Depuis la parution en  2008 de l'essai de Pascale Casanova, "La république mondiale des lettres", nous pouvons savoir que Paris n'est plus la capitale littéraire qu'elle fut car Paris s'est... comment dire?

... Provincialisée ! C'est là le comble du jacobinisme d'avoir concentré sur deux arrondissements parisiens de la rive gauche de la Seine toute l'intelligence et donc toute la bêtise du Monde sur une tête d'épingle. A lire Casanova, c'est que le parisianisme empêche de faire de Paris, la capitale globale de la francophonie littéraire qui va du Sénégal au Gâtinais en passant par la Normandie, les Cévennes, la Gascogne, la Bretagne, la Flandre, l'Artois, la Picardie, l'Alsace, le Nivernais, le Berry, le Béarn, la Provence, l'Occitanie... Ou le Sénégal, la Guyane, Haïti, la Louisiane, le Québec, toute l'Afrique de l'Ouest, le Levant, l'Océanie... Etc.

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On entend, déjà, le mépris de l'universalisme arrogant, supérieur, méprisant et artificiel du parisianisme pour ces littératures francophones plurielles enracinées dans ses histoires et ses terroirs: l'idée d'écrire ce billet sur l'Etoile de Normandie nous est venue de l'écoute impossible à poursuivre tant c'était insupportable, d'une émission de France Inter, cette soi-disant radio de service public qui méprise, à longueur d'antenne, la France entière, dans laquelle émission, Monsieur François Busnel nous faisait la leçon en nous expliquant que la littérature régionale ne saurait exister. N'ayant pu écouter jusqu'au bout, nous ne savons pas s'ils ont abordé le thème de la "France moisie" cher à Philippe Sollers, ce bordelais, fier, par ailleurs de son cru, mais quelque peu bouchonné...

https://www.franceinter.fr/emissions/si-tu-ecoutes-j-annule-tout/si-tu-ecoutes-j-annule-tout-02-mai-2017

Et ces Tartuffes médiatiques qui nous font, une fois de plus, la leçon (on les voit venir: lire de la littérature régionale  "enracinée" ça fait voter Le Pen) sont, souvent, les premiers à chanter, à juste titre, leur tendre enfance (bretonne de préférence...) Et à ce dilemme, Georges Brassens a répondu avec toute son intelligence et son ironie avec sa célèbre chanson sur les "imbéciles heureux d'être nés quelque part" lui qui ne jurait que par et pour sa Camargue...

Aussi, pour nous éloigner utilement de ce nouveau "point Godwin" du débat public, nous pensons sur ce sujet ce que pense le breton Michel Le Bris qui a su, depuis de nombreuses années en fondant le désormais très couru festival des "Etonnants voyageurs" de Saint Malo, démontrer avec constance et avec un certain courage intellectuel face à l'arrogance castratrice du provincialisme parisien qui se gratait, il y a encore peu, le nombril jusqu'au sang dans l'autofiction "germanopratine", que la littérature universelle pouvait se loger aussi bien dans un bocage normand, une lande bretonne ou un morne antillais...

Alors, pourquoi revenir, aujourd'hui sur ce sujet?

Parce que l'émission de France Inter de la veille ne se faisait que l'écho d'un article du Monde d'il y a quatre jours se faisant lui-même l'écho de ce qui fut remarqué par les prescripteurs du parisianisme littéraire au dernier salon du Livre de Paris à la fin du mois de mars dernier:

Les éditeurs régionaux, à commencer par les éditeurs normands, ont pris d'assaut le Salon !

http://www.lemonde.fr/livres/article/2017/04/29/ces-best-sellers-de-litterature-regionale_5120047_3260.html

Un peu de girondinisme littéraire de Mortagne au Perche à Bamako ! Voilà qui leur ferait le plus grand bien !

Lire, par exemple, l'article proposé par le site Normandie Actu:

https://actu.fr/normandie/seine-maritime_76/salon-du-livre-les-maisons-dedition-de-normandie-simposent-a-paris_422964.html

Salon du Livre. Les maisons d’édition de Normandie s’imposent à Paris

Le Salon du Livre aura lieu Porte de Versailles, à Paris, du 24 au 27 mars 2017. 24 maisons d’édition de Normandie y seront présentes, autour d’un grand stand régional.

Publié le 23 Mar 17 à 15:05
La Normandie s'invite au Salon Livre Paris, du vendredi 24 au lundi 27 mars 2017. (Photo : ©Emmanuel Nguyen Ngoc/Salon Livre Paris)
La Normandie s'invite au Salon du Livre, à Paris, du vendredi 24 au lundi 27 mars 2017. (Photo : ©Emmanuel Nguyen Ngoc/Salon Livre Paris)

La 37e édition du Salon Livre Paris ouvre ses portes aux visiteurs vendredi 24 mars et jusqu’au lundi 27 mars 2017, Porte de Versailles, à Paris. Cette librairie géante permettra au public d’aller à la rencontre de multiples maisons d’édition et d’y retrouver de nombreux écrivains français et internationaux. La Région Normandie y sera une nouvelle fois bien représentée, avec le stand « Livres en Normandie ».

24 éditeurs normands

La Région a investi 120 000 euros pour un stand aux couleurs de la région. (Photo : ©Région Normandie)
La Région a investi 120 000 euros pour un stand aux couleurs de la région. (Photo : ©Région Normandie)

Pour les maisons d’édition régionales, ce rendez-vous est l’occasion de rencontrer libraires et distributeurs. La région Normandie leur propose une nouvelle fois un stand « Livres en Normandie », où ils présenteront leurs nouveautés. 24 maisons d’édition des cinq départements normands seront présentes durant toute la durée du salon, pour démontrer « la richesse, la diversité et la qualité de la production éditoriale normande ».

Parmi eux, quatre nouveaux éditeurs feront pour la première fois leur entrée dans la plus grande librairie de France.

La table « Première fois au Salon… » offre la possibilité, cette année, à quatre jeunes structures de bénéficier d’une visibilité renforcée en faisant une première apparition à Paris, précise la Région.

Ces nouvelles maisons d’édition sont :
Ah ! éditions, maison d’édition jeunesse créée fin 2015, privilégiant une production d’ouvrages originaux et haut de gamme, basée à Trouville-sur-Mer (Calvados), qui s’intéresse principalement à la nature, avec l’ambition d’instruire les enfants en les amusant.
Amavada, de Caen (Calvados), dont la ligne artistique cherche les points de rencontre entre des créations originales exigeantes et un public curieux, amateurs de surprises, en associant littérature, mais aussi spectacles, expositions, concerts et événements culturels.
Esneval éditions, maison d’édition de Dieppe (Seine-Maritime), créée en avril 2014, fruit de la passion littéraire de Gilles Leclerc et de sa volonté, en tant qu’auteur, de maîtriser la conception d’un livre de bout en bout. Sa sélection d’ouvrages est variée, entre témoignage historique et roman d’aventure, amour fantastique, livres jeunesse et intrigue policière.
– Les éditions Cogito ergo sum, créées en avril 2011 par Frédéric Séaux et basées à Oissel (Seine-Maritime), publiant des auteurs normands, en favorisant les filières courtes, dans la diffusion comme dans la recherche d’auteurs, et l’impression.

Un soutien à la filière du livre

Les visiteurs pourront également retrouver dans ce Salon des éditeurs tels que Cahier du temps, Les Édition Belize, ou encore les Éditions des Falaises, L’écho des vagues, OREP éditions, etc.

Pour ce Salon, la Région Normandie investit à hauteur de 120 000 euros, pour un stand organisé sous la coordination de l’Agence régionale du livre et de la lecture (Rouen) et le Centre régional des lettres (Caen). La participation à ce grand rendez-vous du monde du livre et de l’édition est l’occasion pour la Région de rappeler ses engagements en faveur du développement et la modernisation de la filière, « à travers son Fonds d’aide au développement de l’économie du livre (FADEL) et l’accompagnement de manifestations littéraires et de salons du livre ».

Parmi les projets de la Région pour l’édition normande, une nouvelle agence régionale dédiée au livre et à la lecture rassemblera les agences de Rouen et de Caen « pour accompagner le développement de cette politique au bénéfice des professionnels du territoire ».


 

Commentaire de Florestan:

Ce coup de force des Normands au Salon du Livre n'est qu'un juste retour des choses. Après des années d'apathie normande liée au déclin de notre région coupée en deux, le conseil régional de Normandie a décidé de reconquérir la place éminente qu'occupait, il y a encore peu, les Normands dans l'édition parisienne. Jusqu'à une date récente, à Paris, un libraire était Normand comme un ramoneur était Savoyard...