Depuis les dernières élections nationales, tout est en ruines... Surtout à Paris. Personne ne sait comment ce quinquennat Macron évoluera: on ne sait toujours pas s'il y a un projet. Tout juste sait on qu'il y a une "feuille de route" pour gérer le réel dans une logique plutôt libérale. Pour trouver un projet politique collectif positif associé à l'avenir d'un territoire il faut quitter Paris et revenir en... Normandie au point qu'il faut espérer, pendant les cinq prochaines années, que ce qui reste du pouvoir jacobin centralisé à Paris, ne prenne aucune décision qui pourrait contrarier les initiatives prises au niveau régional, notamment en ce qui concerne un certain volontarisme économique et industriel...

Le niveau parisien qu'on ose même plus appeler "national" (tant les vrais arbitrages sont maintenant faits à Bruxelles) est donc un facteur de destabilisation ou de décomposition des forces politiques. Au contraire, le projet normand suscite la recomposition politique et la création de majorités d'idées dans une démarche positive car la Normandie est si consensuelle que ce serait une faute de goût d'en faire un enjeu politicien...

Dans l'article fort intéressant à lire mais sans surprises proposé par Franck Boitelle pour Paris-Normandie (27 août 2017) on pourra aisément classer les forces politiques en deux camps. Non pas la gauche d'un côté et la droite de l'autre. Mais ceux qui pensent "Normandie" d'un côté et ceux qui n'y pensent pas de l'autre: comme il ne se passera rien d'intéressant ni rien de très positif à l'échelon parisien ces cinq prochaines années, ceux qui pensent encore quelque chose ou qui, de surcroît, pensent "normand", seuls ceux-là pourront espérer avoir encore un avenir politique.

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Pour dire les choses plus clairement encore: Hervé Morin et sa majorité politique ainsi que les élus communistes tant dans l'enceinte du conseil régional normand qu'à l'Assemblée Nationale ont compris que la Normandie, son projet et ses valeurs, était la dernière carte à jouer... Pour les autres, le journaliste de Paris-Normandie a raison: la rentrée politique risque d'être compliquée !

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Politique : une reprise compliquée pour élus normands

La pause estivale n’a fait que ralentir le tourbillon généré par les élections du printemps. Entre Républicains et « Constructifs », la bataille s’annonce serrée. Quelle majorité, quelles forces au Sénat après le scrutin du 24 septembre ?

L’heure est à la reprise. Le plus souvent en ordre dispersé dans un paysage politique bouleversé, peu lisible voire brouillon, où les accords, les alliances et les schémas habituels ont explosé sous l’effet de bouillonnants et parfois éphémères courants. Au terme d’une courte pause estivale qui aura ralenti le maelström du printemps sans véritablement apaiser les tensions, les partis politiques préparent leur rentrée dans une ambiance, chez certains, postapocalyptique.

À droite, où l’entrée de cadres des Républicains au gouvernement et la création d’un groupe de députés « constructifs » ont suscité le trouble, voire la discorde, il s’agit de retrouver une ligne cohérente, claire et de nature à rassurer des militants déboussolés ou en colère. En décembre, l’élection du président du mouvement, constituera un marqueur fort de la fin d’une année qualifiée, par les plus modérés, de « compliquée ».

Au Parti socialiste, la piteuse campagne présidentielle du candidat Hamon, les tensions rue de Solférino et la déroute des députés sortants, laminés par la vague macroniste, imposent des mesures d’urgence, un plan de sauvetage dont le comité provisoire constitué pour sauver les meubles veut croire qu’il n’est pas trop tardif.

À gauche également, la campagne de Jean-Luc Mélenchon et l’entrée des députés de la France Insoumise au Palais Bourbon ont fait bouger les lignes et augurent de luttes sévères pour le leadership de l’opposition.

Enfin, évidemment, après l’irruption en fanfare de « Marcheurs » dans l’Hémicycle, les tensions internes et la contestation des statuts ; les désillusions nées d’hésitations, d’improvisations et de mesures en retrait des promesses de campagne du candidat Macron, ne font qu’accentuer la conviction que la rentrée sera difficile. Périlleuse peut-être. Dans chaque parti, les leaders régionaux s’y préparent.

« L’heure de la clarification »

Françoise Guégot (LR)
L’heure est à la reconstruction et à la clarification chez les Républicains, à l’approche de l’élection du président du mouvement, les 10 et 17 décembre. « Nous avons besoin de redéfinir nos objectifs, de tracer une feuille de route, mais aussi de clarifier notre position par rapport à ceux qui se sont mis en marge de notre famille politique », indique Françoise Guégot qui, comme membre du bureau national, participera d’ici peu à des « ateliers de refondation » à Paris.
Proche de Laurent Wauquiez, Françoise Guégot assure qu’elle veillera, comme secrétaire départementale, à ce que cette élection « compliquée » se déroule « en parfaite objectivité ». « Je ne pense pas qu’il y aura de guerre ouverte », dit-elle. « Au contraire, je crois que les choses vont se remettre en place naturellement. Car après ce début d’année éprouvant, l’été a constitué une pause bienvenue pour permettre à chacun de réfléchir ». Il n’empêche : la situation reste crispée à droite, et ce n’est pas la constitution du groupe des « Constructifs » à l’Assemblée nationale qui semble de nature à apaiser les tensions. Se disant « sereine » avant cette période de reconstruction, Françoise Guégot fera aussi sa rentrée en tant que vice-présidente de l’assemblée régionale, en charge de l’enseignement supérieur, avec un gros travail sur le Plan campus et la présentation de la stratégie numérique de la Normandie.

« Une rentrée sous surveillance »

Catherine Morin-Desailly (UDI)
Comme présidente de la commission Éducation, culture et communication au Sénat, Catherine Morin-Desailly portera évidemment un regard attentif sur les conditions des rentrées scolaire et universitaire, marquées par des annonces de suppressions d’écoles en milieu rural, la question des rythmes scolaires et bien sûr les défaillances de la plateforme d’admission post-bac (APB) qui laisse aujourd’hui encore 6 000 jeunes sans affectation. « Un dossier empoisonné », estime la sénatrice centriste, dénonçant ce système qui pénalise des candidats « non pas tant sur leurs mérites personnels ou leurs résultats, mais sur des critères qui nous restent très obscurs ». Et de citer des cas « scandaleux de jeunes qui se voient refuser leur premier, deuxième voire troisième choix ».
Conseillère régionale et présidente de l’Opéra Rouen-Normandie, Catherine Morin-Desailly y accompagnera les premiers pas de son nouveau directeur. De même elle suivra la mise en place des nouvelles intercommunalités, avec la volonté de défendre le rôle des élus locaux, qui ne bénéficient pas toujours, estime-t-elle, de « la reconnaissance de leur engagement personnel ».
Sur le plan purement politique, et bien que les départements de l’ex-Haute-Normandie ne soient pas concernés par le scrutin du 24 septembre (contrairement à l’Orne et à la Manche), le renouvellement de la moitié du Sénat conduira nécessairement à une recomposition du groupe centriste, à celle des commissions. « Nous verrons alors quelle majorité sortira de ces élections... Sans beaucoup de surprise à mon avis », estime la sénatrice, membre d’une union centriste qui avait formulé « un positionnement constructif » lors du discours de politique générale du Premier ministre Édouard Philippe.

« Contrer l’offensive du gouvernement »

Sébastien Jumel (PCF)
Pour Sébastien Jumel, porte-parole du groupe des élus communistes et républicains à l’Assemblée nationale, les prochaines semaines seront consacrées à « rassembler le peuple hostile au projet libéral d’Emmanuel Macron », et à « contrer l’offensive lancée contre les collectivités locales et les associations », notamment par la baisse annoncée des dotations de l’État et la suppression des contrats aidés. « J’inviterai les maires à une réunion par canton, en septembre, pour dénoncer ces atteintes aux finances locales », annonce-t-il. De même, une lettre d’information, tirée à un million d’exemplaires, sera distribuée par les militants communistes afin d’expliciter « les effets négatifs de la réforme du Code du travail ».
Avec ses collègues Jean-Paul Lecoq et Hubert Wulfranc, qui constituent avec lui « la première force d’opposition régionale au gouvernement », l’ancien maire de Dieppe demandera à rencontrer le Premier ministre, Édouard Philippe, afin d’évoquer des dossiers régionaux. Parmi eux, la chatière du port du Havre, le contournement Est de Rouen, la terminaison de la RN 27 et la desserte ferroviaire de la Normandie.
Désigné par son groupe comme rapporteur pour avis sur le budget de l’industrie, Sébastien Jumel travaille d’ores et déjà sur ce dossier avec la volonté d’incarner « une opposition travailleuse et sérieuse, porteuse de propositions ».
Évoquant les relations de son groupe avec les élus de la France insoumise, le Normand « plaide pour dire que nous avons plus de points de convergence que de points de divergence ».
La rentrée politique, ce sera aussi pour lui la mobilisation du 12 septembre contre la réforme du Code du travail, puis la fête de l’Humanité où les communistes défendront une « alternative à l’austérité qui nous est promise ».

« Rentrer dans le dur, le fond des dossiers »

Damien Adam (LREM)
Au terme de plusieurs rencontres avec les militants destinées à recueillir leurs avis et à faire remonter leurs observations quant aux premiers mois de la mandature, voire à déminer le terrain après les tensions générées par la présentation des nouveaux statuts du mouvement, Damien Adam se prépare à « rentrer dans le dur », à se plonger dans le fond des dossiers. Au premier rang desquels, évidemment, la préparation d’un budget 2018 « contraint », ce qui amènera à « prioriser certains sujets ».
En dépit de ces contraintes, le jeune député LREM entend défendre des investissements « qui devront être faits » : la Ligne Nouvelle Paris-Normandie, le contournement Est de Rouen et des dossiers portuaires pour lesquels il se « mobilisera ».
De retour sur le terrain, auprès de militants à qui il a pris soin de transmettre des « éléments de langage » en réponse aux interpellations attendues sur la hausse de la CSG, la baisse de l’APL, la taxe d’habitation et la réforme du Code du travail, Damien Adam prévoit de tenir des permanences dans sa circonscription de Rouen, ainsi qu’une réunion publique courant septembre.

« Une recomposition de la droite »

Agnès Firmin Le Bodo
(Les Constructifs)
Ses premières semaines à l’Assemblée nationale ont été « intenses » et « passionnantes », avec deux montées au perchoir afin d’exprimer la position des Constructifs dans le débat sur la loi Travail, de nombreuses séances de nuit et la volonté de réussir le « challenge » que représente la constitution d’un groupe autour de Franck Riester (LR) et Stéphane Demilly (UDI).
« Nous sommes un petit groupe, où la parole est très libre mais où nous avons encore besoin de temps pour nous connaître, même si nous nous réunissons déjà tous les mardis », indique Agnès Firmin Le Bodo (LR) à qui la session parlementaire chargée et la « prise en main de cette grosse institution qu’est l’Assemblée nationale » ont dévoré l’emploi du temps.
Initialement prévues à Nice, finalement organisées à Trouville où plusieurs élus de grandes villes – dont celui du Havre Luc Lemonnier – pourraient s’inviter, les journées parlementaires du mouvement devraient les y aider. « Nous y aurons évidemment en tête les élections à la tête des Républicains (N.D.L.R. : les 10 et 17 décembre) et peut-être une certaine recomposition de notre parti, voire de la droite tout entière. L’avenir nous le dira », souligne l’élue havraise.
En attendant, le principal sujet de la rentrée sera le projet de loi de finances pour 2018 et celui du budget de la Sécurité sociale, domaine de prédilection d’Agnès Firmin Le Bodo. En tant que membre de la commission des Affaires sociales, la députée normande rendra le mois prochain un rapport sur la tarification des Ehpad (établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes) puis, en décembre, un autre rapport sur l’application de la loi d’adaptation de la société au vieillissement. Des dossiers qu’elle maîtrisait déjà, comme vice-présidente aux affaires sociales au Département de la Seine-Maritime.

« Notre voie est étroite »

Laëtitia Sanchez (EELV)
« Il n’est pas facile d’être écologiste aujourd’hui : nous sommes peu nombreux, peu représentés. Notre voie est étroite dans ce paysage politique chamboulé, où nos concitoyens ont du mal à s’y retrouver. Mais nous avons des choses à dire après cet été où tous les signaux d’alarme ont été tirés par les climatologues », affirme Laëtitia Sanchez, secrétaire régionale d’Europe Écologie – Les Verts.
« On se rassemble, on se serre les coudes et on continue ! », lance-t-elle, désireuse de faire entendre la voix de l’écologie au sein des municipalités dans lesquelles siègent des élus EELV, et à la Région Normandie, qui « reste un de nos derniers leviers » en dépit d’une « difficulté à prendre en compte nos propositions » dans une assemblée « trop centrée sur l’économie ». « La protection de l’environnement n’est pas un luxe, c’est une nécessité », ajoute la conseillère régionale, qui estime que « la Normandie ne doit pas n’être qu’un couloir logistique entre Paris et Le Havre ». Les écologistes, qui abordent cette rentrée politique avec « détermination », poursuivront leur combat contre les contournements routiers et veilleront à ce que « les intérêts financiers ne dégradent pas l’environnement jusqu’à un point de non-retour ».

« Un parti à reconstruire »

Nicolas Rouly (PS)
Continuer à tirer les enseignements des défaites électorales du premier semestre, puis s’efforcer de rassembler, de reconstruire le parti afin de jouer un rôle « déterminé » dans l’opposition. « Nous avons à mener un travail en profondeur, sans nier nos responsabilités dans ce qui s’est passé », estime Nicolas Rouly, secrétaire fédéral du PS en Seine-Maritime, évoquant « la distance permanente » qui s’était créée entre les dirigeants du parti et « une difficulté à tenir un message collectif, y compris dans le nouveau cadre produit par le développement des médias et la profusion des réseaux sociaux ».
Nanti de la « feuille de route » que, comme les autres secrétaires départementaux, il est allé chercher le week-end dernier auprès de la direction collégiale du PS – où siègent les Normands Guillaume Bachelay et Estelle Grelier – Nicolas Rouly en fera courant septembre la présentation aux militants en leur demandant de relayer localement les positions des parlementaires socialistes, Christophe Bouillon en Seine-Maritime.
« Pour ce qui est de la réforme du Code du travail, on connaît l’orientation libérale du gouvernement mais on ne connaît pas précisément le contenu des ordonnances. Il y a là une forme d’opacité qui nous inquiète », indique-t-il.
De même, Nicolas Rouly voit dans la suppression des emplois aidés « un dossier emblématique », « un très mauvais signal » à l’adresse des jeunes, des personnes en démarche d’insertion, des associations et de ceux qui s’emploient à tisser du lien social.
Une jeunesse déjà touchée par la réduction de l’allocation personnalisée au logement (APL) et par les difficultés d’admission à l’université, avec de nombreux bacheliers laissés sans solution.

« La lutte contre les injustices »

Guillaume Pennelle (FN)
Au Front national, la rentrée se fera sur le thème de la lutte contre l’islamisme radical et le terrorisme, et contre une immigration « voulue et organisée », alors qu’elle est « un vecteur de déstabilisation et de désorganisation de notre région », selon Guillaume Pennelle, secrétaire départemental du mouvement de Marine Le Pen en Seine-Maritime.
Autre cheval de bataille, la « lutte contre les injustices » en matière de prestations sociales, d’accès au logement et à la santé. « La hausse de la CSG pénalisera les retraités, la baisse de l’APL touchera les jeunes et les étudiants. Il y a là des injustices qui sont les conséquences des erreurs massives faites précédemment », estime-t-il.
Les militants frontistes et leurs élus comptent aussi intervenir pour dénoncer la baisse annoncée des dotations aux collectivités locales. Un coup de rabot qui « supprimera des projets porteurs d’investissements », et donc « nuira à l’activité économique ».
Sur le plan interne, la fédération de Seine-Maritime envisage de « renouveler une grande partie de ses cadres » afin de donner « plus de poids à la jeunesse », et travaillera à « un discours plus audible en direction des chefs d’entreprise, des PMI, PME et TPE ».
  Franck BOITELLE