Depuis l’été 1997, l’idée d’un franchissement ferroviaire de l’estuaire de la Seine au moyen de caissons immergés a commencé à être diffusée auprès d’interlocuteurs publics et privés…

     Au début de l’année 2016, très précisément le 14 mars, après une nouvelle relance intervenue en décembre 2015 sur le site de Change.org, l’Etoile de Normandie a évoqué cet événement sous le titre « TUNNEL FERROVIAIRE SOUS L'ESTUAIRE DE LA SEINE : La bonne idée dont personne ne veut ! ».

     Parmi les quelques élus qui ont été interpellés, celui qui s’est impliqué le plus oscille actuellement entre sentiment d’impuissance, fatalisme et procrastination ; jugeons-en à partir de cette transcription d’extrait de prise de position écrite, en date du 27 mars 2018 :

…/… « je souhaite … réaffirmer ici que je partage cette vision d'avenir pour de multiples raisons déjà évoquées dans … précédents échanges.

Je pense cependant que dans le cadre de la mobilisation générale organisée depuis des mois en faveur des investissements de courts termes indispensables à l'avenir du port, mettre en avant ce projet nuirait à l'efficacité recherchée.

Le constat sur lequel je me base est le suivant :

     . Depuis l'entrée en service de Port 2000, nous n'avons obtenu aucun investissement capable de renforcer l'attractivité du port et de développer son empreinte écologique, à l'exception du terminal multimodal qui soulève de multiples questions.

     . Jusqu'à présent, la communauté maritime et portuaire était en ordre dispersé pour défendre l'avenir du port et pas toujours d'accord sur la nature des investissements prioritaires à obtenir.

     . Dans le même temps, tous les décideurs économiques et politiques de l'ex-Picardie et du Nord ont su se regrouper et agir ensemble pour défendre le projet de canal. J'ajoute que pendant 5 ans, le port du Havre n'a fait l'objet d'aucun relais parlementaire et que la direction du GMPH n'est pas motrice, c'est le moins que l'on puisse dire, pour défendre en première ligne les investissements attendus.

     . Désormais cette communauté est rassemblée derrière un projet et les actions se multiplient pour aller chercher ensemble les investissements dont nous avons besoin. Ce ne fut pas simple d'obtenir cette unité.

     . A l'heure où le canal Seine Nord est confirmé, si nous n'obtenons pas rapidement la création de la liaison fluviale directe de Port 2000 et la réalisation des deux derniers quais capables d'accueillir les navires de nouvelle génération, notre port se trouvera en situation plus que délicate lorsque le canal entrera en service.

     . Ces deux investissements sont le point de départ d'un programme plus large défendu par l'ensemble de la communauté maritime et portuaire et résumé dans le document stratégique « SeinePort ». Il s'agit bien entendu d'un compromis pour surmonter les divergences exprimées plus haut et le franchissement ferroviaire de l'estuaire n'a pas été retenu malgré mes interventions. La modernisation de la ligne Le Havre Paris dans des délais plus rapides que ceux validés par le Comité territorial du projet de Ligne Nouvelle Paris Normandie ainsi que la liaison ferroviaire de tous les terminaux figurent par contre dans ce document d'orientation.

Je ne reviendrai pas ici sur les constats édifiants … par rapport à l'abandon du fret ferroviaire par nos gouvernements successifs depuis plus de 10 ans et qui conduit, en effet, le port du Havre à connaître un retard considérable dans le report modal, notamment en comparaison avec ses concurrents du nord de l'Europe.

Toute la communauté havraise est désormais rassemblée et active pour obtenir ces investissements et la prochaine Loi de programmation des mobilités devra répondre à ces enjeux. C'est l'objet des nombreuses démarches que j'ai initié, avec d'autres acteurs locaux, notamment en faisant venir la ministre des transports en octobre dernier sur le port du Havre ou en conviant mes collègues députés, tous groupes confondus, à découvrir notre port.

J'ai par ailleurs obtenu de siéger au sein du groupe de travail parlementaire constitué autour de l'économie maritime.

Les Assises de la mer organisées au Havre en fin d'année 2017, tout comme le Débat public consacré au développement de la performance économique, sociale et environnementale, organisé hier par la Cgt et le Comité d'entreprise de la SNCF fret, sont autant d'initiatives concourant à ces objectifs.

L'heure est donc à la mobilisation active de tous, bien au-delà des considérations politiques ou des divergences idéologiques.

Mais rien n'est acquis pour autant, je le constate malheureusement lors de chacune de mes démarches en direction des ministères et de Matignon. Or, tous les acteurs locaux s'accordent à dire que l'avenir du port se joue au cours des deux prochaines années sur la base des investissements prioritairement attendus.

Dans ces conditions, continuer à mettre en avant le projet de franchissement ferroviaire de l'Estuaire serait le meilleur moyen d'en revenir à des débats havro-havrais nous faisant dévier de l'objectif commun sur lequel nous nous sommes rassemblés.

Au-delà de cette considération, … laisse imaginer un seul instant la réaction de mes interlocuteurs dans les ministères qui ont déjà du mal à prendre en compte les 250 millions d'euros d'investissements portuaires nécessaires à court terme ou encore l'accélération de la modernisation ferroviaire pour desservir dans ces conditions acceptables l'un des principaux poumons économiques du pays, si je venais leur ajouter le projet de franchissement ferroviaire de l'Estuaire.

Un projet qui a divisé localement, qui n'est pas soutenu par les principaux acteurs locaux et qui nécessite un plan de financement important sans aucun engagement pris dans ce sens.

Il ne s'agit nullement d'un abandon. Je fais le pari qu'une fois le port remis en selle par les investissements attendus et fort du développement du trafic maritime au cours de la prochaine décennie, comme du renforcement évident des normes écologiques dont nous voyons bien qu'elles constitueront à l'avenir un élément incontournable pour apprécier la compétitivité d'un port ou d'une zone industrielle, alors le franchissement ferroviaire de l'Estuaire pourra faire son chemin, le plus naturellement du monde.

Il suffit de prendre une carte de France pour le constater, si toutefois le port du Havre et sa ZIP se trouvent consolidés.

Mais … le constater, nous sommes en présence d'un gouvernement qui cherche à privilégier la rentabilité à l'intérêt général et qui n'est porteur d'aucune vision d'avenir en faveur du fret ferroviaire ou plus généralement du rail.

Un gouvernement qui considère que les investissements privés sont préférables aux investissements publics quitte bien entendu à privatiser les infrastructures.

Un gouvernement qui se refuse de s'engager dans un plan massif d'investissements publics et qui valide au compte-goutte les projets de grandes infrastructures.

C'est donc en faisant ensemble la démonstration par les faits qu'il doit changer d'orientation que nous pourrons avancer.

J'ai tenu à … apporter ces précisions en toute transparence, non pas pour chercher à … convaincre du bien-fondé de mes positions mais tout au moins pour … en expliquer les motivations.