L'Etoile de Normandie vous signale un feuilleton intéressant qui se propose de descendre la Seine de l'amont jusqu'à l'aval, sachant que cet aval est Normand: on espère que cette promenade captivante ne sombrera dans les eaux grises du plus grand fleuve de l'histoire de France juste après les piles du pont de Puteaux...

On le rappellera encore et toujours:

Le grand pari consiste à faire exister la Normandie pour éviter que le Grand Paris n'avale la Seine aval sans l'aval des Normands!

https://www.franceculture.fr/emissions/la-seine-de-nos-amours/episode-1-naissance-de-sequana-source-seine

La descente de la Seine commence logiquement à sa source située sur le plateau de Langres, en Côte-d'Or, dans une commune au nom explicite : Source-Seine. Ce voyage est à la fois une aventure géographique et géologique, mais également un moyen de découvrir notre territoire, au-delà des méandres d'un fleuve, par les sentiers tortueux de l'Histoire. La Seine est comme le rappelle François Sureau, "le fleuve des Vikings, d'Arsène Lupin, des impressionnistes, des faillites, des révolutions". Un même cours d'eau pour une multitude insondable de petites histoires qui ont fondé sa légende.

Pourtant, d'emblée, l'avocat et écrivain nous met en garde. Que peut-on ressentir lors de la remontée à l'origine du fleuve ? Exactement la même déception que le narrateur d'A la recherche du temps perdu devant les sources de la Vivonne. Mais si nous maintenons notre volonté de suivre un été durant François Sureau, quand bien même aucun kilomètre n'a encore usé nos souliers, c'est précisément pour le plaisir du cheminement onirique. Au fond, comme il l'affirme :

Ce voyage est un prétexte parce que, au fond, je pense que la Seine ressemble à sa source. La Seine, ce n'est pas le Rhin, ce n'est pas le Danube. C'est d'abord un élément pour le rêve : elle a inspiré quelques poèmes, quelques tableaux. Mais, ces artistes, peintres, les musiciens, les écrivains ou les cinéastes lui ont le plus souvent tourné le dos ; si bien qu'elle a fini par représenter pour moi ce hasard qui nous a fait naître français. Un hasard que nous finissons par aimer pour lui-même, dans l'impossibilité heureuse de définir vraiment ce qu'est la France.

Ce périple, François Sureau ne l'entreprend pas seul. Il remonte en effet la Seine en compagnie d'un peintre russe, affilié au courant surréaliste, Agram Bagramko. Tout au long de notre exploration, ce dernier est l'auteur d'une oeuvre qui mêle l'écriture et ses talents picturaux et dont le titre nous renseigne sur sa nécessaire présence cet été : Ma Source la Seine. C'est donc aussi ce livre que nous allons suivre en remontant ce fleuve.

François Sureau constate que : "En France, l'administration commande à la réalité, ce qui fait que le parc de Source-Seine se trouve contrairement à toutes les apparences, à l'intérieur de Paris par la grâce d'un acte de cession de 1804. "

Il ajoute : "Quand on a traversé tout ce paysage, on arrive sur le bord du vallon de la Seine et on voit écrit "Ville de Paris, Sources de la Seine". Nous ne sommes évidemment pas à Paris. Cette Seine est souvent ordonnée à cette capitale qui l'a rendue célèbre, alors même qu'elle lui tourne le dos ! "

Et, au fond, c'est vrai qu'il y a quelque chose dans la Seine qui rappelle toujours Paris, qu'on soit à Rouen, qu'on soit ici.

Cette émission "La Seine de nos amours" s'inspire du livre de François Sureau paru en 2020 : L'Or du temps. France Culture a reçu l'auteur en tant qu'invité des Matins, à l'occasion de la parution de cet ouvrage.

La Seine, le fleuve du Jacobinisme géographique?

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