Décès de Marjorie Chibnall (1915-2012),

spécialiste d'Orderic Vital

 

Marjorie Chibnall est décédée le 23 juin dernier.Ses travaux ont beaucoup compté pour les médiévistes et les spécialistes de l’histoire anglo-normande. Elle avait une connaissance remarquable des sources latines de l’histoire du duché, et ses travaux, dans le domaine de l’édition critique et de la traduction, ont largement contribué à en montrer l’éclat au sein de la littérature historiographique des XIe-XIIe siècles et à en assurer une meilleure compréhension auprès du public. C’est notamment la publication des 6 volumes de l’Histoire ecclesiastique d’Orderic Vital (Oxford, 1969-1980) qui avait assuré à Marjorie Chibnall une renommée internationale, mais aussi celle de l’"Historia pontificalis" de Jean de Salisbury (Londres, 1956) ou des "Gesta Guillelmi" de Guillaume de Poitiers (Oxford, 1998). Spécialiste hors-pair de l’œuvre d’Orderic Vital, avec lequel, aimait-elle à dire, elle passait plus de temps qu’avec son mari, elle a écrit encore de nombreux ouvrages, parmi lesquels on signalera "The English Lands of the Abbey of Bec" (publié avant son mariage sous le nom de Marjorie Morgan, Oxford, 1946), "Select Documents of the English Lands of the Abbey of Bec" (Londres 1951), "The World of Orderic Vitalis" (Oxford, 1984, traduit en français en  2002 par Maurice et Jeanne Vayssade), "Anglo-Norman England 1066-1166" (Oxford, 1986), "The Empress Matilda" (Oxford, 1991), "The Debate on the Norman Conquest" (Manchester, 1999), "The Normans" (Oxford Malden, 2000). Elle avait tissé des liens d’amitié particuliers avec les chercheurs normands, lors de ses fréquentes participations aux colloques de Cerisy. Elle était venue dès le premier colloque du cycle « La Normandie médiévale », organisé en 1992, sous la direction de Pierre Bouet et François Neveux, en faisant une communication sur « Les moines et les patrons de Saint-Évroult dans l’Italie du Sud au XIesiècle ». Chacun avait pu y admirer son érudition, la passion qui l’animait, son dynamisme et son humour, mais aussi sa grande modestie, qui la rendait si accessible aux jeunes chercheurs. Elle est revenue en 1993 pour parler de « La carrière de Geoffroy de Montbray », en 1996 pour « Les Normands et les saints anglo-saxons », en 1999 pour « Orderic Vital et la tapisserie de Bayeux ». Parmi ceux qui ont eu la chance d’écouter et de s’entretenir avecMarjorie Chibnall, beaucoup se souviendront d’une grande Dame, qui a consacré toute sa vie à la recherche et à l’enseignement, a énormément œuvré pour renforcer les liens entre les deux côtés de la Manche et dont les travaux, dont nous n’avons cité qu’une petite partie, ont permis des avancées considérables.

 

D'après Marie-Agnès Lucas-Avenel (CRAHAM)