Voilà un cas paradoxal et fort intéressant qui se présente à nos amis géographes normands qui suivent l'actualité politique rouennaise: Est-il possible de redémarrer une voiture sans mettre la main au volant?

La métropole de Rouen est la plus paradoxale des métropoles françaises:

1) L'ancienne seconde ville de France qui a failli devenir une banlieue parisienne de 1960 aux années 1990 n'a pas pu être la métropole d'équilibre du Nord Ouest: l'Etat central parisien jacobin de Paul Delouvrier à Macron n'a pas renoncé à cette lubie de créer une mégalopole parisienne étendue jusqu'au Havre renvoyant ainsi l'idée normande au musée de la géo-histoire. Si la Normandie a été réunifée c'est que cette lubie n'est pas pertinente: du Plan Delouvrier des années 1960 n'est restée que la division normande et une  façade maritime ainsi devenue un angle mort.

2) Comme la métropole historique de la Normandie a été ainsi abaissée, il faudrait créer une métropole régionale en réseau avec Caen et Le Havre, projet inédit dans une France dont la culture géographique et politique est marquée jusqu'à la caricature par le centralisme métropolitain de Paris. Bien que la Normandie soit réunifiée depuis deux ans, ce projet, le seul qui soit réellement pertinent pour faire de la Normandie une vraie alternative crédible pour l'enjeu national de la vallée de la Seine, semble, pour lors n'intéresser personne: le maire de Caen reste à Caen. Celui du Havre s'est enfui à Matignon. Celui de Rouen joue en ligue 3!

3) La commune centre de Rouen est, à ce point affaiblie, que la métropole de Rouen est pilotée non pas depuis la commune de Rouen mais depuis une commune de l'agglomération située sur la rive gauche de la Seine. Dans les autres métropoles françaises, c'est le maire de la commune centre, la plus riche et la plus peuplée qui est le patron incontesté de la métropole. Rouen fait exception. C'est la raison pour laquelle Frédéric Sanchez aimerait pouvoir faire à Rouen ce que Gérard Collomb avait osé faire à Lyon: la fusion métropole/ département sur le territoire de l'agglomération urbaine concernée. Rouen deviendrait ainsi la seconde collectivité territoriale de Normandie, juste après la région avec un budget qui pourrait équivaloir celui du conseil régional...

Mais l'actualité récente d'un Macron aux dents longues assmuant sans vergogne son jacobinisme grand-parisien rappelle avec urgence qu'il faut que l'exception rouennaise puisse servir à l'exception normande consistant à faire exister à l'Ouest sous le nez du Grand Paris jacobin, un certain idéal provincial qui pourrait être, dans un futur très proche, la seule solution pour nous permettre le maintien d'un certain art de vivre propre à notre civilisation confrontée aux défis du dérèglement climatique: dans l'entretien qui suit donné à Paris Normandie, Frédéric Sanchez, l'actuel maire du Petit Quevilly mais qui se prépare à se consacrer entièrement à l'avenir de la métropole de Rouen, semble donner l'impression que ces grands enjeux sont perçus. C'est une bonne idée de positionner la métropole de Rouen comme la future métropole d'une qualité de vie qui se dégrade dans la mégalopole voisine...

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/agglo-rouen-ambitionne-devenir-metropole-plus-agreable-france-europe_11790393.html

Car la Normandie peut devenir le modèle géographique résilient de la transition écologique lorsque il sera démontré que le modèle mégalopolitain actuellement dominant est finalement très fragile dans la transition écologique qu'il nous faut mener sans tarder.

Sans aller jusqu'à imaginer qu'un ouragan similaire à celui qui se déchaîne à l'heure où nous écrivons contre Miami et ses millions d'habitants évacués puisse un jour frapper la mégalopole grand parisienne, il est évident que le quotidien des millions de Franciliens n'ira pas en s'améliorant car aux conséquences du changement climatique notamment l'été (les fameux îlots de chaleur nocturne pendant les canicules), il faut ajouter la pollution atmosphérique liée à l'intensité de la circulation automobile, la saturation des transports en commun aux heures de pointe du matin et du soir et surtout, l'inflation délirante du coût de l'immobilier qui oblige un prof de fac à vivre dans une chambre de bonne et la bonne à vivre à trois heures de RER de son travail...

Enfin, en lisant entre les lignes de cet entretien, les propos de Monsieur Sanchez laisse penser qu'il a aussi compris qu'il fallait un partenariat stratégique de confiance avec Hervé Morin le président de la Normandie: il serait inutile et vain de savoir qui a fait le premier pas de l'un vers l'autre.

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Ce qui importe, désormais, c'est que Morin et Sanchez aient compris qu'il s'agissait pour Rouen, donc pour la Normandie, d'une question de vie ou de mort face aux provocations néo-jacobine de Macronaparte 1er: les grands enjeux existentiels de la Normandie sont en train de s'incarner politiquement. On peut s'en réjouir car il nous faut préparer une veillée d'armes...


 http://www.paris-normandie.fr/region/frederic-sanchez---la-metropole-vit-un-moment-charniere--FL10823789

Frédéric Sanchez : « La métropole vit un moment charnière. »

Dans les nouveaux locaux de la Métropole Rouen Normandie (71 communes, 1 800 agents, 700 M€ de budget) à Rouen, son président (PS), Frédéric Sanchez, prend vendredi de la hauteur. Il dessine les ambitions et défis du territoire de près de 500 000 habitants. La veille, une réunion exceptionnelle du Conseil de la Métropole a tracé une feuille de route pour les trois prochaines années avec un rythme soutenu d’investissements (150 M€ par an) afin d’amorcer un « tournant décisif ».

Partagez-vous le sentiment diffus d’une perte d’influence de Rouen et de la Métropole à l’échelle régionale, au profit de Caen et du Havre ?

Frédéric Sanchez : « Il y a une grande différence entre la perception et la réalité objective. Qu’est-ce qui s’est passé depuis 18 mois ? La création d’un climat très différent du point de départ qui était de la défiance après une campagne électorale qui avait consisté pour Hervé Morin et son équipe à minorer la position de Rouen en Normandie, en France et en Europe. Il a fallu en sortir. Le point fondateur est qu’on a évité la guerre des capitales. Une génération d’élus a pris ses responsabilités : Édouard Philippe, Joël Bruneau, moi-même, Hervé Morin, avons construit un accord qui porte sur les symboles. Fondamental quand on construit une région ! Il a permis que tous les territoires soient respectés dans la construction de l’identité normande. C’est le fondement qui a permis de construire la confiance. »

Et aujourd’hui, le poids de la Métropole s’imposerait donc ?

« Oui, la confiance s’est instaurée et va déboucher cet automne sur la reconnaissance du rôle de locomotive de la Métropole rouennaise. Cela veut dire qu’au cœur du projet normand, il y a les sujets majeurs de la Métropole rouennaise en termes de développement : le financement des infrastructures routières, portuaires et ferroviaires. Et plus généralement la reconnaissance par la Région qu’une bonne partie de son avenir économique passe par l’axe Seine. Ce qui est en train de se passer est un repositionnement complet du discours du président de la Région. (.../...) On passe tranquillement d’un discours qui nivelait l’importance des territoires à l’affirmation du rôle de locomotive de la métropole rouennaise. »

Beaucoup de géographes jugent, qu’à elle seule, la métropole ne dispose pas d’une taille critique pour peser en France et en Europe. Partagez-vous cet avis ?

« Non. Je constate que la Métropole est l’une des plus importantes de France. Au regard de son nombre d’habitants, d’emplois. On est comme Rennes, Strasbourg, Montpellier. Et on est même plus gros que ces trois territoires. Ce qui me préoccupe davantage, c’est que l’on a vocation à devenir l’une des métropoles les plus attractives de France. Et ça, ce n’est pas pour le moment acquis. Cela demande la cohésion des projets publics, la reconnaissance du rôle de locomotive de la Métropole.

La Métropole doit-elle franchir une étape supplémentaire en termes de légitimité et de compétences ?

« Il faut que l’investissement local soit sanctuarisé, il ne doit pas continuer à diminuer. Il faut que le gouvernement soit très prudent dans l’effort supplémentaire qu’il va demander aux collectivités locales. Elles ont fait plus d’efforts que l’État ces dernières années. La capacité d’investissement est, pour l’essentiel, dans les Régions et les Métropoles. Il faut doter les Métropoles d’une gouvernance analogue à celle des régions. (.../...) Avec une évolution du mode de scrutin sous le contrôle plus direct du peuple et dans un cadre qui permette un dialogue plus direct avec la Région et l’État. Cela passe par une fusion avec les Départements, une première étape avant leur disparition. Il faut achever la décentralisation. Première étape, on fusionne : les métropoles deviennent des collectivités à part entière, élections au suffrage universel direct. Sur le modèle de Lyon qui me séduit. Deuxième étape, on fait disparaître les Départements. En préalable à tout ça, la recentralisation des prestations sociales, dès 2018. Dès 2020, fusion avec les Départements, nouveau mode d’élection. C’est le scénario que Gérard Collomb (NDLR : ministre de l’Intérieur) a mis en place à Lyon. J’espère que c’est celui qui sera proposé. Nous sommes dans une situation de conflits, de gaspillage. »

Avez-vous des inquiétudes sur la réalisation du Contournement est, vu la présence de Nicolas Hulot à la tête du ministère ?

« Il y a une volonté d’aboutir. Nous allons, je l’espère, pouvoir dans quelques jours afficher la présence des financements locaux (la moitié de la participation publique soit quelque 225 M€) Ce n’était pas encore complet. La Région (NDLR : qui pourrait en plus de sa part prendre en charge celle du Département de l’Eure) est très présente sur ce dossier, aux côtés de la Métropole rouennaise. Le gouvernement a adressé au Conseil d’État le décret d’utilité publique. La première démarche politique a été faite. Mais est-ce que notre dossier va être dans la moulinette nationale de révision des projets d’infrastructures ? Malheureusement oui. Il va falloir se mobiliser très fort pour maintenir le dossier en haut de la pile. »

Vous avez évoqué les « problèmes structurels » de la Métropole. Quels sont-ils ?

« Nous sommes l’une des plus importantes métropoles de France. Nous avons des problèmes à résoudre : congestion automobile, inclusion sociale - je tiens beaucoup à ces sujets là avec 50 000 habitants sous le seuil de pauvreté -, environnement, mutations économiques. Il faut qu’elle franchisse vite quelques étapes pour être perçue comme plus dynamique, plus agréable. Cela suppose une action très résolue. (.../...) ».

Avec la prise en charge par la Métropole de plus en plus d’établissements à vocation métropolitaine ?

« C’est une évidence. Il ne faut pas que cela prenne trop de temps. Nous avons engagé le transfert d’un certain nombre de politiques de rayonnement métropolitain dans l’espace public. Tout le monde s’en félicite. Nous avons réparé trois infrastructures majeures du centre-ville : le tunnel Saint-Herbland, la trémie et le pont Boieldieu (.../...) Cette première séquence doit être prolongée. Il appartient au conseil municipal de Rouen d’en apprécier le rythme. J’estime qu’il doit être soutenu car il en va de la pérennité de certains établissements majeurs, quand on pense au Théâtre des Arts. Moi, je tends la main. Je dis aux élus de Rouen : allons plus loin dans la prise en considération des charges de centralité. »

Cela ne semble pas évident alors que le maire de Rouen, Yvon Robert, est aussi le vice-président de la Métropole. Vous comprenez cette méfiance à l’égard de la Métropole ?

« C’est le maire de Rouen et il n’est pas seul. Le débat n’est pas facile. J’ai le plus grand respect pour ce sentiment car des élus doivent opérer des choix qui consistent à transférer leurs compétences à d’autres élus, un exercice qui réclame un grand sens des responsabilités et ce n’est pas facile à mettre en œuvre. Ce qui est en jeu, c’est une vision stratégique de la construction durable du territoire métropolitain auquel la Ville de Rouen doit apporter une contribution éminente en acceptant la poursuite de ces transferts. Je tends la main. Je ne souhaite rien forcer. »

Vous pensez à quoi ? À l’Opéra de Rouen ?

« Oui. Comme on a la perspective intéressante des jeux Olympiques à Paris en 2024, il y a un grand équipement sportif qui a des caractéristiques uniques, le centre Boissière. Il me semble intéressant qu’il devienne l’équipement nautique métropolitain en lien avec cette perspective de base arrière des jeux Olympiques. Ce n’est pas seulement changer de comptable, c’est pour construire des projets.

Est-ce que cela n’irait pas plus vite si maire de Rouen et président de Métropole ne faisait qu’un ? Est-ce un faux débat ?

« Oui. Non seulement c’est un faux problème mais si, comme je le souhaite, les textes évoluent, ils vont interdire le cumul entre maire et président d’une métropole. C’est lié à la fusion avec les Départements, si elle se réalise. Est-ce que cela fonctionne moins bien quand il y a deux personnes ? Pas forcément. Je me félicite de la cohésion globale de la Métropole. Faire travailler ensemble 71 maires, c’est un travail à temps plein, qui joue un rôle dans ma décision de ne pas me présenter à un quatrième mandat à Petit-Quevilly. »

Vous préparez votre succession à Petit-Quevilly mais pas à la Métropole ?

« S’agissant de la Métropole, je suis en mode offensif, dans l’état d’esprit de réussir les projets. Ce que nous avons fait et allons faire est sans précédent. Dans le volume financier. La réussite ou l’échec jouera sur mon destin personnel (.../...) Avec Yvon Robert, nous avons fait le choix de l’impopularité, lançant tous ces travaux forcément sources de nuisances. Mais ici on ne crée pas assez d’emplois, on n’attire pas assez de jeunes, d’investisseurs (.../...) Il faut que nous franchissions le cap dans les cinq ans. C’est un moment charnière. On a aujourd’hui un outil fort - la Métropole appuyée par une Région plus forte qu’hier. Soit nous réussissons cette mutation écologique et économique, soit nous serons dans un phénomène de déclassement. »


Voir aussi:

La Métropole de Rouen veut faire des économies sur ses dépenses de fonctionnement

http://www.paris-normandie.fr/region/la-metropole-de-rouen-veut-faire-des-economies-sur-ses-depenses-de-fonctionnement-II10811801#

Bertrand Tierce  Président-fondateur de Chroniques et Actions2 j

 Il ne s'interdit rien. Pour que Rouen devienne “l’une des métropoles les plus agréables de France et d’Europe”, le président Frédéric Sanchez veut maintenir un haut niveau d’investissement (250 M€ par an pour rattraper tous les retards), ce qui nécessite de faire des économies de fonctionnement pour ne pas augmenter les impôts. Pour les économies, il pense que des marges de manoeuvre sont à trouver sur les budgets “éclairage public” et “ordures ménagères”, il va lancer une réflexion à ce sujet. Pour les travaux de rattrapage, qui sont déjà nombreux en matière de voirie et de mobilité, il veut aller très vite : en 2019, l’Armada sera une vitrine, un rendez-vous à ne pas rater à moins d’un an des municipales. Avec le temps, Frédéric Sanchez affiche de plus en plus son autorité. Il agit comme s’il était le président de la République autonome, conquérante et ambitieuse de Rouen. Dans cette perspective, il veut que Rouen devienne “une Métropole-Département (comme à Lyon), il pense que le Département de Seine-Maritime n’a pas d’avenir ; il est à la recherche d’un accord durable et équilibré avec son partenaire obligé, Hervé Morin, le président de la République de Normandie.