"C'est mon dreit et j'y ti!" dit-on aussi en normand... 

L'image à découvrir ci-dessous est aussi impressionnante qu'inédite: les avocats du barreau de Rouen rendent non pas leur tablier mais leur robes!  Ou, plutôt, les ont-ils accrochées aux grilles de ce qui fut le parlement de Normandie à l'instar de ce que nous raconte le psaume 137 lorsque les Juifs prisonniers de Nabuchodonosor décidèrent de "pendre leurs harpes aux saules verts du fleuve de Babylone" pour refuser la demande de leur nouveau maître qui voulait entendre la musique qu'ils faisaient autrefois dans le temple de Jérusalem..

https://www.biblegateway.com/passage/?search=Psaumes+137&version=LSG

Sans remonter à l'antiquité biblique, on dira que ce n'est pas la première fois que, dans leur longue histoire, les dentelles de pierre du palais de justice de Rouen voient une contestation de l'autorité et des décisions du gouvernement central de Paris par les hommes de loi qui plaident là depuis des siècles: avant 1789 ce qui était, autrefois, le parlement de Normandie, à savoir, la cour souveraine judiciaire pour toute la Normandie, gardienne de la coutume et droit de notre région, avait été surnommé le "grenadier des parlements de France" pour sa vigilance au sujet de tous les abus de pouvoir et pour son opposition à toute réforme visant à renforcer la puissance de l'Etat central parisien au détriment des provinces.

On peut même dire que de la tête des hommes de loi pratiquant le droit normand au parlement de Normandie sortirent des idées avancées sur des réformes institutionnelles qui auraient pu faire de la France une démocratie fédérale.

Au plus fort des attaques de la monarchie administrative absolue des Bourbons de droit divin (les années 1770-1780) pour essayer de moderniser les institutions du pays dans le sens d'augmenter la puissance d'une centralisation autoritaire, les avocats et magistrats normands du parlement de Normandie furent à la pointe de la contestation au point de faire diffuser dans les rues de Rouen un "manifeste aux Normands" (1771) qui affirmait avec audace que les liens entre les Normands et la couronne de France étaient de nature contractuelle avec l'obligation pour chaque partie d'honorer la part du contrat qui lui revenait...

Plus de deux siècles plus tard, c'est un peu la même histoire qui se répète:

Les barreaux de Normandie et notamment celui de Rouen se révoltent contre deux réformes gouvernementales qui, pour des raisons strictement comptables, vont mettre à mal la nature même de leur métier sinon de leur vocation:

1) La Normandie (est-ce en raison de son glorieux passé juridique?) a été choisie pour faire l'expérimentation de la toute nouvelle "cour criminelle" qui est une sorte de cour d'assises aux petits pieds (c'est-à-dire sans l'inconvénient procédural de constituer et de réunir un jury populaire d'assises tiré au sort). Les avocats, craignent, non sans raison, une justice à deux vitesses pour traiter la matière hautement sensible de la cour d'assises.

2) Les avocats s'opposent, bien entendu, comme d'autres professions ayant des contraintes spécifiques, à la suppression de leur régime spécial de retraites et surtout au fait que l'Etat pourrait faire main basse sur la réserve financière constituée au sein de leur caisse particulière de retraites...

Plus d'explications en lisant l'article suivant:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/limage-avocats-rouen-raccrochent-leur-robe-sur-grilles-palais_30726164.html

L’IMAGE. Les avocats de Rouen « raccrochent » leur robe sur les grilles du Palais de Justice

Plus de 120 avocats ont symboliquement raccroché leur robe, lundi 13 janvier, au Palais de Justice de Rouen. Ils ont protesté contre la disparition de leur régime autonome.

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Les avocats du Barreau de Rouen ont entamé des actions symboliques en fin de matinée, lundi 13 janvier 2020, devant et à l’intérieur du Palais de justice de Rouen (Seine-Maritime). Plus de 120 d’entre eux ont accroché leur robe aux grilles avant de les déposer à l’intérieur, dans la salle des pas perdus sur la table en marbre.

Lire aussi : Grève : le rectorat de Rouen bloqué ce matin par une centaine de manifestants

Les avocats ont entamé des actions symboliques, pour protester contre la réforme des retraites et la suppression de leur régime autonome. (©Manon Leterq/76actu)

Ces actions interviennent dans un contexte de mobilisation nationale des avocats dans toutes les villes de France. « Nous protestons contre cette réforme qui nous impacte dans la mesure où elle remet en cause notre régime autonome », a souligné Guillaume Bestaux, bâtonnier de l’Ordre des avocats de Rouen.

J’raccroche ma robe

Devant le Palais de Justice de Rouen, aux alentours de 11 heures, les avocats réunis ont débuté leur action collective par une chanson d’Angèle Balance ton quoi. La musique, retravaillée, a été intitulée : J’Raccroche ma robe. Les avocats ont poussé la chansonnette, et entamé un refrain faisant référence à leur opposition contre la réforme des retraites portée par le gouvernement. Cette réforme prévoit la suppression de leur régime autonome, qui devrait basculer dans le régime général. 

Quelques instants après, tous ont accroché leurs robes noires aux grilles du Palais de justice. De mémoire d’avocat, et selon les dires de l’ancien bâtonnier Arnaud de Saint-Rémy, c’est « du jamais vu ». Ensuite, tous ont rejoint la salle des pas perdus, pour déposer leurs robes sur la table de marbre. Cet acte, sur la table symbolisant la Justice qui a été autrefois utilisée par Corneille, est hautement symbolique pour les membres de la profession.

« Je pense clairement à raccrocher »

Avec l’actuelle réforme des retraites, c’est le système de cotisation de la profession qui est remis en question.  Thierry Levesques est avocat depuis 28 ans au Barreau de Rouen. Si la réforme des retraites en l’état actuel est adoptée, il menace de raccrocher .

Quand je vois le niveau de charges qu’il va y avoir en plus, je me dis que je ne vais pas tenir. Je pense clairement à raccrocher car avec cette histoire de réforme des retraites, ce sera impossible. Concrètement, si j’ai 7 000 à 8 000 euros de charges en plus, c’est mort, soutient l’avocat.

Les avocats demandent à leur ministre de la Justice, Nicole Belloubet, « un soutien » et la préservation de ce régime autonome. « Nous ne coûtons rien à l’Etat, nous lui rapportons 100 millions d’euros par an. En moyenne un avocat rapporte 1200 à 1400 euros par an. Et on nous dit qu’il faut être solidaires et contribuer au régime général. Mais on va y perdre car nos cotisations vont augmenter et notre minimum retraite va diminuer. Le minimum retraite chez les avocats est fixé à 1400 euros, et avec le régime général il passera à 1000 euros ! Comment pouvons-nous accepter ça ? » vocifère Arnaud de Saint-Rémy.

Les avocats ont lors de l’assemblée générale prévue à 12h15, voté en faveur de la grève, reconductible pour une semaine. Cet horaire n’avait pas été choisi au hasard, car au même moment, une rencontre était organisée entre le Premier ministre, le secrétaire d’État et les représentants de la profession à Paris pour discuter de la réforme.