Dans sa conférence de presse élyséenne devant éteindre le feu de l'incendie des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron a annoncé un nouvel acte de décentralisation: c'était d'ailleurs au début de son allocution et, comme d'habitude, cela n'a pas été très remarqué par les grands médias parisiens dits "nationaux". Jupiter s'est donc enfin souvenu du candidat Macron qui défendait un "pacte girondin" dans son programme de campagne du printemps 2017. Or on sait ce que valent les promesses qui n'engagent que ceux qui les écoutent...

Emmanuel Macron nous reparle donc de décentralisation... "Mefité, méfité co, méfité trejou!" aurait-on envie de rétorquer d'un point de vue normand!

Le journaliste du très libéral et jacobin l'Opinion déplore le "poids du soupçon" entre le pouvoir macroniste et les grands élus des territoires comme si l'on devrait rejouer l'opposition entre le pouvoir royal central parisien et les parlements qui défendent les libertés de leurs provinces respectives: Hervé Morin, le président de la Normandie a raison de parler de contre pouvoir car le pouvoir central français demeure, plus que jamais, concentré en peu de mains parisiennes.

Nous partageons bien entendu cette analyse mais à condition que le contre pouvoir régional qu'appelle de ses voeux le président normand soit un contre pouvoir démocratique associant la société civile normande dans la définition des projets normands pour qu'une alternative girondine, démocratique et normande soit réellement crédible et puisse renforcer le sentiment d'appartenance de nos concitoyens à une Normandie plus que jamais utile à l'intérêt général de la France.

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Macron et les présidents de région: le poids du soupçon

« Nous sommes le seul contre pouvoir », dit Hervé Morin

Lors de sa conférence de presse le 25 avril, le chef de l’Etat a plaidé pour un nouvel acte de décentralisation. Alors que ses relations avec les collectivités territoriales depuis le début du quinquennat sont agitées, il existe une vrai méfiance vis-à-vis des présidents de région.

Le 14 mai, Hervé Morin a rencontré Jacqueline Gourault. Le président des Régions de France, lui-même à la tête de la région Normandie, n’y est pas allé par quatre chemins: c’est maintenant ou jamais. Si Emmanuel Macron veut sincèrement mettre en œuvre un acte III de la décentralisation, comme il l’a indiqué lors de sa conférence de presse du 25 avril, celui-ci devra être négocié avant septembre. Par la suite, les préoccupations électorales prendront le dessus : en mars 2020, il y aura les municipales, en mars 2021, les départementales et les régionales... 

« La réconciliation avec les territoires est une question de semaines, a glissé Hervé Morin à la ministre en charge des relations avec les collectivités territoriales. Si en septembre, ce n’est pas acté, c’est fini. » La veille, il avait tenu le même discours à Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement. Le centriste avait rendez-vous avec l’ex-conseillère d’Emmanuel Macron, à l’Elysée, qui lui a indiqué être là aussi pour faire passer les messages à ce dernier...

Le chef de l’Etat, qui avait évoqué plutôt « le premier trimestre 2020 » comme date d’aboutissement de ce chantier, entendra-t-il celui-ci ? Entre les treize présidents de région et lui, il règne une certaine méfiance. « Nous n’avons jamais été reçus tous ensemble par le président de la République, fait remarquer Hervé Morin, alors que celui-ci a passé cinq heures avec le président de la fédération des chasseurs. » En novembre, un millier de maires étaient accueillis à l’Elysée en parallèle du congrès des maires de France. Lors du grand débat, les édiles ont également été particulièrement mis en avant. A l’occasion de cet exercice, les 96 présidents de conseils départementaux ont, eux, été conviés, le 21 février, pour un déjeuner de près de six heures au palais présidentiel.

Avec les présidents de région, ce sont les tête-à-tête élyséens qui ont été privilégiés: Valérie Pécresse, la présidente LR d’Ile-de-France a été reçue en janvier, comme Carole Delga, la présidente PS de la région Occitanie; Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France, en octobre, comme Jean Rottner, le président de la région Grand Est, qui a quitté Les Républicains. Laurent Wauquiez, le président LR d’Auvergne-Rhône-Alpes, l’a lui été à Valence, le 24 janvier, en marge d’un déplacement présidentiel dans le cadre du Grand débat.

A la suite du redécoupage des régions initié par François Hollande (elles sont passées de 22 à 13), ceux qui ont été élus à leur tête en décembre 2015 ont pris un poids considérable et sont devenus de grands féodaux. « Le seul contre-pouvoir qui existe aujourd’hui ce sont les régions. Nous sommes les seuls à être élus au suffrage universel sur de tels territoires. Dès que tu sors du champ régalien, la région est un interlocuteur incontournable. Le fait régional s’est imposé», explique Hervé Morin. « Emmanuel Macron se méfie des présidents de région comme de la peste, décrypte un des principaux représentants des collectivités locales. Il en voit trois qui peuvent être candidats à la présidentielle, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand. Il se méfie beaucoup d’Hervé Morin. Tout cela est très politique. »

Depuis l’été 2018, Régions de France s’est associé à l’Assemblée des Départements de France, menée par Dominique Bussereau, et l’association des Maires de France, présidée par François Baroin, pour mener la fronde des collectivités territoriales. L’arrivée à sa tête, à la place de l’élu normand, de Renaud Muselier, le patron de la région Sud, est jugée positivement par l’exécutif, alors que de premiers échanges sur cet acte III devraient commencer en juin autour d'Edouard Philippe.


 

Commentaire de Florestan:

Cet article de l'Opinion est assez caractéristique de la méfiance panique qu'inspire le fait régional ou provincial au pouvoir jacobin parisien. Déjà en 1790 ne disait-on pas dans les allées du pouvoir de Paris qu'il avait fort profitable d'avoir remplacé quinze ou vingt gros dogues par quatre-vingts petits chiens...