commencer par le président de région Hervé Morin qui sait l'importance stratégique d'avoir un partenaire de qualité à la présidence de la métropole de Rouen...

Nicolas Mayer-Rossignol, chef d'une coalition fragile?

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https://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/en-images-municipales-2020-nicolas-mayer-rossignol-ps-remporte-largement-la-mairie-de-rouen-PI16968070

La victoire de la liste emmenée par Nicolas Mayer-Rossignol ne fait aucun doute, dont acte! Sauf qu'à la vue de la dynamique politique en cours (par exemple à Lille où les écologistes ont failli mettre Martine Aubry à la retraite comme ils vont le faire à Lyon pour Gérard Collomb), il est à craindre que l'attelage Mayer-Rossignol / Bérégovoy risque de tirer à hue et à dia: la métropole de Rouen qui est la plus faible des métropoles de France en terme d'influence et d'attractivité sur son territoire, n'a vraiment pas besoin d'une nouvelle paralysie de sa gouvernance politique et d'une guérilla idéologique permanente pour arbitrer tel ou tel projet.

Il y a des urgences sociales, économiques, industrielles, maritimes et donc écologiques à Rouen qu'il faut traiter sans tarder et de façon concrète: c'est ce que veulent les Rouennais. Il faudra travailler aussi, de façon privilégiée, avec le conseil régional de Normandie pour que notre région puisse avoir enfin la métropole régionale qu'elle mérite d'avoir.

Cela fait si longtemps que les Normands attendent que les Rouennais soient fiers de Rouen et de la Normandie.

Nous sommes dubitatifs car quand on est d'accord sur rien ou presque sur les grands dossiers stratégiques de la métropole de Rouen (le contournement est autoroutier, l'éco quartier Flaubert, etc...) il est à craindre qu'une fuite en avant dans l'idéologie progressiste sociétale ne serve de ciment à une majorité fragile cherchant à masquer ses désaccords et donc son inaction...

Nous espérons vivement nous tromper!

Voilà pour Rouen!

Le Havre, maintenant...

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Légende possible pour la photo ci-dessus: Edouard Philippe sur le perron de l'hôtel de ville du Havre passe un coup de fil pour savoir s'il va rester à... Matignon donc à Paris (à moins que cela ne soit l'inverse...)

Nous sommes bien content pour Edouard Philippe qui l'emporte clairement: 59% des suffrages exprimés des Havrais se sont portés sur son nom (avec une abstention élevée mais inférieure à la moyenne nationale) alors que le Premier ministre s'était mis dans une posture politique pour le moins inconfortable au début de cette aventure, à savoir de conduire la liste de la majorité municipale havraise sortante tout en restant à Paris pour continuer à être le chef du Gouvernement: a priori, si l'on devait s'en tenir au simple bon sens, il pouvait sembler difficile de voter pour celui qui ne pourrait pas être assurément le futur maire du Havre. Nous avions écrit ici, d'ailleurs, que l'hôtel de ville du Havre n'était pas le cabinet d'aisance du Premier ministre: avouons qu'en cette soirée du 28 juin 2020 c'est plus que jamais vrai...

Le chef de l'opposition, le député communiste Jean-Paul Lecoq avait, pourtant, un boulevard devant lui mais ce n'était pas l'une de ses grandes perspectives tracées par Auguste Perret dans la ville de la Porte océane: l'union avec les écologistes, indispensable pour l'emporter, n'a pas pu être possible et la crise du covid 19 est passée par là confortant Edouard Philippe dans son rôle d'homme d'Etat qui prend des décisions face à une urgence inédite.

La victoire d'Edouard Philippe au Havre est d'autant plus éclatante que c'est finalement, à peu près la seule victoire électorale d'importance que l'actuelle majorité gouvernementale pourra revendiquer: l'axe Paris-Le Havre ignorant les réalités normandes incarné par Edouard Philippe a, semble-t-il, fonctionné.

Dans sa courte alocution à l'hôtel de ville du Havre, celui qui est plus populaire que celui qui l'emploie à Matignon s'est réjoui modestement de sa victoire tout en souhaitant une "bonne soirée aux commentataires":

Il est évident qu'Edouard Philippe va devoir choisir car le "et en même temps" devient intenable. Clairement réelu au Havre en tant que tête de liste, Edouard Philippe devrait revenir au Havre en tant que maire ne serait-ce que pour respecter le choix de ses électeurs.

Mais il faut comprendre que celui qui passe, ce 28 juin 2020, une bien mauvaise soirée électorale c'est le locataire de l'Elysée qui songe à un remaniement ministériel pour tenter de rebondir politiquement dans la perspective déjà prochaine des élections présidentielles de 2022.

En effet, de deux choses l'une:

1) Soit garder Edouard Philippe comme Premier fusible de la République jusqu'en 2022 dans l'espoir de "cramer" totalement celui qui est, hélas, plus populaire que le président de la République.

2) Soit le laisser repartir au Havre avec le risque que le maire du Havre ne fasse de la ville portuaire et maritime la base arrière d'une candidature aux présidentielles de 2022.

Réponse avant samedi prochain, date de la réunion du nouveau conseil municipal du Havre qui devra voter pour désigner son nouveau maire...

Notons enfin que l'équation Edouard Philippe ne concerne pas qu'Emmanuel Macron. Elle concerne aussi directement Hervé Morin le président de la Normandie:

Edouard Philippe, Premier ministre largement plus populaire que son président de la République, sort politiquement renforcé de sa victoire électorale: sur la question essentielle de l'Axe Seine et de l'avenir des grands ports maritimes du Havre et de Rouen, sa responsabilité politique devient totale et cette situation de surplomb politique d'un Edouard Philippe sur le coeur stratégique de la Normandie a le don d'agacer Hervé Morin. Il n'est pas le seul, nous aussi, en tant que régionaliste normand...

Or, à l'occasion de cette campagne électorale, on nous fait savoir que le calendrier de la fusion portuaire sur l'Axe Seine se réalisera comme prévu (janvier 2021 création d'un port unique entre Le Havre, Rouen et Gennevilliers avec Catherine Rivoallon comme préfiguratrice) et que la ville du Havre a toutes ses chances pour accueillir le siège de la nouvelle autorité portuaire. Nous voilà bien avancés! Quand on confie nos affaires essentielles à d'autres mains que les nôtres et en d'autres lieux, il ne faut pas escompter que cela puisse avancer plus vite.

Mais nos affaires normandes avanceraient-elles davantage si Edouard Philippe n'était que le maire de sa ville?

Edouard Philippe maire du Havre: pas sûr que cette perspective arrange les affaires d'Hervé Morin donc nos affaires normandes. A n'en pas douter, la relation à construire avec le futur président et maire de la métropole de Rouen s'annonce politiquement difficile (Nicolas Mayer-Rossignol), il ne faudrait pas ajouter une relation tout aussi difficile avec Le Havre et son port (Edouard Philippe).

Conclusion: Edouard Philippe devrait rester à Matignon...


 Prendre connaissance des résultats du second tour des municipales 2020 en Normandie:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/

carteinteractive

 

Voir aussi le tour d'horizon proposé par Ouest-France:

https://www.ouest-france.fr/elections/municipales/elections-municipales-ce-qu-il-faut-retenir-du-second-tour-en-normandie-6887036

Victoire de Nicolas Mayer-Rossignol à Rouen. En conséquence, NMR ne pourra plus être conseiller à la région Normandie...

https://www.ouest-france.fr/normandie/rouen-76000/video-second-tour-des-municipales-nicolas-mayer-rossignol-elu-a-rouen-6886192

Le dilemme Edouard Philippe:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/seine-maritime/havre/resultats-municipales-2020-au-havre-edouard-philippe-elu-maire-pres-60-voix-1798396.html

Intéressant: Edouard Philippe maire du Havre vu par sa... mère!

https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/edouard-philippe-la-surprenante-reaction-de-sa-mere-lors-de-son-election-a-la-mairie-du-havre-2095613

Tout aussi intéressant... Les factures impayées laissées par le passage d'un certain Edouard Philippe à la mairie du Havre:

https://www.capital.fr/economie-politique/les-factures-impayees-dedouard-philippe-au-havre-1282419

Soirée électorale dans la Manche:

https://www.lamanchelibre.fr/live-226-live-municipales-en-normandie-suivez-le-second-tour-des-elections.html

On salue ici la très belle réelection de David Nicolas à la mairie d'Avranches qui est un ami de la cause normande:

https://www.lamanchelibre.fr/actualite-891417-avranches-david-nicolas-reelu-avec-une-faible-participation-le-mandat-qui-s-annonce-va-etre-exigeant

De même que l'on peut enfin espérer voir Granville sortir de la paralysie politique avec la victoire de Gilles Ménard:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/manche/granville/resultat-elections-municipales-2020-granville-gilles-menard-emporte-face-dominique-baudry-1790173.html

Dans l'Orne, Joaquim Pueyo redevient le maire d'Alençon...

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/orne/alencon/resultats-municipales-2020-alencon-joaquim-pueyo-retrouve-fauteuil-maire-1788565.html

Dans le Calvados, Bernard Aubril, le maire sortant de Lisieux, sèchement battu, a déjà une idée précise de ce qu'il fera de sa nouvelle vie  de retraité de la politique...

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/calvados/lisieux/resultats-municipales-2020-lisieux-sebastien-leclerc-detrone-bernard-aubril-devient-nouveau-maire-lisieux-1790087.html

bernard aubril

Dans l'Eure, Guy Lefrand le maire sortant (LR) est réélu à Evreux: la résistance à la Macronie de l'Axe Seine va donc pouvoir se poursuivre...

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/eure/evreux/resultats-municipales-2020-evreux-guy-lefrand-reelu-maire-1800618.html

Dans la Seine-maritime, Marie-Agnès Poussier-Winsback est réélue à Fécamp:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/seine-maritime/fecamp/resultats-municipales-2020-fecamp-marie-agnes-poussier-winsback-elue-maire-1798770.html

A Eu, la liste Divers Gauche emmenée par Michel Barbier l'emporte:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/seine-maritime/resultats-municipales-2020-eu-michel-barbier-emporte-4903-voix-1844288.html

Sur l'abstention, massive, on lira ceci:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/municipales-2020-taux-participation-baisse-midi-normandie-1847404.html

Pour résumer: plus on est jeune, plus on est une femme, plus on est au chômage en ville, plus on travaille en usine moins on vote. Au contraire, plus on est retraité, plus on est financièrement et intellectuellement aisé, plus on vit à la campagne, plus on vote. Malgré ce profil sociologique favorable, la forte abstention n'a même pas pu sauver de ce désastre électorale les candidats de la République En Marche notamment dans les métropoles régionales où les Bobos écolos plus mobilisés que les autres catégories sociales (elles-mêmes de plus en plus sensibilisées à l'urgence écologique) ont permis la victoire des listes écologiques dans un mouchoir de poche.

participation

Pour finir, lire ci-après, en intégralité l'analyse proposée par Gilles Trioler de la rédaction du Poulpe sur l'effondrement de la droite rouennaise:

https://www.lepoulpe.info/comment-le-centre-la-droite-et-les-macronistes-rouennais-se-sont-sabordes-autopsie-dun-crash-aux-municipales/

Face à un Parti socialiste fatigué, les formations de droite, du centre et les macronistes rouennais, pourtant pleins d’espoir à l’heure de se lancer ensemble à l’assaut de la mairie de Rouen, ont réussi le tour de force de ne même pas être présents au second tour, dimanche. Mauvais score au premier tour, abandon de leur champion Jean-Louis Louvel, échec d’une fusion bancale au dernier instant… les coups furent rudes. Ne manquerait plus qu’une victoire surprise de leur ex-ami, le Républicain dissident Jean-François Bures, pour qu’ils boivent le calice jusqu’à la lie.

Par Gilles TRIOLIER | 26 Juin 2020

Les surprises restent toujours possibles lors d’un scrutin. Et le petit Poucet parvient parfois à déjouer tous les pronostics. Ce constat posé, il faut tout de même une bonne dose d’imagination pour parier sur la victoire, dimanche soir, du candidat dissident Les Républicains à la mairie de Rouen, Jean-François Bures, qui a terminé quatrième lors du premier tour avec 10,16% des voix.

Certes le quinquagénaire, également conseiller municipal d’opposition et vice-président du Département de Seine-Maritime, bénéficie du ralliement de la centriste sans étiquette Marine Caron (sixième ; 6,14%). Mais il part de loin, très loin dans son duel face au socialiste Nicolas Mayer-Rossignol (29,52%), sorti en tête et auquel s’est ralliée la liste EELV-PCF, portée par Jean-Michel Bérégovoy et arrivée en deuxième place (23,16%). Autrement dit, le premier et le deuxième, alliés, vont affronter les quatrième et sixième dans un combat à armes inégales, du moins sur le papier. Le tout sans s’encombrer de la présence du troisième, le marcheur Jean-Louis Louvel, qui s’est retiré de la course il y a un mois, laissant ses troupes orphelines et déconfites. 

Dans l’entourage du socialiste, on confie d’ailleurs, à mi-mot, s’inquiéter davantage des élections métropolitaines, mi-juillet, à l’issue plus incertaine, que de la conquête de la cité rouennaise… Une situation difficilement imaginable il y a quelques mois encore, alors que le Parti socialiste semblait en bout de course après douze ans de gestion municipale rouennaise, moribond depuis la perte de la Région Normandie, du Département de la Seine-Maritime et le départ de leur leader, l’ancien Premier ministre Laurent Fabius.

Vaste désillusion au regard des espoirs longtemps nourris

En contraste avec cette résilience socialiste, le sabordage de l’essentiel des forces vives macronistes, de droite et du centre rouennais – canal officiel – saute encore davantage aux yeux. Dimanche, tout ce petit monde se contentera de compter les points entre une gauche honnie et un ex-ami qu’ils ont rejeté l’an dernier. 

Quelle désillusion au regard des espoirs longtemps nourris ! Las de ronger leur frein dans l’opposition, les caciques de la droite et du centre avaient en effet coché 2020 en rouge dans leur calendrier : cette élection municipale devait être la leur. Ils pensaient avoir misé enfin sur le candidat ad hoc, le bon cheval qui les ferait gagner, un crack sorti de la société civile auréolé de sa success-story et de ses réseaux influents : à savoir l’entrepreneur touche-à-tout Jean-Louis Louvel, à la fois patron du groupe spécialisé dans les palettes en bois PGS, du club de rugby local et du quotidien régional Paris-Normandie. 

L’homme est neuf, consensuel, fortuné. Dans la foulée de sa déclaration de candidature, fin août 2019, il parvient à réunir autour de lui, devant la promesse d’une victoire possible, des courants politiques proches mais souvent divergents : Agir, MoDem, Mouvement radical, Les Centristes, Les Républicains et surtout La République en marche, dont il obtient le soutien très convoité, à l’aune des bons scores, à Rouen, du mouvement macroniste aux élections présidentielle, législatives et européennes. 

En façade, la photo est belle, l’union ne manque pas d’allure. « C’est une nouvelle famille, qui m’a adopté et que j’ai adoptée », s’enflamme Jean-Louis Louvel en présentant, fin février, sa liste dénommée « Rouen Autrement ». Quinze jours plus tard, au soir du premier tour, c’est la douche froide : au terme d’une campagne très discrète, pour laquelle il a privilégié les réunions en appartement et en petit comité aux sorties publiques sur le terrain, Jean-Louis Louvel ne récolte que 16,79 % des voix, séduisant seulement 3494 Rouennais. Alors que PS et EELV caracolent en tête et annoncent déjà une fusion, le spectre de la défaite et d’un nouveau mandat dans l’opposition se profilent. Mais le coup de grâce interviendra le 27 mai avec l’annonce du retrait de la tête de liste via un communiqué de presse laconique. L’homme d’affaires y invoque le contexte économique dû à la crise du Covid-19 et un nécessaire recentrage sur son activité première. 

« Sans le confinement et cette interruption de deux mois, il n’y avait aucune raison que je m’arrête »

Contacté récemment par Le Poulpe, Jean-Louis Louvel tient le même discours : « C’est la raison majeure et principale. Cette crise sanitaire entraîne une crise économique sans précédent. Et nous n’en sommes qu’au début. Si avec ça, on ne prend pas conscience qu’il faut reconsidérer les choses… En tant que responsable économique, je me sens particulièrement concerné et utile, à mon humble échelle, pour le territoire, la région. On ne peut tout mener de front, il y a un choix à faire. Sans le confinement et cette interruption de deux mois, il n’y avait aucune raison que je m’arrête. »  Même s’il était arrivé en tête au soir du premier tour, jure-t-il, il aurait fait le même choix. Faut-il le croire puisqu’il admet dans la foulée s’être lancé dans la bataille uniquement pour gagner ? « J’aurais pu continuer, j’avais un siège assuré dans l’opposition. Mais je ne me suis pas engagé pour un siège quelconque. Je suis venu pour proposer une alternance. » Comprendre, la victoire ou rien. Or, à ses yeux, « à partir du moment où (il se) maintenait », une triangulaire, mortifère selon lui, se dessinait inévitablement, puisqu’il assure avoir pressenti l’impossibilité d’une fusion avec la liste de Jean-François Bures. « J’avais raison, regardez ! Le résultat, déjà presque évident, devenait totalement acquis. » Un raisonnement à tout le moins surprenant. A ce jeu-là, tous les troisièmes du monde laisseraient gentiment leur place aux quatrièmes…Quant à l’impact sur sa décision du dossier de liquidation judiciaire et de reprise du journal Paris-Normandie, qu’il a dû mener de front pour finalement perdre la propriété du titre de presse, Jean-Louis Louvel assure qu’il n’a pas été déterminant. « Ça ne facilitait pas les choses. Mais je l’avais géré avant et je l’aurai géré après. »

Abandonnée en rase campagne, déçue d’avoir misé sur un candidat s’avérant bancal, « la nouvelle famille » de Jean-Louis Louvel n’a eu d’autre choix que d’encaisser la volte-face de la tête de liste, seul maître à bord. Et le bel édifice de voler en éclats. « C’est tout le temps pareil en politique, relativise un bon connaisseur des courants centristes rouennais. Quand on gagne, tout le monde sourit. C’est quand on perd que ça explose. » 

Comme une façon de ne pas insulter l’avenir, certains de ses colistiers assurent tout de même ne pas lui en tenir rigueur. « Cela aurait pu être différent sur la forme et on aurait pu trouver une autre solution, mais je respecte sa décision, qui est multi-factorielle », estime Marie-Hélène Roux (LR). « Ce n’est pas la décision que l’on souhaitait, mais je la respecte. Il n’y a aucune rancoeur », assure aussi Maxime Boissière (LREM), rejoint par le député macroniste de Rouen Damien Adam : « Sans le Covid-19, cela ne serait pas arrivé. L’idée est de ne pas partir fâchés. Il reste quelqu’un d’important pour la métropole. »

D’autres, en revanche, n’hésitent pas à le critiquer vertement. Les tirs les plus nourris viennent des Centristes, le mouvement du président de Région Hervé Morin. « C’est scandaleux, tonne l’ancien bâtonnier de Rouen Patrick Chabert. Quand on prend des engagements, la moindre des choses est d’aller au bout. Je n’ai jamais vu un chef d’équipe abandonner comme cela, pour des motifs qui n’ont pas de sens. Une des raisons avancées est que se retirer aurait permis une meilleure fusion de sa liste avec celle de Bures. La preuve ! » Anne-Sophie Deschamps, Centriste elle aussi, admet avoir été « sous le choc » : « Surtout après s’être tous autant investis… J’aurai une discussion avec lui, mais j’ai maintenant besoin de prendre du recul. » L’ancien écologiste Jean-Pierre Girod, que Louvel était parvenu à attirer dans ses filets, a également peu goûté la séquence. « En n’étant pas arrivés deuxième, nous savions que cela serait difficile. Mais, comme dans un match de rugby, on va au bout », tacle-t-il. A mi-chemin entre gifle et caresse, Robert Picard (LREM) juge, pour sa part, « que ce n’est pas l’homme qui déçoit, mais la situation », avant d’ajouter, sybillin : « Il se décide pour des raisons personnelles que je ne prétends pas avoir comprises… »

« Trois listes alors que leurs projets sont très proches ? Une absurdité ! »

Avant même les résultats du premier tour et le retrait de Jean-Louis Louvel, les germes de la défaite et de la division apparaissent très tôt. En cause : l’impossibilité pour cet alliage droite-centre-LREM de ne présenter qu’une seule liste, seule à même d’ouvrir la voie à un succès selon bon nombre d’observateurs. Jean-Louis Louvel assure au Poulpe « avoir tout fait pour ». Mais ni Jean-François Bures ni Marine Caron n’ont entendu raison, préférant tenter l’aventure en solitaire, loin des partis. « Trois listes alors que leurs projets sont très proches ? Une absurdité et un constat d’échec, nous confiait en début d’année l’ancien maire de Rouen Pierre Albertini, qui connaît le poids de la division pour avoir, en 2001, conquis la ville grâce à celle du PS et des Verts. Il y a un an, j’avais écrit aux candidats potentiels en leur demandant de se mettre d’accord. Il y avait suffisamment de places à partager, de rôles à distribuer. Au lieu de ça, on joue les cartes personnelles jusqu’au bout…»

Il faut avouer, cependant, que l’histoire fut très mal ficelée dès le départ. Le péché originel est à chercher dans le sondage commandé, l’été dernier, par le président de la région Normandie, Hervé Morin. Y sont testés plusieurs noms de la droite et du centre – mais pas LREM – afin de faire émerger un candidat aux municipales rouennaises. Jean-François Bures (candidat déjà battu en 2014) termine premier d’une courte tête. Il en tirera une légitimité dont il ne démordra pas. Dans le même temps, le landerneau politique rouennais bruisse de la rumeur d’une candidature prochaine de Jean-Louis Louvel, par ailleurs proche d’Hervé Morin. Ce dernier, pourtant, explique alors au Poulpe que Jean-Louis Louvel « n’est pas dans la même configuration politique que nous. Il ne sera pas testé dans le sondage que je vais lancer pour départager les prétendants de notre famille ».

Jusqu’à un changement de pied de l’ancien ministre de la Défense sous Sarkozy, qui décide finalement de soutenir l’entrepreneur rouennais. Avec le peu de réussite que l’on sait. « Ce n’est pas la faute de Louvel, mais d’Hervé Morin et de Catherine Morin-Desailly (sénatrice Centriste de Seine-Maritime), qui n’ont cessé de faire des mauvais choix pour Rouen depuis quinze ans. On ne choisit pas sur un coup de tête qui sera candidat. Si l’on parle de bon ou de mauvais cheval, Hervé Morin est meilleur sur les champs de course que pour la politique rouennaise », dézingue Nicolas Zuili, centriste désormais aux côtés de Nicolas Mayer-Rossignol. Sollicités par Le Poulpe, Hervé Morin et Catherine Morin-Desailly n’ont pas donné suite. 

Pour Jean-François Bures, le coup de grâce intervient en novembre dernier lorsque le conseil national d’investiture des Républicains le met sur la touche en apportant son soutien à Jean-Louis Louvel. « Une trahison » qui ne fera que renforcer sa détermination et actera sa mise en retrait de LR. 

Le cas de Marine Caron, également vice-présidente du Département, est à considérer à part. Avant de partir seule, la benjamine (29 ans) a tenté d’obtenir l’investiture de La République en marche, finalement octroyée à Louvel. A l’inverse de Robert Picard, en quête lui aussi du blanc-seing macroniste et qui au final a négocié une troisième place sur la liste « Rouen Autrement », la jeune femme entend prendre la mesure de son propre poids politique, commme un rendez-vous pris pour l’avenir. Ce que n’ont pas digéré certains tenants de la liste Louvel, critiquant sa démarche perçue « comme un concours de beauté ». A l’issue du premier tour, la centriste sans étiquette décide de rallier Jean-François Bures, avec qui elle a été élue au Département, bien qu’ayant sollicité l’an dernier l’investiture LREM. Contactée, Marine Caron n’est pas revenue vers nous.

« Force est de constater que notre campagne n’a pas imprimé »

La division, certes raison majeure, n’explique toutefois pas totalement le piètre score de la liste « Rouen Autrement ». A ce niveau, chacun des colistiers y va de son explication. « L’abstention », cite Jonas Haddad (LR). « Force est de constater que notre campagne n’a pas imprimé », estime Robert Picard. « En acceptant le soutien d’Hervé Morin et en intégrant des Républicains, comme Jonas Haddad pour ne pas le nommer, Jean-Louis Louvel a droitisé l’étiage central souhaité à l’origine. Il a perdu une partie du vote de centre-gauche, sans récupérer autant à droite. En mélangeant des gens aux valeurs trop différentes, on obtient un résultat décevant », attaque le député LREM Damien Adam. « Dans la vie, il faut assumer ses choix. Quand on fait partie d’une liste, on ne la critique pas le soir du premier tour », rétorque en écho Jonas Haddad. 

Malgré l’amertume et les dissensions internes, subsistait encore la possibilité pour les ex-colistiers de Louvel, privés de leur chef de file, de rejoindre la liste Bures/Caron. Et ainsi pouvoir espérer entrer au conseil municipal, quitte à siéger dans l’opposition. Mais les choses ont là aussi dérapé et la fusion a capoté, laissant près 17 % des électeurs rouennais non représentés au second tour. Dès l’annonce de son retrait, fin mai, Jean-Louis Louvel missionne Maxime Boissière, un de ses lieutenants, pour entamer les négociations avec Jean-François Bures en vue d’une fusion des listes. En face, le dissident LR n’est contraint à rien et se retrouve de facto en position de force. Même s’il jure « ne pas être dans la rancoeur ni la revanche », il s’avère inévitablement peu enclin à ouvrir grands les bras à ses ex-amis. Excluant ainsi d’emblée les Républicains partis avec Louvel, il se dit cependant « prêt à un rapprochement, en misant sur les talents ». Comprendre par là qu’il se réserve le choix des personnes. Une démarche vue, en face, comme une insupportable tentative de débauchages individuels.

S’en suit tout de même un week-end prolongé de négociations intenses, avant le dépôt des listes de second tour, mardi 2 juin. Certains semblent partants, telle Sarah Balluet (numéro 2 sur la liste Louvel). A l’inverse, sur fond de querelles politiques ou de vieilles histoires personnelles, certains colistiers de Louvel font savoir qu’ils ne rejoindront pas Bures, fusion ou pas. Comme Anne-Sophie Deschamps (Les Centristes) qui juge la liste du dissident LR trop à droite, « avec des gens de l’ex-droite forte et de la Manif pour tous », visant notamment et sans le nommer le conseiller municipal LR Pierre-Antoine Sprimont. LREM a également évoqué « une dérive identitaire ». Une critique balayée par Jean-François Bures : « Si être trop à droite, c’est proposer un programme attendu par les Rouennais et permettant de faire disparaître le Rassemblement national des radars à Rouen, c’est plutôt bien. »

Au terme d’un énorme pataquès, la fusion, un moment sur les rails, échoue piteusement. Les deux camps se renvoient la responsabilité au visage. « Le poids de notre liste n’était pas pris en compte et seuls des strapontins nous étaient offerts. C’était ridicule », lâche Patrick Chabert. D’après lui, une dizaine de personnes seulement auraient été intégrées à la liste fusionnée, « deux dans les dix premiers et deux dans les vingt premiers, à des places quasiment non éligibles ». L’ancien avocat déplore également la méthode retenue par Jean-Louis Louvel : « On ne dit pas « je m’en vais et puis je négocie ». On fait l’inverse. Nous avions besoin d’arguments, surtout quand on termine devant l’autre. » 

« Nous ne sommes pas à l’abri de gagner »

Jean-François Bures, de son côté, dénonce des « pressions » de la part de certains, comme Robert Picard, « des égos maladifs » qui, exclus de la fusion, auraient été « prêts à tout pour que l’affaire échoue ». Robert Picard s’en émeut : « Certains de mes amis étaient sur le point d’intégrer cette liste fusionnée. Si j’avais l’influence que l’on me prête, ça n’aurait pas été le cas. On m’accorde un grand pouvoir, mais mon bras n’est pas assez long. » A écouter le député LREM Damien Adam, « si chacun a pu jouer sa partition, cela reste accessoire. Nous demandions d’ailleurs aussi que des colistiers de Jean-François Bures soient exclus de la fusion. Le vrai problème, c’est qu’il n’y a jamais eu de proposition acceptable à nos yeux. »

Et voilà donc le duo Jean-François Bures/Marine Caron encore en lice « pour créer la surprise ». Sauf à être médium ou ami du dissident LR, nul n’aurait misé sur son duel au second tour face au tandem Mayer-Rossignol/Bérégovoy. Lui qui n’a pu se maintenir que grâce à une poignée de voix, dépassant de peu la barre fatidique des 10 %. « La crainte de faire moins ne m’a jamais quitté pendant la campagne, sauf que je suis toujours là », savoure-t-il, estimant la victoire possible malgré l’important retard à rattraper. « Nous ne sommes pas à l’abri de gagner, sourit un de ses lieutenants, Bruno Devaux. L’abstention va être record, certains écologistes ne veulent pas de Mayer-Rossignol et cette offre de deuxième tour est inédite. Ce sera plus serré qu’on ne le pense. »

Cette petite musique fait doucement ricaner les déçus de la liste Louvel. « Il n’a aucune chance », persiflent-ils en choeur. Eux vont désormais s’atteler à une pénible reconstruction, sur des cendres encore fumantes et loin de l’enceinte du conseil municipal. « Je considère déjà qu’il n’y a plus d’opposition à Rouen. Ni Bures ni Caron ne représenteront la droite et le centre », vise Patrick Chabert. Un autre nous glisse, tout en ironie : « L’opposition à Mayer-Rossignol ? Ce seront les Verts. »