Face à la montée en puissance d'une société civile plus autonome qui souhaite approfondir la démocratie dans la proximité, face à la difficulté des grands états nations centralisés à garantir la paix et la sécurité sociale, économique mais aussi culturelle face aux grands défis de la mondialisation, de la numérisation du Monde et du changement climatique, l'échelon régional, intermédiaire entre le local et le national reprend des couleurs. Des couleurs politiques renouvelées bien loin des impasses identitaires et idéologiques des années 1970: l'idée de région est une idée neuve, dumoins, elle n'a pas été suffisamment pratiquée dans l'histoire politique française marquée, comme on le sait depuis le règne personnel de Louis XIV, par une centralisation administrative autoritaire excessive depuis la capitale, Paris.

On voit que dans l'actualité récente, le fait régional bouscule les états nations européens les plus solidement établis: en Belgique (binôme Flandre Wallonie), dans le Royaume-uni (dévolution jusqu'à l'indépendance de l'Ecosse?), l'Italie du Nord (Lombardie et Vénétie). Maintenant l'Espagne (la Catalogne). Ce fait régional se fait volontiers nationalitaire, c'est à dire, qu'il s'agit d'une mobilisation militante et politique utilisant les voix pacifiques de la démocratie locale pour réclamer l'autonomie voire l'indépendance d'un petit peuple, d'une petite nation qui réclame les mêmes droits et prérogatives que la grande qui l'abrite. Le modèle est celui des petites nations de l'Europe centrale et orientale qui se sont émancipées de tous les empires en appliquant le modèle français de l'état nation unifié entre les années 1830 et les années 1990 (De la Grèce à la Croatie en passant par les états baltes...).

Mais quand cette confusion entre régionalisme et nationalisme s'exprime directement sur l'un des territoires constitutifs de l'unité nationale, la crise est directe, vive: l'état central ainsi concerné craint le séparatisme, un démembrement à la mode russe, ottomane ou austro-hongroise. C'est l'actuelle crispation en cours outre- pyrénées entre Madrid et Barcelone qui devrait éviter de mettre en prison des élus légitimement élus par la démocratie locale de Catalogne.

Cependant, dans cette affirmation générale du fait régional, la république française très jacobine, très centralisée sur Paris, semble passer au travers du grain orageux sans dommages apparents. Mieux! Semblent se dessiner une approche, voire, une gestion française du fait régional redevenu politiquement actif qui paraissent efficaces si on les compare à l'opération crème brûlée catalane en cours en Espagne...

L'Etat central français jacobino-parisien a, semble-t-il fait le choix d'un double standard, a priori confortable (dumoins à court terme) consistant à expédier dans l'outremer proche ou lointain la question régionale et les solutions originales qu'elle requiert selon la stratégie déjà observée dans les médias du "mort-kilomètre" qui hiérarchise l'intérêt pour une actualité. En clair: le séparatisme nationalitaire sur le territoire de la République française est géré à Nouméa, Nouvelle Calédonie, à plusieurs milliers de kilomètres de Paris. Tandis que la Corse s'essaye à l'aventure d'approfondir une autonomie politique à quelques centaines de kilomètres au large des côtes d'une Provence française qui ne demandera jamais son indépendance.

Le double standard à la française est donc le suivant:

1) Reconnaissance pleine et entière du régionalisme comme fait politique dans l'outremer proche (la Corse) ou lointain (la Nouvelle Calédonie. Mais aussi à terme: la Guyane et les Antilles françaises).

2) Remise en cause de l'acquis de plus de trente années de décentralisation par la nouvelle majorité gouvernementale macronienne selon un néo-jacobinisme assumé sur la "terre ferme" de la métropole...

Ce double standard est un calcul politique assez subtil qui peut être efficace à court terme mais il prend le risque de faire naître ou renaître en France même qui, pour l'instant, est le modèle quasi parfait de l'Etat nation centralisé et unifié, un régionalisme de contestation du centralisme autoritaire jacobino-parisien beaucoup radical que l'actuelle demande des régionalistes normands que nous sommes d'expérimenter les solutions girondines pour une région qui venant de recouvrer son unité et sa personnalité, ne demandera jamais l'indépendance...

Sur de son fait quant à l'unité nationale française, le pouvoir central jacobino-parisien refuse de voir le fait régional en métropole et de le prendre au sérieux. La réforme de fusion régionale de 2014 qui ne marche que pour la Normandie, qui a recrée une question alsacienne ou laissé en suspens la question bretonne et l'actuel prurit néo-jacobin de Macronaparte 1er à l'égard des collectivités territoriales sommées de faire toujours plus d'économies, assombrissent le tableau régional de la France alors qu'il s'éclaircit derrière les horizons marins: un nouvel espace politique se créé ainsi aussi sûrement que celui qui se recompose sur les ruines nationales de la Droite et de la Gauche.

Reste à l'habiter politiquement: vu le contexte de la question régionale en France tant métropolitaine que d'outremer ou ce que l'on peut en voir sur la scène européenne, ce n'est pas une mauvaise chose qu'un régionalisme "violemment modéré" à la normande soit actuellement mis en avant en la personne d'Hervé Morin...

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 http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/04/paris-face-au-defi-corse_5224289_3232.html

Paris face au défi Corse

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Editorial. Le succès des nationalistes dans les urnes le 3 décembre 2017 oblige le gouvernement à s’exprimer sur la revendication d’une élaboration dans les trois ans d’un véritable statut d’autonomie pour l’île.

Editorial du Monde.

Le 3 décembre 2017 restera, à n’en pas douter, une date déterminante dans les annales de l’histoire politique de la Corse. Ce dimanche, les électeurs de l’île étaient appelés à voter pour désigner leurs 63 représentants dans la nouvelle collectivité territoriale unique, fusionnant dans une même institution les trois entités préexistantes (l’actuelle collectivité territoriale et les deux départements de Haute-Corse et de Corse-du-Sud). Au premier tour de scrutin, ils ont accordé un très large succès à la liste nationaliste qui devrait, au terme du second tour, le 10 décembre, disposer d’une solide majorité dans la nouvelle Assemblée qui s’installera à partir de janvier 2018.

Lire aussi :   Raz-de-marée des nationalistes au premier tour des territoriales en Corse

Cette victoire était impensable il y a quelques années encore. Personne n’a oublié les quatre décennies de soubresauts violents qui ont accompagné l’émergence du nationalisme insulaire, les clandestins encagoulés, les plasticages de gendarmeries et les « nuits bleues », les vendettas meurtrières entre militants et les liens troubles avec le banditisme. Chacun a en mémoire l’assassinat du préfet Claude Erignac dans une rue d’Ajaccio il y aura bientôt vingt ans. Et en dépit de deux statuts spécifiques (Joxe en 1991 et Jospin en 2002) destinés à accorder à la Corse des institutions sur mesure, l’échec du référendum organisé en 2003 pour créer déjà, une collectivité territoriale unique avait placé la Corse dans l’impasse.

L’Histoire a basculé en 2014

L’Histoire a basculé en 2014, lorsque le Front national de libération de la Corse (FNLC) a annoncé, sans préalable, son renoncement à la « lutte armée » et à la clandestinité. Depuis, les nationalistes ont troqué les armes contre les urnes et en ont rapidement tiré le plus grand bénéfice. Dès le printemps 2014, Gilles Simeoni, avocat et chef de file des partisans de l’autonomie de l’île, remportait les élections municipales à Bastia contre l’héritier du clan Zuccarelli (radical de gauche).

En décembre 2015, les autonomistes de M. Simeoni et les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni, rassemblés au second tour des élections régionales, s’imposaient avec 35 % des voix comme la première force politique de l’île et s’installaient à la tête de l’Assemblée et de l’exécutif régionaux. Nouvelle étape lors des législatives de juin 2017, avec l’élection de trois candidats nationalistes sur les quatre circonscriptions de Corse.

Le succès spectaculaire de M. Simeoni et M. Talamoni le 3 décembre vient donc amplifier et consacrer cette rapide évolution. Avec plus de 45 % des suffrages exprimés et en dépit d’une participation électorale faible (à peine plus de la moitié des électeurs se sont déplacés), ils ont écarté toutes les concurrences, qu’il s’agisse d’une droite divisée, d’une gauche atomisée, d’un Front national réduit à presque rien et d’une tentative avortée de La République en marche, le parti présidentiel, de faire naître une alternative.

Victoire idéologique et culturelle

Voilà donc les nationalistes en position de force. Ils dirigeaient l’Assemblée de Corse en position minoritaire depuis deux ans. Ils y seront largement majoritaires désormais. Gilles Simeoni n’a pas tardé à en tirer avantage :

« C’est un message très fort adressé à Paris. Nous voulons la paix, nous voulons la démocratie, nous voulons une île émancipée. A Paris de faire sa part du chemin pour qu’ensemble nous élaborions une solution politique. »

L’objectif est clair. Les nationalistes n’ont cessé de marteler qu’ils écartaient l’hypothèse de l’indépendance – indépendance d’ailleurs fort utopique dans une île lourdement dépendante des financements et des emplois de l’Etat. En revanche, ils revendiquent l’élaboration dans les trois ans d’un véritable statut d’autonomie pour la Corse, comportant notamment la coofficialité de la langue corse, un statut de « résident » spécifique, un statut fiscal adapté, et l’amnistie pour les « prisonniers politiques ».

Echaudés par les multiples tentatives infructueuses d’apaisement précédentes, tous les gouvernements ont fait la sourde oreille ces dernières années. Le succès des nationalistes dans les urnes et la victoire idéologique et culturelle qu’il exprime obligent Emmanuel Macron et le gouvernement à oublier leur embarras. Ils vont devoir engager des négociations et trouver des réponses. Sauf à exacerber un peu plus la défiance de la Corse à l’égard de « Paris ».


 Et la Nouvelle-Calédonie?

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 Tout d'abord, il faut prendre connaissance du texte fondateur de la question néo-calédonienne/kanake contemporaine: les accords de Nouméa du 5 mai 1998

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000555817

Avant de prendre connaissance de la tournée de notre premier ministre havrais et normand sur place:

https://www.francetvinfo.fr/politique/gouvernement-d-edouard-philippe/nouvelle-caledonie-edouard-philippe-au-contact-des-independantistes_2498535.html

 Nouvelle-Calédonie : Édouard Philippe au contact des indépendantistes

En duplex depuis la Nouvelle-Calédonie, le journaliste de France 3 Julien Gasparutto fait le point sur la visite du Premier ministre Édouard Philippe en Nouvelle-Calédonie, à un an du référendum d'autodétermination auquel prendront part les habitants de l'archipel.

"C'est un passage obligé pour chaque Premier ministre. La tribu de Tiendanite pour se recueillir sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou, leader indépendantiste kanak assassiné à la fin des années 1980", explique le journaliste de France 3 Julien Gasparutto, en duplex depuis la Nouvelle-Calédonie. "En se rendant ici dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, Édouard Philippe entre un peu plus profondément en terre indépendantiste. Il s'est vu remettre un drapeau kanak, 'le seul qu'on veut voir flotter ici', lui a lancé le fils Jean-Marie Tjibaou", rapporte-t-il.

"Puis, comme ses prédécesseurs, le Premier ministre a planté un arbre. Une façon de récolter des fruits tout en respectant le temps qui passe, a-t-il commenté, référence au processus engagé il y a 30 ans et qui doit aboutir à un référendum sur l'indépendance d'ici la fin de l'année", ajoute le journaliste.

Un discours important devant le Congrès calédonien en point d'orgue

"Au troisième jour de ce voyage très sensible, le Premier ministre semble réaliser un sans-faute. Il prend le temps, tisse des liens personnels. Mais attention de ne pas tout gâcher demain : le Premier ministre doit prononcer un discours devant le Congrès calédonien. Il devra donner un cap tout en veillant à ne pas s'imposer et à ne froisser personne", conclut Julien Gasparutto.


 https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/visite-edouard-philippe-jour-du-discours-538757.html

Visite d’Edouard Philippe : le jour du discours

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 En cette dernière journée de visite, le Premier ministre se rendra notamment ce matin au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, pour une séquence solennelle et politique très attendue.

A priori, pas de gros chèques à l’horizon. Mais la détermination sans faille d’un Etat pleinement acteur du processus. Il s’agira pour le Premier ministre de démontrer qu’il a atteint les deux principaux objectifs assignés à ce voyage.

Immersion

Celui de l’immersion dans la réalité calédonienne, tout d’abord. Edouard Philippe tentera probablement de donner des gages de sa bonne compréhension de la société calédonienne dans sa spécificité, sa diversité et sa complexité. Il devrait nous parler de la jeunesse, de la biodiversité unique de ce territoire, des différents visages du pays qu’il a pu rencontrer, du marché de Nouméa à la tribu de Hnathalo en  passant par Tiendanite ou Koumac.

U​tilité

Le Premier ministre devra ensuite prouver l’utilité de son passage dans la préparation de la consultation de sortie de l’Accord de Nouméa. On s’attend donc à ce qu’il réaffirme son souhait de voir les élus locaux prendre l’initiative pour déterminer ensemble la date et le libellé de la question qui sera posée aux Calédoniens d’ici moins d’un an.

Méthode​

Mais surtout, Edouard Philippe devrait préciser la méthode que l’Etat entend mettre en place pour favoriser les discussions sur l’après-référendum, et surtout les faire aboutir à la rédaction d’un document concret et consensuel. Probablement sur la base de la «proposition des valeurs communes» déjà rédigée fin 2016. Une méthode qu’il a déjà présentée comme «fidèle à celle qui a prévalu ces trente dernières années de paix».

Discours à suivre en direct à partir de 10 heures, ce mardi, sur Nouvelle-Calédonie 1ère la télé, la radio et le site Internet. Edouard Philippe sera également au cœur de l’édition spéciale du JT, ce soir à 19h30, avec un entretien bilan de quinze minutes.

Au programme aujourd'hui, dans le Sud

7h30 
Visite du pôle d’élevage de la Chambre d’agriculture, à Nessadiou, Bourail (sans Edouard Philippe, pour cause de problématique métropolitaine à gérer)

8h20
Visite de l’Adecal, à Nessadiou (sans le Premier ministre)

10h15
Discours devant les élus du Congrès à Nouméa

12h45 
Déjeuner avec des personnalités de Calédonie à Nouméa, à la résidence du haut-commissaire

15 heures
• Inauguration du lycée public du Mont-Dore
• Echange avec les élèves et les professeurs
• Remise de décoration au maire, Eric Gay