A la rédaction d'un grand quoditien parisien vespéral dit de référence il faut bien s'occuper pendant les vacances estivales entre deux tweets débiles de Donald Trump, le pot de maquillage du président Macron et un attentat de Daesh... C'est la raison pour laquelle un certain Gary Dagorn de l'équipe des "décodeurs" du Monde célèbre bande de chasseurs de fausses informations s'est fait plaisir pendant les vacances en rallumant l'inutile, l'inepte querelle sur l'identité normande ou bretonne du Mont Saint Michel: n'y a-t-il pas des sujets plus urgents et importants à traiter?

Le Mont Saint Michel: un "marronnier" pour journaliste breton...

phpThumb_generated_thumbnailjpg

http://www.etaletaculture.fr/bref/le-marronnier-arme-fatale-du-journaliste-en-panne-d-inspiration/

Dans l'article à lire ci-après, l'histoire du Mont Saint Michel est, bien entendu, revue à la sauce Dagorn, à savoir avec du beurre salé breton: bien entendu, comme c'est un Breton qui travaille comme tant d'autres dans les grands médias parisiens il essaye d'être intelligent en évitant de nier l'évidence. Le Mont Saint Michel est historiquement normand... Mais avant, il était breton. Ah bon ? Il y avait donc déjà un Mont Saint Michel à l'époque?

Mais être contraint d'affirmer que le Mont Saint Michel est devenu normand avec la fondation d'une abbaye bénédictine normande en 966 par la volonté du Duc Richard 1er voilà qui était trop difficile pour Gary Dagorn qui imagine une quasi indépendance du Mont Saint Michel entre Normandie et Bretagne: l'abbé du Mont n'était pas indépendant du duc de Normandie. Bien au contraire! C'est le duc de Normandie qui avait conféré d'importants pouvoirs à l'abbé du Mont qui fut toujours un homme de confiance et proche du duc en raison de la grande responsabilité d'avoir à  garder une frontière importante. On a toujours envie de voir midi à sa porte et il est toujours tentant de trier dans l'Histoire pour ne garder que les faits qui vous arrangent...

C'est ainsi que Gary Dagorn, doté d'une mémoire sélective, oublie de nous dire que si Philippe Auguste le roi de France a donné une somme extraordinaire permettant de bâtir assez vite la "Merveille" c'est que les mercenaires bretons du roi de France faisant le siège du Mont à l'occasion de la reconquête de la Normandie en 1204 y avaient mis le feu !

Car, obnubilé par son sujet, ce journaliste breton qui déconne au Monde ne voit pas l'enjeu structurant essentiel, à la fois spirituel mais aussi géopolitique du Mont Saint Michel et de son site:

1) Prier dans l'isolement au sommet d'une pyramide naturelle extraordinaire plantée au milieu d'un désert mouvant de sable et d'eau: un vrai bout du Monde. Cet article ne dit rien de Saint Michel et de son culte.

2) Reconstituer la province ecclésiastique de Rouen sur l'ensemble de ses sept diocèses dont celui d'Avranches avec des frontières qui remontent à celles de l'antique Seconde Lyonnaise impériale romaine: nominalement, la fontière entre les diocèses d'Avranches et de Dol a toujours été sur le Couesnon. Aussi, pour comprendre l'histoire des enjeux du Mont Saint Michel il faut faire l'effort d'une curiosité intellectuelle pour un sujet qui, visiblement, ne passionne pas notre journaliste breton, à savoir la création du duché de Normandie comme projet géopolitique ( assurer la sécurité de la vallée de la Seine, de son estuaire et de sa baie en raison du commerce maritime et fluvial important qui s'y faisait déjà) et comme projet politique et spirituel (rétablir l'autorité de l'archevêque de Rouen sur les diocèses d'Avranches, Coutances, Sées, Bayeux, Lisieux, Evreux...). Dans ce cadre, le Mont Saint Michel devient un enjeu symbolique important pour le nouvel ensemble normand: le chemin "montois" allant de Rouen au Mont Saint Michel en témoigne...

Ajoutons en outre qu'il n'y a pas eu de raid Viking contre ce qui deviendra plus tard l'abbaye bénédictine normande du Mont St Michel pas plus que contre la ville d'Avranches alors transformée en marche militaire bretonne: on n'a aucune trace archéologique d'un tel événement. En outre, la toponymie de l'Avranchin le démontre: les Norvégiens chassés d'Irlande et venus s'installer dans le Nord Cotentin ne sont pas allés plus au Sud de Coutances. En conséquence, si l'évêque d'Avranches et son clergé sont partis se réfugier à... Rouen, ce n'est pas à cause des Normands mais bien à cause des... Bretons ! Ce n'est pas nous qui l'affirmons mais bel et bien Jacques Le Maho, cet archéologue breton spécialiste de l'histoire passionnante de la vallée de la Seine de la fin de l'empire romain à la naissance du duché de Normandie.

Enfin, on rappelera à propos du financement des travaux de rétablissement du caractère maritime du Mont Saint Michel et du rôle joué par la région Bretagne et le département d'Ile et Vilaine dans le syndicat mixte que les Bretons ont toujours voulu le beurre, l'argent du beurre, voire le cul de la crémière normande au point d'en démissionner plusieurs fois pour exercer pressions et chantages sur la direction normande de ce syndicat mixte qui sera remplacé par un établissement public national où les Normands auront toute leur place...

On vous laisse donc avec cet article navrant tout en vous présentant toutes nos excuses pour la perte de temps que cette lecture pourrait vous occasionner...


 

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/08/28/le-mont-saint-michel-est-il-breton-ou-normand_5177569_4355770.html

Le mont Saint-Michel est-il breton ou normand ?

Le monument historique est peut-être l’objet de la querelle la plus connue du pays. Proclamé normand, revendiqué par les Bretons, qu’en est-il vraiment de l’histoire du rocher devenu mont ?

LE MONDE | 28.08.2017 à 12h42 • Mis à jour le 28.08.2017 à 19h38 | Par

Monument historique classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979 et visité par 1,3 million de touristes chaque année, le mont Saint-Michel est aussi l’objet de l’une des querelles les plus célèbres du pays. Bretons et Normands s’écharpent régulièrement autour de l’appartenance du célèbre rocher. La dernière escarmouche en date remonte au mois d’avril, lorsque le maire d’Avranches (Manche) a critiqué la présence du mont sur des cartes touristiques bretonnes, dénonçant une « annexion ».

La longue histoire de la « merveille de l’Occident », comme il est parfois surnommé, est pourtant bien connue et documentée par les historiens.

Elle débute en l’an 709 sur ce qui n’est alors qu’un simple rocher granitique de quatre hectares, émergeant au sein d’une large baie à la frontière entre l’Avranchin, dans le sud de l’actuel département de la Manche, et le royaume breton du Domnonée, dans lequel s’élève le fameux rocher.

Une modeste première église

En cette année 709, donc, Aubert, évêque d’Avranches, fit construire une modeste première église sur le rocher vierge après — selon la légende — que l’archange Michel lui fut apparu trois fois pour le lui ordonner. Malgré la difficulté d’accès au rocher, qui lui vaut d’être surnommé « mont Saint-Michel au péril de la mer », l’église, où officient une douzaine de chanoines, accueille moult pèlerins et accroît doucement sa renommée.

En 849, cent quarante ans plus tard, la fusion des petits royaumes qui composaient la Bretagne armoricaine donne naissance au royaume unifié de Bretagne qui annexe deux ans plus tard la partie orientale de l’Armorique et les terres sur lesquelles est situé le mont. Celui-ci est alors toujours en terres bretonnes, et non dans l’Avranchin, qui est délimité par la Sélune (un cours d’eau à l’est du mont). (?????)

Les raids vikings sur la France s’intensifiant tout au long du IXsiècle, le roi de France Charles le Chauve ne peut lutter sur tous les fronts contre les invasions scandinaves et décide de céder en 867 le Cotentin (et l’Avranchin) au jeune royaume de Bretagne et à son troisième roi, Salomon, en échange de son aide pour repousser les assauts vikings. Le diocèse d’Avranches passe en terres bretonnes, mais reste rattaché à l’archidiocèse de Rouen. Le mont est lui resté en Bretagne. (?????)

Cette situation, pour le moins compliquée, ne durera pas très longtemps, puisque Raoul, roi des Francs, rendra le Cotentin au duché de Normandie en 933.

Ni normand ni breton : un mont « insoumis »

Craignant l’influence bretonne sur le mont, Richard 1er, duc de Normandie, décide d’implanter une communauté d’une trentaine de moines bénédictins venus de l’abbaye de Saint-Wandrille (Seine-Maritime) afin de remplacer les religieux précédents, jugés trop proches du comte de Rennes et ayant négligé leur mission. Une église (Notre-Dame-sous-Terre) est alors élevée sur le rocher et le domine.

De 966 au début du siècle suivant, le développement de l’activité du mont Saint-Michel se poursuit de façon relativement indépendante, loin du pouvoir rouennais. La domination normande est évanescente. (sic !) Dirigée par des abbés non normands et peuplée de moines francs pour la plupart, l’abbaye conduit sa propre politique d’expansion patrimoniale, indépendamment des frontières. Elle profite notamment de l’absence d’évêque à Avranches jusqu’en 990. Le texte fondateur de l’abbaye bénédictine mentionne par ailleurs le droit de sa communauté à la libre élection de l’abbé. Jusqu’au début du XIsiècle, le mont ne fut ni breton ni normand, mais d’abord bénédictin.

Au XIe siècle, la prise de contrôle par les Normands

Au début du XIe siècle, les Normands vont progressivement intensifier leurs efforts de domination sur la région du mont Saint-Michel. En 1009, Richard II fait preuve d’un premier acte d’autorité en imposant l’abbé Hildebert à la communauté bénédictine, remerciant au passage l’ancien abbé Mainard II.

Peu après son accession au pouvoir, en 1027, Robert 1er de Normandie décide de repousser la frontière de l’Avranchin, alors délimitée par la Sélune, jusqu’à un autre cours d’eau, le Couesnon, faisant passer le rocher définitivement en terres normandes. (????) Parallèlement à la maîtrise territoriale, les Normands entreprennent les premières constructions d’ampleur sur le rocher. De 1023 à 1085, la construction de l’église abbatiale est engagée sur le plateau supérieur du rocher, au-dessus de Notre-Dame-sous-Terre, qui est renforcée et entourée de cryptes construites pour recevoir l’imposante abbatiale de 80 mètres de longueur.

Puis, de 1212 à 1228, sera construit l’imposant bâtiment surnommé « la Merveille » sur la face nord du rocher. Ce bâtiment gothique spectaculaire, de 35 mètres de hauteur et soutenu par seize puissants contreforts, est considéré comme une prouesse technique. Il constitue aujourd’hui la limite nord des constructions humaines fondées sur le rocher (à l’exception de la chapelle Saint-Aubert, construite presque au niveau de la baie).

Le Couesnon aurait-il changé de lit ?

Les activités et la communauté du mont s’agrandiront autant que sa renommée dans le monde chrétien. Le mont prit sa forme pyramidale actuelle en 1897, lorsque furent installées au sommet de l’abbatiale la flèche en cuivre et la sculpture représentant saint Michel, trônant à 160 mètres au-dessus de la baie. Sa célébrité croîtra encore avec l’essor du tourisme, qui en fera le deuxième monument le plus visité de France.

Un statut qui attire, depuis, bien des convoitises de l’autre côté du Couesnon. C’est précisément sur le lit de ce cours d’eau que s’appuient les revendications bretonnes d’aujourd’hui pour arguer de la propriété passée du mont Saint-Michel. Et il est vrai que le cours d’eau a en effet pu changer de lit, comme peut le laisser penser la présence de la commune de Roz-sur-Couesnon, 5 kilomètres à l’ouest de son lit actuel. Mais sans traces écrites d’un tel événement, il sera difficile de vérifier qu’un jour « le Couesnon, dans sa folie, a mis le mont en Normandie. »

Au-delà des différends historiques, le mont Saint-Michel reste un enjeu touristique et culturel commun que les deux régions savent valoriser et préservés. En témoignent les importants travaux de désensablement du mont, récemment achevés, que chaque rive du Couesnon a financés. (sic!)

Sources : Bretons et Normands au Moyen Age Rivalités, malentendus, convergences, sous la direction de Bernard Merdrignac et Joëlle Quaghebeur (Presses universitaires de Rennes, 2008) et Le Mont-Saint-Michel, 13 siècles d’histoire, de Henry Decaens (Editions Ouest-France, 2008)