Et voilà c'est reparti pour un tour... La petite musique de la clique d'experts médiatiques qui pontifient sur la place de Paris reprend de plus bel depuis que le Canard Enchaîné a révélé, dans son édition du 6 septembre 2017,  les confidences géographiques gargantuesques d'Emmanuel Macron à Patrick Ollier, le président du machin métropolitain du Grand Paris.

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Jacques Attali en remet donc une couche dans un entretien paru ce 14 septembre 2017 dans Le Point. On attend le réveil d'Antoine Grumbach ou une chronique d'Erik Orsenna sur... Breizh Inter:

On attend surtout une grande campagne de presse et de publicité dans les médias parisiens pour leur expliquer que la Normandie qui vient d'être réunifiée n'a pas envie de crever définitivement en devenant une carpette de la région parisienne !

Dans cet entretien, Attali déplore comme d'habitude l'absence de vision maritime en France depuis plusieurs siècles. Mais comme d'habitude, il fait une erreur conceptuelle majeure en confondant la France avec Paris et en ne comprenant pas, par conséquent, que c'est en laissant la Normandie maritime s'occuper elle-même de ses propres affaires que l'économie maritime française redeviendra florissante.

Actualité  Débats  Les éditorialistes du Point  Sébastien Le Fol - Le Postillon

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Attali : France, qu'as-tu fait de ta mer ?
Alors que l'État est pointé du doigt dans sa gestion de l'ouragan Irma, l'auteur fustige l'indifférence française à l'égard de sa dimension maritime.
PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÔME CORDELIER
Publié le 14/09/2017 à 11:50 | Le Point

Jacques Attali. Tout sur ma mer. © Dusault pour "Le Point"


Politiques, jetez-vous à l'eau ! En 2017, 60 % de la population mondiale vit à moins de 150 kilomètres d'une mer ou d'un océan, contre 30 % un siècle plus tôt... La majeure partie des marchandises transite par les flots, et les fonds marins regorgent de trésors économiques. Mais les cinq plus grands ports de la planète sont en Asie. Et les États d'Europe, particulièrement la France, pourtant l'un des pays au monde le mieux dotés en la matière, paraissent négliger ce formidable eldorado bleu qu'ils ont devant les yeux. Dans un livre (1) foisonnant qui brasse large, pourrait-on dire, avec ce goût pour les récits transversaux et multithématiques qu'il affectionne, Jacques Attali nous plonge dans une histoire tumultueuse, universelle et encore méconnue qui est celle de notre mère, la mer !


Lorsque Louis XVIII, en 1818, fonde le Collège royal de la marine, il le fait à... Angoulême, soit à 100 kilomètres des côtes !

Le Point : Vous qui êtes né dans un port (Alger) et avez publié sur tous les sujets, pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour écrire cette ode politique à la mer ?
Jacques Attali : J'ai abordé le sujet de manière indirecte dans de nombreux ouvrages, mais il fallait beaucoup de sédimentation intellectuelle pour embrasser ce thème de manière complète. Il était nécessaire d'avoir à l'esprit la culture, la géopolitique, l'astrophysique, la géologie, l'anthropologie, l'ethnologie, l'histoire, les techniques. Je cite des conversations que j'ai eues à ce sujet avec l'historien Fernand Braudel il y a vingt-cinq ans ou, plus récemment, avec le philosophe Michel Serres, ou encore avec le paléoanthropologue Pascal Picq. Il a fallu que j'accumule avec humilité une quantité de savoirs avant de me lancer. J'ai toujours été frappé que la dimension maritime de notre condition humaine soit complètement négligée, surtout en France. En langue vénitienne, en anglais, en néerlandais, dans les îles océaniennes, un nombre considérable de mots désigne l'état de la mer, et en français si peu... L'obsession maritime est partout, sauf dans les pays continentaux, dont la France.


Vous martelez que la France a raté au moins neuf fois l'occasion de devenir une grande puissance maritime et que cela continue aujourd'hui. Nous avons à portée de main des ressources colossales – en énergies, en matériaux rares... – et donc des gisements d'emplois. Pourquoi nos dirigeants méprisent-ils la mer ?


La France bénéficie du deuxième espace maritime le plus vaste au monde et de kilomètres de côtes bien placées sur les cinq continents. Nous avons tout pour être une superpuissance maritime, mais nous avons une telle richesse climatique, une telle rentabilité agricole que nous n'avons pas le besoin de regarder la mer. Les Français vont sur les mers quand ils y sont obligés. Chaque fois que nous avons voulu développer ce domaine, nous avons échoué parce que nous n'avons pas persisté. François Ier crée le port du Havre et le dote d'un grand chantier naval : mais le premier bateau bâti sur place est tellement gros qu'il ne peut en sortir et doit être démoli... En 1790, de nos trois grands ports (Le Havre, Brest, Toulon) seul Toulon est choisi comme préfecture par la Convention, jusqu'en 1793. Lorsque Louis XVIII, en 1818, fonde le Collège royal de la marine, il le fait à... Angoulême, soit à 100 kilomètres des côtes ! Napoléon avait, lui, compris l'importance de la mer, mais sa flotte a été détruite dès Trafalgar ; il a perdu le contrôle de cet espace et a dû se lancer vers l'est. Le seul qui ait engagé une vraie politique de la mer fut Napoléon III, sans doute parce qu'il avait vécu en Angleterre, (NDLR: Attali oublie Louis XVI et son ministre De Sartine)  mais il s'est embarqué dans une guerre terrestre contre la Prusse, qu'il a perdue. J'avais conseillé, en 1988, à François Mitterrand de faire en sorte que notre pays devienne une grande puissance maritime en mettant l'accent sur cinq ports : Le Havre, Marseille, Dunkerque, Brest et Saint-Nazaire. J'avais préparé une lettre à cette intention, elle m'est revenue non signée. Quand j'ai relancé François Mitterrand, il m'a dit : « L'idée est intéressante, mais vous me voyez condamner les autres ports français ? »


Pour le christianisme, c'est simple : sans la Méditerranée, qui permet aux apôtres de faire connaître les paroles du Christ, il ne se serait pas développé.
Tous les grands peuples – les Grecs, les Phéniciens, les Égyptiens, puis les Chinois, les Anglais, les Américains – sont devenus maîtres des mers... Pas les Français.


Et pourtant, en ce moment, tous les records de voile sont français, nous avons le deuxième armateur au monde – le groupe CMA-CGM, basé à Marseille –, l'un des premiers constructeurs de voiliers – Bénéteau ; la Comex est le leader en ingénierie sous-marine, l'Ifremer regroupe des chercheurs de très haut niveau ; Cousteau, Tabarly sont des icônes mondiales... Mais, par manque de volonté politique, la mer n'est pas une priorité. Pour que la France se transforme en grande puissance maritime, il faudrait que Paris devienne un grand port en étant relié au Havre. Vu de Hongkong, Le Havre, Rouen et Paris, c'est la même chose, d'où l'acronyme Haropa, qui signifie aussi « Harbour of Paris ». Il faut aller beaucoup plus loin, fusionner les régions Normandie et Île-de-France.

Il serait judicieux qu'une partie des prochains Jeux olympiques organisés en France se déroule sur la Seine, vers Le Havre. Pour l'instant, ce n'est pas du tout prévu...

Pourtant, l'humanité a été façonnée par l'élément liquide, et ce depuis « Homo erectus », il y a huit cent mille ans, en Malaisie. Le signe de l'implantation culturelle de la mer, que vous abordez longuement, se retrouve à travers les religions...


Sans les bateaux, le judaïsme n'aurait pas survécu à la destruction du second Temple. Mais, dans la tradition juive, la mer, c'est l'informe, le danger, le mal. Alors que les Grecs, les Phéniciens et les Égyptiens s'installent au bord de la mer, les Hébreux, au début, la fuient. Après, leur attitude change : parce qu'il faut assurer les liaisons entre les communautés et les échanges théologiques, ils deviennent de grands marins. Pour le christianisme, c'est simple : sans la Méditerranée, qui permet aux apôtres de faire connaître les paroles du Christ, il ne se serait pas développé. J'ajoute que, dans le débat sur la richesse, ce qui compte, ce n'est pas d'être catholique ou protestant, mais d'avoir accès à la mer. Si les Anglais et les Hollandais sont entreprenants, ce n'est pas parce qu'ils sont protestants, mais parce qu'ils sont tournés vers la mer. Le capitalisme comme la démocratie sont maritimes.


L'islam, né dans le désert, est plus en retrait. Mahomet, écrivez-vous, loue la beauté de la mer, mais s'en méfie...
Les premières conquêtes de l'islam se font vers l'est, donc vers la terre. L'islam n'accorde guère d'importance à la mer. Pendant très longtemps, il n'y aura aucun grand port dans le monde musulman, ce qui explique largement ses retards économiques.


La guerre de Cent Ans, la guerre de l'Indépendance américaine et même la Première Guerre mondiale se sont jouées sur la mer, affirmez-vous. Les flots ont été plus déterminants que les tranchées ?


Oui. Chaque fois, c'est la mer qui apporte les troupes et les approvisionnements. En 1917, les Américains sont arrivés par la mer et, avant, c'est par cette voie que le matériel était venu des États-Unis. De nos jours, dans la guerre économique que nous traversons, le numérique domine et on pourrait penser que la mer compte moins. Faux : plus de 50 % du commerce physique passe par la mer, parce que c'est moins coûteux et plus sûr. 97 % des données numériques sont acheminées par des câbles sous-marins – Google, Apple et les Chinois sont en train de construire les leurs. Les seuls câbles qui permettent de transmettre les données financières vont vers Londres, pas vers Francfort ni vers Paris – c'est mentionné, en tout petit, dans le rapport annuel de la BCE. Londres restera donc central, sauf si des câbles sous-marins se dirigent vers Le Havre et Paris.


Les espaces maritimes sont soumis à forte pression humaine, dénoncez-vous. La mer, chef-d'œuvre en péril ?


On le sait depuis l'Antiquité : la mer est une réalité très fragile. Et cela ne fait que s'aggraver. Les évolutions du climat et les émissions de CO2 portent atteinte aux équilibres stratégiques. Le pôle Nord, par exemple, va devenir une mer. La profusion de déchets de plastique a des impacts terribles. La surconsommation de poisson est désastreuse. Les ressources maritimes sont exploitées dans des conditions impitoyables. Le droit maritime n'est pas respecté ; les aires marines protégées (AMP) ne représentent même pas 3 % de la mer. En 1605, le Hollandais Grotius disait que l'océan doit rester un espace de liberté parce que personne n'y habite. Aujourd'hui, c'est parce que personne n'y habite qu'on prête moins attention à la mer qu'à la terre. Or il devient urgent de penser la planète comme une seule entité. La liberté ne peut être prétexte à pillage. L'immense liberté que proposent les mers et les océans, les générations suivantes doivent aussi pouvoir en profiter.

La nef des océanides

Ô vous, hommes libres qui chérissez la mer, appareillez le 19 octobre dans ce grand et beau navire scientifique.    L'équipage, piloté par Christian Buchet, l'un de nos meilleurs experts en histoire maritime, est composé de 260 chercheurs issus de 40 pays qui, au sein d'un programme baptisé Océanides, se sont fixé pour cap de raconter l'aventure de l'humanité à travers les mers et les océans. Cette grande traversée a duré cinq ans. Le résultat est un livre magnifiquement illustré de documents d'archives publiques, en particulier du musée de la Marine, à Paris.  « Nous habitons sur terre mais c'est la mer qui depuis la nuit des temps façonne nos vies et la destinée des peuples », amorce l'explorateur Jean-Louis Etienne, qui fait écho au texte de Carl Schmitt, Terre et mer, réédité aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. « Les plus vastes continents ne sont que d'immenses îles flottantes (...) L'histoire mondiale est l'histoire de la lutte des puissances maritimes contre les puissances continentales et des puissances continentales contre des puissances maritimes », écrivait l'intellectuel allemand, selon lequel la relation à l'espace maritime ou terrestre détermine les nations, les hommes d'Etat et les guerres.


« La grande histoire vue de la mer », de Christian Buchet. Préface de Jean-Louis Etienne (Cherche Midi, 216 pages, 30 euros). A paraître le 19 octobre. «Terre et mer », de Carl Schmitt. Préface d'Alain de Benoist (Pierre-Guillaume de Roux, 240 pages, 23,90 euros).


 

Commentaire de Florestan:

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Vu de Hong Kong, Le Havre, Rouen et Paris c'est la même chose... Nous dit Attali. Vraiment? Le vieux hibou Attali est devenu presbyte et c'est bien normal... On lui conseille de chausser ses lunettes ou d'en changer !