Voilà! C'est fait! Emmanuel Macron, le chef de l'Etat et ses gens (une tablée de 30 personnes à nourrir, le soir après coup, dans un petit restaurant de Vernon avant de regagner Paris) ont fait leur grand numéro: près de sept heures "à portée d'engueulades" devant quelques 600 maires Normands confinés dans un gymnase à Grand-Bourgtheroulde, commune nouvelle du Roumois transformée en camp retranché...

A l'extérieur, assez loin, le peuple en gilets jaunes s'était massé sur les rond-points tandis que ceux de Bourgtheroulde étaient en ville: le matin, réception pour se faire entendre, écouter, laisser braire... L'après midi, ce fut plutôt gaz lacrymogène, bousculade de personnes âgées et téléphones portables jetés à l'eau par les forces de l'ordre.

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Pendant ce temps-là, devant ce que nous avons nommé une "assemblée provinciale" normande forte de quelques 600 maires, le Monarc a écouté les doléances des élus de la ruralité normande. Mais, comme vous nous l'avez déjà ici-même écrit, ce fut long et l'assemblée a paru bien placide, à l'instar de nos vaches préférées. C'est donc vrai alors: les Normands sont "violemment modérés", du moins leurs élus car, au dehors, la colère est de mise... Sans modération et c'est bien là le problème.

Suite à cette rencontre qui restera dans l'Histoire si cette dernière continue de s'écrire au rythme suivi depuis plus de deux mois maintenant, on lira le compte-rendu suivant proposé par Paris-Normandie (Boris Maslard, Franck Boitelle)

https://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/emmanuel-macron-face-a-six-cents-maires-normands-dans-l-eure--le-grand-debat-est-lance-HF14444636?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=190b2d382d-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-190b2d382d-137315997

Emmanuel Macron face à six cents maires normands dans l’Eure : le grand débat est lancé

Face à 600 élus normands réunis dans l’Eure à Grand-Bourgtheroulde, Emmanuel Macron a lancé mardi le grand débat national. Élus de proximité, les maires ont évoqué leur quotidien et les attentes de la population, porteuse d’un gilet jaune ou pas, dans un exercice de vérité qui se voulait sans « tabou ».

Applaudissements timides. Dans ce gymnase de Grand-Bourgtheroulde promu rampe de lancement du grand débat national voulu par Emmanuel Macron, les maires accueillent le chef de l’État avec la réserve de ceux à qui on a beaucoup promis sans toujours tenir, sous le regard exercé de Sébastien Lecornu prompt à identifier les bons et les mauvais élèves. Ministre aux Collectivités territoriales, il sait qu’il joue, à 32 ans, une partition majeure de sa déjà longue carrière politique. Et que s’il a soufflé le choix de l’Eure, dont il reste le patron en arrière-plan de Pascal Lehongre, avec une halte à Gasny et une grand-messe dans la circonscription de Bruno Questel, un signe de mauvaise volonté de la part des maires soufflerait un coup de froid sur ses ambitions.

« A portée d’engueulade »

Figure tutélaire, Bruno Le Maire l’accompagne dans cet exercice à risque, dans un territoire qu’il connaît lui aussi parfaitement, et où il garde un fort ancrage local. Quant à Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État à la Transition écologique et copilote de la consultation, elle veille, elle aussi, au grain après avoir tenté de déminer le terrain auprès des gilets jaunes rassemblés sur la place de la mairie, en recevant deux délégations pour des moments un peu crispés d’échanges. Au premier rang, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, se tient également prête à intervenir.

Dehors, la situation se tend avec les forces de l’ordre déployées en nombre. Bousculade et gaz lacrymogène. À l’intérieur, les élus ont pris place sur des chaises sagement alignées en carré autour d’un espace dédié à l’animation de la rencontre. L’installation se veut conviviale et propice à un échange aussi « libre » et « détendu » que possible. Sans « tabou » ni « totem », sera-t-il annoncé. Mais rien n’a évidemment été laissé au hasard pour ce rendez-vous chargé de renouer un dialogue entre le chef de l’État et la population, et surtout d’y impliquer les maires, élus de proximité jugés les plus dignes de confiance.

Tous, ou presque, arborent leur écharpe, et une forêt tricolore se dresse soudainement. Mais certains gardent leurs mains dans le dos lorsque le président fait son entrée. Trop de sentiment d’avoir été oubliés, négligés sinon méprisés par un gouvernement jugé éloigné de leurs préoccupations, de leur quotidien « à portée d’engueulade », de leurs difficultés à répondre aux attentes de leurs administrés en matière de services publics, de santé, de mobilité et d’emploi. Trop de frustration de voir leurs prérogatives leur échapper au profit de grandes collectivités, d’être noyés dans l’administratif, la loi NOTRe, les réformes incessantes, les responsabilités qui leur échoient sans explication ni financement. Trop de découragement...

« Quand est-ce qu’on arrêtera la machine à broyer la proximité ? », lance Jean-Paul Legendre, président des maires de l’Eure, qui fera tout d’abord part de son « trouble » quant à ce que le gouvernement attend des élus locaux dans le cadre de ce grand débat. « Ma commune est utile », « Ayez confiance en la ruralité », interviennent à leur tour Laurance Bussière et Jean-François Lemesle, présidents des maires ruraux de l’Eure et de la Seine-Maritime, venus défendre la « richesse » du maillage territorial, et dire leur volonté d’être des « facilitateurs » dans la période critique que traverse le pays.

« On veut aider à pacifier »

« On veut aider à pacifier », dira même Anne-Marie Cousin, maire de Torigni-sur-Vire, venue avec quelques élus de la Manche participer à la rencontre, trop heureuse, comme l’avait fait remarquer une homologue euroise que « les maires soient remis au cœur du débat, parce que nous avions jusqu’à présent le sentiment d’être malmenés ». Des applaudissements nourris saluent cette saillie. Le débat est enfin lancé.

Suivent une vingtaine d’interventions sur une multitude de sujets : éloignement des services publics, réforme territoriale et transfert de compétences, statut des élus, démographie médicale, finances locales et dotations de l’État, mobilité, justice sociale, introduction d’une dose de proportionnelle, mise à disposition des cartes d’identité et des passeports dans les mairies... En deux longues salves de questions, les élus épuisent la longue liste d’interrogations, mais aussi de propositions tirées de leur quotidien et bien souvent de leurs échanges avec leurs administrés, porteurs d’un gilet jaune ou pas.

Emmanuel Macron écoute. Prend des notes. Répond point par point et parfois lance un coup de griffe, témoignant d’une pugnacité à peine entamée par les coups de boutoir de ces dernières semaines. « J’ai tout mon temps », dit-il, réaffirmant sa volonté de « construire des solutions pour le pays », dans le refus de « la violence et de la démagogie ».

L’assemblée acquiesce, apprécie parfois sans trop s’engager. Consciente qu’il lui faudra, au lendemain de cet exercice de vérité qui a parfois tourné à la séance de calinothérapie, retrouver une mairie où ils se sentent souvent bien seuls, face à une tâche immense pour laquelle ils ne disposent pas de tous les outils. Pour résumer, la réalité du terrain.

le lapsus du jour !

Il aurait voulu le faire qu’il n’y serait sans doute pas arrivé ! Joli lapsus en tout cas hier après-midi de la part de Jean-Paul Legendre, le président de l’Union des maires de l’Eure et maire de Iville. Dans son discours adressé au président de la République, l’élu s’est fait l’avocat des maires pour dénoncer la différence de moyens financiers entre les petites communes et les plus grandes. Mais Jean-Paul Legendre a déclenché un joli éclat du rire, y compris d’Emmanuel Macron, quand il s’est emmêlé les pieds dans le tapis en constatant que « les petites communes touchent moitié moins d’ISF par tête d’habitant que les plus grandes ». En fait, Jean-Paul Legendre voulait parler de DGF, la Dotation globale de fonctionnement et non pas de l’Impôt de solidarité sur la fortune ! Le lapsus a eu le mérite de détendre l’atmosphère.

Anicroches et petites bisbilles dans le débat

Francis Courel, le maire de Saint-Philbert-sur-Risle, a évoqué hier après-midi « Nemo », le labrador du président de la République en rappelant que l’usine Neslté-Purina qui produit de des croquettes pour les animaux est située sur son territoire. « S’il mange des croquettes, il aura un poil brillant », a lancé le maire.
La politique politicienne n’est jamais très loin et Joël Bruneau, le maire LR de Caen, l’a montré hier en rappelant que des élus locaux peuvent prendre des responsabilités nationales. Il y a ceux qui les reçoivent et « ceux qui vont les chercher », a lancé l’élu caennais se tournant vers Sébastien Lecornu. « Hein Sébastien ! », lance-t-il à son ancien collègue des LR passé désormais chez La République en marche.
Échange tendu entre Sébastien Lecornu, le « monsieur Loyal » du débat et le député PCF de Dieppe, Sébastien Jumel qui voulait s’adresser au président de la République alors que la parole était en priorité donnée au maire. Droit dans ses bottes, l’élu eurois lui a rappelé qu’il avait souvent l’occasion d’interpeller le gouvernement, notamment chaque semaine lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.
Guy Lefrand, le maire LR d’Evreux, n’est pas vraiment « macron-compatible » et l’a à nouveau montré hier en parlant des baisses des dotations aux communes. Mais il a peut-être tourné les talons un peu vite car lorsque le président de la République, répondant aux maires, a voulu lui faire la démonstration que les dotations pour Evreux n’avaient pas baissé, au contraire, le maire était déjà sur le chemin du retour. « C’est dommage ! », a lancé Emmanuel Macron.

La question de la nocive inefficacité du jacobinisme comptable des petits marquis de Bercy est devenue lancinante avec comme enjeu symbole, la fermeture de la maternité de Bernay...
Autre question: la réforme de la loi NOTRe, une machine qui broie la proximité et l'approfondissement de la décentralisation. On ne pourra qu'applaudir à l'analyse du maire d'Iville qui constate que la Normandie réunfiée est, bel et bien, l'exception qui confirme, hélas, la règle!
(Paris-Normandie, 17 janvier 2018, Anthony Quindroit et Franck Boitelle)

80 km/h, maternité de Bernay : retour sur le lancement du grand débat à Grand Bourgtheroulde

Inflexible sur l’ISF, ferme sur les réformes qui ont constitué les marqueurs de son programme, Emmanuel Macron a néanmoins montré des signes d’ouverture, notamment sur les 80 km/h, mardi 15 janvier 2019 lors du lancement du grand débat national.

Un retour envisagé sur la limitation à 80 km/h

Pour le président Emmanuel Macron, « il n’y a pas de dogme » sur la limitation à 80 km/h. Des propos tenus lors du lancement du grand débat national. Une manière d’annoncer une éventuelle marche arrière sur la baisse de la vitesse sur le réseau secondaire ?
Lors de la mise en place de la limitation à 80 km/h (au lieu de 90) sur les routes départementales le 17 juin 2018, le gouvernement se montrait déjà ouvert à une remise à plat du dispositif après deux ans d’expérimentation. Mardi, le chef de l’État Emmanuel Macron a confirmé que, sur ce dossier, le gouvernement pourrait montrer un peu de souplesse.
Un pas en avant que Gérard Blottière, président délégué de l’Automobile club association pour la Normandie, encourage : « Nous avons toujours été contre cette limitation. Non pas que nous voulions un retour à 90 km/h partout. Nous, ce que nous avons toujours demandé, c’est une étude par secteur : il y a des endroits où, même 80 km/h, c’est trop, comme dans la vallée de Sainte-Austreberthe (près de Pavilly). À côté de ça, il ne semblait pas utile de diminuer la vitesse... Nous prônons une vitesse adaptée, décidée par les conseils départementaux, les préfectures et les associations. »
Mais pour Valentin Papet, président de l’association Aide aux victimes de France, dont le siège est à Rouen, la sortie d’Emmanuel Macron sur ce dossier est un peu opportuniste.

« Il ne faut pas que ce soit pour calmer les esprits »

Plus facile, finalement, de lâcher du lest sur la vitesse que sur l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) : « Ce sujet a fait débat même au sein de l’association, note le responsable associatif basé à Rouen. Mais il y a des faits : 3 500 morts sur les routes en France, sans compter les milliers de victimes blessées, les proches touchés... Pour nous, restreindre la vitesse sur le réseau secondaire, c’est une bonne chose si cela sauve des vies. »
Or, il craint que le débat autour du dispositif ne soit pipé : « Il faut qu’il y ait les résultats de l’expérimentation sur cette question. Il ne faut pas revenir sur les 80 km/h pour de mauvaises raisons, c’est-à-dire uniquement pour calmer les esprits. » D’autant que, selon lui, les chiffres seront difficiles à appréhender lorsque l’on voit le contexte. « Avec les mouvements sociaux, on sait que les flux de circulation ont été modifiés. Les événements viennent biaiser les données, estime Valentin Papet. Il faut une réelle étude d’impact de la mesure. Nous ne sommes pas opposés à ce qu’elle soit discutée ou modifiée à partir du moment où cela se fait sur de bonnes bases. »
Gérard Blottière admet avoir moins de scrupule même s’il est conscient qu’un retour sur la limitation pourrait être une opération séduction du gouvernement : qu’importe la raison, « tant que l’on revient sur un dispositif qui n’est pas adapté et que l’on peut travailler sur la juste vitesse ».

Corriger la loi NOTRe, « profondément injuste »

Emmanuel Macron a ouvert la porte à une révision de la loi NOTRe, qui fait grincer les dents de nombreux élus. Président des maires de l’Eure, Jean-Paul Legendre applaudit.
Jean-Paul Legendre est prêt à s’engager, comme le lui a suggéré Sébastien Lecornu, dans un groupe de réflexion chargé d’évaluer, de corriger, éventuellement de réformer la loi portant la Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRe), dont les effets les plus visibles ont été la création des grandes régions, la formation de communautés de communes XXL et l’élan donné aux métropoles. « Une loi profondément injuste parce qu’elle crée des inégalités entre les territoires, contrairement aux grands principes de la République », dénonce le président des maires de l’Eure, faisant référence aux « règles, aux dotations et concentrations de moyens » différents selon que l’on administre une commune en milieu urbain ou en zone rurale.
Ainsi, pour 30 % de la population, mais occupant 80 % du territoire, la Dotation globale de fonctionnement (DGF) est moitié moindre qu’en ville. « Or, les besoins des habitants, par exemple en matière d’équipements et d’accès au très haut débit, sont identiques, plaide Jean-Paul Legendre. Et cette différence de traitement fait que les entreprises locales peinent à attirer des cadres. Cela nuit à leur développement. »
Outre la refonte de la carte des régions, dont « la cohérence, hors la Normandie, ne saute pas aux yeux », le maire de la petite commune d’Iville conteste un principe fondateur « erroné » qui consiste à pousser à l’agrandissement systématique de toutes les structures. Par la création de communes nouvelles, « parfois au-delà de toute rationalité ». Par l’élargissement des intercommunalités, parfois si étendues pour atteindre le seuil critique de 15 000 habitants que la relation de proximité entre élus et entre citoyens, si vantée mardi lors du lancement du grand débat, devient illusoire. « Il faut, pour le moins, stopper ce gonflement exagéré des intercommunalités », prône l’élu, qui estime que ce mouvement, poussé à l’extrême, pourrait aller jusqu’à menacer l’échelon départemental et donc remettre en cause l’égalité de traitement des habitants dans un même département.

Maternité de Bernay : l’espoir est retombé comme un soufflet

L’intervention d’Emmanuel Macron concernant le devenir de la maternité de Bernay a fait plus d’un déçu. À commencer par Valéry Beuriot, maire PCF de Brionne, qui s’est fait le porte-parole des défenseurs de la maternité dont la fermeture devait intervenir le 11 février. « La déclaration d’Emmanuel Macron a eu l’effet d’une douche froide. Je suis déçu par le décalage de ses propos avec la réalité du terrain. La certification de l’établissement a bien été renouvelée contrairement aux arguments avancés par le président. »
Comme lui, le sénateur de l’Eure, Hervé Maurey (UDI), déplorait, via un communiqué de presse, mardi soir que « le président de la République a estimé qu’un renforcement de l’offre de gériatrie [à Bernay, N.D.L.R.], en plus de la création d’un centre périnatal, constituerait une compensation satisfaisante à la fermeture de la maternité. La gériatrie ne saurait remplacer un service d’accouchement. Il méconnaît les besoins en matière de santé de ce territoire. »
Pour Jérémy Van Hese, vice-président de l’association de défense de la maternité, « c’est un non-sens de déshabiller un service pour en rhabiller un autre. Et s’il y a eu une baisse des accouchements à Bernay en 2018 - même si l’on est au-dessus du seuil de fermeture - c’est en partie à cause de la politique de sabotage menée par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et l’Agence régionale de santé. » Agnès Buzyn est désormais attendue sur place.

Vincent Martin (maire de Grand Bourgtheroulde) : « Le président nous tend la main »

Le maire de Grand Bourgtheroulde, Vincent Martin, revient sur la journée unique vécue mardi dans sa commune.
Quel est votre ressenti, au lendemain du lancement marathon du grand débat dans votre commune ?
Vincent Martin : « Un événement hors normes, avec beaucoup d’échanges, beaucoup de maires qui ont pu exprimer leurs préoccupations, et un contact direct, sans langue de bois, avec le président. On voit bien qu’il se trouvait à un moment charnière, un temps fort de son mandat. Il y a eu des interventions très politiques, prétendant que tout était préparé et que les dés étaient pipés. Je peux vous dire que c’est faux, compte tenu du format de cette réunion. Je savais à l’avance qu’il avait l’intention de prendre tout son temps pour répondre aux élus, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il y consacrerait toute la soirée. »
Êtes-vous conforté dans la poursuite de ce processus ?
« Le président tend la main aux élus et veut aussi nous placer au devant pour prendre l’attache des habitants. Pour ma part, moi qui suis maire sans étiquette et parfaitement libre par rapport à cela, je trouve que la méthode est complètement originale et offre un bon moyen de faire remonter les doléances de nos habitants. On va saisir l’occasion à Grand Bourgtheroulde et, d’ici un mois, organiser une réunion à cet effet. Nous aurons aussi un temps d’échange spécifique par rapport à ce qui s’est passé mais on a aussi ce sentiment après avoir vu 110 personnes en une semaine consigner leurs observations sur le cahier de doléances. »
Comment ont réagi les habitants, les commerçants de Grand Bourgtheroulde ?
« Je crois qu’il y a de la fierté d’avoir accueilli cet événement, de faire connaître le nom de Grand Bourgtheroulde dans toute la France et auprès de la presse étrangère. Et aussi du soulagement qu’il n’y ait pas eu de débordements. Les commerçants étaient fermés. Mais tout le monde comprend. Je n’ai entendu aucune critique pas rapport à cela, ni par rapport à la présence policière qui a rassuré les habitants. »

Sophie de Gibon (maire de Canteloup) : « Maintenant, il faut des actes »

« Le président nous a écoutés, dans le respect sans nous prendre de haut. Maintenant, après ces belles paroles, j’attends des actes... »
Maire (DVD) d’une commune de 191 habitants au cœur du Calvados, Sophie de Gibon a rappelé au président le mépris ressenti par les maires ruraux illustré par le #BalanceTonMaire, l’engageant à valoriser les territoires ruraux, à respecter et à écouter les maires... « Le président a répondu à toutes les questions, c’est un très bon orateur, il a parfaitement réussi l’exercice. Je n’attendais pas qu’il me convainque mais qu’il m’écoute. Il a ouvert des pistes de discussions possibles, la loi NOTRe, les 80 km/h... Les applaudissements de la salle traduisent un respect mutuel. Maintenant, il faut aller au-delà de ce qui ressemblait à un meeting de campagne. » « M. Macron doit nous assurer qu’il a perçu le désarroi des élus et y répondre », confie-t-elle.

Des maires sous le charme

Les maires de la Métropole rouennaise sont globalement revenus enthousiastes de l’opération de lancement du grand débat mené mardi par Emmanuel Macron. Toutefois, tous modèrent en rappelant que cette consultation des citoyens n’aura de sens que si l’État accepte de faire évoluer sa politique.
Chacun s’interroge encore sur la manière de décliner ce grand débat au sein de sa commune. Si Catherine Flavigny (Mont-Saint-Aignan) et Pascal Houbron (Bihorel) sont prêts à organiser des réunions publiques afin de faciliter le grand débat, la majorité des maires interrogés préfèrent laisser l’initiative à leurs concitoyens : « C’est aux Français de s’emparer du grand débat », indique Franck Meyer (Sotteville-sous-le-Val). « Nous devons nous pencher sur les modalités d’une association plus fréquente de nos concitoyens à nombre de décisions publiques », conclut le président de la Métropole, Frédéric Sanchez.

Du côté des Gilets Jaunes, la question était de savoir comment entrer dans le Grand bunker-Bourgtheroulde... Témoignages rapportés sur Paris-Normandie (16/01/19):

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Quant aux habitants de Bourgtheroulde, ils ont eu l'impression d'être pris en otage pendant une journée entière! Pas sûr que la fierté d'accueillir le président de la République évoquée par le maire ne soit partagée par ses concitoyens... (PN 16/01/17)

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Hervé Morin, président de la Normandie qui était présent dans le gymnase de Grand-Bourgtheroulde avec les autres élus normands mais sans avoir pris publiquement la parole, défend le principe de réunir des conférences sociales territoriales dans les régions tout en craignant l'autisme d'un pouvoir macronien aux abois face à une mobilisation des Gilets Jaunes qui ne faiblit pas: le président normand était interrogé dans la matinale d'Europe 1 ce 17 janvier 2018 avant d'être reçu dans la journée à Matignon par un ancien député-maire du Havre. Au menu de l'entrevue entre les deux hommes, la question portuaire normande à la veille d'un Brexit qui s'annonce dur!

"Grand débat national" : "C'est la dernière chance pour rendre le quinquennat utile", avertit Hervé Morin

Pour le président de la région Normandie, invité de la matinale d'Europe 1, l'échec du "grand débat" voulu par Emmanuel Macron pourrait donner lieu à une dissolution de l'Assemblée nationale.

INTERVIEW

Les Français devront encore attendre jusqu'à lundi avant de poster sur le site du gouvernement leurs contributions dans le cadre du "grand débat national". "Ce débat est nécessaire, et c'est la dernière chance pour rendre le quinquennat utile", a averti Hervé Morin, le président de la région Normandie, jeudi au micro d'Audrey Crespo-Mara dans la matinale d'Europe 1.

Un risque de dissolution. "Soit le président arrive à combler le fossé qui existe avec les Français, soit, au bout de ce débat, il y a une énorme déception et il ne restera plus qu'une solution : une dissolution, le retour aux urnes et les Français qui reprennent leur destin en main", prédit encore cet ancien ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy. Dans l'hypothèse d'un échec du dialogue qui doit s'ouvrir entre les Français et les élus, Hervé Morin imagine qu'"il y aura au minimum […] une évolution du gouvernement, ou le retour aux urnes si la paix et le calme ne reviennent pas dans le pays."

La "modestie" du président. Surtout, celui qui est également président de l’association Régions de France appelle le pouvoir a remettre les corps intermédiaires au cœur de la décision politique. "On a eu un exécutif qui, pendant quinze mois, ne nous a pas calculés", relève-t-il. "Je suis heureux de voir que le président jupitérien, maître du temps et des horloges, ait trouvé la modestie de s’asseoir au milieu des maires, de prendre des notes et de poser des questions", ironise-t-il, alors qu'Emmanuel Macron a officiellement lancé mardi le "grand débat" depuis Grand Bourgtheroulde, en présence de 600 maires normands.

"On a une fracture qui est gigantesque". "Il a été bon", concède Hervé Morin. "Tout le monde connait les qualités de débatteur et de séducteur de chef de l'Etat. Mais je n'ai jamais entendu autant de haine à l'égard du président de la République […] Là, on a une fracture qui est gigantesque", s'inquiète-t-il. "On a un exercice obligatoire qui est de revenir au contact des Français et les maires ruraux, les maires des petites communes, sont des médiateurs pour le gouvernement dans le cadre de ce mouvement."

Une synthèse nationale. Pour cet élu, il est essentiel que les contributions au "grand débat" se répercutent à tous les échelons de l'Etat. "Ce que nous croyons, c'est qu'à coté de ce débat national il doit y avoir une grande conférence territoriale et sociale qui réunit l'ensemble des corps intermédiaires pour commencer à bâtir une synthèse qui va être compliquée", propose Hervé Morin. Et d'avertir : "s'il y a de la déception, le chaos reprendra de plus belle."


Justement, le "Grand Débat" fait débat, tant sur son format, son utilité politique, voire son indépendance...

Un récent sondage (Odoxa- France Info en date du 17 janvier 2019) indique que sept personnes interrogées sur dix ne souhaitent pas y participer puisqu'elles craignent que ce débat ne soit qu'une opération cosmétique ne débouchant sur rien ou pas grand chose. Alors que 51% des personnes interrogées soutiennent encore le mouvement des Gilets Jaunes après plus de deux mois de mobilisation, le pouvoir espère que la multiplication des débats pendant le week-end du 19 janvier détournera l'attention médiatique et publique de l'Acte X de la mobilisation des Gilets Jaunes.

(Paris-Normandie, 16 janvier 2019)

Grand débat Dieppe


Pendant ce temps-là, le mouvement des Gilets Jaunes en Normandie souhaite s'enraciner et s'organiser pour durer, réfléchir et proposer des alternatives politiques et insitutionnelles importantes...

L'idée de créer une association citoyenne des Gilets Jaunes Normands en coordination régionale est à l'étude. Un acte X de la mobilisation est annoncé aussi dans les principales villes normandes pour le samedi 19 janvier 2019: il s'annonce suivi, au moins au même niveau que le précédent...

Enfin, une grande assemblée générale des gilets jaunes de Normandie est en préparation pour le samedi 26 janvier 2019, événement qui aurait lieu à Caen.

L'Etoile de Normandie, bien entendu, suivra le sujet de près.

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Pour finir, on notera, non sans une certaine satisfaction, que le gilet jaune normand qui semble le plus doué pour parler au nom de tous les autres soit François Boulo, un... avocat rouennais qui s'exprime volontiers sur le mode très normand du "c'est mon dreit et j'y ti!" tout en continuant une bien grande et belle tradition juridique normande dont le Parlement de Rouen était, autrefois, le farouche gardien face aux excès du centralisme parisien!

LIBERTE PAIX DROIT:  les valeurs normandes retrouvent ainsi une nouvelle vitalité grâce au mouvement des Gilets Jaunes

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/l-avocat-des-gilets-jaunes-de-rouen-francois-boulo-explique-son-engagement-BB14401257

L’avocat des gilets jaunes de Rouen, François Boulo, explique son engagement

Portrait. Il est une des figures montantes du mouvement né le 17 novembre sur les ronds-points. À 32 ans, le Rouennais François Boulo est devenu le porte-parole des « gilets jaunes » à Rouen et court les plateaux télé ou radio des médias locaux et nationaux.

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François Boulo, avocat de 32 ans, se présentant comme porte-parole des « gilets jaunes » à Rouen, est à l’image de ce mouvement : inattendu. Avec sa tête de premier de la classe, l’avocat inscrit au barreau de Rouen dénote déjà de par sa profession, au milieu des classes populaires et moyennes mobilisées depuis le 17 novembre. Loin des très médiatiques Jacline Mouraud, Éric Drouet ou autres, il se démarque aussi par sa connaissance des sujets et par son éloquence. « C’est un mouvement protéiforme, populaire. Il faut que différentes voix puissent s’exprimer », défend-il.

Toujours calme, sûr de son fait, ce cador de la joute verbale est devenu en quelques jours une coqueluche des médias. Ses interventions sur les plateaux télévisés où il rembarre un député LREM, ou renvoie dans ses cordes un représentant du Medef font un tabac sur les réseaux sociaux, qui ont vu naître le mouvement. Le Rouennais n’a pas tardé à faire l’unanimité. Chose rare au sein d’un mouvement rattrapant par le col tous ceux tentés de tirer profit de leur médiatisation pour leur intérêt personnel.

« Je n’ai pas d’étiquette, j’ai un gilet »

« C’est un peu vertigineux », commente-t-il, à la sortie d’une interview, lundi après-midi, sur le plateau de PN TV, la web télé de Paris-Normandie. « Et en même temps ça m’oblige. J’ai une grande responsabilité, je n’ai pas le choix. » Tout est allé très vite pour cet avocat installé à son compte rue Jeanne-d’Arc, habitué à traiter des affaires touchant au droit du travail, au droit bancaire, de la consommation... Le 17 novembre, au premier jour de la mobilisation, « avant d’aller courir, je me suis rendu au bout du Mont-Riboudet en début d’après-midi voir les manifestants puis ceux sous le pont Flaubert [rive droite] ». Sans jouer les prophètes, cette colère sociale ne le surprend pas. « Je suis retourné le lendemain soir au rond-point de la Motte jusqu’à temps que les forces de l’ordre nous délogent. » Sur place, il découvre des retraités, des personnes très modestes, des salariés, des accidentés de la vie... Un discours revient sans cesse : « On en a marre de payer [des impôts et des taxes] pour rien ».

Dix jours plus tard, François Boulo se retrouve parmi une centaine de « gilets jaunes » réunis en assemblée sur un parking au Grand-Quevilly, dans une cacophonie généralisée. « J’ai pris la parole et tout le monde m’a écouté pendant cinq minutes. J’ai défendu l’idée que la politique doit servir les intérêts de 99% de la population et non des 1% les plus riches. » Vainqueur du concours d’éloquence dit « Conférence du stage » organisé par le barreau de Rouen en 2014, à destination des jeunes avocats, le tribun sort « victorieux » de cette première intervention en public. Acclamé, il est tout de suite adopté par le groupe. Depuis, il se présente comme le porte-parole des « gilets jaunes » à Rouen, après avoir recueilli quelque 200 signatures sur les différents ronds-points rouennais. « Porte-parole mais pas représentant, je n’ai pas de mandat pour dialoguer ou négocier avec le gouvernement. » François Boulo séduit. Il met des mots sur une injustice sociale et fiscale, vécue par des millions de Français. « Le mouvement a fédéré car il est parti des taxes. Notamment chez les classes moyennes car ils paient beaucoup d’impôts mais ne savent pas pourquoi. »

Élevé à Louviers dans une famille de tradition « gaulliste sociale », il n’a pas le profil du révolutionnaire. Passé par l’institution Notre-Dame Saint-Louis pour l’école primaire et le collège, il décroche son bac S au lycée public des Fontenelles, mention bien. Après des études de droit à Rouen et une cinquième année à Caen pour suivre un master de droit des affaires, il passe l’examen d’entrée au barreau de Paris en 2009. Deux ans d’études supplémentaires, et le voilà travaillant dans le cabinet Fromont Briens. Il est de retour à Rouen en 2012. « Je voulais être libre, indépendant pour agir en accord avec mes convictions. »

François Boulo ne veut pas être classé politiquement. « Je n’ai pas d’étiquette, j’ai un gilet. » Toutefois, il nourrit sa réflexion « depuis trois, quatre ans » en se passionnant pour les économistes éloignés du discours « mainstream » libéral : Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Frédéric Lordon... En s’intéressant au départ aux intérêts de la dette, il rejoint les pourfendeurs d’un État soumis aux marchés financiers.

Dans l’interview accordée à PN TV, le porte-parole ne voit que deux issues au mouvement : « Soit il [Emmanuel Macron] accepte de changer de cap en entendant les revendications, soit il faut une sortie institutionnelle par le haut : dissoudre l’Assemblée nationale ou lancer une consultation par référendum en engageant son mandat ». « Une dissolution dans les six mois » lui semble le plus probable. À l’issue de ces nouvelles élections, le « gilet jaune » imagine un parlement plus équilibré, plus représentatif des différentes forces politiques, obligeant la majorité à passer des alliances. Le tout, en rejetant des principes jugés dépassés tels que le cordon sanitaire empêchant de traiter avec les extrêmes, notamment de droite. Mais plutôt en prenant les « bonnes » idées là où elles se trouvent. « Le peuple veut de la souveraineté » (notamment économique), prédit-il.

Pour l’heure, le trentenaire, marié depuis six mois à une architecte, n’envisage pas une nouvelle carrière. « La question d’une structuration politique se posera au moment d’une élection nationale, répondait-il sur PN TV. [...] Je ne ferme pas la porte car la question n’a pas été tranchée par les “ gilets jaunes ”. »

En attendant, l’avocat gère uniquement « les urgences » au sein de son cabinet et se défend de profiter de sa nouvelle notoriété pour se créer une future clientèle. « Je ne vais pas m’enrichir dans les semaines ou mois à venir ! La tribune que j’ai aujourd’hui, c’est pour faire avancer le débat de fond. » Avec son calme naturel, le plaçant à des années-lumière des agitateurs décriés par le gouvernement, François Boulo réussit à faire la synthèse, capable d’appeler à « soutenir l’institution des forces de l’ordre » et - en même temps... - de renvoyer la responsabilité des violences à l’exécutif.

Ils parlent de lui

Florence, assistante manager, 25 ans, « gilet jaune » à Rouen de la première heure :
« De par sa profession, il a les bons mots, il sait comment parler et de quoi il parle. Il connaît la loi. On peut lui faire confiance, il est humble et droit, son discours ne change pas et ne parle pas pour lui. Il a pris le temps de parler avec toutes les personnes qu’il a rencontrées. Il a pris en compte tout ce que les personnes voulaient dire et il a fait une synthèse de tout ça. Il écoute énormément. Avec son parler très doux, il a réussi à avoir l’attention des gens. C’est lui qu’il nous faut. »
Me Éric Di Costanzo, bâtonnier de l’Ordre des avocats au barreau de Rouen jusqu’au 31 décembre 2018 :
« C’est quelqu’un de très professionnel », « apprécié par ses collègues ». Il lui reconnaît une « facilité » à l’oral. « Il a cette aisance pour s’exprimer notamment sur les plateaux télé et radio » et fait preuve de « clarté dans ses propos », en s’adaptant à son public.
François Boulo a tenté de rallier ses pairs, en lutte contre la réforme judiciaire, aux gilets jaunes. En vain.

Commentaire de Florestan:
On constatera que François Boulo et Hervé Morin font le même constat politique... Emmanuel Macron joue avec le feu quitte à ce qu'une dissolution de l'Assemblée Nationale ne devienne la seule façon de l'éteindre!
En attendant, le cri du gilet jaune Normand pourrait être celui-ci:
"Haro Haro mon duc! Macron m'a fait tort!"