Dans la dernière édition de la Manche Libre (en date du 26 avril 2014) l'éditorial de l'écrivain et scénariste de télévision Didier DECOIN (de l'académie Goncourt) qui vit depuis des années dans sa maison d'Auderville de la Hague, n'est pas passé inaperçu...

Panorama sur le phare de Goury depuis les hauteurs d'Auderville (la Hague, Nord-Cotentin, Manche en Normandie)


 

L'Etoile de Normandie vous fait connaître ci-après ce texte passionné et lucide sur la nécessité d'unifier la Normandie, assorti, néanmoins de quelques commentaires indispensables...

 

Entre Normands

 

(Didier Decoin, de l’académie Goncourt)

 

 

 

La Manche Libre 26/04/14

 

 

La politique s’est mise au diapason de la fête de la Résurrection. C’est, en effet, dans une ambiance pascale que notre premier ministre tout neuf, lors de son discours de politique générale, a affleuré l’idée d’une autre résurrection : celle de la Normandie qui, à en croire son projet de découpage territorial, pourrait retrouver ses frontières de 1204, date de création du joli Duché de Normandie (sic !!! Et 911 ? Monsieur Decoin)

 

 

J’avais onze ans et je venais tout juste de « tomber en amour » avec la Hague, quand un certain Serge Antoine, politicien engagé dans la défense de l’environnement, et ayant reçu mission de lutter contre l’archaïsme de la carte administrative, eut l’idée de couper la Normandie en deux petites régions (ndlr : 1960). Une coupure qui n’était ni amputation ni punition, juste le fruit d’une réflexion d’énarque lequel, contrairement à nombre de ses condisciples, eut plus tard l’honnêteté de regretter d’avoir pensé un peu trop vite et pas très juste : « si c’était à refaire, avoua-t-il, je ne ferais qu’une seule Normandie » (ndlr : déclarations de Serge Antoine dans l’Express en 2004)

 

 

Or donc, voici qu’on perle de nous la réparer, de nous la restaurer, de la rétablir, de la reconstruire, de recoller la Haute et la Basse.

 

 

Pour ma part, j’ai toujours été pour la réunification. Non pas pour des raisons économiques ou politiques, car je ne suis pas compétent en ces matières bien trop savantes pour moi, mais pour une raison sentimentale : j’aime la Normandie, je l’aime d’amour, alors plus elle s’épanouira, mieux elle sera considérée et plus je ronronnerai. De grandir, (ndlr : il ne s’agit pas de la « grande » Normandie mais de retrouver la « vraie » Normandie) son visage ne sera pas changé, non plus que sa fraîcheur, son parfum de dentelles d’eau et de fleurs miellées, de fruits dodus, de crème de lait, d’écume de mer, de terre humide, de pommes, de guêpes, de chevaux, de cire et d’églises grises.

 

 

Je sais que la réunion des deux Normandie (sic !!!) posera un problème, que redessiner une géographie du pouvoir politico-administratif ne se fera pas sans casser des œufs – et justement, quels œufs, ceux de Caen ou de Rouen ? (ndlr : «  il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier », proverbe normand) Le débat est déjà émotionnellement chargé, alors je ne doute pas que l’empoignade finale sera rude. A Caen comme à Rouen, on tremblera pour les emplois, les infrastructures, l’immobilier, on redoutera les hémorragies en tous genres liées au transfert du Conseil régional d’une ville à l’autre. (ndlr : lire le rapport EDATER de 2008 pour sortir de l’Apocalypse normande en lettres capitales)

 

 

Eh bien, il faudra combattre l’angoisse du vide. Se réinventer. Quel choc pour Bonn, le 20 juin 1991, lorsque le Bundestag privilégia Berlin comme capitale de l’Allemagne par seulement 338 voix contre 320, avec pour première conséquence une perte sèche de vingt mille emplois. Et aujourd’hui, Bonn abrite davantage d’habitants et surtout plus d’emplois, qu’elle n’en avait l’année où elle perdit sa prééminence au profit de Berlin (ndlr : Caen l’Athènes normande ce n’est pas Rouen, la Babylone normande, dixit Flaubert lui-même.)

 

 

Alors, Caen ou Rouen, peu importe, mais qu’au moins, la Normandie reste normande, qu’elle ne cède pas aux tentations de faire pignon commun avec Paris (ndlr : Joël Bruneau nouveau maire de Caen), ou avec la Picardie (ndlr : Nicolas Mayer-Rossignol trop jeune président de la Haute-Normandie).

 

 

Le mariage pour tous de Madame Taubira n’allant pas, me semble-t-il, jusqu’à unir des carpes et des lapins…(ndlr: je ne vois pas ce qu'une ex militante pour l'indépendance de la Guyane vient faire dans nos affaires normandes...)