Le site d'informations "Normandie actu" (groupe Publihebdos filiale de Ouest-France) a mis en ligne un entretien avec le président de région le plus heureux de France quant à présider une région. Il est rare qu'un élu dise aussi clairement et spontanément qu'il est heureux de ce qu'il fait et surtout fier du territoire qu'il sert: la Normandie ce n'est pas le" Grand Est" ou l'Avernorhodalpie... C'est une vraie région, humaine à la géo-histoire millénaire et prestigieuse.

En revanche, le président de la Normandie est moins heureux d'avoir à faire à un état central qui n'a toujours pas compris l'intérêt pour la France de mettre en oeuvre un "pacte girondin" avec les collectivités territoriales.

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Hervé Morin tout sourire, le soir de son élection surprise à la tête de l'unité normande à moins de 5000 voix de différence... On remarquera en haut à droite le drapeau avec nos cats préférés brandi devant un... sens interdit qui nous rappelera que dans la ci-devant satrapie haut-normande de Monsieur Le Vern il était interdit de parler de Normandie et d'unité normande.


 

https://actu.fr/societe/interview-lnpn-axe-seine-unesco-ambitions-politiques-rentree-president-la-normandie_18649213.html

INTERVIEW. LNPN, axe Seine, Unesco et… ambitions politiques : la rentrée du président de la Normandie

Récentes annonces de la ministre des Transports, Unesco, JO 2024 mais aussi ambitions personnelles : c'est la rentrée d'Hervé Morin, président de Région Normandie. Entretien.

Il est prolixe quand il commente les sujets d’actualités : LNPN, axe Seine ou classement des plages à l’Unesco… ou quand il répond aux critiques de son opposition régionale. Il est plus tempéré quand il évoque ses ambitions politiques. Hervé Morin se dit un président heureux de faire ce qu’il fait et à sa place. Entretien.

LNPN : « Des tronçons reportés aux calendes grecques »

Normandie-Actu : Le sujet phare de cette rentrée, est évidemment lié aux transports avec les annonces récentes de la ministre Élisabeth Borne notamment sur la Ligne nouvelle Paris-Normandie. On a l’impression que vous n’y croyez plus vraiment.

Hervé Morin : La LNPN est officiellement maintenue, mais elle est en fait sur bien des tronçons reportée aux calendes grecques. Reste aujourd’hui l’aménagement de la gare Saint-Lazare et le Mantois pour le reste on est sur l’horizon de la moitié du siècle. Le combat qu’il nous reste à mener, où il y a le plus de flou, c’est que soit inscrit la gare de Rouen. Le reste, il faudra attendre d’autres cieux pour espérer un autre schéma.

Le gouvernement avait annoncé des volumes budgétaires, des investissements qui ont été, en fait, très nettement réduits dans les derniers arbitrages et donc toutes les régions voient leur programmes amputés. 

Vous avez évoqué récemment le projet de privatiser certaines lignes SNCF ? L’opposition régionale soutient qu’il sera difficile de convaincre des partenaires étant donné les déficits importants enregistrés sur les lignes normandes : près de 30 millions d’euros. Que répondez-vous ?

Toutes les lignes sont déficitaires. Je crois que la seule ligne qui soit excédentaire c’est Paris-Lyon. Pour aller de Rouen à Dieppe, nous subventionnons près de 75 % des billets. Alors la question est simple, que ce soit la SNCF ou du privé : Peut-on réduire de façon significative cette subvention tout en améliorant la qualité du service ? Pour le privé aussi il y aura une subvention d’équilibre comme il y en a aujourd’hui à la SNCF puisqu’on accorde 130 millions d’euros de subventions pour assurer les réseaux normands. L’argument est un peu faible… 

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Contournement Est de Rouen : « La voie est désormais dégagée »

La Normandie est-elle le parent pauvre de ces annonces en matière de transports ?

Non pas du tout, en réalité on est plutôt mieux traités que les autres. On a quand même le contournement Est de Rouen…

Sur ce projet, on est… enfin sur la bonne voie ! 

Oui, après il y aura toutes les vicissitudes liées aux recours, aux procédures qui peuvent encore retarder le projet mais la voie est désormais dégagée. Et  même si certains diront une nouvelle fois que je ne fais pas preuve de modestie, l’impulsion de la Région a été colossale pour que ce dossier sorte puisque nous avons réussi à boucler le financement en dépit de l’abandon du département de l’Eure, pourtant concerné par ce projet. Le contournement Est de Rouen, c’était le barreau manquant d’un axe majeur en matière de transport qu’est le Calais-Bayonne. C’est la seule métropole à ne pas avoir de périphérique, c’est une voie majeure d’irrigation des territoires du Nord de la Seine-Maritime et du nord du département de l’Eure. Le développement d’une région, j’en suis convaincu, est lié à la mobilité aux transports et aux réseaux. Soit on est sur les flux de marchandises, soit on y est pas. 

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Axe Seine : des réponses pour la fin de l’année

Autre arlésienne normande : l’axe Seine, avez-vous sur ce point avancé avec le gouvernement ? 

J’ai entendu le Premier ministre s’exprimer au Havre en décembre 2016 expliquant qu’il allait présenter un grand plan de développement de la politique de l’économie bleue, une grande réorganisation des ports. J’ai pour ma part exprimé une vision pour la régionalisation des ports comme ça se fait pour tous les pays du Nord de l’Europe qui sont tous des ports régionalisés qui marchent.

Ils veulent maintenir un modèle qui ne marche pas : Le Havre recule chaque année dans les classements. Je le déplore mais je n’y peux rien. Les conservatismes technocratiques ont la vie dure mais on finira par ça un jour ! Nous, à notre niveau on a porté l’axe Seine : la chatière au Havre, la création d’une société d’aménagement pour porter de grands projets, j’ai signé hier une subvention à un port d’État : Le Havre, dans le cadre d’un développement d’un flux avec la Suisse.

Dans leur logique à eux, la Région ne devrait pas y mettre un centime… Et puis hier (lundi 17 septembre, ndlr), nous avons entrepris un travail avec l’ensemble des acteurs privés du portuaire à leur demande sur des éléments liés au Brexit. J’estime donc que la Région fait sa part du travail.  La parole du gouvernement sur la restructuration des ports, on me l’annonce pour la fin de l’année. 

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Un accord sur la pêche a été trouvé lundi, une bonne nouvelle ?

Jean-Yves Le Drian m’avait dit que la question était entre les mains des pêcheurs. De toute évidence si les pêcheurs français ont signé c’est qu’ils estiment que c’est une bonne avancée. Nous, on va pouvoir lancer notre grande campagne de communication pour promouvoir la coquille normande. Comme il y a le Beaujolais nouveau, on veut instituer la coquille nouvelle sur les tables parisiennes ! 

« Les autres présidents de région ne sont pas plus aimables que moi »

L’opposition régionale vous reproche de trop nombreux tacles vis à vis du gouvernement qui mettraient à mal certains projets normands. Ce n’est pas la première fois que vous êtes critiqué pour vos punchlines

(commentaire de Florestan: le franglish des journalistes c'est... chiant!)

On pourrait penser avec quatre ministres normands dont le Premier ministre et un secrétaire d’État dont on dit qu’il a des ambitions pour la Région qu’au contraire ils puissent venir au-devant de la scène des Normands pour dire : « Regardez, grâce à nous c’est formidable… » Et puis, vous connaissez, un président de région aimable avec le gouvernement aujourd’hui ? Quand Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse sont sur les ondes chaque semaine pour dire le plus grand mal du gouvernement sur sa politique recentralisatrice ou injuste, ils sont plus aimables que moi ? Dans leur logique il n’y aurait plus aucun projet dans aucune région qui se ferait. On ne rompt pas le dialogue en taclant le gouvernement, ça n’a pas de sens. Tout ça est puéril. 

Unesco et JO 2024 : des dossiers qui avancent 

Le classement des plages du D-Day au patrimoine de l’Unesco : vous êtes optimiste ?

L’Unesco a décide de se donner un an de réflexion, on attend… Mais notre mobilisation reste intacte. L’année prochaine ce sera un grand rendez-vous avec le 75e anniversaire du D-Day. Normandie pour la Paix connaîtra une très grande édition durant laquelle on espère accueillir de grandes figues politiques planétaires et j’espère que les réflexions de l’Unesco conduiront à ce que l’on n’écarte pas les sites sur lesquels il y a eu des conflits.  Vendredi, nous avons accepté le principe d’un financement très élevé pour un réaménagement important à Omaha et nous participerons également au réaménagement des bords de mer de Luc-sur-Mer. On avance donc mais ce ne sera pas pour l’année prochaine, c’est certain. 

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Et la Normandie sera-t-elle base arrière des JO 2024 ?

J’ai multiplié les rendez-vous à Paris pour rencontrer tous les acteurs clefs des JO. Je trouve qu’il y a un très bon écho sur la flamme olympique arrivant en France par les plages du D-Day, et je pense qu’on peut difficilement trouver une plus belle porte d’entrée pour cette flamme en France.

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Autre sujet qui vous tient à cœur, la fusion des trois universités normandes : Le Havre, Caen et Rouen ? Avez-vous réussi à convaincre les présidents ?

J’étais hier avec le président de l’université de Caen et j’avoue avoir été rassuré par ses propos. mais c’est long… C’est vrai ! Toutes les structures qui ont fusionné à l’échelle de la Normandie y ont gagné. Et les trois universités y gagneraient beaucoup en étant en capacité de développer un projet universitaire ambitieux que leur dimension actuelle ne permet pas de porter. Les universités normandes ont subi échecs après échecs, je continue à défendre l’idée que la loi va permettre la création d’établissements expérimentaux, mon rêve est que les trois présidents réécrivent leur projet et portent ce projet d’université de Normandie.

Vous avez été beaucoup critiqué quant à votre projet d’installation de vidéosurveillance dans les lycées ? Où en êtes vous aujourd’hui  ? 

Près de 70 établissements ont fait la demande et on commence à installer dans une dizaine la vidéoprotection, je constate donc qu’il y avait une réelle demande. 

Président de la Normandie, des présidents de région, des Centristes, vous êtes à l’initiative du mouvement Territoires !… Quelle est votre ambition politique ?

Mon ambition c’est qu’enfin la France chemine vers le modèle qui marche dans tous les pays d’Europe qui est un modèle qui crée de l’efficacité, de l’agilité de la réactivité qui permet de pouvoir différencier les politiques en fonction des territoires. Un modèle où l’État est pleinement dans ses missions : la police, la justice, la défense et les politiques macroéconomiques. La France doit prendre le chemin de l’autonomie des pouvoirs locaux pour que notre système marche mieux avec plus de démocratie.

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Il s’agit là de votre souhait pour la France mais qu’en est-il de vos ambitions politiques personnelles ? 

J’ai créé mon association Territoires ! qui regroupe des élus, des acteurs de la société civile et je participerai au moment venu au rassemblement de toutes celles et ceux qui veulent porter un projet incarnant la droite modérée. Qui sera le leader ? Je ne sais pas : Pécresse, Bertrand… Franchement je n’en sais rien. Mais pour le moment J’adore ce que je fais, j’ai le sentiment d’être à la bonne place au bon endroit, un sentiment que je n’ai pas toujours eu auparavant.