Le débat continue sur l'Etoile de Normandie à l'occasion de l'enquête d'utilité publique ouverte depuis le 8 mars dernier à propos de la création d'une ligne de fret ferroviaire massifié entre le Grand Port Maritime du Havre et la Grande Ceinture ferroviaire de Paris.

L'Union pour la Région Normande nous a fait parvenir l'analyse suivante: faute de grives, on doit se contenter des merles du Vexin français...

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NOTE U.R.N

MODERNISATION DE LA LIAISON SERQUEUX- GISORS

A l'occasion de la tenue de l'enquête d'utilité publique concernant la modernisation à finalité fret de la liaison ferroviaire Serqueux-Gisors, l' « Union pour la Région Normande » tient à exposer sa position.

On le sait abondamment : un des handicaps majeurs frappant les grands ports maritimes de Rouen et du Havre par rapport à leurs concurrents du "Range" Nord-Ouest européen (Anvers, Rotterdam etc...) est qu'ils ne disposent pas comme ces derniers de dessertes massifiées (ferroviaires et fluviales) les mettant à même de lutter avec eux à armes égales. Les dessertes massifiées, outre leur intérêt environnemental sont en effet un atout en termes de compétitivité économique pour les ports. Il faut donc combattre ce handicap.

Quels moyens ont été proposés au cours des années récentes à cette fin ?

1 – La ligne nouvelle Paris -Normandie (LNPN) reliant Paris aux principales villes normandes et qui devait avoir, outre sa fonctionnalité voyageurs une très forte fonctionnalité fret au profit notamment des ports de Rouen et du Havre.On sait que les gouvernements de MM. Ayrault et Valls ont abandonné, de facto, sans l'annoncer, le projet de LNPN en retardant à des horizons lointains son éventuelle mise en oeuvre par le moyen de procédés dilatoires tels que l'engagement d'études dites « d'optimisation » ou de prolongation des «études préalables» à l'enquête publique qui auraient du se terminer fin 2015 jusqu'en 2020 etc...

2 – Cet abandon de facto de la LNPN a conduit certains acteurs à imaginer des solutions alternatives à celle-ci. Etant donné la saturation des lignes historiques actuelles, notamment sur la liaison Paris-Rouen-Le Havre , deux scénarios ont été proposés, l'un évitant le nœud ferroviaire de Rouen pour se diriger vers la région parisienne, c'est la réactivation de la liaison Serqueux-Gisors avec une finalité fret, l'autre évitant la région parisienne en direction de l'Est,c'est la liaison ferroviaire Le Havre -Amiens -Chalons en Champagne qui est existante mais qu'il faudrait moderniser.

Bien entendu ces deux scénarios pour qu'ils se concrétisent sont tributaires de crédits qui seraient affectés à leur réalisation. Comme le désenclavement ferroviaire des ports fait partie, en principe, des projets classés « priorités nationales », on serait en droit d'attendre de l'Etat qu'il contribue de manière très significative au financement des équipements qui viennent d'être évoqués. Or il s'y refuse. Avec la même motivation que pour la LNPN, pour laquelle l'Etat, alléguant la poursuite indéfinie des « études préalables », n'annonce, bien entendu, aucun montant pour son implication financière, ce dernier se refuse à envisager le scénario Le Havre-Amiens- Chalons en Champagne. En ce qui concerne la liaison Serqueux-Gisors les deux financeurs connus à ce jour sont la Normandie ( 90 millions €) et l'Europe (71millions € ). Si, grâce à ces deux financeurs la liaison fret Serqueux-Gisors voit le jour est-elle pour autant pertinente?

3 – Pertinence de la modernisation de la liaison ferroviaire fret Serqueux-Gisors

La qualité de la relation d'un port avec son hinterland est capitale en terme d'attractivité pour celui-ci. Or l'hinterland «naturel» des Ports du Havre et de Rouen, même si il n'est pas exclusif, est constitué par la région parisienne, première région européenne par l'importance de son P.I.B. Les liaisons ferroviaires historiques (essentiellement la ligne Paris-Rouen-Le Havre) étant saturées et la LNPN n'étant pas réalisée, la modernisation de la liaison Serqueux-Gisors qui améliorerait la liaison fret Normandie-Paris, s'impose donc actuellement comme solution à l'enclavement ferroviaire des deux ports normands.

4 – Que dénotent chez le pouvoir politique actuel le refus de réaliser dans des délais raisonnables la LNPN, d'envisager la modernisation d'une rocade ferroviaire nord (Le Havre-Amiens- Chalons en Champagne), les tergiversations constatées depuis 2012 concernant la réalisation de la modernisation de Serqueux-Gisors, la non implication significative de l'Etat dans son financement?

Fondamentalement, ces faits démontrent que le pouvoir politique actuel n'a pas d'ambition maritime pour la France.

Comme l'a souligné le Sénateur Revet dans son « Avis » concernant le budget des Transports maritimes du Projet de Loi de Finances 2016 le 19 novembre 2015:

« Nous avons de l'or bleu dans les mains et nous sommes en train de mutiler notre pays en refusant sa vocation maritime » (« Avis » p. 6) ( …) « Les annonces grandiloquentes autour d'une politique maritime ambitieuse ou d'une nouvelle stratégienationaledelamerannoncéechaqueannéepourmieuxêtre repoussée » (p. 6 ) ne démontrant que la vacuité de la politique maritime suivie par nos actuels gouvernants, la dimension portuaire n'étant qu'un des aspects de la politique maritime.

5 – A partir de ce constat de l'absence d'ambition maritime pour la France qui est la marque du pouvoir actuel au plus haut niveau de l'Etat, les espoirs normands dans ce domaine ne reposent plus que dans la perspective d'une alternance politique en 2017.

A cette occasion, l' « Union pour la Région Normande » interrogera les différents candidats aux présidentielles afin d'obtenir de leur part des réponses crédibles au problème de l'enclavement persistant des grands ports maritimes normands qui s'intègre, il faut le rappeler, dans une dimension nationale qui est celle de la compétitivité de la France.

 

Union pour la Région Normande

Caen, 15 mars 2016