Une semaine ou presque après les commémorations d'un 75ème anniversaire du Débarquement allié de 1944 en Normandie pour commencer chez nous la libération de l'Europe du joug de la barbarie nazie, commémorations qui ne seront jamais pour nous une fête, mais un moment de gravité et de piété partagée dans la fraternité, il serait tant d'approcher un peu la vérité.

Cette vérité historique qui est toujours dérangeante, désobligeante, décevante, agaçante, conflictuelle, scandaleuse. Sordide parfois!

Par sa nature même et ses méthodes scientifiques d'investigation, la vérité historique est toujours une critique de la mémoire: la vérité historique est, par essence, révisionniste et seuls les imbéciles de mauvaise foi voudront la confondre avec du négationnisme ou du complotisme...

La vérité historiquement vérifiable la voici:

Les bombardements aériens massifs des villes normandes programmées par le haut-commandement allié dans le cadre de l'opération Overlord (en français: "Suzerain" ce qui veut tout dire...) ne furent d'aucune utilité militaire!

On le sait désormais à la lumière des archives qui révèlent les hésitations, les débats autour de l'utilité tactique du "bombing carpet" cher au général sir Arthur Travers Harris de la R.A.F surnommé par les pilotes "butcher Harris" ou "bombing Harris" et qui est aujourd'hui considéré comme un criminel de guerre par certains historiens britanniques: on se demande, en conséquence, pourquoi une avenue au Nord de Caen porte encore officiellement son nom!

Le travail des historiens valide désormais la protestation indignée des représentants de la résistance intérieure française au printemps 1944 face au déluge de bombes anglo-américaines déversées par la R.A.F. et l'US Air Force sur les villes du Nord-Ouest de la France dans la perspective future du "D. Day": ils parlèrent, à ce sujet, d'un "travail d'ivrognes" qui a mis en danger la résistance française pourtant si précieuse pour ses renseignements précis transmis aux Alliés (par ex: la description précise de toutes les défenses du Mur de l'Atlantique) en prenant le risque de pousser les populations civiles françaises à la colère et au désespoir et à exciter les dernières énergies mauvaises de la propagande de la collaboration pétainiste...

 

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Avant de vous laisser lire Yves LOIR, osons une comparaison spirituelle:

En juin 1944,  la Normandie fut une moderne Iphigénie menée au sacrifice ultime comme une victime propitiatoire utile à la Victoire future. Une victime expiatoire, aussi, de la Débacle de 1940, une victime parfaite car coupable du fait de son innocence.

Après Jeanne d'Arc immolée sur son bûcher, les principales villes normandes subirent le même sort. On pourrait même penser à l'immolation du Christ, cet homme coupable d'être parfaitement innocent, crucifié sur le bois infâme d'une croix qui, par ses atroces souffrances et sa victoire finale sur la Mort, a sauvé définitivement l'Humanité d'elle-même...

Une certaine propagande officielle nous fait croire que, à l'instar du Christ, le sacrifice de la Normandie a permis le retour de la Liberté de l'Europe.

Or ce n'est pas vrai!

On aurait pu faire l'économie de cette effroyable besogne de Mort parmi la population civile normande pour parvenir au même résultat. Sachant cela, le martyre normand de l'été 1944 confine à l'absurde sinon au néant d'un urbicide, autrement dit, d'un crime de guerre.

 

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A l'occasion du 75ème anniversaire du Débarquement de 1944, la liste des victimes civiles du bombardement de Coutances a été présentée à l'intérieur de la cathédrale...


 

A PROPOS D'UNE COMMEMORATION

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De multiples manifestations marquent cette année le 75ème anniversaire du débarquement allié, en juin 1944, en Normandie. Que cet événement commémoratif au delà de son aspect historique et mémoriel, comporte une dimension touristique et commerciale considérable, il n'est que de parcourir la région pour s'en convaincre.

Depuis plusieurs mois, les musées, hôtels, restaurants affichent « complet » et se frottent les mains dans la perspective des retombées sonnantes et trébuchantes qui vont l'accompagner. On annonce, par ailleurs, entre autres, la présence de Donald Trump et de Emmanuel Macron. Bref, le grand jeu est sorti. Que ces manifestations revêtent la dimension qui vient d'être évoquée, il n'y a pas lieu de s'en étonner, c'est le destin presque inévitable de beaucoup de lieux de mémoire où qu'ils se trouvent, d'être « accaparés » par un lobby économico-touristique influent.

Mais il y a aussi dans la célébration de cet événement, qui est largement médiatisé, un aspect « idéologique » sous-jacent qui ne doit pas être oublié: il s'agit de montrer que l'événement décisif de la seconde guerre mondiale, sur le plan militaire, s'est passé en ce lieu et à ce moment, qu'il a été essentiellement l'oeuvre de l'armée américaine et qu'il a entraîné, près d'un an plus tard, la chute de Hitler. Rien n'est plus contraire à la vérité historique que de faire une telle présentation des faits. Aussi, pour rétablir un minimum d'objectivité dans cette relation, il est nécessaire de se livrer à une brève rétrospective des faits et tout d'abord, bien sûr, d'établir un certain nombre d'éléments de contexte pour la compréhension de celle ci.

LE CONTEXTE GEOPOLITIQUE ET MILITAIRE EUROPEEN A LA FIN DES ANNEES 1930

A la fin de la décennie des années 1930, l' Europe notamment occidentale est marquée par de vives tensions entre les principaux pays qui la composent. Depuis 1933, un régime dictatorial brutal s'est instauré en Allemagne sous la férule du parti national-socialiste ( nazi ) et de son chef Adolf Hitler. En Italie, un régime également dictatorial et son chef Bénito Mussolini, dirigent le pays depuis 1922. La France et la Grande-Bretagne conservent, elles, des régimes de démocratie parlementaire. Leur victoire sur l'Allemagne en 1918, lors de la première guerre mondiale a été concrétisée par le Traité de Versailles (1919) qui a imposé des conditions particulièrement dures – et parfois injustes - à ce pays dont son morcellement territorial.

Ces conditions feront l'objet d'une remise en cause radicale par certains milieux politiques allemands et notamment par Adolf Hitler qui, dès le début de son régime, va entreprendre la remilitarisation de son pays pour, ensuite, pratiquer une politique extérieure agressive (annexion de l'Autriche en 1938 et occupation de la Tchécoslovaquie en 1939). Après ces deux actions, les regards internationaux se portent vers la Pologne qui a recouvré son indépendance lors du Traité de Versailles et qui, pour avoir un accès à la mer Baltique s'est vu octroyé un bras de terre à travers le territoire allemand ; le « corridor de Dantzig » dont Hitler veut s'emparer.

Le 1er septembre 1939, à la suite d'un incident monté par ses services à Gleiwitz au sud de la frontière germano-polonaise, ses armées envahissent la Pologne. Le 3 septembre, consécutivement à cette invasion, la France et la Grande Bretagne, après des années de politique « d'apaisement » à l'égard de Hitler, déclarent la guerre à l'Allemagne: la seconde guerre mondiale est commencée.

Extérieurement à l'Europe, les Etats-Unis dont le président est, depuis 1933, Franklin Roosevelt, ne cessent de proclamer depuis 1935 leur neutralité dans l'hypothèse d'un conflit européen tandis qu'à l'Est, l'Union soviétique ( URSS ) qui regroupe depuis 1922, autour de la Russie les anciennes composantes de l'Empire russe après la révolution communiste (bolchevique) de 1917, dès 1935, a tenté de mettre sur pied avec les Occidentaux et la Pologne une coalition anti-hitlérienne mais devant les atermoiements de la France et de la Grande Bretagne et l'opposition de la Pologne à un passage sur son territoire des troupes soviétiques dans le cas d'un conflit, y a finalement renoncé et, le 22 août 1939, a signé un pacte de non-agression avec l' Allemagne.

 

LA GUERRE A L'OUEST

La France, dès le début du conflit, engage la guerre avec un lourd handicap face à l'Allemagne: déficit démographique massif, retards dans la politique de réarmement, faiblesse manifeste de l'implication militaire de l'allié britannique, isolement diplomatique international ... Les opérations militaires passent par deux phases: du début septembre 1939 au début mai 1940, c'est la « drôle de guerre », marquée par l'absence d' actions majeures de part et d'autres puis, à partir du 10 mai, est déclenchée une offensive allemande foudroyante (« blitzkrieg » ) qui, partie de Sedan, atteint la Mer de la Manche, 10 jours après. La fin du mois de mai et le début de juin voient le retrait britannique (embarquement de Dunkerque ) et l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés de l' Allemagne (10 juin) ayant pour conséquence que la France, seule, doit combattre sur deux fronts.

Le 25 juin, le gouvernement français dirigé par le maréchal Pétain, signe avec les germano-italiens un armistice cependant que quelques jours plus tôt, un général français jusque là inconnu, Charles de Gaulle, appelle depuis l'Angleterre, les Français à poursuivre la lutte à l'extérieur du territoire national. Durant la fin de l'année 1940 et le début de l'année 1941, la situation militaire, telle qu'elle vient d'être décrite, est ainsi gelée en Europe avec une Allemagne qui a triomphé à l'Est et à l'Ouest.

L'année 1941 va voir un bouleversement de cet état de choses avec l'invasion de l'Union soviétique par Hitler le 22 juin et l'entrée en guerre des Etats-Unis à qui l'Allemagne a déclaré la guerre après l'attaque japonaise de la base américaine de Pearl-Harbour dans le Pacifique le 7 décembre de cette même année.

 

L' UNION SOVIETIQUE INCONTOURNABLE POUR VAINCRE HITLER

Après la défaite franco-britannique de mai -juin 1940, il n'était bien entendu pas question pour les Britanniques, chassés du continent, d'y reprendre pied seuls. L'entrée en guerre des Etats-Unis dont la puissance économique et financière – condition indispensable pour disposer de capacités militaires significatives - est alors sans égale dans le monde, va changer la donne: l'alliance Etats-Unis - Grande Bretagne scellée en janvier 1942, va permettre d'entrevoir la possibilité de reprendre pied en Europe, mais les chefs politiques et militaires de ces deux pays vont rapidement prendre conscience que cette éventualité n'est plausible qu'à condition que la machine de guerre allemande soit très affaiblie de telle sorte qu'un débarquement américano- britannique sur le continent ne rencontre qu'une résistance allemande amoindrie.

Cette condition ne peut être atteinte que si l'Union soviétique, non seulement se maintient dans la guerre face à l'Allemagne – et ses revers initiaux, au cours de l'été et de l'automne 1941, font douter certains de cette possibilité – mais, cette hypothèse étant satisfaite, qu'elle « use » globalement l'armée de Hitler de telle sorte que l'ouverture d'un second front à l'ouest y rencontre une moindre résistance avec une chance raisonnable de réussite.

Cette situation, correspondante aux attentes des Occidentaux, va effectivement voir le jour après les premiers désastres subis par l'armée soviétique. En effet, dès le début de l'invasion allemande, le 22 juin 1941, (opération « Barbarossa » ) qui voit trois groupes d'armées allemandes se diriger vers Léningrad (actuellement Saint-Petersbourg), Moscou et l' Ukraine (alors composante de l'Union soviétique ), les revers s'accumulent tout d'abord sur celle- ci: reculs généralisés, centaines de milliers de tués, blessés, prisonniers (dont un grand nombre périront du fait de leurs conditions de captivité). Mais les Soviétiques vont se ressaisir dès la fin 1941 en stoppant les armées hitlériennes devant Moscou puis en infligeant, un an plus tard, à celles-ci la défaite décisive de Stalingrad – tournant de la guerre – suivie, au cours du second semestre 1943, de celles de Koursk et du Dniepr.

Toutes ces défaites majeures de l'armée allemande vont entraîner un affaiblissement considérable de celle-ci (tués, blessés, prisonniers sans compter les pertes matérielles) ainsi que l'impossibilité pour Hitler d'atteindre les gisements de pétrole du Caucase du fait de son échec à Stalingrad, ce dernier facteur constituant à lui seul un élément majeur de la réduction du potentiel de guerre allemand sur tous les théâtres d'opérations du fait de l'absence de ressources pétrolières en Allemagne même.

LA DEMANDE DES OCCIDENTAUX A STALINE EN 1943

L'affaiblissement considérable et global de la machine de guerre allemande entraînée par la pression soviétique ininterrompue sur le front de l'Est de 1941 à 1944 va être un facteur capital de son affaiblissement à l'Ouest du fait de l'impossibilité pour Hitler, qui ne dispose pas de réserves, de combler les pertes subies. L'affaiblissement du dispositif militaire allemand en France et notamment en Normandie en 1944 est ainsi une résultante de cette situation. Mais un autre élément va venir aggraver la situation militaire de l'Allemagne: la décision prise par les Soviétiques, à la demande expresse des Occidentaux, fin 1943, d'engager une offensive de grande ampleur sur le front soviéto-allemand concomitamment avec le débarquement de Normandie pour y fixer le maximum de troupes allemandes et empêcher tout transfert d'unités de l'Est vers l'Ouest, susceptible de rejeter à la mer les troupes alliées débarquées. Comment va naître et se concrétiser cette idée ?

Le projet de débarquement sur le continent européen, qui va recevoir plus tard le nom de code d' « Overlord », est décidé en janvier 1943, lors de la conférence d'Anfa ( Maroc ) entre Roosevelt et le Premier Ministre britannique Churchill. Le général anglais Morgan, par le biais d'une structure spécialisée, le C.O.S.S.A.C, chargé de concevoir le projet prévu pour être réalisé primitivement en mai 1944, va intégrer dans les facteurs préalables à la réussite de celui-ci, le maintien à l' Est d'une forte pression militaire soviétique s'exerçant à la même époque. En octobre 1943, le Général américain Deane, chef de la mission militaire U.S à Moscou formule devant les hauts responsables soviétiques, la demande d'une offensive de grande ampleur déclenchée à l'Est au moment même de la période du débarquement projeté. Cette demande est exprimée formellement par les Occidentaux fin novembre 1943 à Staline, le dirigeant de l'Union soviétique, à Téhéran au cours de la Conférence tripartite qui réunit avec celui-ci, Roosevelt et Churchill. Staline répond favorablement à cette demande et s'engage à y donner suite.

L'offensive soviétique prévue de juin à août 1944 – c'est à dire en même temps que le débarquement et la bataille de Normandie – va être préparée minutieusement par l'Etat-Major soviétique – la STAVKA – au cours des mois précédant ceux-ci, avec l'engagement de moyens militaires considérables. L'  « opération –mère » de cette offensive prendra le nom de code de « Bagration » du nom d'un général russe ayant combattu Napoléon  en 1812 et concerne la Biélorussie.

Pour donner une idée des moyens mis en œuvre pour la grande offensive soviétique de l'été 1944, citons l'historien militaire français Jean Lopez dans l'ouvrage très documenté qu'il a consacré à « Bagration »: 

« La planification ambitieuse de l'offensive met en branle 55 armées, dont 6 blindées, 11 armées aériennes, soit 4,5 millions de combattants, 7500 chars et 20.000 avions ». A la suite de l'opération   « Bagration » des opérations connexes majeures vont être déclenchées (Lvov-Sandomir – Kovel-Lublin – Iassy-Kichinev ) qui vont désorganiser profondément et affaiblir définitivement l'ensemble du dispositif allemand à l'Est .

 

LA BATAILLE DE NORMANDIE GAGNEE A MINSK – « BAGRATION »

Le 9 juin 1944 , une première offensive est lancée en Carélie, dans le nord du front: elle poursuit un objectif politique autant que militaire visant à détacher la Finlande de l'alliance allemande, ce qui sera chose faite au cours de l'été. Mais l'élément majeur de l'offensive soviétique ( « Bagration ») va intervenir le 23 juin avec une attaque massive contre les positions allemandes de Biélorussie ou l'armée hitlérienne ne l'attend pas et sera rapidement disloquée, obligeant celle-ci à combler la brèche dans ce secteur par le transfert d'unités notamment blindées stationnées dans le nord de l'Ukraine. Ce transfert ouvre à son tour une brèche dans cette zone et permet aux Soviétiques en juillet de foncer vers la ville de Sandomir sur la Vistule ou ils vont établir de solides têtes de pont pour l'offensive ultérieure vers le cœur de l'Allemagne. Dans le sud du front soviéto-allemand, le dispositif hitlérien affaibli par les opérations qui viennent d'être évoquées et les transferts d'unités qu'elles entraînent aussi dans ce secteur, va lui aussi s'effondrer et ouvrir aux Soviétiques la route de la Roumanie et des Balkans ( victoires soviétiques de Iassy et de Kichinev).

On ne s'étendra pas, bien entendu, sur les détails de cette offensive générale à propos de laquelle Churchill, dans ses « Mémoires » a fait un résumé enthousiaste. Qu'il nous suffise de résumer ici le bilan très partiel des pertes allemandes de juin à août 1944, sur l'ensemble du front soviéto-allemand: une centaine de divisions allemandes ont été anéanties ( détruites ou définitivement neutralisées ). Ce bilan a pu être atteint grâce à l'efficacité de l'armée soviétique et à l'effort colossal de production d'armement engagé dès juin 1941, et rendu possible par l'évacuation vers l'Oural et la Sibérie occidentale des industries situées dans la partie européenne de l'Union soviétique envahie, l'aide occidentale ( prêt-bail ) ne constituant qu'un appoint. A ce bilan militaire, il faut ajouter les suites politiques considérables qui vont accompagner les succès soviétiques: détachement de l'alliance allemande des pays qui étaient alliés de Hitler depuis le début du conflit, Finlande, Roumanie, Bulgarie ...

Fin août 1944, lorsque l'offensive d'été soviétique prend fin, en quelques semaines, l'armée allemande a subi un désastre majeur. Andréas Hillgruber, le plus grand historien allemand de la seconde guerre mondiale, a fait, à son sujet, l'appréciation générale suivante : "Bagration a changé d'un seul coup et du tout au tout l'ensemble de la situation à l'Est . La dimension de cette catastrophe (….) relègue loin en arrière celle de Stalingrad . Il s'agit rien moins que de la défaite décisive de l'armée allemande"

Pour ne prendre en compte que le bilan des pertes définitives (tués et prisonniers) subies par l'armée de Hitler pendant l'ensemble des opérations de l'offensive soviétique de l'été 1944 (Bagration + opérations connexes rappelées précédemment ), il approche le million d'hommes ( 930.000 ). Un chiffre qu'il convient de rapprocher des pertes allemandes à l'Ouest (Normandie ) pendant la période du 6 juin au 13 août 1944 qui s'élèvent à 159000 hommes (Chiffres donnés par Jean Lopez dans l'ouvrage précité). Il faut ajouter que les pertes humaines (combattants et civils ) subies par l'Union soviétique pendant la seconde guerre mondiale se chiffrent à environ 25 millions de morts , sans commune mesure avec celles des Occidentaux.

Les indications précédentes résument très succinctement la dimension globale de l'offensive d'été 1944 de l'armée soviétique. Résumons, tout aussi brièvement quelles en furent furent les conséquences pour la situation militaire des armées alliées lors du débarquement et de la bataille de Normandie qui se termina aussi fin août. L'historien militaire Jean Lopez, spécialiste du front de l'Est, dans l'ouvrage très documenté mentionné précédemment, fait remarquer que  « L'irruption de 4 à 5 divisions panzer et de 6 à 7 divisions d'infanterie en Normandie aurait certainement compliqué la tâche des Anglo-Saxons ».

Ces forces , Hitler ne pouvait les prélever que sur le front soviéto-allemand. Il ne l'a pas pu, du fait du déclenchement de l'offensive soviétique. On peut ajouter, sans crainte de se tromper, que si elles avaient été présentes au moment du débarquement proprement dit, ces forces n'auraient pas seulement « compliqué » la tâche des alliés, elles l'auraient rendu impossible .

Qu'à l'occasion de la commémoration du 75 ème anniversaire du débarquement de Normandie, ces faits incontestables ne soient pas rappelés officiellement et publiquement, relève tout simplement d' une forme de contre-vérité historique par omission délibérée.

Yves LOIR


 Commentaire de Florestan:

Quoique l'on puisse penser de M. Poutine, celui-ci a eu raison de dénoncer publiquement, la veille des commémorations du 6 juin 1944, l'absence d'invitation adressée à la Russie dont le rôle fut déterminant comme on vient de nous le démontrer pour la réussite de l'opération "Overlord".

https://www.francetvinfo.fr/france/debarquement-du-6-juin-1944/75e-anniversaire-du-debarquement-moscou-denonce-une-reecriture-catastrophique-de-l-histoire_3476185.html

On rappelera, en outre, que Charles de Gaulle refusera toujours de commémorer le 6 juin 1944 qui signifiait, pour lui, l'humiliation de l'exclusion de la France Libre du dispositif militaro-civil anglo-américain qui avait pour projet initial d'occuper la France libérée et de la mettre sous tutelle administrative... Dans l'une de ses recherches précédentes, Yves Loir nous a appris que ce mauvais coup fut déjoué courageusement par la mobilisation des comités départementaux de la libération du Calvados et de la Manche entre le 14 et le 27 juin 1944...


 

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 JUIN 1944 : LES MORTS POUR RIEN DE SAINT -LÔ

Dans le cadre de la préparation aérienne du débarquement de Normandie, dans les premiers mois de 1944, un plan fut conçu et exécuté pour empêcher ou retarder le moment venu les mouvements anticipés de troupes allemandes de l'intérieur vers les zones de débarquement.

Ce plan qui fut imaginé par le conseiller du Général britannique Tedder, Solly Zuckerman, prit le nom de « Plan Transport » ( « Transportation Plan »). Il visait à paralyser le système ferroviaire français en bombardant d'une façon massive les principaux constituants de ce système: centres de triage, dépôts de locomotives et de wagons, centres de réparation du matériel ferroviaire. L'exécution de ce plan fut un succès et handicapa lourdement, avec les sabotages réalisés par la résistance française, l'acheminement des troupes allemandes vers les côtes normandes. Cet acheminement ne pouvait s'effectuer essentiellement désormais que par la route.

 FIN AVRIL 1944 : MONTGOMERY DECIDE DE DETRUIRE SAINT-LÔ

 Les planificateurs du 21ème groupe d'armées commandé par le général britannique Montgomery imaginent alors, à la fin du mois d'avril 1944, de réaliser par voie de bombardement, des obstructions routières (« road-blocks » ou « choke-points») devant en principe empêcher ou retarder les déplacements de troupes allemandes par voie routière.

Ils identifient trente six villes essentiellement normandes (dont Saint-Lô) devant être «lourdement bombardées » les jours du DDay et DDay + 1  pour créer des « road blocks ».

Comme l'a affirmé l'historien américain Stephen Alan Bourque dans un ouvrage qu'il a consacré aux bombardements sur la France en 1944 « En d'autres termes, l'Armée voulait que l'aviation pulvérise des localités françaises pour ralentir les mouvements de troupes allemandes ». Le 20 mai, Montgomery s'implique directement en recommandant formellement une telle opération, soutenu par Leigh Mallory, Commandant en Chef des Forces aériennes anglo-américaines.

Des oppositions se manifestent, cependant, contre ce projet dans les milieux du haut commandement aérien anglo-américain, non pas pour des raisons humanitaires mais avec une argumentation essentiellement « technique ». Ainsi, parmi d'autres, le conseiller scientifique du Général Tedder (adjoint d'Eisenhower) Solly Zuckerman, qui a eu tout loisir d'analyser en Afrique du Nord, Sicile et Italie en 1943 les résultats des bombardements anglo-américains contre les germano-italiens est formel: les blocages routiers ( « road-blocks ») sont totalement inefficaces sur le plan militaire car les forces ennemies, soit déblayent rapidement les ruines pour s'y frayer un chemin soit contournent la ville détruite. Malgré ces considérations, Montgomery appuyé par le Commandant d'Overlord, Eisenhower, persiste et signe dans son intention de détruire Saint-Lô et de nombreuses autres villes normandes.

 L' INEFFICACITE MILITAIRE DU BOMBARDEMENT DE SAINT-LÔ

 A partir de la nuit du 5 au 6 juin et jusqu'au 10 juin, une succession de bombardements massifs assurés par les forces aériennes américaines et britanniques détruisent la ville de Saint-Lô (alors peuplée de 10.000 habitants). La destruction de la ville provoque la mort de plus de 500 civils (souvent tués dans des conditions atroces ) sans compter les très nombreux blessés et les dégâts matériels considérables.

 Ces bombardements ont-ils handicapé l'armée allemande  dans le secteur? Essayons de répondre à cette question.

 Les troupes américaines parties de la plage d'Omaha (Calvados ) le 14 juin auront besoin de plus d'un mois pour franchir les 30 km qui les séparent de Saint-Lô (atteinte le 19 juillet ), alors que selon les prévisions alliées, la ville devait être atteinte au jour J +9 soit le 15 juin. Les renforts allemands, venant de l'intérieur (notamment la 3è division parachutiste (fallschirmjäger) venant de Bretagne – et la division blindée Panzer Lehr venant du Mans ... ) auront en effet la possibilité, aux côtés des troupes stationnées sur le littoral, de s'opposer efficacement à l'avancée américaine dans ce secteur sans que les décombres de la ville de Saint-Lô ne constitue un obstacle à leur arrivée dans le secteur.

La destruction de Saint-Lô n'a donc en rien ni empêché ni même retardé l'arrivée et l'irruption des forces allemandes à proximité de la tête de pont alliée.

Ce constat de l'inefficacité militaire du bombardement de Saint- Lô a été confirmé après la guerre par un haut responsable militaire allemand stationnant à Saint -Lô en juin 1944, Frédrich Hayn, de l'état-major du 84è corps d'armée (témoignage recueilli en 1984 par Mr Maurice Lantier) qui a indiqué que les pertes allemandes après le bombardement de la ville « étaient pour ainsi dire nulles », que le pont sur la Vire, détruit par le bombardement du 6 juin était réparé et remis en service dans la soirée du même jour et que «  les décombres accumulés dans les noeuds routiers n'ont pas dérangé de façon déterminante le trafic et le ravitaillement de la Wehrmacht » .

 Ceux qui étaient surnommés les «  bomber barons » ( barons du bombardement) en Grande-Bretagne en 1944, savaient cela avant le déclenchement de l'opération « Overlord » car ils avaient connaissance de l'analyse du bilan des opérations aériennes engagées l'année précédente, en 1943, sur les théâtres d'opérations méditerranéens ( Afrique- Sicile-Italie) .

Yves Loir

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Sources principales:

 Maurice Lantier – Saint-Lô au bucher -Imp. de Basse-Normandie –Saint-Lô - 1984

 J.C Foucrier – La stratégie de la destruction- Ed. Vendémiaire – Paris – 2017

 Stephen Alan.A Bourque – Beyond the beach – The allied war against France -Naval Institute Press -Annapolis – U.S.A – 2018

 Michel Boivin- Bernard Garnier -Les victimes civiles de la Manche – C.R.H.Q – Université de Caen -Editions du Lys- 1994


Commentaire de Florestan:

Arthur Travers HARRIS doit-il être considéré désormais comme un criminel de guerre responsable de terrifiants urbicides par la voie des airs?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Travers_Harris