Depuis deux ou trois ans, la panne démographique normande se confirme avec un taux de mortalité supérieur au taux de natalité. La Normandie avait, jusqu'à présent, la réputation d'être une région à natalité dynamique. Ce n'est plus le cas.

Conclusion: plus que jamais, c'est le Normand, d'où qu'il puisse venir, qui fait et fera la Normandie. D'où l'urgence de transmettre ici et maintenant tous les héritages normands avec ce constat souvent fait qu'il vaut mieux pour la Normandie avoir affaire à un bon Horsain qu'à un mauvais... Normand!


 

Lire les communiqués suivants diffusés par le réseau citoyen du cercle normand de l'opinion:

VERS L’HIVER DEMOGRAPHIQUE DE LA NORMANDIE

                « Il n’est de richesses que d’hommes », disait Jean Bodin, économiste du XVIe siècle. La Normandie s’appauvrit donc puisqu’elle perd, année après année, des habitants : plus de 10 000 entre les deux recensements. Jusqu’à la fin des années soixante du siècle dernier, la Normandie figurait parmi les régions les plus dynamiques au plan démographique. Elle avait largement profité du « baby boom » de l’après-guerre, c’est vrai, mais outre un solde migratoire positif, la Normandie avait une population jeune, entreprenante (il fallait reconstruire)  et équilibrée entre le secteur primaire (agriculture) et secondaire (industrie)…Le tertiaire était cependant défaillant à cause de la proximité parisienne qui accaparait les services et cela se traduisait déjà par un retard allant s’accélérant en matière scolaire et universitaire. La mentalité, néanmoins, était « naisseuse », une sorte de compensation par rapport aux pertes cruelles de la guerre n’ayant pas ménagé la population normande…

                Que s’est-il donc passé pour qu’on en arrive à l’atonie démographique d’aujourd’hui qui plombe le dynamisme normand ?

                Baisse des naissances et du taux de fécondité : la Normandie en ce domaine a connu une évolution comparable au reste de la France, sans doute de façon plus marquée : nous verrons poiurquoi. Le monde de l’agriculture a vu disparaître maintes exploitations, les autres ayant grossi tout en perdant une main-d’oeuvre populaire à cause de la mécanisation : le rural n’a pas cessé de se désertifier… Il fallait bien fournir le secteur industriel en ouvriers, plus ou moins qualifiés, et en cadres, lesquels venaient souvent d’ailleurs. Les cols bleus et les cols blancs remplaçaient les foules paysannes : l’équilibre restait précaire et c’est alors que les banlieues de nos villes se développèrent.

                Il eût fallu à ce moment-là que la Normandie ne se contentât point de ce transfert d’activités et qu’elle offrît aux jeunes d’autres perspectives que de servir de main-d’oeuvre subalterne aux donneurs d’ordre que la Capitale gloutonne ne cessait de s’accaparer… Les jeunes Normands diplômés étaient souvent contraints d’aller chercher, sinon la fortune, du moins les professions qui correspondaient à leurs ambitions… ailleurs.

                Ce fut le début de l’écrémage systématique des jeunes Normands et, depuis, il n’a pas cessé.

                Voilà la cause principale du désastre démographique actuel. La responsabilité des dirigeants de la Normandie d’avant la réunification est écrasante : en refusant, au nom d’un localisme égoïste, d’avoir une vision globale de la société normande, ils n’ont pas voulu voir que l’exode des jeunes diplômés à flots constants pendant quatre à cinq décennies ne permettait plus la constitution de familles normandes.

                Les mêmes dirigeants, en acceptant la mondialisation sans contrôle, ni limites, n’ont pas vu venir la désindustrialisation accélérée d’une Normandie, locomotive industrielle. Les perspectives du monde ouvrier se sont amenuisées et nombre de techniciens sont partis ailleurs… vers la région parisienne principalement.

                On fonde beaucoup d’espoirs, paraît-il, en haut-lieu sur la « silver economy », c’est—à-dire l’accueil des retraités et du quatrième âge. Ce n’est certes pas à négliger, mais ce n’est pas un indice de redressement démographique…

                La situation est-elle sans issue ?

                                                                                                              C.N.O. - Rouen – centre, le 20 septembre 2020

Commentaire de Florestan:

La solution est dans le renforcement de l'offre de formation supérieure en Normandie. L'enjeu est vital pour l'avenir de notre région et cela a été perçu par l'actuel président de région. Hervé Morin a, en effet, annoncé  l'objectif suivant: l'ouverture d'une école supérieur en Normandie par an lors de son prochain mandat à la tête de la région. Mais la région ne peut tout faire toute seule: il lui faudra s'appuyer sur les initiatives coordonnées entre les trois capitales de la jeunesse normande, c'est-à-dire Caen, Rouen et Le Havre.

Or, il faut déplorer l'absence de toute vision politique commune et de toute coopération entre les trois principales villes normandes pour s'entendre sur une politique volontariste en faveur de la jeunesse normande: le localisme et l'esprit clochermerleux continuent de régner stupidement en maître.

Et du côté de la région, malgré un réel dynamisme et une belle volonté d'agir, Hervé Morin reste persuadé que la bonne solution serait dans la fusion des universités normandes pour n'en faire qu'une seule alors qu'il faudrait, au contraire, renforcer les activités et le réseau d'un fédéralisme universitaire normand.

Faire enfin exister une authentique politique régionale de la jeunesse normande voilà le véritable enjeu!


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                                LES VOIES POUR QUE « TOUT RENAISSE A L’ESPERANCE »

                La chanson de F. Bérat est un hymne au retour des Normands expatriés vers le pays natal. Elle ne date pas d’hier, pas plus que l’exode rural et l’émigration des Normands les plus dynamiques vers des cieux plus accueillants à leurs légitimes ambitions… Aujourd’hui, la problématique démographique se pose différemment : comment éviter que les jeunes Normands partent ? Comment faire en sorte que des forces vives viennent s’installer en Normandie ? Comment redonner une mentalité optimiste à une population normande, confiante dans l’avenir au point de fonder des familles ?

                I – DEVELOPPER L’ATTRACTIVITE DE LA NORMANDIE

                Ce n’est pas qu’un slogan : c’est une politique. Elle semble l’obsession du Conseil régional et se décline selon diverses directions : renforcement du sentiment d’appartenance et promotion de la fierté normande ; offre accrue de carrières professionnelles de qualité (encouragement du retour des sièges sociaux des entreprises dont les unités de production se trouvent en Normandie – développement, par l’apprentissage notamment, des carrières professionnelles s’appuyant sur les vocations et spécificités de la région – relocalisations des entreprises tentées par le mirage des bas salaires d’ailleurs – promotion de l’innovation et des « start-up »...etc.)

                S’appuyer à tout moment sur le potentiel culturel et touristique d’une région qui, depuis 2016, se redécouvre. S’appuyer sur un genre de vie que beaucoup nous envient : gastronomie, multiples A.O.C., hippisme, nautisme… La Normandie doit mieux se faire connaître et, en priorité, des Normands eux-mêmes.

                A titre d’exemple, nous n’avons pas été choqués que des responsables du département de la Manche viennent recruter des techniciens, des cadres, des familles dans les départements de la Basse-Seine….

                La Normandie doit « faire savoir ses savoir-faire ». C’est l’affaire de la Région et c’est l’affaire de tous.

                II.- DEVELOPPER LES SOLIDARITES ET MIEUX CONSEILLER CEUX QUI REVIENNENT OU ARRIVENT

                La « silver economy », puisque c’est une perspective crédible dans les années à venir, implique un développement des établissements spécialisés (plus adaptées que les EPHAD d’ailleurs) et un encadrement médico-social renforcé… Cela passe aussi par une revitalisation administrative et commerciale des bourgs ruraux : on sait faire, mais c’est une politique délibérée à mettre en place.

                Bien entendu – et c’est valable pour toute la société normande – il faut urgemment une amélioration des mobilités. L’État (i-e : la SNCF) a des dettes envers la Normandie. A l’échelon intra-normand et périurbain, la gratuité des transports ou la modicité des tarifs ne sont pas une option à rejeter, d’autant que l’aspiration des familles à vivre hors des villes est prépondérante.

                Une politique de logements intermédiaires est à promouvoir si l’on veut accueillir des cadres de l’extérieur et, bien entendu, l’offre scolaire et universitaire doit permettre à la Normandie de rattraper des retards inadmissibles.

                III.- LA NOUVELLE DONNE DE LA CRISE

                Le travail à distance est une opportunité à saisir et à organiser : il peut contribuer à la revitalisation de nos bourgs .

                Mais rien ne serra décisif si l’on ne redonne pas un horizon à la communauté normande : la mer, une politique maritime dynamique et l’ouverture au monde sont l’A.D.N. de la nouvelle Normandie!

                                                                                              C.N.O. - Rouen – Rive-gauche, le 20 septembre 2020

 

Commentaire de Florestan:

L'enjeu est bien perçu en terme d'attractivité territoriale: il faut donner l'envie aux Horsains notamment ceux qui fuient la région parisienne devenue invivable et, parfois, inhabitable, de venir habiter en Normandie car derrière un ex-Francilien ou un ex-Parisien, on a souvent un Normand dont la famille s'était exilée à la génération précédente ou mieux, un jeune Normand qui ayant fait ses études et sa situation en région parisienne, souhaite vivre une vie plus épanouissante en retournant dans sa Normandie natale tout en continuant ses activités professionnelles par le truchement des nouvelles technologies.

L'urgence absolue est donc à la couverture intégrale du territoire normand avec un réseau 4G (c'est le minimun) avec l'achèvement du désenclavement numérique de toutes nos campagnes et de tous nos bocages.

Problème: il n'y a aucune coordination apparente entre ce que fait la région en matière d'attractivité et ce que font les départements dans ce domaine avec, parfois, des initiatives hasardeuses prises par les conseils départementaux qui risquent de ne pas être très efficace. On pensera, par exemple, à une récente campagne de promotion de l'Orne dans la presse hebdomadaire nationale parisienne qui n'avait pas peur de friser le ridicule.

Faire la manche à Paris pour promouvoir la Manche, ça ne marche pas et se priver de l'appui de l'évidence normande quand on souhaite faire connaître et apprécier son territoire c'est se tirer une balle dans le pied pour finir définitivement... Manchot!