Parmi les nombreuses priorités et urgences qui ne manqueront pas d'assaillir la future majorité d'un conseil régional de Normandie, il y aura celle de faire vivre et rayonner un formidable patrimoine culturel régional et international qui, faute de l'avoir fermement soutenu depuis la Normandie continentale française, est au mieux en déshérence, au pire, en voie de disparition.

Promotion à l'échelle européenne d'une aire historique culturelle normande avec l'Angleterre, l'Irlande, les pays scandinaves, l'Italie (Normands peuple d'Europe) ; échanges culturels, scolaires et universitaires spécifiques avec l'Angleterre (ex: projet INTERREG IV européen Norman Connexions) sur l'héritage anglo-normand; avec les pays scandinaves (Danemark Norvège Suède et Islande) mais aussi avec le Canada francophone (en raison de nombreux ancêtres Normands et Percherons fondateurs de la Nouvelle France) ou les Etats-Unis (la Normandie étant devenue un lieu de mémoire américain depuis 1944). Mais aussi, héritage culturel et juridique du droit normand et de la langue normande pour la civilisation britannique et américaine ( le français de Normandie responsable de la "latinisation" de l'anglais est très étudié dans les départements de dialectologie romane des universités anglaises et américaines; quant au droit normand, il est considéré comme l'ancêtre de la common law anglaise et du droit américain).

Bref, la matière normande est de la même étoffe, aussi riche que noble, dont se parent les états européens qui se donnent encore les moyens d'une politique particulière de promotion culturelle: il y aurait là, matière à un ambitieux programme de valorisation culturelle de la Normandie dont le rayonnement contribuerait à la notoriété internationale déjà exceptionnelle du nom de "Normandie".

Des instituts de Normandie sur le modèle des alliances françaises ou des instituts Goethe, Cervantes, Camoes ou Confucius (respectivement: Allemagne, Espagne, Portugal ou Chine) pourraient être déployés dans tous les pays du Monde qui dans leur histoire, ont rencontré les Normands et la Normandie...

  • Liste non exhaustive:

Royaume-Uni, Irlande, Danemark, Norvège, Islande, Suède, Italie, Portugal, Chypre, Liban, Syrie, Russie, Ukraine, Canada, Etats-Unis, Austalie, Nouvelle Zélande, Sénégal, Chine et Japon...

Peu de régions françaises ont un tel héritage international et la Bretagne qui a pourtant moins à proposer est la région française actuellement la plus dynamique dans ce domaine pourtant si stratégique quand il s'agit, par exemple (et pas seulement) de décrocher des marchés à l'exportation...

  • Malheureusement, à cause de la division de la Normandie continentale française en deux petites régions sous équipées et peu financées, tentées par le roupillon franco-français, en délicatesse idéologique avec les réalités d'une fierté régionale voire d'une identité propres (complexe d'infériorité en Basse Normandie vis-à-vis de la Bretagne; défiance idéologique en Haute Normandie), les initiatives pour valoriser le formidable bien public normand qui nous a été laissé en héritage, ont manqué d'ampleur et de coordination, avec une Basse-Normandie longtemps plus volontaire sur ce sujet que la région Haute-Normandie (Musée de Normandie du château de Caen; Office d'études normandes et université inter-âges de l'Université de Caen; festival des Boréales; participation des villes bas-normandes au programme européen Norman connexions; organisation du XIeme centenaire de la Normandie; film promotionnel sur Guillaume le Conquérant; projet d'archéologie appliquée Ornavik; association Magène pour une expression normande vivante et actuelle...)

Il est donc temps d'agir avec une vision qui soit enfin à la hauteur d'une parure normande dont le prestige et la taille ont, jusqu'à présent, intimidé ou effrayé les piètres boutiquiers de la division administrative qui prospéraient dans l'ombre d'une grandeur normande forcément passée ou dépassée !

Il est temps d'agir car le beau manteau normand est attaqué par les mites et pourrait tomber en lambeaux... Ainsi, la question de sauver les parlers normands est-elle désormais posée (voir ici même plusieurs billets sur l'Etoile de Normandie). Même remarque pour le droit normand, toujours enseigné à l'université de Caen, qui est bien plus qu'une survivance folklorique surannée et qui pourrait bien mériter un classement UNESCO au titre d'un patrimoine immatériel de l'Humanité, car le droit normand est désormais menacé, lui aussi, de disparition dans les îles anglo-normandes où il est pratiqué depuis Guillaume Le Conquérant...

Et vu l'état d'effondrement dans lequel nous sommes collectivement tombés ces dernières années, il se pourrait que la première mission d'un institut culturel de Normandie soit à la destination des Normands eux-mêmes, à commencer par les plus jeunes: bien au-delà du projet d'Historial Viking proposé par Nicolas Mayer-Rossignol, c'est donc bien de cet enjeu dont il s'agit !


 

 

  • Lire dans Ouest France (édition caennaise 29/06/15):

droit_normand_sophie_poirey_1

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  • En attendant une politique publique régionale ambitieuse de valorisation de la culture normande, on préfère dépenser pour ça ! C'est à dire, un art officiel con-temporain délocalisé à la campagne...

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