Les lampions de la fête macronienne s'éteignent un à un alors que la nouvelle majorité gouvernementale ou présidentielle (ce qui revient au même) n'a même pas un mois: les réalités politiques et les réalités, tout simplement, font que la pensée magique d'une parole publique performative n'est plus opérante.

Les hallucinogènes d'une campagne électorale qui a duré plus d'un an sont périmés et certains éléments de langage sont à jeter. Notamment celui-ci: "et en même temps" qu'on aurait pu considérer comme la devise du nouveau régime. Hélas ! La cour des comptes surjouant un rôle parfaitement rodé dans le numéro de clown qui préside à l'établissement de toute nouvelle majorité gouvernementale, donne l'occasion au nouveau gouvernement de ne pas honorer les promesses de la campagne, c'est à dire, faire tout "et en même temps" tout faire: il manque 8 milliards dans les comptes de l'Etat et la commission des finances de l'Assemblée Nationale aura beau jeu de convoquer pour une audition Monsieur Sapin qui fut, au budget, le collègue ministre de celui qui fut à l'Economie et qui est depuis le 7 mai dernier à l'Elysée. Ayant ici l'habitude de pratiquer un minimum de lucidité normande pour nous épargner la peine d'être surpris ou déçu, nous savons que l'insincérité est souvent au pouvoir. Les secrets d'Etat ne sont, d'ailleurs, que des mensonges.

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Edouard Philippe, "le crotale normand" (Michel Onfray) à moins qu'il ne s'agisse d'un... roué goupil !

Intéressons-nous plutôt aux conséquences:

Comme il manque 8 MILLIARDS dans la future loi de Finances 2018, les arbitrages y compris et surtout les plus difficiles vont s'en trouver faciliter: on ne pourra pas faire tout et même temps... son contraire. Il va falloir choisir et la rigueur budgétaire permettra de justifier, dans la mesure du possible, des arbitrages qui sont à faire pour d'autres raisons que les raisons financières.

Exemple: peut -on faire "en même temps" le CANAL SEINE NORD EUROPE et l'AXE SEINE NORMAND? Sachant que le coût du premier projet est estimé à 4,8 milliards d'euros.

L'arbitrage a donc été rendu: Edouard Philippe, le ci-devant maire du Havre et en même temps Premier ministre, à la veille d'accueillir le président Macron dans sa ville à l'occasion du 500ème anniversaire de sa fondation, a décidé de surseoir au démarrage des travaux du Canal Seine Nord Europe, démarrage prévu à la fin de l'année 2017. Pas d'annonce officielle en ce sens depuis Matignon mais cette information fut délivrée parmi d'autres devant les Sénateurs par Elizabeth Borne, la nouvelle ministre des Transports, qui nous annonce des énièmes assises de la mobilité.

Bien entendu, nous ne pouvons qu'approuver cette décision d'un moratoire sur le dossier du Canal SNE qui ne saurait être construit sans une modernisation et une amélioration de l'efficacité logistique sur  l'Axe Seine normand qui demeure l'axe logistique naturel majeur qui permet de relier la région parisienne au commerce international.

Dans la matinée du 7 juillet 2017, tous les élus du lobby nordiste qui avaient si bien travaillé avec la majorité gouvernementale précédente (Hollande / Ayrault / Valls / Cuvillier) pour mettre sur la touche l'Axe Seine au profit du canal SNE, montent au créneau et hurlent au complot d'un Premier ministre normand toujours maire du Havre: ils en appellent à Jupiter, l'arbitre suprême qui connaît plus Le Touquet que l'Olympe. A la mi-journée, dans tous les grands médias audio-visuels parisiens, le coup de gueule des élus Nordistes contre la première manifestation politique forte d'un... lobby normand a été répercuté avec l'argument négatif que l'ancien maire du Havre favoriserait "son port local où l'on craint la concurrence du futur canal" (sic! entendu sur France Inter au cours du journal de 13 heures). Bien entendu, pas un mot sur le port d'Anvers.

Cependant, l'extrême discrétion de Gérald Darmanin sur ce dossier a été relevée par tous: le Nordiste du gouvernement, le ci-devant maire de Tourcoing tient dorénavant les cordons de la fameuse bourse où manqueraient les fameux 8 milliards...

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Gérald Darmanin: "fluctuat ET ... mergitur"

On se souvient d'une émission matinale sur l'antenne d'une radio nationale diffusée l'automne 2016 où Gérard Darmanin avait quelque peu humilié un Edouard Philippe présent avec lui sur les ondes en affirmant qu'il avait à rester à Paris pour négocier la grosse affaire du Canal Seine Nord Europe avec le dernier ministre des transports de François Hollande...

C'était sur France Inter, le 28 novembre 2016, le lendemain de la victoire d'un certain François Fillon à la primaire de la droite:

http://normandie.canalblog.com/archives/2016/11/28/34620516.html

La vengeance est un plat qui se mange froid !

Lire, aussi, cet article du Courrier Picard:

http://www.courrier-picard.fr/41548/article/2017-07-06/le-gouvernement-remet-en-cause-le-canal-seine-nord-europe#

Le gouvernement remet en cause le canal Seine-Nord Europe

Sale temps pour le canal. Ce jeudi, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot présentait son plan climat. Interrogé sur les grands projets de transport, notamment le canal Seine-Nord Europe, M.Hulot a dit vouloir faire «  une pause et voir au cas par cas  ».

Alors que François Hollande avait qualifié d’irréversible la tenue du chantier au mois d’avril dernier, la nouvelle ministre des Transports, Elisabeth Borne, a elle aussi fait comprendre, au Sénat, que le projet n’est pas franchement dans les priorités du gouvernement. «  L’addition des engagements pris ne passe pas dans la trajectoire actuelle de la dépense publique de l’Etat  », a dit la ministre.

Si tôt, des élus des Hauts-de-France ont réagi. Au premier rang desquels Stéphane Demilly, député (UDI) de la Somme et membre du Comité stratégique de l’établissement public en charge du projet. «  S’il est vraiment question de stopper le projet du canal Seine-Nord, ça va être la révolution dans les Hauts-de-France  », a-t-il déclaré sur Europe 1.

10 000 emplois attendus sur le chantier

De son côté, le président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand (LR) a été clair, interrogé par nos confrères de La Voix du Nord : « Je dis à l’État: pas d’excuse, pas de pretexte. On accélère maintenant, c’est un projet d’intérêt général. »

Pour rappel, ce projet à plus de 4,5 milliards d’euros doit permettre de créer 10 000 emplois dans notre région et favoriser le trafic de péniches à grand gabarit entre le nord de l’Europe et l’Île-de-France.

En janvier dernier, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, alors vice-président des Hauts-France, disait lui-même : « L’État a rendu un arbitrage favorable pour le financement de sa part à hauteur de 1,024 milliard. Il ne peut plus rien arriver au canal Seine-Nord-Europe ». Pas sûr qu’il pourrait prononcer cette phrase à l’identique aujourd’hui.


 Avec cet arbitrage stoppant provisoirement l'avancée du dossier du canal Seine Nord Europe utilisant assez finement les mêmes arguments qui furent sans cesse envoyés à la figure des Normands pour reporter sans cesse aux calendes grecques les grands projets indispensables à l'avenir même de notre région, Edouard Philippe obtient pour le port du Havre et donc pour l'ensemble de la Normandie non pas l'annulation du Canal Seine Nord Europe mais du... temps.

Un temps précieux nécessaire pour permettre la modernisation logistique de l'AXE SEINE NORMAND qui passe par quelques travaux d'infrastructures  beaucoup moins coûteux que ceux nécessités par le pharaonique projet de canal qu'on nous annonce au gabarit européen alors que certains ouvrages d'art sur le parcours (on pensera au pont Louis XV de Compiègne) risquent de limiter sérieusement les capacités nautiques du futur canal.

Outre la "châtière" qui permettrait de faire communiquer la darse de Port 2000 avec l'intérieur du port du Havre pour permettre le passage direct des barges fluvio-maritimes sans avoir à affronter les aléas marins de l'estuaire de la Seine, la modernisation de l'AXE SEINE passe, avant tout, par l'achèvement de la réforme de la gouvernance portuaire pour que les Grands Ports Maritimes d'Etat deviennent des ports régionaux avec des utilisateurs et professionnels qui puissent enfin avoir voix au chapître comme cela se pratique partout ailleurs dans le monde et notamment dans les ports du Nord de l'Europe de tradition municipale (hanséatique)  qui sont en compétition frontale avec le port du Havre.

Mais aussi par la création d'un véritable hinterland logistique pour traiter les marchandises (Gateway) dans l'immédiat amont du port du Havre:

L'escale du port du Havre est appréciée pour sa qualité et son efficacité par les armateurs et les autres professionnels du commerce maritime dans le Monde entier. Le port du Havre permet aussi l'accueil des  plus grands navires du monde  (les fameux porte-conteneurs géants de plus de 18000 boîtes). Mais voilà!  On vient d'apprendre que seulement 10% des marchandises de ses monstres en escale au Havre sont déchargés sur place tant l'organisation logistique terrestre en amont du grand port maritime normands est... catastrophique!

Nous avons donc quelques mois, peut-être un an ou deux, pour "normandiser" l'Axe Seine sachant que les promoteurs actuels de cette indispensable "normandisation" sont bien seuls.

A savoir:

  • Hervé MORIN, le président de la région Normandie qui propose de régionaliser la gouvernance des GPM normands (Rouen et Le Havre).

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La solitude d'Hervé Morin, souligné dans une brève de la Lettre Eco de Normandie (7 juillet 2017)

  • Le réseau d'experts en logistique "SEINE SOLUTIONS" en place depuis quelques mois et qui vient de se constituer en société par actions simplifiée dans le but de vendre aux industriels et logisticiens les avantages de l'Axe Sene tout en aidant au montage de projets concrets ambitieux: ce réseau d'experts qui fait le travail que ne fait pas assez les équipes officiels d'HAROPA, le G.I. E. qui rassemble les ports du Havre, Rouen et le port fuvial de Gennevilliers (Ile de France) travaille ainsi au transfert de la logistique du groupe Carrefour, d'Orléans au Havre pour créer la grande base logistique qui fait défaut au grand port maritime normand. En projet aussi: relancer les routes américaines du port du Havre avec notamment, le projet de connecter le grand port maritime normand avec le futur corridor de fret ferroviaire "bi-océanique" de l'Amérique latine via le port brésilien de Santos situé seulement à quinze jours de navigation du port du Havre. Ce projet sera opérationnel en 2020.

http://www.seinesolutions.com/category/presse/

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