Un article de Paris Normandie fort pertinent nous invite à faire mémoire des manifestations enthousiastes de juin 1936 à Rouen après la conclusion des accords de Matignon de la fin du mois de mai 1936 permettant enfin la semaine de ... 40 heures promulguée le 12 juin 1936, des augmentations de salaires substantielles, les quinze premiers jours de congés payés pour le repos du corps et des esprits d'ouvriers qui ne connaissaient que le travail (sauf le dimanche depuis 1906) ou... le chômage!

L'article rappelle aussi que le mouvement de grève massif de mai et juin 1936 est parti des usines Bréguet du Havre.

Mais aussi la mise en place des normes actuelles de la négociation collective, à savoir que les accords de "branche" encadrent les accords locaux d'entreprises pour assurer l'égalité des salariés partout en France en terme d'organisation et de condition de travail.

C'était l'époque où une vraie gauche de gouvernement existait... 80 ans après, on peut raisonnablement en douter!

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Histoire d’actu : Juin 36 à Rouen et au Havre, le Froint Populaire crie victoire

Publié 11/06/2016 á 21H53

Manifs. Il y a 80 ans, 25 000 personnes fêtaient à Rouen les avancés sociales du Front Populaire. Le mouvement de grève, lui, était parti du Havre.

Dimanche 14 juin 1936. 25 000 personnes sont rassemblées devant l’hôtel de ville de Rouen avant de partir en cortège dans les rues de la ville

Dimanche 14 juin 1936, la place de l’hôtel, de ville, à Rouen, est noire de monde. 25 000 personnes ont répondu à l’appel des syndicats pour un grand rassemblement populaire.

Le moral est au beau fixe. Les accords de Matignon ont été signés quelques jours plus tôt. Les accords prévoient des augmentations de salaires, l’élection de délégués ouvriers dans les usines, l’établissement de contrats collectifs et non plus individuels... Le travail reprend peu à peu dans les entreprises. Le 11 juin, Léon Blum, le président du conseil du Front Populaire, vient d’instituer quinze jours de congés payés. Le 12, il institue la semaine de 40 heures pour tous les salariés.

«Les ouvriers étaient très pauvres...»

À Rouen, le cortège, en ce 14 juin, «en rouge majeur à cause des bannières et des bonnets phrygiens», note le localier du Journal de Rouen, est tellement important qu’il remonte rue Louis-Ricard, jusqu’à la fontaine Sainte-Marie. «Vers 10h30, on entend de façon fort imposante l’Internationale, puis la Marseillaise, de façon plus timide. Le cortège s’ébranle vers 11h.» Les deux tiers des manifestants viennent de la banlieue, de Sotteville, Saint-Étienne du Rouvray, d’Oissel, souligne également le journaliste. Longtemps endiguée, la banlieue ouvrière ose enfin franchir le fleuve.

Lors des grèves de 1936, les cortèges ouvriers investissent quotidiennement les rues de l’hyper-centre. Les premiers manifestants, salués par le maire Georges Métayer le poing levé, partent à 11 h de la mairie. Les derniers à 11 h 40. Au Havre, des mannequins à l’effigie d’Hitler et du colonel de La Roque, le leader des Croix de Feu, sont conspués et pendus.

Chemise, cravate, gilet uni. à 103 ans, Jean Dorival porte toujours beau. Il avait 23 ans en 1936 et travaillait aux imprimeries Alain, à Elbeuf. « Les ouvriers étaient très pauvres» se souvient le centenaire, aujourd’hui résident à l’Ehpad Korian des Cent clochers, près de Saint-Sever à Rouen, «80% travaillaient dans le textile.» On compte en effet dans l’agglomération elbeuvienne 10 000 ouvriers, répartis dans cinquante usines. Ils travaillent 48 heures par semaine pour des salaires qui leur permettent à peine de vivre. Les employés de Fraenckel débrayent le 5 juin, suivis par Bline et Blin, Canthelou... 3500 sont en grève. Jean Dorival se souvient de ses premières vacances. En 1937. «Nous sommes partis à Névez, entre Quimper et Lorient avec nos deux jeunes enfants dans ma Renault que j’avais achetée d’occasion. Nous sommes allés chez des amis. Il était boulanger, elle tenait un bistrot», se souvient celui qui terminera sa carrière comme directeur commercial chez Gasse et Canthelou, à Elbeuf. «On avait un réel sentiment de liberté.» D’autant que Jean Dorival a une passion, le théâtre. «Avec le passage aux 40 heures j’avais plus de temps pour les représentations.»

Congés payés, hausse des salaires, réduction du temps de travail, autant d’avancées sociales obtenues à la fin d’une grève commencée au Havre le 11 mai. Chez Breguet, usine spécialisée dans la fabrication d’hydravions destinés à la Marine nationale (près de 850 personnes), deux ouvriers sont renvoyés pour s’être déclarés grévistes et « pour avoir refusé de distribuer un journal d’inspiration fascisante ». Les 500 ouvriers demandent la réintégration de Friboulet et Vachon. La direction refuse. L’ensemble du personnel se met en grève. Et décide d’occuper les lieux, une pratique alors inédite.

LeHavre, berceau de la grève

Les tâches se répartissent : piquets de grève et d’incendie, comité de surveillance de l’usine, barricades des portes pour empêcher toute entrée ou sortie, « propagande » à l’extérieur de l’usine... « Il ne reste plus grand-chose de ce monde ouvrier, notamment au Havre, l’un des bastions avec les métallos et les dockers», raconte le Havrais Philippe Huet qui vient de sortir Le feu aux poudres (Rivages), un roman inspiré de cette épreuve de force. Jean Hamel, 89 ans, ancien responsable local CGT, se souvient de l’occupation de l’usine Bréguet, suivie fin mai par la raffinerie de Gonfreville. Il était alors un jeune ajusteur de 14 ans. « J’ai travaillé sur des appareils de reconnaissance sous-marine, puis sur un appareil qui nous a servi pendant la guerre, un bimoteur! Les organisations syndicales n’étaient pas reconnues dans l’entreprise, elles ne faisaient pas partie du quotidien.. Ça a duré seulement 48h. C’était la première occupation d’usine, quelque chose de nouveau. On a montré le chemin, mais on ne s’en faisait pas une gloire. » Aux yeux de Philippe Huet, «on retrouve de nombreuses similitudes avec ce qui se passe de nos jours avec l’exaspération des précaires, des défavorisés...»

O.C et Pa.L.

Jusqu’à deux millions de grévistes

Début mai 1936, la coalition de Front populaire remporte les élections législatives. Une victoire, mais pas exactement un raz-de-marée.
Les socialistes ayant le plus gros groupe parlementaire, c’est à leur leader, Léon Blum, qu’il revient de former le gouvernement que le PCF soutiendra, mais sans y participer. Mais, sans attendre la formation du gouvernement et la passation de pouvoir, la classe ouvrière va rentrer dans l’action, comme jamais elle ne l’avait fait auparavant...
Alors que Léon Blum se prépare à diriger le gouvernement, les grèves éclatent. Début juin, 12 000 entreprises sont en grève, souvent avec occupation et le nombre de grévistes dépasse les 2 millions.