La crise du jacobinisme à la française est en phase terminale: pour des raisons qui se trouvent dans les bureaux du ministère de Bercy dans le XIIème arrondissement de Paris, le jacobinisme version Macron-Darmanin-Philippe gifle de son mépris les collectivités territoriales qui assurent, bien plus que l'Etat central lui-même, la survie quotidienne et concrète du modèle social français républicain celui des services publics sur financement public et de la mutualisation des risques par la Sécurité sociale.

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Autrefois, les inconvénients du jacobinisme français centralisé à Paris (l'autoritarisme hautain et méprisant de hauts fonctionnaires discrétionnaires) étaient largement compensés par ses avantages (des politiques publiques de long terme généreusement financées): l'argent public est devenu rare et il ne reste que les inconvénients d'un jacobinisme rugueux ("la confiance c'est le problème de l'autre" a osé dire Macron) qui nous fait les poches... Macron et Jean Sans Terre, même combat!

Depuis que Macronaparte 1er est arrivé au pouvoir les mauvaises nouvelles tombent pour la France "décentralisée":

  • Coup de rabot de 13 milliards pendant les cinq ans du mandat présidentiel sur la dotation globale de fonctionnement après que les collectivités aient été obligées de faire 10 milliards d'économies sous le quinquennat Hollande.
  • Suppression d'une ligne de crédit de 200 millions déjà inscrite au budget 2017 après une conférence "territoriale" pompeuse et pompante au Sénat qui va stopper des travaux et des projets en cours.
  • Suppression de la taxe d'habitation sans espoir réel d'une véritable compensation financière de la part d'un état jacobin totalement impécunieux.
  • Suppression de la plupart des contrats aidés qui permettaient aux communes et aux départements d'assurer une partie de leurs compétences en matière sociale, culturelle et éducative...
  • Obligation qui pèse sur les collectivités territoriales de présenter des budgets en équilibre alors que l'Etat central s'autorise un déficit public de 70 milliards et se satisfait d'une fraude fiscale du même montant...
  • Et pour la Normandie, le retour des Fermiers Généraux de l'Ancien régime avec l'expérimentation chez nous des nouveaux radars confiés à une société privée!

Avec Macron, trente ans et plus après les lois Defferre des années 1980, la décentralisation montre son triste visage grimaçant:

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Y a plus de fève dans la galette...

L'Etat central toujours jacobin, mais n'ayant plus les moyens de son jacobinisme, a transformé une décentralisation restée au milieu du gué d'une véritable régionalisation girondine en une sordide expérience d'externalisation des responsabilités sociales et humanitaires considérées comme secondaires par un donneur d'ordres aussi lointain que mesquin concentré sur son "coeur de métier" vers des sous-traitants maltraités, mal payés, précarisés: idéologiquement, dans les beaux salons du pouvoir parisien et sous les ors de la République, le modèle managérial inhumain de la grande entreprise multinationale a tué l'esprit de service public pour le bien de la Patrie et de la Nation remis à l'honneur après 1945 avec la haute figure du Général de Gaulle...

On pensera ainsi à ce fameux proverbe chinois: "le poisson pourrit toujours par la tête".

Alors que nous écrivons ce billet, nous entendions ce matin sur l'antenne de France Culture la grande colère de deux maires (celui de Chanteloup les Vignes et celui de Sceaux: le jacobinisme médiatique n'ose pas s'aventurer plus loin...) au micro du très parisien Guillaume Erner qui avait, visiblement, bien du mal à comprendre de quoi il pouvait s'agir... Le maire de Sceaux dénonçait ainsi, non sans raison, la présence au plus haut sommet de l'Etat d'un amateurisme mélangé de l'esquisse d'une autre vision idéologique qui n'assume pas son nom: une vision américaine de la responsabilité sociale qui ne marche qu'aux Etats-Unis (et encore !) car les acteurs de la société américaine, tous regroupés en communautés ou en lobbies libres d'agir inter-agissent avec un Etat fédéral qui est l'exact contraire de l'Etat hypercentralisé et autoritaire à la française.

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/les-elus-locaux-pourront-ils-faire-plus-avec-moins

Et Macron de faire comme... l'autocrate turc Erdogan qui voudrait bien des pilotes dans ses avions de chasse après les avoir exclus de l'armée de l'air ou après les avoir mis en prison: on ne saurait avoir "en même temps" les avantages de deux réalités totalement opposées à moins d'en passer par la contrainte pour ne pas avoir à assumer les conséquences de toujours laisser à l'autre le poids de sa propre responsabilité (voir ce qu'en dit Bossuet à la fin de ce billet...).

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Lorsque Macronaparte 1er a fait son kéké intello sous les ors du Sénat devant un parterre d'élus locaux médusés en citant le philosophe Lévinas "la confiance, c'est le problème de l'autre", pour, très cyniquement, mieux administrer une gifle de mépris souverain à l'égard de cette France décentralisée (qui n'a pas encore compris qu'elle était une alternative girondine et c'est bien dommage), il a fait un usage orwellien d'une noble sagesse philosophique: en cela, le jeune et très sémillant Macron fait de la très vieille politique, celle qui encombre déjà les poubelles de l'Histoire.

Et dans cinq ans, au terme d'un épuisant quinquennat, l'aiglon Macron tombant finalement du nid, on pourra citer, une fois de plus, l'aigle de Meaux:

"Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes." (Jacques -Bénigne Bossuet)

 Lire ci-après: la colère de l'association des maires de France:

http://www.amf.asso.fr/

Notamment au sujet des inconséquences de l'Etat jacobin sur la question de la suppression des contrats aidés qui perturbe la rentrée scolaire en... province:

http://www.amf.asso.fr/document/index.asp?DOC_N_ID=24789&TYPE_ACTU=1

Si, du côté du gouvernement, on se félicite d’une rentrée qui se serait passée « sans couacs », les choses ont été bien plus compliquées sur le terrain, où de nombreux maires se débattent avec le casse-tête provoqué par la suppression brutale de milliers d’emplois aidés. Rentrée décalée, coups de mains de bénévoles ou d’élus, les initiatives ont été nombreuses.


Dans un certain nombre de communes, les maires n’ont pas eu d’autre choix que de ne pas faire la rentrée, faute de personnel suffisant pour pouvoir respecter les règles de sécurité et d’encadrement. Dans une grande partie des communes de La Réunion la rentrée a été retardée, ainsi que dans bien d’autres en métropole. A Sartilly-Baie-Bocage, dans la Manche (lire Maire info d’hier), ou encore à Valorbiquet dans le Calvados, où les trois écoles resteront fermées cette semaine. La maire, Christelle Bacq-de-Paepe, a diffusé une vidéo sur les réseaux sociaux, où elle explique qu’en cette rentrée, la commune a perdu cinq emplois aidés, ce qui « empêche tout simplement de pouvoir accueillir les enfants en toute sécurité ».


A l’autre bout du pays, dans la Drôme et l’Ardèche, plusieurs maires ont également dû constater l’absence de personnel pour surveiller les cantines ou les garderies et reporter la rentrée : c’est le cas à Saint-Jeure-d'Ay et Saint-Jean-Chambre, en Ardèche, et à Sainte-Croix, dans la Drôme. Le comble, racontent les maires de ces communes dans la presse régionale ce matin, c’est que l’académie exerce maintenant une forme de chantage en expliquant que si ces écoles n’ouvrent pas, « c’est que ces écoles ne sont pas utiles dans ces villages » – avec les conséquences que l’on imagine. Une pression qui choque profondément les maires d’autant que la maire de Saint-Jeure-d’Ay, par exemple, Brigitte Martin, dit avoir alerté les services de l’Etat depuis plus d’une semaine et n’avoir reçu en retour « aucun appel ».


Dans le Gard, quatre communes ont également reporté la rentrée ; dans la commune de Dommesargues, le maire, Bernard Clément, a assuré la rentrée, mais la disparition des cinq emplois aidés implique la disparition du transport scolaire, de la garderie et de la cantine. Il lui faudrait trouver « 100 000 euros » pour faire face, ce qui paraît impossible dans une commune de 800 habitants. Résultat : le maire craint qu’à terme, les parents finissent par être contraints de retirer leurs enfants de l’école et « les mettre dans le privé à Nîmes », avec à la clé la fermeture de l’école.


Dans d’autres communes, les maires ont rivalisé d’idées originales pour sensibiliser à la question des emplois aidés – en mettant par exemple la main à la pâte eux-mêmes, comme le maire de Doignies, dans le Nord, Pascal Mompach, qui en compagnie de quatre maires de communes voisines, a servi lui-même les repas à la cantine scolaire à la place des emplois aidés qui ont disparu. Dans le Pas-de-Calais, à Calais, la maire Nathalie Bouchard a, elle, assuré elle-même la sécurité en sortie d’école avec d’autres élus de la commune. Reconnaissant qu’il s’agit surtout d’une « opération de communication », la maire de Calais, pour la suite, va faire appel au personnel communal pour suppléer, au moins pendant un mois, l’absence des emplois aidés. Selon les calculs de la presse régionale, ce seraient quelque 20 000 emplois aidés qui seraient supprimés à l’échelle des deux départements du Nord et du Pas-de-Calais.


Ailleurs encore, les maires doivent faire appel au « système D », comme le dit Jean-Pierre Picard, le maire de Reilhac (Cantal). En faisant appel par exemple, dans cette commune, à une ancienne employée polyvalente aujourd’hui en retraite, qui est venue aider en cuisine à titre bénévole, « pour ne pas laisser l’école dans la panade ». Et c’est la secrétaire de mairie qui va assurer la surveillance de la sieste en maternelle et le ménage des écoles, pendant qu’une élue, adjointe au maire, aide au service à la cantine. Une situation qui, si elle illustre le dévouement des élus et des personnels communaux, ne peut pas durer éternellement.


Cette situation ne touche évidemment pas que les communes. Les départements, qui gèrent les collèges, sont touchés de la même manière. Pierre Camani par exemple, président du département du Lot-et-Garonne, dénonce ce matin la suppression de 36 contrats aidés à l’échelle du département – ce qui représenterait « une dépense de 750 000 euros » si le département devait les prendre en charge. Pierre Camani souligne que pour les départements, c’est la double peine, avec d’une part les difficultés à gérer dans les collèges, mais aussi, à termes, l’inévitable glissement des anciens emplois aidés vers le RSA… financé par le département.


Au niveau régional, enfin, le problème ne se pose pas moins. Hier, le conseil régional de Bretagne, par la voix de son président Loïck Chesnais-Girard, a vivement critiqué la suppression des emplois aidés. Dans une lettre ouverte au Premier ministre, le président de la région pointe le risque de voir des associations « fragilisées », voire contraintes de mettre un terme à certaines de leurs activités. Loïck Chesnais-Girard réclame « un moratoire du gel des emplois aidés », soulignant que la décision a été prise « sans concertation ni délai ».


On en saura peut-être un peu plus aujourd’hui sur les intentions du gouvernement, avec le discours prévu du président de la République, en milieu de journée, devant le corps préfectoral. Le député Richard Ferrand, proche du président, a déclaré ce matin qu’Emmanuel Macron aborderait la question des emplois aidés.


 

Commentaire de Florestan:

Il faut d'urgence penser à l'alternative sans attendre la fin du mandat Macron. Du côté de la Normandie d'Hervé Morin, une alternative démocratique et girondine est en cours d'élaboration...

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