Parce que dans les réunions publiques les officiels confondent débat démocratique et... moulin à vent. La panne du plan éolien français est pathétique tant elle illustre l'absence des ingénieurs en démocratie pour accompagner le développement des projets d'ingénieurs.

Les Maîtres d'oeuvre et d'ouvrage refusent de savoir que la maîtrise d'usage est la reine des maîtrises. Quand ils veulent naïvement imposer leurs projets à ceux qui vont les avoir sous le nez parce qu'ils vivent et travaillent là, contrairement aux encravattés qui de loin, de très loin, croient pouvoir gagner de l'argent en brassant de l'air, cela donne des résultats consternants...

Et quand ils veulent méchamment s'en prendre avec mépris et désespoir à ces "Nimbystes" (Not In My Back Yard) qui, faute d'être entendus, consultés et associés sérieusement à une véritable co-construction du projet qui les concernent directement, font des recours devant la justice administrative ou lorsque les lobbies industriels éoliens, au bord de la crise de nerf, en viennent à influencer les députés de la République en Marche (sic!) pour réduire le droit d'accès des citoyens et des associations à la justice, on ne peut penser, comme Bossuet que « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

Exemples:

A Courseulles lors du débat public sur les éoliennes, cette remarque désabusée et ironique d'un commercial parisien venu présenter le projet éolien: "En Normandie le schéma éolien terrestre sera très difficile à mettre en place. Il y a des monuments historiques partout! Les Américains n'ont pas fini le travail..." Charmant!

Au sujet du Tréport et de ses marins pêcheurs que les officiels refusent d'écouter, ce mot d'anthologie de Madame Fabienne Buccio, préfète de région: "Quand on consulte les citoyens, on prend le risque de perdre la face..." Edifiant!

Le cas du Tréport est le plus pathétique puisqu'il s'agit d'un projet qui s'impose sans l'avis des riverains et des usagers au nom d'une conception impériale romaine typiquement jacobino-bonapartiste à la française de l'intérêt général mais qui, en plus, les expulse du territoire qui leur permet de travailler: en effet, pour des raisons de sécurité, le préfet maritime veut interdire la navigation dans le futur champ d'éoliennes marines et la proposition des marins pêcheurs d'installer des récifs artificiels au pied des mâts pour le repos et la reproduction des poissons a été rejetée sous prétexte qu'elle serait trop coûteuse.

A Courseulles, tout le monde fait l'autruche sur le fait, probable que l'UNESCO pourrait demander l'arrêt du projet éolien au large du site historique des plages du Débarquement de 1944 si ces dernières sont classées comme prévues sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité en juillet 2019.

Tant au Tréport qu'à Courseulles, la société civile locale consultée lors de débats publics ou d'enquêtes d'utilité publique qui, visiblement, ne servent à rien n'avait pas manqué d'alerter les officiels avec des "cahiers d'acteurs" (sic!) très précis, documentés et détaillés.

On rappelera que les synthèses des débats organisés par la commission nationale du débat public ne sont pas judiciairement prescriptives et qu'un préfet peut toujours s'asseoir, par arrêté, sur les conclusions d'une enquête d'utilité publique: l'ingénierie démocratique en France en est encore à l'âge du bronze...

Résultat: toujours aucune éolienne au large des côtes normandes!

sppef_2

Quant à l'éolien terrestre, mission quasi impossible en Normandie à moins de massacrer définitivement ce paysage rural et ce patrimoine esthétique et architectural inestimable que l'on essaye de vendre tant bien que mal pour faire à nouveau de la Normandie la grande destination du tourisme culturel qu'elle fut: il est raisonnable de penser que le tourisme culturel rapporterait plus d'argent à l'économie normande que de couvrir notre province encore belle d'aérogénérateurs bien plus menacés par l'obsolescence technologique qu'une centrale nucléaire!

Les professionnels et les officiels de l'éolien, à force de s'obstiner à faire avancer leurs projets dans une brouette démocratique aux roues carrées, ont le blues et cela nous fait sourire...

Ergonomie


 

A lire dans la Chronique de Normandie éditée par Bertrand Tierce (n°568 4 février 2019)

DIX ANS D'ATTENTE D'EOLIENNE

Depuis 10 ans, les Normands pensent que l’avenir industriel de leur région passe par la valorisation de ses atouts énergétiques. Et depuis 10 ans, tous les responsables régionaux se sont penchés sur l’éolien en mer, avec la volonté de se servir des projets de parcs de Fécamp, Courseulles et du Tréport, comme points d’appui à la structuration d’une grande filière française.

Mon commentaire : où en est-on 10 ans après ? Les projets de parcs sont toujours en projet, la grande filière est toujours une belle idée ; les éoliennes ne tournent pas rond au large de nos côtes : y’a comme un problème.

  • Le Tréport : la preuve par 3.

Soumis à trois enquêtes publiques, du 16 octobre au 29 novembre dernier, le projet de création du parc éolien du Tréport vient de recevoir trois avis favorables des trois commissions indépendantes mobilisées.

-  La première enquête concernait le projet EMDT à proprement parler, la seconde le projet de raccordement électrique de RTE, la troisième le projet de création de la base de maintenance du port de Dieppe.

-  La préfète Fabienne Buccio s’est félicitée de la qualité et l’importance du travail réalisé : 51 permanences et près de 4 000 contributions analysées.

Mon commentaire : ces avis favorables sont une étape importante pour ENGIE et ses partenaires, “c’est la preuve par 3” ; en revanche, ils sont une déception supplémentaire pour tous les opposants : “on ne nous écoute pas !” • Oui, mais...

Si tous les avis sont favorables, la Commission dédiée au parc a toutefois émis deux réserves :

-  La désignation collégiale d’un médiateur pour faciliter le dialogue entre EMDT et les  Comités régionaux des pêches de Normandie et des Hautsde-France.

-  Le rappel, dans l’arrêté d’autorisation, des 14 engagements pris par le maître d’ouvrage pour éviter leur oubli. Comme, par exemple, la création d’un groupement d’intérêt scientifique, la mise en place d’un fonds d’accompagnement à la pêche professionnelle, ou encore le suivi et l’évaluation des effets du parc sur les poissons et les oiseaux.

Les opposants sont-ils satisfaits ? Pas du tout. À leurs yeux, c’est de la poudre aux yeux. Dans Paris-Normandie, Laurent Jacques, le maire du Tréport, dénonce des “mini-réserves de principe”, de son côté, le député de la Somme, Emmanuel Maquet, dit que les enquêtes “servent seulement à donner l’impression aux citoyens d’être impliqués”, pour les pêcheurs, Olivier Becquet parle “d’un assassinat et d’une mascarade”. 

Et maintenant ? EMDT attend les arrêtés d’autorisation de la préfète. Avant la fin du mois ? C’est possible. Dès leur publication, le projet sera définitivement autorisé ; ses promoteurs pourront alors boucler le tour table ; l’ouverture des négociations avec les fournisseurs et prestataires sera programmée, dernière étape avant le démarrage du chantier.

Mon commentaire : mais ça ne se passera pas comme ça. Les opposants vont déposer des recours contre les arrêtés ; leur levée prendra plusieurs mois; les travaux ne commenceront pas avant longtemps. Rappel : le dossier du Tréport a été ouvert pour la première fois par la Compagnie du Vent, il y a 10 ans !

  • Trois ans de plus pour Fécamp et Courseulles.

Pendant ce temps-là, EDF-EN vient d’obtenir du ministère de la Transition écologique  une prolongation de 3 ans de la mise en service de ses parcs éoliens de Fécamp, de Courseulles et de Saint-Nazaire.

-  Attribués en 2012, ces projets devaient être couplés au réseau en 2022 ; l’arrêté du 17 janvier du ministre reporte donc l’échéance au 18 avril 2025.

-  Explication : selon le portail “Énergies de la Mer”, “EDF EN entend ainsi sécuriser le calendrier de réalisation” lequel, il est vrai, s’était déjà étiré sous l’effet des recours à répétition.

-  L’auteur de l’article, Claude Delahaye, indique aussi que ce report pourrait permettre à EDF EN de s’intéresser au nouveau modèle d’éolienne HaliadeX 12 MW, dont le prototype va être testé d’ici à  2021, à Rotterdam. Si les résultats sont bons, EDF EN pourrait envisager de changer d’éoliennes avec, à la clé, la réalisation de nouvelles études d’impact.

Mon commentaire : à Fécamp et à Courseulles, on a commencé à parler des parcs éoliens en 2007, il y a déjà 12 ans.

  • Et on attend toujours les usines de pales.

Pendant ce temps-là, les dirigeants d’HAROPA Port du Havre confirment leur volonté d’accueillir “l’éolien offshore sur le quai Joannès Couvert” dont les travaux d’aménagement ont commencé mi 2018. “Ils permettront à Siemens Gamesa de démarrer la construction d’usines de fabrication de pales et d’assemblage de nacelles (750 emplois) pour l’équipement du champ d’éoliennes de Dieppe”, disent-ils. Leur persévérance est une qualité.

Mon commentaire : c’est le 18 novembre 2010, au premier forum de l’énergie à l’INSA de Rouen, que Sébastien Hita Perona, directeur stratégique d’AREVA Wind a indiqué pour la première fois qu’il s’intéressait à la région pour construire une usine d’éoliennes. Ça va bientôt faire 9 ans ; AREVA Wind n’est plus là ; Siemens Gamesa a pris sa place.