Pour défendre l'idée normande et son utilité vis-à-vis d'Antoine Grumbach et sa vision monstrueuse d'une méga-métropole de Paris étendue jusqu'au Havre, nous avions usé de la formule suivante qui fit mouche puisque reprise dans un article du Monde:

"Ne pas avaler la Seine aval sans l'aval des Normands"...

On pourrait transposer la même formule sur le fleuve dans sa partie normande pour expliquer la rivalité séculaire entre le port de Rouen dit de fond d'estuaire et le port du Havre dit de haute mer, le second étant à l'aval de l'autre qui considère que l'amont prime sur l'aval et plus encore dans l'amont puisque Rouen n'est que l'aval de Paris  quitte à se faire... avaler.

Puisque l'on parle de changer la gouvernance des ces deux Grands Ports Maritimes (plus étatiques que maritimes...) outre l'idée de régionaliser sinon de "normandiser" cette gouvernance (c'est ici notre option) il y a surtout le défi de changer de solides représentations mentales enfoncées dans les cerveaux sur l'idée d'amont par rapport à l'idée d'aval et vice-versa:

Si l'on raisonne à la française, donc à la parisienne, donc à la jacobine, le sens du courant de la rivière donne le sens du pouvoir. L'amont, prime sur l'aval.

Mieux: l'amont domine l'aval puisque Paris n'est pas historiquement une ville d'armateurs et de marins mais une ville de marchands naviguant sur l'eau douce.

En revanche, si l'on raisonne à l'anglaise, à la hollandaise, si l'on devait imaginer une "hanse normande" dans le sens du vent venant du grand large, dans le sens de la marée remontant le fleuve en poussant un mascaret autrefois impressionnant, c'est l'aval marin qui prime sur l'amont terrestre (hinterland) dans la logique de l'évidence portuaire et logistique qui s'impose partout dans le Monde... sauf en France!

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A l'amont de l'amont de l'amont... On trouvera les petits bateaux du bassin des Tuileries: un peu court pour une ambition maritime! Non?

Pas d'amont sans aval. Pas d'aval sans amont: Le port du Havre, vu sa situation d'extrême aval à la pointe de Caux sur l'estuaire, les quais plantés dans la mer, ne peut pas faire autrement que de considérer l'amont pour la bonne et simple raison qu'arrivé à la Porte Océane devant le Couchant avec les cargos à l'horizon, il faut bien faire demi-tour en arrière vers l'amont. A moins de considérer que l'avant-pays du port du Havre soit en Amérique ou en Chine via les ponts des navires...

A Rouen, la tentation a toujours été de considérer qu'en aval du port il n'y a plus rien comme si après le méandre de Grand Couronne c'était déjà la haute mer: une fiction déraisonnable qui nous a coûté collectivement très cher en raison d'une politique nihiliste d'obstruction à tout développement maritime, logistique, d'infrastructures de transports ou portuaires en... aval de Rouen qui vient d'achever à grands frais l'approfondissement d'un mètre de son chenal d'accès dans le lit de la Seine sur près de 120 km.

Si l'on doit enfin penser UN seul GPM Normand, il va falloir d'urgence réfléchir aux complémentarités AMONT / AVAL des deux équipements au lieu d'opposer en permanence les deux villes portuaires normandes dont la haine recuite a contribué à la division régionale normande après la Seconde guerre mondiale tout en organisant la mise sous tutelle, de fait, de la ci-devant région administrative de Haute-Normandie par l'amont de l'amont, c'est à dire, Paris qui fut assurément la seule vraie capitale régionale d'une Normandie plongée dans le déclin de la division.

Avec l'arrivée d'une nouvelle collectivité territoriale régionale qui prend, enfin, en charge l'intérêt général de toute la Normandie, à commencer l'aménagement de son coeur stratégique, à savoir l'estuaire de la Seine et de sa vallée, enjeu national, il devient URGENT de penser enfin le système portuaire normand dans sa globalité sous la forme d'un réseau AMONT/AVAL où l'on doit cesser de se mépriser et de se regarder en chien de faïence... de Rouen.

Surtout à Rouen où l'on n'a pas abandonné l'idée funeste de faire de la métropole normande non pas la tête d'un réseau d'infrastructures associant Caen et Le Havre pour unifier les deux rives de l'estuaire de la Seine, mais un carrefour exclusif et dangereux de toutes les communications normandes qui sera payé au prix fort, à moins qu'il ne se fasse jamais car jugé trop... coûteux!

Lire par exemple cet article venant de paraître dans l'hebdomadaire "Le Marin" (groupe Ouest-France, 12 juillet 2018):

17-07-2018 17;43;39