Billet de Florestan:

Ce qui s'est passé hier après midi (8 juin 2021) à Tain-l'Hermitage est symboliquement très grave car lorsqu'on porte atteinte à l'intégrité physique du président de la République, en l'occurrence une gifle ou une tentative de gifle, on porte atteinte gravement à la France en la personne du chef de l'Etat qui l'incarne.

Ces images déplorables de cette altercation et de cette gifle ont tourné dans le monde entier ruinant le peu de crédit et de prestige qui pourraient rester à notre pays: on doit bien rigoler aujourd'hui du côté d'Ankara...

Revenons à la dimension symbolique et à sa signification car le hasard est un scénariste plutôt inspiré pour écrire sous nos yeux le texte d'une farce grinçante sur le thème de l'arroseur arrosé.

Il y a quinze jours, le dimanche, jour de la Pentecôte la fête chrétienne qui célèbre l'arrivée de l'Esprit qui inspire et protège (on doit aujourd'hui tout expliquer), Emmanuel Macron, qui prétend incarner la fonction de président de la République française acceptait que deux histrions youtubeurs fassent des roulades sur la pelouse du jardin du palais présidentiel tout en faisant le pitre lui-même sur le réseau social dans l'espoir d'être populaire auprès d'une jeunesse qu'on ne trouverait que sur les réseaux sociaux à l'instar du peuple de Rome faisant sa grève démocratique en campant sur l'Aventin: cette journée mémorable qui restera dans les annales de la 5ème République se termina par un concours de blagounettes et une pathétique interprétation de la Marseillaise par le groupe de rock métal "ultra vomit": ça ne s'invente pas ce dépôt de... gerbe!

Quinze jours plus tard, Macron déjà en campagne pour sa réelection, se voulant "à portée de baffes" pour parler comme certains communicants, expérimentait brutalement le passage du sens figuré au sens propre en se cognant à la réalité: celui qui draguait démagogiquement la jeunesse virtuelle des réseaux sociaux en trouva une autre, plus radicale et plus réelle...

Dialogue:

"- Ah! Que c'est gentil d'être venu à ma rencontre...

- Montjoie Saint Denis! A bas la Macronie!"

Le cri de guerre de la chevalerie française prononcé pour la première fois lors de la bataille de Bouvines en 1214 a fait sérieusement cogiter les salles de rédaction à Paris: désemparés pour décrypter, les journalistes plutôt peu au fait de l'histoire de France dans sa profondeur, ont consulté la fiche wikipédia pour savoir si l'expression "Monjoie Saint Denis" était d'extrême droite ou non. D'autres, pour faire simple, ont dit que c'était la référence au film "les Visiteurs"...

Pour notre part, on se souviendra que la 5ème République voulue par le Général de Gaulle grand lecteur de Charles Péguy est la tentative de faire la synthèse des deux identités symboliques et politiques de la France:

Le Royaume et la République.

Le président de la République est un monarque et le titulaire doit habiter la fonction à l'instar de ce qui firent autrefois les rois, notamment Louis XIV selon la théorie du "double corps du roi" qui fait que l'individu réel et concret, en terme de savoir-être, passe après la personne qui incarne politiquement la tête de l'Etat qui doit demeurer dans la sacralité: c'est l'héritage du sacre de Reims et on sait que le Général de Gaulle président de la République a su incarner parfaitement ce rôle. François Mitterrand aussi, d'une certaine façon...

Mais force est de constater que pour des raisons idéologiques, culturelles ou, tout simplement, par manque de compétences, les trois derniers présidents de la 5ème République n'ont pas su ou pu remplir le costume d'une telle ambition.

Emmanuel Macron est tout particulièrement fautif car il est parfaitement conscient, intellectuellement, de l'enjeu: on se souvient que cet acteur de théâtre avait fait la leçon à ses deux prédécesseurs (Sarkozy et Hollande) en rappelant la dimension monarchique de la présidence de la République française au point d'accorder, en décembre 2016, un entretien dans un hebdomadaire qui en avait surpris plus d'un puisque le jeune impétrant à la fonction suprême évoquait la nostalgie que les Français éprouveraient pour la monarchie depuis l'éxécution de Louis XVI... Et pendant quelques mois, en 2017 au début de son mandat, l'acteur Macron fit illusion, parfois trop, en dépassant le roi Soleil par Jupiter...

Et puis chassez le naturel, il revient au galop...

La fonction présidentielle n'a jamais été à ce point abaissée, avilie:

Les Gilets Jaunes en décembre 2018 faisant une chasse à l'homme présidentiel le soir dans les rues du Puy-en-Velay dans la lueur dantesque d'une préfecture en feu. Le jeune Louis XIV, lui-même, avait dû fuir la Fronde parisienne en dormant comme un voleur dans la paille d'une écurie...

Mais aussi et surtout, un président véritable "tête à claques" qui a perdu le savoir-être le plus élémentaire pour prétendre à l'incarnation de la fonction de président de la République française.

Certes, ce n'est pas la première fois que l'on s'en prend violemment à la personne sacrée du chef de l'Etat en France puisque le sacré attire le sacrilège comme le paratonnerre attire la foudre: sans remonter à Ravaillac ou à Damien, tous deux écorchés vifs et écartelés pour avoir atteints à l'intégrité physique de la personne royale, ce qui s'est passé hier à Tain-l'Hermitage pourrait être comparable au coup de canne donné par un militant de l'Action française sur le visage du président Emile Loubet en 1899 à l'hippodrome d'Auteuil dans le cadre très tendu de l'affaire Dreyfus.

Le militant anti-dreyfusard d'extrême droite fut condamné à dix ans de prison ferme...

Plus près de nous, Jacques Chirac a été la cible d'un attentat raté, le 14 juillet 2002, fomenté par des activistes d'extrême droite. Nicolas Sarkozy en visite à Bayonne avait dû se réfugier au fond d'un café pour échapper à une foule hostile tandis que le candidat François Hollande avait été enfariné...

François Hollande, justement, refusant la responsabilité politique d'incarner la sacralité latente de la présidence de la République française avait tenté d'être un "président normal": c'était, bien évidemment, impossible. François Hollande alla jusqu'à abolir, en 2013, le délit d'outrage à la personne du chef de l'Etat dernier vestige du crime de lèse majesté...

Mais là encore, Emmanuel Macron porte une grande responsabilté: tandis qu'il cristalise contre lui une haine inextinguible au point que l'on décroche et l'on brûle ses portraits officiels avec des contrevenants légitimement poursuivis et condamnés par la justice, Emmanuel Macron fait le pitre sur Youtube.

Revers, coup droit... La gifle de Tain-l'Hermitage est, symboliquement, un retour à l'envoyeur!

Emmanuel Macron, l'homme qui aime les baffes parce qu'il faut faire campagne pour être réélu en 2022... quoiqu'il en coûte!

Mais il y a plus grave et plus inquiétant que l'offense désastreuse à la dignité de la fonction présidentielle car on est en droit, dorénavant, de se poser quelques questions sur l'état psychologique d'Emmanuel Macron qui, dans cette consternante affaire, s'est littéralement comporté comme un... gamin:

En effet, une autre vidéo de l'incident que l'on peut apercevoir sous le lien suivant montre que l'individu qui fait office de président de la République a fait preuve d'insoumission vis-à-vis de son propre service de sécurité qui a la lourde responsabilité de sécuriser l'être humain qui incarne concrètement la tête de l'Etat français.

Alors qu'il était manu militari éloigné de la source du danger par son service de sécurité, Manu qui aime, semble-t-il, prendre des baffes, décide de retourner vers la foule comme si de rien n'était: à regarder les images stupéfiantes ci-après, si nous ne savions pas qu'il s'agit du président de la République, nous pourrions raisonnablement penser qu'il s'agit de l'agresseur du président qui se débat avec le service d'ordre qui tente de le neutraliser: la réalité dépasse la fiction!

https://www.bfmtv.com/politique/de-nouvelles-images-de-l-homme-qui-a-gifle-emmanuel-macron-dans-la-drome_AV-202106080412.html

Les agents de la sécurité courent... à côté du président de la République qui s'est échappé de sa voiture officielle!

Capture d’écran du 2021-06-09 19-17-14

Capture d’écran du 2021-06-09 19-17-51

Voir aussi:

https://rmc.bfmtv.com/emission/emmanuel-macron-gifle-le-president-s-est-mis-a-courir-en-surprenant-tout-le-monde-raconte-le-maire-de-tain-l-hermitage-sur-rmc-2044104.html

https://www.bfmtv.com/politique/elysee/en-direct-macron-gifle-deux-personnes-toujours-en-garde-a-vue_LN-202106090013.html

Emmanuel Macron est aux abois par sa crainte de se retrouver dans la même situation que son prédécesseur en décembre 2016: on sait que le service d'ordre en charge de la sécurité présidentielle avait fortement déconseillé à François Hollande de faire campagne. Les bains de foule, trop risqué pour un président à la fois haï et méprisé par une partie de la population dans un contexte de risque d'attentats terroristes islamistes. On connait la suite: dans sa sagesse, François Hollande a pris la décision de ne pas se représenter.

Emmanuel Macron est donc prêt à prendre tous les risques pour éviter de se retrouver dans la même situation: inquiétant!

Dans la dramaturgie quasi mystique de la 5ème République voulue par le Général de Gaulle qui organise à l'occasion de l'élection présidentielle au suffrage universel, l'élection préférée des Français, la rencontre entre un homme et un peuple, résumant ainsi plus de deux siècles d'histoire politique car les Français continuent, malgré tout, de croire qu'ils sont encore ce peuple roi qui a le droit d'élire son roi, il y a toujours ce moment du hasard qui devient providence par la puissance du symbole au profit ou, hélas, au détriment de celui ou de celle qui prétend recevoir l'onction sacrée du suffrage universel du peuple français.

Ce moment est arrivé pour Emmanuel Macron mais pour que le hasard se transforme en providence il faut que l'impétrant soit pénétré d'intentions pures... Autrement dit, qu'il fasse preuve de "vertu" comme le croyaient les anciens Romains afin que les dieux fassent du hasard une chance, une providence heureuse. Mais il est à craindre que Macron ne soit jamais déclaré "felix" faute d'avoir la vertu suffisante.

On se permettra d'en douter raisonnablement en ce qui concerne dudit Macron dont les actes et les paroles suscitent de l'agacement de la colère voire de la haine chez une partie assez notable des Français. Il ne faudrait pas ajouter l'inquiétude: le président de la République ne doit pas faire peur aux Français!


 Et le lien à faire avec la Normandie?

A l'instar de la France, la Normandie est une patrie séculaire aussi vieille si ce n'est plus que l'Etat fondé à Paris par la monarchie des Robertiens et des Capétiens: la Normandie est une région-province, une communauté humaine de destin et la matière normande est d'une noblesse qui oblige celui ou celle qui doit présider aux destinées normandes à se surpasser et à ne jamais oublier que cette présidence de la Normandie s'inscrit dans une continuité historique prestigieuse.

En janvier 2016, on se souvient, l'élection d'Hervé Morin dans l'hémicycle régional de Rouen comme premier président de la Normandie réunifée fut nimbée de solennité et de gravité en présence d'un public nombreux et en présence d'invités extérieurs prestigieux: les ambassadeurs de Grande Bretagne et de Novège et les ministres des affaires étrangères des Etats et bailliages de Jersey et de Guernesey...

Il semble qu'Hervé Morin ait réussi, contrairement à Emmanuel Macron, à incarner la Normandie en mettant ses pas contemporains dans ceux de nos ducs-rois.

"Montjoie Saint Denis" disait-on autrefois à Paris...

"Dex Aïe!" Dieu aide! disons-nous encore à Rouen et à Caen...

http://normandie.canalblog.com/archives/2020/04/21/38219417.html

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