Nos institutions sont en crise... C'est la moindre des choses que d'avoir à le constater. Il faut des solutions voire des réformes. Ici, nous considérons que l'idée régionale n'a pas été suffisamment mise en valeur ni vraiment prise au sérieux. Le temps d'une démocratie plus profonde, plus directe, girondine et régionale est arrivé. A condition que nous ayons de vraies régions, en terme de périmètre et en terme de moyens, pour que ces temps nouveaux arrivent enfin. Sinon...

On vous propose de découvrir le point-de-vue d'Eric Chevée, le président du CESER de la région Centre-Val de Loire (qui devrait s'appeler... "Val de Loire"):

https://www.leberry.fr/bourges/institutions/politique/2019/01/26/eric-chevee-president-du-ceser-centre-val-de-loire-nos-institutions-sont-a-bout-de-souffle_13120036.html

Éric Chevée, président du Ceser Centre-Val de Loire : "Nos institutions sont à bout de souffle"

politique-marc-fesneau-ministre-des-relations-avec-le-parlem_4185511

Dans le cadre du grand débat national, Éric Chevée, président du conseil économique, social et environnemental du Centre-Val de Loire (Ceser) plaide pour le questionnement du « système de sélection des décideurs et des corps intermédiaires », comme une réponse à la crise des « gilets jaunes ».

Éric Chevée est président du conseil économique, social et environnemental de la région Centre-Val de Loire (Ceser). Alors que le grand débat national doit permettre d’apporter des réponses à la crise des « gilets jaunes », Éric Chevée tente d’en analyser les ressorts.

Aux yeux du président de l’assemblée consultative, la crise politique et sociale que traverse la France trouve son origine dans une crise institutionnelle. « Nous devons interroger nos modes de désignation des représentants au sein des institutions », affirme-t-il.

Plus de deux mois après le déclenchement de la crise des « gilets jaunes », êtes-vous surpris par l’ampleur de ce mouvement??

C’est un mouvement atypique, c’est certain, surprenant, je ne sais pas. Pour moi, il s’agit du prolongement d’une société qui se cherche, et n’a plus confiance dans son système politique. Le premier choc a d’ailleurs été politique, avec l’élection d’Emmanuel Macron. Dix-huit mois plus tard, nous assistons au choc social. Ce dernier a reçu immédiatement une grande sympathie dans l’opinion en ce sens qu’il renvoie à une vraie prise en compte de la désespérance.

« La seule option est le débat dans le champ démocratique »

Est-ce la désespérance, selon vous, de ce qu’on appelle, parfois de manière imprécise, les « classes populaires »??

Les « gilets jaunes » ne sont pas forcément composés des classes qui ne vivent que des transferts sociaux. Il y a beaucoup de ce qu’on a qualifié de ce terme malheureux de « travailleurs pauvres », dont des artisans, des chefs de petite entreprise… une France qui travaille mais n’arrive plus à vivre correctement. C’est en ce sens qu’il s’agit d’un choc social, qui recueille une opinion favorable appuyée. D’ailleurs, on peut observer que les rassemblements ont lieu le samedi, jour pour la plupart non travaillé, preuve que les « gilets jaunes », pour beaucoup, travaillent?; je l’ai constaté sur le terrain.

Ce mouvement populaire, y compris dans l’opinion, est-il nécessairement un mouvement populiste??

Certains voudraient en faire un mouvement populiste. Nous avons assisté à des tentatives de récupérations politiques de toutes sortes, qui ont attisé et dévoyé ce mouvement. Cette crise n’est pas neutre pour l’économie du pays, et il faut en sortir, y compris pour mettre fin aux grossières récupérations politiques.

C’est l’opportunité du grand débat, et le job du Ceser, c’est de construire la parole collective à partir d’intérêts individuels et catégoriels. Le seul moyen de s’en sortir consiste à proposer des solutions de débat de notre modèle social et démocratique. C’est d’ailleurs, dès septembre 2017, ce qu’a mis en place le Ceser Centre-Val de Loire, en instaurant une saisine citoyenne pour étudier une question soulevée par un minimum de 4.000 citoyens.

Au regard des épisodes de violence, revendiqué par certains manifestants comme un mode d’expression, vos propositions institutionnelles sont-elles encore audibles??

Nous évoluons dans une République, et au sein d’une démocratie. La violence est hors champ. Les Français sont généreux, mais ceux qui voudraient se fourvoyer dans la voie de la violence trouveraient le peuple face à eux. Dans un État de droit, la seule option est le débat dans le champ démocratique, selon les règles républicaines. Des échéances, ainsi que des moyens de consultation des citoyens, sont prévues par notre constitution.

Lors de la consultation numérique lancée par le conseil économique, social et environnemental au plan national, l’abrogation du mariage pour tous est l’idée la plus plébiscitée (*). Avec quelles précautions faut-il comprendre ces résultats??

Cela montre qu’il faut se méfier des dérives que permettent le numérique et ses réseaux. Les « civic-tech » ne sont pas la réponse à tout. Dans nos Ceser, on discute entre personnes physiques, qui se rencontrent dans la discipline de la réunion, avec une police de la parole absolument nécessaire. Cela dit, la branche institutionnelle me semble celle qui présente le plus de marge de manœuvre pour faire émerger des solutions.

« L’Assemblée a été légitimement élue »

Le fait de questionner la représentation au sein des institutions, et particulièrement la représentation parlementaire, entre-t-il dans le champ du débat??

On peut, en effet, réinterroger notre représentation. Mais que le Président considère que sa majorité n’est plus en phase est une option déjà prévue par la constitution. Je ne sais pas si c’est souhaitable, mais c’est possible. Toutefois, l’Assemblée a été légitimement élue et il n’y a aucune raison de constater un tel déphasage entre le peuple et ses représentants.

En revanche, on peut s’interroger sur le système de sélection des décideurs et des corps intermédiaires, dont je fais partie. Les élus sont interpellés et nous, associations, syndicats, fédérations professionnelles, le sommes aussi. Hier, le gouvernement aussi a contourné les corps intermédiaires?; les « gilets jaunes » aussi. Hier, certains ont considéré que l’Assemblée ne disposait pas de pouvoirs suffisants?; les « gilets jaunes » aussi.

À vos yeux, chacun porte donc sa part de responsabilités??

Chacun, en effet, et je pense que tout commence par les institutions. Nous devons clairement interroger nos processus institutionnels. Les grandes révolutions qui arrivent, environnementales et numériques, nous ne les réussirons pas dans le cadre actuel. Si on fait juste bouger les curseurs, ça explose?; or, la protection de l’environnement n’est pas une option, c’est incontournable.

Après le choc social, nous pourrions assister à un choc environnemental. Nos institutions sont à bout de souffle, et ne répondent plus aux aspirations. À nous tous de les faire évoluer vers une meilleure représentation, tenant en compte l’évolution des systèmes d’information, qui modifient le rapport du peuple à la décision.

Willem van de Kraats

(*) Cette initiative est restée très confidentielle et n’a duré que trois semaines, pendant les fêtes de fin d’année. Elle a réuni 31.044 participants, beaucoup moins que le nombre de membres des principaux groupes Facebook de « gilets jaunes ». Ses résultats ne peuvent donc être considérés comme représentatifs des revendications.

Le conseil économique, social et environnemental de la région Centre-Val de Loire (Ceser) est composé de cent membres. Il est chargé de rendre des avis au conseil régional, notamment sur le plan du développement, les schémas directeurs, ainsi que les documents budgétaires. Les membres sont élus pour six ans et représentent quatre catégories socio-professionnelles appelées « collèges ».